dimanche 30 septembre 2018

Electronic Circus 2018 avec Harald Grosskopf et Picture Palace music


Pour leur 11e saison, Frank Gerber et Hans-Hermann Hess, irremplaçables fondateurs du festival Electronic Circus, avaient prévu deux têtes d’affiche : la légende Harald Grosskopf et l’infatigable Thorsten Quaeschning, qui incarne à lui seul la scène Berlin School depuis qu’il a pris la tête de Tangerine Dream. Une formation espagnole, Audiometria, et une irlandaise, Tiny Magnetic Pets, assuraient la première partie.


Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018

Detmold, le 29 septembre 2019

Tiny Magnetic Pets live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Tiny Magnetic Pets
Je ne savais rien d’Audiometria, la formation invitée à ouvrir cette 11e édition de l’Electronic Circus. Je n’en sais toujours pas plus, puisque, retardé par le trafic sur les autoroutes allemandes, j’ai intégralement manqué leur prestation. Heureusement, comme le festival lui-même avait du retard, j’étais là à temps pour découvrir les Dublinois de Tiny Magnetic Pets, un groupe actif depuis 2010. Je n’ai pas été séduit par l’électro-pop dansante de Paula Gilmer (chant), Seán Quinn (synthés) et Eugene Somer (percussions et séquenceur). Le trio explore un filon si saturé, que seules des chansons vraiment extraordinaires permettraient de se démarquer et d’emporter l’adhésion. Mais aucun titre ne surnage vraiment. Le groupe a pourtant joué l’un des deux morceaux coréalisés avec Wolfgang Flür (ex-Kraftwerk) sur leur dernier album, Deluxe/Debris (2017). Mais il faut croire qu’un featuring prestigieux n’y change rien. L’identité visuelle rétro à base de Space Invaders, d’art soviétique, d’imagerie eighties et, bien sûr, de synthés analogiques-comme-on-n’en-fait-plus, montre elle-même ses limites. C’est un segment également exploité jusqu’à la corde.

Harald Grosskopf live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Harald Grosskopf
Harald Grosskopf est l’un des personnages les plus attachants, et les plus intéressants, de cette immense scène allemande dont il est l’un des pionniers ; il fut dans tous les bons coups dans les années 70 (Wallenstein, Schulze, Ashra, YOU : ça fait beaucoup !). Très occupé par divers projets parallèles, il donnait ici à voir l’un de ses rares concerts en solo. Pour ma part, c’est la première fois que je le vois derrière des synthés plutôt que derrière sa batterie. Il est toujours le batteur d’Ashra au côté de Manuel Göttsching. Mais depuis l’année dernière, il est très occupé par son projet commun avec l’ancien de Kraftwerk Eberhard Kranemann, Krautwerk. L’engouement pour cette scène est telle que les deux hommes ont été invités, en mai dernier, à jouer à Shenzhen, en Chine, dans le cadre du Tomorrow Festival.

Harald Grosskopf live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Harald Grosskopf + Andreas Kolinski live @ Electronic Circus 2018
Harald célèbrera bientôt les 40 ans de son album référence, Synthesist, paru en 1980. Il semble qu’il n’ait pas voulu attendre jusque là pour publier Synthesist Reloaded, un album de remixes qui témoigne de son immense influence sur les musiciens électroniques plus jeunes. L’album a été réalisé en collaboration avec un jeune (né en 1964 tout de même) musicien et ingénieur du son, Andreas Kolinski. Ce dernier l’avait déjà aidé sur l’album, Naherholung, dont nous avions parlé lors de notre interview il y a deux ans.

Harald Grosskopf - Synthesist Reloaded (2018) / source : discogs.com
Tous deux ont l’occasion de parler en public de leur collaboration, puisque, depuis l’édition 2017, le festival organise de petites interviews publiques des musiciens en tête d’affiche. Thorsten Quaeschning et Harald Grosskopf prennent donc place tour à tour à côté d’Ecki Stieg, l’animateur de l’émission Grenzwellen sur Radio Hannovre, grand spécialiste de l’exercice. Harald Grosskopf, avec humilité, n’hésite pas à exposer tout ce qu’il a appris musicalement auprès de son cadet, et en retour, s’étonne presque du respect qu’Andreas lui témoigne, à lui qui « ne connaît rien à la musique ». Andreas Kolinski explique pourquoi : « Harald, la musique, il la sent ».

Harald Grosskopf live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Le concert débute par quelques mots d’Harald en hommage à Udo Hanten, disparu il y a quelques semaines et avec lequel il avait collaboré au sein de YOU. Il n’oublie pas de rappeler également la mémoire de Klaus-Hoffmann-Hoock, avant de débuter son set par un morceau inédit, un work in progress qui n’a pas encore de nom : rythmé, entêtant, mais très porté sur l’atonalité, un peu comme les derniers morceaux de Manuel Göttsching. Suit une nouvelle version de son titre le plus célèbre, So Weit, so Gut, ouverture de Synthesist et générique, pendant de nombreuses années, de l’émission Schwingungen de Winfrid Trenkler. J’ai surtout été impressionné par le troisième morceau, que je n’ai pas réussi à identifier : longue introduction faite de nappes assez inquiétantes, suivie d’une excellente séquence autour de laquelle Harald donne son meilleur aux percussions.

Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars

Je suis presque sûr que Thorsten Quaeschning n’avait plus rien publié avec Picture Palace music depuis Remnants en 2013, tant la gestion de la succession de Tangerine Dream l’accapare. Ecki Stieg lui a même demandé s’il trouvait encore le temps de dormir. Mais il est de retour cette année avec une nouvelle bande originale, cette fois d’un film américain. Une fiction américaine ! Les Allemands prennent très au sérieux la reconnaissance de l’un des leurs aux Etats-Unis, comme en témoigne l’interview avec Ecki. Le film s’appelle [Cargo], c’est le premier long métrage d’un certain James Dylan et ça raconte l’histoire d’un type qui se réveille dans un container à côté d’un téléphone portable et qui n’a que 24 heures pour réunir une rançon de 10 millions de dollars. La BO est sortie en CD et en vinyle.

Thorsten Quaeschning's Picture Palace music Cargo / source : discogs.com
Thorsten Quaeschning est un artiste étonnant. On ne sait jamais à quoi s’attendre avec lui. J’avais un peu peur, car ma dernière expérience de Picture Palace music au planétarium de Bochum avait été éprouvante : un mur de son inaudible, joué beaucoup trop fort, dans lequel l’auditeur ne pouvait jamais pénétrer. En outre, Picture Palace music a toujours eu une identité musicale hésitante. Les fréquents changements de personnel n’y ont pas peu contribué. Cette fois, Thorsten Quaeschning s’est entouré de sept musiciens : un batteur, un guitariste, un second clavier, une violoncelliste et trois violonistes, dont Hoshiko Yamane, sa complice de Tangerine Dream.

Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Thorsten Quaeschning
A l’origine, Picture Palace music s’était fait une spécialité d’accompagner en live la projection des classiques allemands du cinéma muet. C’est un peu au même genre de spectacle que nous assistons. Le film est projeté intégralement à l’écran, mais sans la bande-son, comme un muet ! Autrement dit, si nous avons vu [Cargo], nous ne l’avons pas entendu. A la place, nous avons écouté Thorsten et sa bande rejouer la bande originale synchronisée. Disons le d’emblée : le show ne m’a pas donné envie de voir le film mais je recommande sans hésiter la bande originale. Depuis qu’il travaille avec Ulrich Schnauss (aussi bien au sein de Tangerine Dream qu’à l’occasion de leur très bon album Synthwaves), Thorsten Quaeschning semble moins réticent à revisiter le son TD du temps de la splendeur. Les cordes, qui interviennent tard, m’ont même fait penser à l’ouverture de Zeit. Son léché, intensité dramatique à son comble, séquences grandioses à la Chris Franke (comme sur le titre Wanderbaustelle) : tous les ingrédients sont là pour séduire les fans de toujours et conquérir un nouveau public.

Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars

Encore faut-il que celui-ci se montre. Harald Grosskopf n’a pas pu s’empêcher de remarquer que le public semble plus clairsemé d’année en année, de même que les crânes des visiteurs. J’avais déjà émis des doutes sur la stratégie de Frank Gerber de programmer des groupes dance/pop dans l’espoir d’attirer un nouveau public. Or ce que j’avais soupçonné se produit. L’Electronic Circus offre bien un nouveau public à ces groupes, mais le public habituel de ces derniers, lui, ne vient pas et, du coup, ne s’ouvre pas à la scène qu’Electronic Circus prétend promouvoir. « Si nous ne programmons que les vieux groupes ou de la Berlin School, disait en substance Frank, le festival mourra ». Peut-être, mais tout dépend du motif qui a présidé en premier lieu à la fondation du festival : s’agit-il d’organiser un festival quel qu'il soit, ou s’agit-il de promouvoir un certain genre de musique électronique, celui qui fut inventé par Tangerine Dream, Kraftwerk et cie ? Dans le second cas, pourquoi programmer de la pop ? Dans le premier, pourquoi ne pas franchement programmer que de la pop ? Le succès financier du festival serait peut-être assuré, mais dans ce cas, ce ne serait qu'un festival pop de plus. Si le public semble vieillissant en Allemagne, ce n’est pas le cas ailleurs dans le monde. C’est, du moins, l’expérience d’Harald Grosskopf. Lors de son concert en Chine, le public n’avait pas plus de 25 ans de moyenne d’âge. « On n’est jamais prophète en son pays » résume-t-il, fataliste. Ailleurs, ces gens sont absolument dans le coup ! Alors pourquoi pas en Europe ?

Frank Gerber, Hans-Hermann Hess @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Frank Gerber, Hans-Hermann Hess
Et si ce n’était qu’un problème d’image ? Les festivals, les labels, les artistes, y sont tous plus ou moins pour quelque chose. Je vous invite à visiter les sites Internet (Cue Records, Groove), à considérer les supports de com’ (affiches des festivals, flyers, logos, couvertures de disques) : l’ imagerie « planètes et astronautes » ou « zen et relaxation », les choix esthétiques peu attrayants, le côté Jean-Michel Jarre champêtre : rien de tout cela n’est de nature à attirer un public plus jeune, alors que, de toute évidence, ce public existe, n’attend qu’une chose et ne le sait pas encore : qu’on lui colle un casque sur les oreilles avec Rubycon à plein volume !



dimanche 23 septembre 2018

Electric Cave : Pyramid Peak & BK&S live @ Dechenhöhle, Iserlohn, 23 septembre 2018


Comme BK&S à Repelen, Pyramid Peak a son rendez-vous live attitré. Depuis 2001, le groupe se produit dans la grotte de Dechen, près de Dortmund. En 2014, pour la première fois, Axel Stupplich et Andreas Morsch, ses deux fondateurs, avaient organisé un double concert en compagnie, justement, de BK&S. Cette année, c’est à un véritable mini-festival que le public a été convié, avec pas moins de cinq concerts, dans deux grottes différentes. Au programme, un certain Project Andrew Rotten, Filter-Kaffee, Axess, BK&S et Pyramid Peak.

 

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2018
De gauche à droite : Detlef Keller, Andreas Morsch, Bas Broekhuis, Axel Stupplich, Mario Schönwälder, Frank Rothe


Grotte de Dechen, Iserlohn, le 22 septembre 2018

Project Andrew Rotten live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Project Andrew Rotten
Après le rappel, par le gérant, des strictes consignes de sécurité de la grotte (le sol glissant, les voûtes basses, les boyaux étroits), le public est autorisé à pénétrer dans une première salle, où doit débuter le premier concert du jour, celui du Project Andrew Rotten. Je n’avais jamais entendu parler de cet artiste. Tout s’éclaire quand il prend place derrière ses claviers, collé contre les parois suintantes : il s’agit du projet solo d’Andreas Morsch. On comprend donc qu’entre Pyramid Peak et BK&S, on passera la soirée en famille. Andreas sait trouver de bonnes mélodies. Je mettrais un bémol sur les parties rythmiques. Les boîtes à rythmes sont une facilité à laquelle les musiciens cèdent souvent trop facilement, tant il est vrai que le moindre beat confère d’emblée à n’importe quel morceau un certain « habillage ». Or dans ce Project Andrew Rotten, les boîtes à rythmes jouent un très grand rôle, au point de noyer un peu tout le reste. On flirte ici avec la musique new age.

Filter-Kaffee live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Filter-Kaffee

Le contraste est saisissant dès que Mario Schönwälder et Frank Rothe, les deux compères de Filter-Kaffee, investissent la grotte. Pas de boîtes à rythmes ici. On retrouve la grande tradition de la Berlin School des années 70, avec ses séquenceurs, ses longues plages planantes, mais surtout le principe de l’improvisation. Mario a bien programmé quelques séquences à l’avance, et les deux hommes suivent manifestement un certain canevas. Mais les morceaux pourraient se présenter sous mille physionomies différentes. Plus important, la musique de Filter-Kaffee entre en résonnance avec les lieux. La grotte n’est pas qu’un écrin, un décor un peu inhabituel dont profitent les musiciens, car ceux-ci la mette à leur tour en valeur.

Axess live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Axess

Axel Stupplich, maître d’œuvre de la manifestation, bien connu dans le milieu sous le nom de scène d’Axess, propose le concert le plus surprenant du jour. Assez éloigné du son de Pyramid Peak, et de la musique électronique classique en général, Axess explore aujourd’hui une veine chillout plutôt plaisante, où les rythmiques sont bien plus maîtrisées que chez son collègue. Sa manière d’utiliser les kicks rappelle par moment MoonSatellite : autant dire du solide, même s’il n’échappe pas à quelques mélodies faciles. O peut se faire une idée de son travail en écoutant son nouvel album, Seashore, paru sur Spheric Music, le label du dynamique Lambert Ringlage.

BK&S live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
BK&S
Le soir venu (mais comment se douter de l’heure qu’il est ?), le public migre vers une salle plus grande, dont je reconnais immédiatement la configuration pour l’avoir visitée en 2014. Dès les premières notes de BK&S, le public reconnaît immédiatement le son inimitable de Bas Broekhuis, Detlef Keller et Mario Schönwälder. Ce n’est pas la meilleure prestation du groupe qu’il m’ait été donnée de voir : Mario n’a pas joué assez de solos, et Bas a trop sollicité sa grosse caisse. Mais c’est toujours un plaisir de retrouver intact le style familier auquel les trois hommes restent fidèles. Et pourtant, ils pourraient s’en éloigner. Mario m’a confié écouter beaucoup Nils Frahm en ce moment. Mais quand je lui ai demandé si le pianiste pouvait un jour influencer sa musique, voici ce qu’il m’a répondu : « Non ! D’abord parce que je ne saurais pas jouer comme lui. Ensuite, même si je m’isole avant chaque concert avec Nils Frahm, dès que je suis sur scène avec Frank, je fais du Filter-Kaffee ; avec Bas et Detlef : du BK&S. »

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Pyramid Peak
En revanche, Pyramid Peak est au sommet de son art. Réduits à un duo depuis le départ de leur batteur il y a trois ans, Axel Stupplich et Andreas Morsch ne s’en trouvent pas plus mal. En outre, ils m’apparaissent bien meilleurs ensemble que séparés. Pour preuve, ce très beaux morceaux à base de séquences entrelacées : une première, une deuxième, une troisième, dans un arrangement progressif de plus en plus complexe. L’introduction du concert était particulièrement réussie, dans une ambiance digne des bandes originales de John Carpenter. Dans une grotte froide, humide et peu éclairée, l’effet est immédiat : Comme si Michael Myers allait surgir au coin d’une stalagmite !

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Frank Rothe m’avait vendu la mèche, mais tout le monde pouvait s’y attendre : la soirée se devait de s’achever sur une jam session avec tous les musiciens réunis sur scène. C’est ainsi que BK&S et Pyramid Peak, accompagnés de Frank, se sont retrouvés pour le rappel, dans cette grotte pleine à craquer, eux-mêmes subitement très à l’étroit. Je remarque que le public est majoritairement masculin. Une constante avec ce style musical sauf, peut-être, à Repelen. Selon Bas Broekhuis, cela s’explique par l’aspect technique des instruments qui, d’après son expérience, attire plus les hommes que les femmes. Or, ajoute Detlef Keller, cela crée un préjugé défavorable. Du coup les femmes sont moins exposées que les hommes à ce style. Mais dès qu’elles ont l’opportunité d’en écouter – Detlef est catégorique –, elles n’apprécient pas moins que les hommes.

Mario l’affirme : cette journée Electric Cave restera unique. Pas question de fonder encore un nouveau festival. Je crois, pour ma part, que si Axel Stupplich l’invite à remettre ça l’année prochaine, il ne dira pas non. Et nous non plus.


dimanche 12 août 2018

Is it good to be good? Reflections on “Devotion”


This year, Hans-Joachim Roedelius had decided to dedicate the 15th edition of his festival More Ohr Less to the concept of devotion (Hingabe). The following are my reflections inspired by this theme, that Achim allowed me to share with the public at the opening of the festival. A longer version was available on location in pocket-size for festival-goers.



Baden (Austria), the 28th of July 2018

Sylvain Mazars - Is it good to be good? / photo S. Mazars
What is devotion? A disposition of the mind. An effort out of oneself. We can devote ourselves to a task, to a cause, to the others. He who devotes himself seems sympathetic because he doesn't hesitate to sacrifice his own interest. Devotion also implies altruism and commitment. That's quite something.
However, that's not all. Do we value devotion whatsoever? Every day brings lots of injunctions to commitment: “Find a cause and devote all your efforts to it”, as if it was an exercise of personal moral hygiene, without consideration for the object of commitment. After all, one can devote oneself to sad passions, to guilty interests. The object of devotion matters.
Nonetheless, we spontaneously value this disposition of the mind as such. We link it with altruism, we oppose it to egoism. And we teach it to our children: “Don't think only of yourself!”

Do we know why, though? Why is devotion good? Why is altruism better than selfishness? Why is it good to be good? It seems obvious to us: “How can you ask such a question?” Well, nothing is ever obvious. Obviousness is always grounded in something else: intellectual premises, anthropological postulates, prejudices. Are we so sure that our current prejudices reinforce devotion? Or do we see ourselves as free from prejudice?


In the early 20th century, in his book War in the Air (1908), H.G. Wells deplored the emergence at the time of a new type of individual, impervious to devotion, but also devoid of loyalty, honor and courage.
Bert Smallways (...) thought the whole duty of man was to be smarter than his fellows, get his hands, as he put it, “on the dibs,” and have a good time. (...) He was a mere aggressive and acquisitive individual with no sense of the State, no habitual loyalty, no devotion, no code of honour, no code even of courage.

Baden Kurpark / photo S. Mazars
Baden Kurpark
Machiavelli (1469-1527) may be the forerunner of this state of mind. Despairing of the disorder in Italy in his time, Machiavelli attributed all the harm to the deleterious influence of Christian religion on political life. To the maxims of morality, he then contrasted his famous Machiavellian maxims, which shock us so much today. He wanted to destroy obstacles to action, to fight the inertia of good, because “nothing hinders action more than the idea of good action” (Pierre Manent). By this shift from the imperative to the indicative, or rather, by this promotion of the indicative as the new imperative: “do what you cannot avoid doing” (Pierre Manent), Machiavelli can be considered as the first modern thinker, even as the first revolutionary thinker. Long before Marx, he made necessity the measure of moral good.

This anthropological pessimism – man is evil by nature – is the great premise of liberalism. Rather than trying to change people, which was the purpose of religion, Liberals try to take them as they are, and to rethink society accordingly.

For liberals, it's a matter of subjecting the right to the fact, “ought” to “is”. They want to take advantage of the vices of humans to build a virtuous society. This is the theme of the invisible hand, which will transform private vices into public benefits. Here we find the credo of capitalism: we should not fight selfishness, we should encourage it, because if everyone is free to indulge his or her own interest, if everyone is free to get rich without hindrance, then the resulting wealth will inevitably benefit everyone.

The forest outside Lunz am See / photo S. Mazars
The forest outside Lunz am See

Obviously, liberal society reaches its optimum only if everyone plays the game, which means, if everyone is selfish. It's therefore necessary to convince those who would still feel restrained by morality and decency to give them up. The argument then consists in assimilating altruism to a kind of selfishness. If even altruism is a particular case of egoism, what right do we have to lecture scoundrels on morality?

We recognize here the philosophy of suspicion initiated by Machiavelli. Behind the good, always suspect evil. Behind an apparent solicitude, always suspect shameful interests. Goodness is only an illusion; evil is all that is real. Later, Montesquieu, Nietzsche and Freud contributed to this philosophy of suspicion. Let us simply point out its total coherence with the anthropological pessimism of liberalism. If man is evil by nature, then every good action must necessarily hide some bad intention.

Nadja Schmidt, Claudia Schumann, Symposium "Hingabe", More Ohr Less 2018 / photo S. Mazars
Nadja Schmidt, Claudia Schumann, Symposium "Hingabe"
Science has been widely mobilized to support this claim. Charles Darwin, in proclaiming the struggle for life, is part of this way of thinking. According to him, primordial selfishness not only explains the origin of societies, but that of all living things. Man is no longer that sacred creature which religion seeks to amend by a divine law (the imperative). He is an evolved ape, and therefore his law can only be that of the other animals; the law of nature, taken here in the sense of physical nature, that is to say the law of the jungle: which is to “do what you cannot avoid doing” (the indicative).
Alfred Wallace, true inventor of what we now call Darwinism, was the first who tried to explain the persistence of altruism in human societies, a real anomaly in a theory that makes survival the exclusive purpose of life. According to Wallace, if individuals may well be altruistic, it's only for the benefit of groups that remain selfish. Groups practicing altruism, mutual aid, teamwork, would eventually supplant all others; mild euphemism for “eliminate”. And so within the frame of the struggle for life theory, we move from the idea of a struggle of individuals to the idea of a struggle of races. A fertile idea, that would only take a few decades to become genocidal.
Strangely enough, although we know the bloody consequences of these theories, they continue to flourish regularly. One of our contemporaries, Richard Dawkins, reduces altruism to selfishness of the gene, instead of selfishness of the group. According to his “selfish gene” theory, we humans are supposed to be nothing more than machines, mortal carriers of immortal genes. Whenever we believe we are acting out of altruism, we are in fact unknowingly driven by our genes, which selfishly ensure their own reproduction. But what distinguishes this purely speculative theory, with no scientific foundation whatsoever, from ancient Greeks’ belief of being mere mortals, mere toys in the hands of the Gods and their passions?
The psychoanalytic theory is based on the same principle. All that we believed was due to our innermost freedom can ultimately be reduced to a poorly resolved infantile complex.

Rosa Roedelius installation / photo S. Mazars
Rosa Roedelius installation
In any case, altruism is only an illusion; devotion, a hypocrisy. This is the portrait we can now draw of a devoted person. You name it: a fanatic, a hypocrite, an ape, a machine, an inhibited; a portrait that owes everything to widespread ideas. In 1930, an Austrian author, Robert Musil, exposed all these ideas in his novel, The Man Without Qualities. Musil denounces “scientific thinking’s curious preference for mechanical, statistical, material explanations that have, as it were, the heart cut out of them. Regarding goodness as only a particular form of egoism; relating emotions to internal secretions; asserting that man is eight or nine tenths water; explaining the character’s celebrated moral freedom as an automatically evolved philosophical appendix of free trade; reducing beauty to a matter of good digestion and well-developed fat-tissue; reducing procreation and suicide to annual curves, showing what seems to be the result of absolute free will as a matter of compulsion.

Arnulf Rainer Museum, Tim Story / photo S. Mazars
Tim Story at the Arnulf Rainer Museum, Baden


Now it's clear that the answer to the question I asked earlier, “Why is devotion good?”, is far from being obvious. As I said, we spontaneously appreciate altruistic people more than egoists. And yet, just as spontaneously, we don’t really believe in altruism, since we see it as an illusion, if not a great evil.

Accustomed as we are to think according to the prejudices of the market, we have forgotten that gift and counter-gift have been the principal mode of exchange for the greater part of the human history. On the other hand, if you claim it today, you will most likely be accused of naively believing in the “free gift”. This terminology is already that of the market: where “free” means “zero cost”. You will be answered that nothing is really for free. You will be told, for example, that a “free gift” is only a social strategy to gain prestige or to make friends: altruism is false. Worse: a “free gift” is immoral. It's dumping, it's unfair competition: altruism is bad.

Frankly, spontaneous dedication seems suspicious to us. We more readily trust a helpful person if we can first identify what he or she is gaining in return. Is any behavior of any of our fellow human beings motivated only by a calculation in terms of costs and benefits?

Mittersee / photo S. Mazars
The Mittersee, almost dry

Everyone knows deep down that it’s a noble act to die for someone else. Self-sacrifice for freedom, for equality, for human rights, is a noble act. But if the supreme criterion of good comes down to my own survival and my immediate well-being, then it’s an insane act. And yet, there can be no freedom, no equality, no human rights without such acts. Without them, the first tyrant determined to take away your freedom will succeed without a fight, because he can count on your passivity. After all, if I can survive and carry on quietly with my own petty things, why would I care under which regime?
Easy prey that who only seeks to survive, pursue pleasures, avoid suffering, even at the cost of shame.
The man with no loyalty, no devotion, no honor, no courage, whose sole purpose is to “have a good time” and to play his cards right: we recognize here the man denounced by H.G. Wells. We also recognize ourselves.

Harald Blüchel / photo S. Mazars
Harald Blüchel
Indeed, we always cherish the idea of good, we always cherish morality, right and freedom, but what do they matter to us if we simultaneously assert such prejudices:
— Humans are harmful. They’re the worst animals. They make war, they destroy the environment. If we see human as unworthy, why endow them with rights, then?
— Humans are nothing special. They’re just evolved apes, and share 99% of their DNA with their chimp cousins. If humans are nothing more than animals, then why not treat them like animals? Let us not think we are dealing with vague and distant dangers. These ideas have already produced their effects. All the leading figures of late nineteenth century biology were logically led by their theories to adhere to the eugenic and racial hygiene measures that were in vogue in their days. And our own beliefs aren't so far from theirs.
— Humans are not really free. Just as we value altruism without really believing in it, we love freedom without really believing in it. Free will is an illusion. All our decisions are the result of a combination of genetic and environmental factors, and only our ignorance pushes us to believe them free. Genes, hormones, the unconscious, our social group, are as many deterministic concepts used by biology, medicine, psychoanalysis, sociology to oppose our illusory freedom. Then again, if humans are not free, why still worry about good and evil? Evil is inconceivable if we “do what we cannot avoid doing”.
— Humans are pure matter, pure clusters of cells. They have no soul. Even their thoughts are only a complex combination of physicochemical processes.
However, if humans are things, then human rights are meaningless.
If humans are things, we should not be surprised if they end up being treated as such. Again.

More Ohr Less merchandising / photo S. Mazars
More Ohr Less merchandising



Ist es gut, gut zu sein? Betrachtungen zum Thema „Hingabe“


Dieses Jahr hatte Hans-Joachim Roedelius beschlossen, die 15. Ausgabe seines Festivals More Ohr Less dem Konzept der Hingabe zu widmen. Hier meine Gedanken zu diesem Thema, die Achim mir ermöglischt hat, bei der Eröffnung des Festivals zu teilen. Eine längere Version war vor Ort für Festivalbesucher im Taschenformat  erhältlich.



Baden (Österreich), den 28. Juli 2018

Sylvain Mazars - Ist es gut, gut zu sein? / photo S. Mazars
Was ist Hingabe? Eine Geisteshaltung. Eine Anstrengung aus sich heraus. Wir können uns einer Aufgabe widmen, einem höheren Zweck, oder auch anderen. Wer sich hingibt, ist uns sympathisch, denn er zögert nicht, sein eigenes Interesse zu opfern. Hingabe bedeutet auch Altruismus und Engagement. Das ist schon einiges.
Das ist aber nicht alles. Schätzen wir Hingabe, was immer sie ist? Jeder Tag bringt Aufrufe zum Engagement: „Finden Sie einen Zweck und widmen Sie ihm all ihre Bemühungen“, als ob es eine Übung der individuellen moralischen Hygiene wäre, ohne Rücksicht auf die Gegenstand des Engagement. Man kann sich traurigen Leidenschaften, schuldigen Interessen widmen. Der Inhalt der Hingabe zählt.
Wir schätzen diese Geisteshaltung dennoch spontan als solche. Wir verbinden sie mit Altruismus, wir stellen sie dem Egoismus entgegen. Und wir lehren sie unsere Kindern: „Denke nicht nur an dich selbst!“

Aber wissen wir warum? Warum ist Hingabe gut? Warum ist Altruismus besser als Egoismus? Warum ist es gut, gut zu sein? Für uns ist das offensichtlich. „Wie kannst du so eine blöde Frage stellen?“ Aber Selbstverständlichkeit liegt immer auf einem Grund: intellektuelle Prämissen, anthropologische Postulate, sogar Vorurteile. Sind wir uns so sicher, daß unsere gegenwärtigen Vorurteile die Hingabe verstärken? Oder meinen wir, daß wir frei von Vorurteilen sind?

Am Anfang des zwanzigsten Jahrhunderts bedauerte H.G. Wells in seinem Buch, Der Luftkrieg (1908), die Entstehung einer neuen Art von Individuum, das sich der Hingabe entzieht, ohne Loyalität, Ehre und Mut. „[Bert Smallways] glaubte, die ganze Pflicht des Menschen bestünde darin, gerissener zu sein als seine Mitmenschen, sein Schäfchen ins Trockene zu bringen und sich's wohl sein zu lassen. (...) Er war ein bloßes ewig forderndes, ewig kämpfendes Individuum, ohne Sinn für den Staat, ohne eingewurzelte Loyalität, ohne Aufopferung, ohne Ehrenkodex, ja sogar ohne Tapferkeitskodex.“

Hans-Joachim Roedelius / photo S. Mazars
Hans-Joachim Roedelius
Machiavelli ist vielleicht der Vorläufer dieser Geisteshaltung. Enttäuscht von der Unordnung Italiens in seiner Zeit, schrieb Machiavelli allen Schaden dem schädlichen Einfluss der christlichen Religion auf das politische Leben zu. Den Maximen der Moral stellte er dann seine berühmten Machiavellschen Maximen entgegen, die uns heute so schockieren. Er wollte alle Hindernisse für die Tat beseitigen; er wollte die Trägheit des Guten bekämpfen, denn „nichts behindert Tat mehr als die Idee der guten Tat“. Durch diese Verschiebung vom Imperativ zum Indikativ, oder besser, durch diese Aufwertung des Indikativs als des neuen Imperativs: „Mach, was du sowieso nicht anders machen kannst“, kann Machiavelli als der erste moderne Denker angesehen werden, sogar als der erste revolutionäre Denker. Lange vor Marx machte er die Notwendigkeit zum Grund des moralischen Guten.

Doch dieser anthropologische Pessimismus – der Mensch ist von Natur aus böse – ist die große Prämisse des Liberalismus. Anstatt zu versuchen, den Menschen zu verbessern – das ist der Ziel der Religion – versuchen die Liberalen, den Menschen so zu nehmen, wie er ist, und die Gesellschaft entsprechend zu überdenken.

Für die Liberalen geht es darum, das Recht in der Tatsache zu absorbieren; das Sollen im Sein. Es geht darum, die Laster des Menschen auszunutzen, um eine tugendhafte Gesellschaft aufzubauen. Es ist das Thema der unsichtbaren Hand, die private Laster in öffentliche Vorteile verwandelt. Hier erkennen wir das Credo des Kapitalismus: Wir dürfen den Egoismus nicht bekämpfen, wir müssen ihn fördern, denn wenn jeder seinen Interessen freien Lauf lassen darf, wenn jeder frei ist, sich ungehindert zu bereichern, dann wird dieser Reichtum unweigerlich auf alle Menschen zurückwirken.

Bergen um Lunz am See / photo S. Mazars
Bergen um Lunz am See

Offensichtlich erreicht die liberale Gesellschaft ihr Optimum nur, wenn jeder mitmacht, wenn jeder egoistisch ist. Es ist daher notwendig, diejenigen zu überzeugen, die sich immer noch von der Moral und dem Anstand zurückgehalten fühlen, auf Moral und Anstand zu verzichten. Das Argument besteht dann darin, den Altruismus einer Form von Egoismus anzupassen. Wenn sogar Altruismus ein besonderer Fall von Egoismus ist, welches Recht haben wir, den Schurken Moral zu predigen?

Wir erkennen hier die Philosophie des Verdachts, die von Machiavelli initiiert wurde. Hinter dem Guten, verdächtigen wir immer das Böse. Hinter einer scheinbaren Fürsorge, ein unwiderstehliches Interesse. Das Gute ist nur eine Täuschung, das Böse ist die ganze Realität. Später trugen Montesquieu, Nietzsche und Freud zu dieser Philosophie des Verdachts bei. Nehmen wir einfach zur Kenntnis ihre völlige Übereinstimmung mit dem anthropologischen Pessimismus des Liberalismus. Wenn der Mensch von Natur aus böse ist, dann muß jede gute Tat notwendigerweise eine schlechte Absicht verbergen.

Rosa Roedelius, Nadja Schmidt, Claudia Schumann, Symposium "Hingabe", More Ohr Less 2018 / photo S. Mazars
Rosa Roedelius, Nadja Schmidt, Claudia Schumann
Symposium "Hingabe"
Die Wissenschaft wurde reichlich mobilisiert, um diese These zu akkreditieren. Charles Darwin ist Teil von diesem Denken, indem er den Überlebenskampf verkündet. Mit ihm erklärt die ursprüngliche Selbstsucht nicht nur die Entstehung der Gesellschaften, sondern die Entstehung des ganzen Lebens. Der Mensch ist nicht länger das heilige Geschöpf, das die Religion durch ein göttliches Gesetz zu verändern versucht (der Imperativ). Er ist ein entwickelter Affe, und daher kann sein Gesetz nur das von den anderen Tieren sein; das Gesetz der Natur, hier gemeint als die physikalische Natur; und das bedeutet: das Gesetz des Dschungels: Es besteht darin, „zu tun, was man sowieso nicht anders machen kann“ (der Indikativ).
Alfred Wallace, der wirkliche Erfinder dessen, was wir heute als Darwinismus bezeichnen, versuchte zunächst, die Beständigkeit des Altruismus in menschlichen Gesellschaften zu erklären, eine echte Anomalie in einer Theorie, die das Überleben als Zweck des Lebens verkündet. Wenn Individuen nach Wallace, altruistisch sein können, ist es zugunsten einer Gruppe, die egoistisch bleibt; Gruppen, die Altruismus, gegenseitige Hilfe, Teamarbeit praktizieren, werden schließlich alle andere Gruppen ausstechen. Euphemismus für vernichten. Und bald wird die Idee des Überlebenskampfes, von Individuenkampf, plötzlich als Rassenkampf verstanden. Eine fruchtbare Idee, die nur ein paar Jahrzehnte später völkermörderisch wurde.
Überraschenderweise, egal wie gut die blutige Folgen dieser Theorien uns bekannt sind, tauchen sie regelmäßig auf. Einer unserer Zeitgenossen, Richard Dawkins, reduziert Altruismus auf Genegoismus, anstatt auf Gruppenegoismus. Nach seiner Theorie des „egoistischen Gens“ wären wir nur Maschinen, sterbliche Träger unsterblicher Gene. Wenn wir glauben, altruistisch zu handeln, sind wir in der Tat unwissentlich von unseren Genen gesteuert, die so egoistisch ihre eigene Reproduktion gewährleisten. Aber was unterscheidet diese rein spekulative Theorie, ohne jede wissenschaftliche Grundlage, vom Glauben der alten Griechen, die sich selbst sahen, als elende Sterbliche, nur vergängliche Spielzeuge der Leidenschaften der Götter?
Die psychoanalytische Theorie basiert auf dem selben Prinzip. Alles, was der Mensch für seine innerste Freiheit haltet, kann in letzter Konsequenz auf einen schlecht aufgelösten infantilen Komplex reduziert werden.

Rosa Roedelius Bühnenbild / photo S. Mazars
Rosa Roedelius Bühnenbild
In jedem Fall ist Altruismus nur eine Illusion. Hingabe, eine Art Heuchelei. Dies ist das Porträt, das wir jetzt von einer hingebungsvollen Person nun zeichnen können. Zur Wahl: ein Fanatiker, ein Heuchler, ein Affe, eine Maschine, ein Verdrängtes. Ein Porträt, das weit verbreiteten Ideen alles verdankt. 1930 verwarf ein österreichischer Autor, Robert Musil, alle diese Ideen, in seinem Roman, Der Mann ohne Eigenschaften. Musil verurteilte die „eigenartige Vorliebe (...), die das wissenschaftliche Denken für mechanische, statistische, materielle Erklärungen hat, denen gleichsam das Herz ausgestochen ist. Die Güte nur für eine besondere Form des Egoismus anzusehen; Gemütsbewegungen in Zusammenhang mit inneren Ausscheidungen zu bringen; festzustellen, daß der Mensch zu acht oder neun Zehnteln aus Wasser besteht; die berühmte sittliche Freiheit des Charakters als ein automatisch entstandenes Gedankenanhängsel des Freihandels zu erklären; Schönheit auf gute Verdauung und ordentliche Fettgewebe zurückzuführen; Zeugung und Selbstmord auf Jahreskurven zu bringen, die das, was freieste Entscheidung zu sein scheint, als zwangsmäßig zeigen.“

Arnulf Rainer Museum, Baden / photo S. Mazars
Arnulf Rainer Museum, Baden

Nun ist es klar, daß die Antwort auf die Frage, die ich eingangs gestellt habe, „Warum ist Hingabe gut?“, nicht mehr selbstverständlich ist. Ich sagte, daß wir den Altruisten spontaner beurteilen als den Egoisten. Und dennoch, genauso spontan, glauben wir nicht wirklich an Altruismus, da wir postulieren, daß er nur eine Illusion ist, wenn nicht ein Übel.

Wir sind gewohnt, nach den Vorurteilen des Marktes zu denken. Daher haben wir vergessen, daß Gabe und Rückgabe für den größten Teil der Geschichte der Menschheit die wichtigste Art des Austausches gewesen sind. Allerdings, wenn Sie sich heute auf Gabe und Rückgabe berufen, werden Sie höchstwahrscheinlich des naiven Glaubens an „eine kostenlose Gabe“ bezichtigt. Ihnen wird gesagt, daß nichts kostenlos ist. Ihnen wird zum Beispiel erklärt, daß die Gabe nur eine soziale Strategie ist, um Prestige zu gewinnen oder Freunde zu finden: Altruismus ist falsch. Und dann ist eine kostenlose Gabe unmoralisch. Es ist Dumping, es ist unfairer Wettbewerb: Altruismus ist schlecht.

Spontane Hingabe ist uns verdächtig, seien wir ehrlich. Wir vertrauen eher jemandem, der uns Hilfe anbietet, wenn wir zuerst erkennen können, was er im Gegenzug erhält. Ist jedes Verhalten unserer Mitmenschen nur durch eine Kosten-Nutzen-Rechnung motiviert?

Mittersee / photo S. Mazars
Mittersee
Jeder weiß, tief im Inneren, daß es eine edle Tat ist, sein Leben für andere zu geben. Sich für Freiheit oder Gleichheit oder Menschenrechte zu opfern: Es ist eine edle Tat. Aber wenn das höchste Kriterium des Guten auf mein Überleben und mein unmittelbares Wohlergehen hinausläuft, dann ist es eine wahnsinnige Tat. Und doch, gibt es gar keine Freiheit, keine Gleichheit, keine Menschenrechte ohne solche Taten. Ohne sie, wird der erste Tyrann, der entschlossen ist, ihre Freiheit wegzunehmen, ohne Kampf Erfolg erreichen, weil er auf ihre Passivität zählen kann. Wenn ich überleben kann, und wenn ich meine kleinen Angelegenheiten ruhig weiterführen darf, ist es mir egal unter welcher Regierung.
Leichte Beute, derjenige der nur danach strebt zu überleben, nach Vergnügungen zu streben, Leiden zu vermeiden, sogar auf Kosten der Schande.
Der Mensch ohne Loyalität, ohne Hingabe, ohne Ehre, ohne Mut, dessen einziges Ziel es ist, „sich's wohl sein zu lassen“ und „sein Schäfchen ins Trockene zu bringen“: wir erkennen hier den von H.G. Wells denunzierten Menschen. Wir erkennen auch uns selbst.

Christine-Martha Roedelius / photo S. Mazars
Christine-Martha Roedelius
Symposium "Hingabe"
In der Tat hängen wir immer noch an der Idee des Guten, an Moral, an Recht, an Freiheit, aber wie können alle diese Begriffe uns wirklich wichtig sein, wenn wir gleichzeitig die folgenden Vorurteile bekennen:
— Der Mensch ist schädlich. Er ist das schlimmste Tier. Er macht Krieg, er zerstört die Umwelt. Aber wenn wir den Menschen für unwürdig halten, warum sollten wir ihm Rechte gewähren?
— Der Mensch ist nichts Besonderes. Er ist nur ein entwickelter Affe, der 99% seiner DNA mit dem Schimpansen teilt. Aber wenn der Mensch nichts anderes als ein Tier ist, warum sollten wir ihn nicht wie ein Tier behandeln? Wir sollten nicht denken, daß es sich um vage und ferne Gefahren handelt. Diese Ideen haben bereits ihre Wirkung entfaltet. Alle prominenten Persönlichkeiten der Biologie des späten neunzehnten Jahrhunderts wurden logisch von ihren Theorien geleitet, den eugenischen und rassenhygienischen Maßnahmen zuzustimmen, die zu ihrer Zeit trendig waren. Und unsere eigenen Überzeugungen sind nicht so weit von ihren entfernt.
— Der Mensch ist nicht wirklich frei. So wie wir Altruismus schätzen, ohne an ihn wirklich zu glauben, lieben wir die Freiheit, ohne an sie wirklich zu glauben. Der freie Wille ist nur eine Illusion. All unsere Entscheidungen sind nur das Ergebnis einer Kombination von genetischen und Umweltfaktoren. Nur unsere Ignoranz bringt uns dazu, diese Entscheidungen frei zu glauben. Gene, Hormone, das Unbewusste, unsere soziale Gruppe, sind so viele deterministische Faktoren, mit denen Biologie, Medizin, Psychoanalyse und Soziologie unsere illusorische Freiheit triumphierend erklären. Doch wenn der Mensch nicht frei ist, warum versuchen wir immer noch, das Gute und das Böse zu unterscheiden? Das Böse ist unvorstellbar, wenn wir nur „tun, was wir sowieso nicht anders tun können“.
— Der Mensch ist reine Materie, reiner Zellverband. Er hat keine Seele. Sogar sein Denken ist nur eine komplexe Kombination physikalisch-chemischer Prozesse.
Aber wenn der Mensch eine Sache ist, dann sind Menschenrechte bedeutungslos.
Wenn der Mensch eine Sache ist, erwarten wir, daß er als solcher behandelt wird. Schon wieder.

More Ohr Less merchandising / photo S. Mazars
More Ohr Less merchandising


Est-il bon d’être bon ? Réflexions sur le thème du dévouement


Cette année, Hans-Joachim Roedelius avait décidé de consacrer la 15e édition de son festival More Ohr Less à la notion de dévouement (Hingabe). Voici les réflexions que m’a inspirées ce thème, et qu’Achim m’a permis de partager avec le public en ouverture du festival. Une version plus longue était disponible sur place au format poche pour les festivaliers.



Baden (Autriche), le 28 juillet 2018

Sylvain Mazars - Est-il bon d'être bon ? / photo S. Mazars
Qu'est-ce que le dévouement ? Une disposition d'esprit. Un effort hors de soi. On peut se dévouer à une tâche, à une cause, à autrui. Celui qui se dévoue nous est sympathique parce qu'il n'hésite pas à sacrifier son propre intérêt. Le dévouement implique aussi altruisme et engagement. Ce n'est pas rien.
Mais ce n'est pas tout. Valorisons-nous le dévouement quel qu'il soit ? Chaque jour apporte son lot d’injonctions à l’engagement : « Trouvez-vous une cause et consacrez-y tous vos efforts », comme s'il s'agissait d'un exercice d'hygiène morale individuelle, sans considération pour l'objet de l'engagement. Or on peut se dévouer à des passions tristes, à des intérêts coupables. L'objet du dévouement compte.
Nous n’en valorisons pas moins spontanément cette disposition en tant que telle. Nous l'associons à l'altruisme, nous l'opposons à l'égoïsme. Et nous l'enseignons à nos enfants : « Ne pense pas qu'à toi ! »

Mais savons-nous pourquoi ? Pourquoi le dévouement est-il bon ? Pourquoi l’altruisme est-il préférable à l’égoïsme ? Pourquoi est-il bon d’être bon ? Pour nous, cela relève de l'évidence. « Comment pouvez-vous poser une question pareille ? » Or les évidences n'en sont jamais. Il y a toujours quelque chose pour les fonder : prémisses intellectuelles, postulats anthropologiques, préjugés. Sommes-nous si sûrs que nos préjugés actuels confortent le dévouement ? A moins que nous ne soyons persuadés d'être libres de tout préjugé ?

Au début du XXe siècle, dans son livre La Guerre dans les airs (1908), H.G. Wells déplore l'émergence à son époque d'un type d'individu nouveau, imperméable à la devotion, mais aussi dépourvu de loyauté, d'honneur et de courage.
« Pour [Bert Smallways], l’unique devoir de l’homme était de se montrer plus adroit, plus malin que son prochain, de se planter les poings sur les hanches et de se payer du bon temps. (…) sa personne constituait simplement un individu agressif, doué d’un sens aigu de l’appropriation, sans aucun sentiment de la cohésion de l’Etat, sans loyauté, sans dévouement, sans code d’honneur et même sans code de courage. »

Baden Kurpark / photo S. Mazars
Le Kurpark de Baden
Machiavel est peut-être le précurseur de cet état d’esprit. Se désolant du désordre de l’Italie à son époque, Machiavel en attribuait tout le mal à l’influence délétère de la religion chrétienne sur la vie politique. Aux maximes de la moralité, il opposait alors ses célèbres maximes machiavéliennes qui nous choquent tant aujourd'hui. Il s’agissait pour lui de détruire les obstacles qui s’opposent à l’action, de combattre l’inertie du bien, car « rien n’entrave plus l’action que l’idée de la bonne action », résume Pierre Manent. Par ce glissement de l’impératif à l’indicatif, ou plutôt, toujours selon Manent, par cette valorisation de l’indicatif comme nouvel impératif : « fais ce que tu ne peux éviter de faire », Machiavel peut être considéré comme le premier penseur moderne, voire comme le premier penseur révolutionnaire. Bien avant Marx, il a fait de la nécessité la mesure du bien moral.

Or ce pessimisme anthropologique – L’homme est mauvais par nature – est la grande prémisse du libéralisme. Plutôt que d’essayer de changer l’homme, programme de la religion, les libéraux tentent de le prendre tel qu’il est, et de repenser la société en conséquence.

Pour les libéraux, il s’agit de résorber le droit dans le fait, le devoir-être dans l'être, en tirant parti des vices de l’homme pour construire une société vertueuse. C’est le thème de la main invisible, qui va transformer les vices privés en vertus publiques. On retrouve ici le crédo du capitalisme : il ne faut pas combattre l’égoïsme, il faut l’encourager, car si chacun est libre de s’adonner à son propre intérêt, si chacun est libre de s’enrichir sans entraves, alors cette richesse rejaillira immanquablement sur tout le monde.

Les montagnes autour de Lunz am See / photo S. Mazars
Les montagnes autour de Lunz am See

Evidemment, la société libérale n’atteint son optimum que si tout le monde joue le jeu. Si tout le monde est égoïste. Il faut donc convaincre ceux qui se sentiraient encore retenus par la morale et les convenances d’y renoncer. L’argument consiste alors à assimiler l’altruisme à une forme d’égoïsme. Si même l’altruisme est un cas particulier de l'égoïsme, de quel droit faire la morale aux coquins ?

Nous reconnaissons ici la philosophie du soupçon initiée par Machiavel. Derrière le bien, soupçonnons toujours le mal. Derrière une sollicitude apparente, un intérêt inavouable. Le bien n’est qu’apparence, le mal est toute la réalité. Plus tard, Montesquieu, Nietzsche et Freud ont apporté leur contribution à cette philosophie du soupçon. Notons simplement sa cohérence totale avec le pessimisme anthropologique du libéralisme. Si l’homme est naturellement mauvais, alors il faut nécessairement que chaque bonne action cache quelque mauvaise intention.

Rosa Roedelius, Symposium "Hingabe", More Ohr Less 2018 / photo S. Mazars
Rosa Roedelius, Symposium "Hingabe"
La science a largement été mobilisée pour accréditer cette thèse. Charles Darwin, en affirmant la lutte pour la vie, s’inscrit dans cette pensée. Avec lui, l’égoïsme primordial n’explique plus seulement l’origine des sociétés, mais celle de tout le vivant. L’homme n’est plus cette créature sacrée que la religion cherche à amender par une loi divine (l’impératif). Il est un singe évolué, et par conséquent, sa loi ne peut être que celle des autres animaux ; la loi de la nature prise ici au sens de nature physique, c’est-à-dire la loi de la jungle : elle est de « faire ce qu’il ne peut éviter de faire » (l’indicatif).
Alfred Wallace, véritable inventeur de ce que nous nommons aujourd’hui le darwinisme, a le premier tenté d’expliquer la persistance de l’altruisme dans les sociétés humaines, véritable anomalie dans une théorie qui fait de la survie le but exclusif de la vie. Chez Wallace, si les individus peuvent faire preuve d’altruisme, c’est au profit d’un groupe qui, lui, demeure égoïste ; les groupes pratiquant en leur sein l’altruisme, l’entraide, le travail en équipe, finissant par supplanter tous les autres. Doux euphémisme pour « éliminer ». Et c’est ainsi que dans la lutte pour la vie, on passe de la lutte des individus à la lutte des races. Idée féconde, qui ne mettra que quelques dizaines d'années à devenir génocidaire.
Etrangement, alors que nous connaissons la postérité sanglante de ces théories, elles continuent à fleurir régulièrement. L’un de nos contemporains, Richard Dawkins, ne rapporte plus l’altruisme à un égoïsme du groupe, mais à un égoïsme du gène. Selon sa théorie du « gène égoïste », nous ne serions que des machines, porteuses mortelles de gènes immortels. Quand nous croyons faire preuve d’altruisme, nous sommes en fait pilotés sans le savoir par nos gènes, qui assurent ainsi égoïstement leur propre reproduction. Mais qu’est ce qui distingue cette théorie, purement spéculative et sans aucun fondement scientifique, de la croyance des anciens Grecs, qui se pensaient, eux pauvres mortels, les jouets des passions des Dieux ?
La théorie psychanalytique repose sur le même principe. Tout ce que l’homme croyait devoir à sa liberté la plus intime peut se réduire en dernière analyse à un complexe infantile mal résolu.

Les installations de Rosa Roedelius / photo S. Mazars
Les installations de Rosa Roedelius
Dans tous les cas, l’altruisme n’est qu’une illusion. Le dévouement, une hypocrisie. Voilà donc le portrait que nous pouvons dresser à présent d’une personne dévouée. Au choix : un fanatique, un hypocrite, un singe, une machine, un refoulé. Un portrait qui doit tout à des idées extrêmement répandues. En 1930, un auteur autrichien, Robert Musil, en faisait litière dans son roman L'Homme sans qualités. Musil dénonce « la singulière prédilection de la pensée scientifique pour ces explications mécaniques, statistiques et matérielles auxquelles on dirait qu’on a enlevé le cœur. Ne voir dans la bonté qu'une forme particulière de l'égoïsme, rapporter les mouvements du cœur à des sécrétions internes, constater que l'homme se compose de huit ou neuf dixièmes d'eau, expliquer la fameuse liberté morale du caractère comme un appendice automatique du libre-échange, ramener la beauté à une bonne digestion et au bon état des tissus adipeux, réduire la procréation et le suicide à des courbes annuelles qui révèlent le caractère forcé de ce qu'on croyait le résultat des décisions les plus libres. »

Arnulf Rainer Museum, Carl Michael von Hausswolff / photo S. Mazars
Carl Michael von Hausswolff à l'Arnulf Rainer Museum

On voit bien que la réponse à la question que je posais tout à l’heure, « Pourquoi le dévouement est-il bon ? », ne va plus du tout de soi. Je disais que nous jugions spontanément plus favorablement l’altruiste que l’égoïste. Et pourtant, tout aussi spontanément, nous ne croyons pas vraiment à l’altruisme, puisque nous postulons qu'il n'est qu'une illusion, sinon un mal.

Habitués que nous sommes à penser selon les préjugés du marché, nous avons oublié que le don et le contre-don ont été la modalité d’échange principale pour la plus grande part de l’histoire de l’humanité. En revanche, si vous vous en réclamez aujourd’hui, vous serez très probablement accusé de croyance naïve au « don gratuit ». Cette terminologie est déjà celle du marché : la gratuité comme prix nul. On vous rétorquera que rien n’est gratuit. On vous répondra par exemple que le don n’est qu’une stratégie sociale pour avoir du prestige ou se faire des amis : l’altruisme, c’est faux. Et puis un don gratuit, c’est immoral. C’est du dumping, c’est de la concurrence déloyale : l’altruisme, c’est mal.

Le dévouement spontané nous est suspect, avouons-le. Nous accordons plus volontiers notre confiance à une personne qui nous propose son aide si nous pouvons d’abord identifier ce qu’elle y gagne en échange. Le moindre comportement de nos semblables n'est-il motivé que par un calcul en termes de coûts-bénéfices ?

Les environs de Lunz am See / photo S. Mazars
Tout le monde sait au fond de lui que donner sa vie pour un autre est un acte noble. Se sacrifier pour la liberté ou l’égalité ou les droits de l’homme : c'est un acte noble. Mais si le critère suprême du bien se résume à ma survie et à mon bien-être immédiat, alors c'est un acte dément. Et pourtant, pas de liberté, pas d’égalité, pas de droits de l’homme sans de tels actes. Sans eux, le premier tyran déterminé à vous enlever votre liberté y parviendra sans coup férir, car il pourra compter sur votre passivité. Après tout, si je peux survivre et continuer tranquillement mes petites affaires, que m’importe sous quel régime ?
Proie facile que celui qui ne cherche qu’à survivre, poursuivre les plaisirs, éviter les souffrances, fût-ce au prix de la honte.
L’homme sans loyauté, sans dévouement, sans honneur, sans courage, dont le seul objectif est de se « payer du bon temps » et de tirer son épingle du jeu : nous reconnaissons là l’homme que dénonçait H.G. Wells. Nous nous reconnaissons aussi nous-mêmes.

Rosa Roedelius / photo S. Mazars
Rosa Roedelius
En effet, nous tenons toujours à l’idée du bien, à la morale, au droit, à la liberté, mais que nous importent-ils si nous professons par ailleurs de tels préjugés :
— L’homme est nocif. Il est le pire des animaux. Il fait la guerre, il détruit l’environnement. Mais si nous l’en jugeons indigne, pourquoi doter l’homme de droits ?
— L’homme n’a rien de spécial. Il n’est qu’un singe évolué, qui partage 99% de son ADN avec ses cousins. Mais si l’homme n’est rien de plus qu’un animal, alors pourquoi ne pas le traiter comme un animal ? Ne croyons pas avoir affaire à de vagues et lointains dangers. Ces conceptions ont déjà produit leurs effets. Toutes les sommités de la biologie de la fin du XIXe siècle furent logiquement conduites par leurs théories à adhérer aux mesures d’eugénisme et d’hygiène raciale en vogue à leur époque. Et nos propres croyances ne sont pas si éloignées des leurs.
— L’homme n’est pas vraiment libre. De même que nous valorisons l’altruisme sans y croire vraiment, nous aimons la liberté sans y croire vraiment. Le libre-arbitre n’est qu’une illusion. Toutes nos décisions ne sont que le résultat d’une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux, dont seule notre méconnaissance nous pousse à les croire libres. Les gènes, les hormones, l’inconscient, notre groupe social, autant de déterminismes que la biologie, la médecine, la psychanalyse, la sociologie se font une joie d’opposer à notre liberté illusoire. Mais si l’homme n’est pas libre, pourquoi se préoccuper encore du bien et du mal ? Le mal est inconcevable si nous ne faisons « que ce que nous ne pouvons éviter de faire ».
— L’homme est pure matière, pur amas de cellules. Il n’a pas d’âme. Même sa pensée n’est qu’une combinaison complexe de processus physico-chimiques.
Mais si l'homme est une chose, alors les droits de l’homme n'ont aucun sens.
Si l'homme est une chose, attendons-nous à ce qu’il soit traité comme tel. A nouveau.

More Ohr Less merchandising / photo S. Mazars
More Ohr Less merchandising