mercredi 18 septembre 2013

Apollo 3 – Episode 1 : de la cour d’école à la cour des grands


La presse allemande les a parfois comparés à Tokio Hotel. Comme leurs aînés, les Apollo 3 sont jeunes, font preuve d’un culot et d’une aisance surprenante pour leur âge, et à 16 ans, ont à peu près exploré toutes les facettes du show-biz. Le 27 septembre, le trio sort un nouvel album, Feier dein Leben. Si, en dehors du lycée, la musique est leur principale occupation, Henry, Dario et Marvin ont déjà joué au cinéma, tourné un peu partout en Allemagne, écumé plateaux de télévision et tapis rouges. Micros et caméra ? La routine ! C’est un petit conte de fées qu’ils ont vécu. En voici les circonstances : des dates, des faits, des témoignages… et quelques conjectures.


Apollo 3 aujourd'hui / source : apollo3.tv

Cologne, le 7 septembre 2013

Retour au mainstream. Originaire de Cologne, le groupe Apollo 3, composé du chanteur Henry Horn (16 ans), du rappeur Marvin Schlatter (17 ans) et du guitariste Dario Barbanti (16 ans), publie le 27 septembre l’album Feier dein Leben chez Sony Music. Apollo 3 fait partie de cette vague de groupes adolescents venus d’outre-Rhin. On se souvient que les Tokio Hotel ont sorti leur premier disque, Schrei (2005), à l’âge de 15 ans, tout comme les Killerpilze avec Invasion der Killerpilze la même année. Le phénomène n’est ni nouveau, ni propre à l’Allemagne. Tokio Hotel et les Killerpilze ne sont que la réponse punk, et surtout germanophone, à la pop sucrée des teen stars anglo-saxonnes que sont Justin Bieber ou, plus récemment, One Direction. A l’avenir, les émissions de téléréalité, les talent shows à l’américaine ou nos télécrochets ne pourront qu’amplifier le phénomène. En juin 2012, Timmy, le jeune frère de Marvin, a d’ailleurs été finaliste de la version « enfants » de l’émission Deutschland sucht den Superstar, l’équivalent allemand de notre Nouvelle Star. Mais Apollo 3 occupe une place très particulière dans l’univers des boys bands en Allemagne, et même à l’échelle mondiale. A 16 ans, Henry, Dario et Marvin sont déjà des vétérans de l’industrie musicale, et Feier dein Leben n’est pas leur premier album, mais le troisième. En 2009, à la sortie de leur premier opus, Henry n’avait que 11 ans et le groupe pouvait alors à bon droit s’autoproclamer « plus jeune groupe de rock de l’univers ».

Le premier photoshoot d'Apollo 3 en 2009
Marvin, Henry et Dario à leurs débuts
Apollo 3 n’est pas le résultat d’un casting. Henry, Dario et Marvin faisaient déjà de la musique ensemble à l’école primaire. Dario et Marvin se connaissent depuis la maternelle. C’est en classe qu’ils ont par la suite rencontré Henry, originaire de Francfort. Il se trouve que leur institutrice fréquentait alors un producteur de disques, qu’elle a fini par persuader de venir voir jouer les enfants dans la cave de la maison des Horn, où les parents de Henry les avaient autorisé à répéter. Voilà pour la légende. En réalité, celle-ci doit beaucoup aux circonstances, à la chance et au hasard, omniprésents dans l’histoire du groupe. Car le producteur en question, Niko Floss, A&R Manager chez Tro, à Düsseldorf, se souvient ne pas avoir été très enthousiaste sur le moment : «  Je me suis donc retrouvé un week-end, à contrecoeur, dans cette cave, et j’ai vu ces trois gamins. Ils étaient si petits, 8 ou 9 ans, et pourtant, ils jouaient déjà très, très fort. Mais ce qu’ils faisaient était brouillon, infantile, ce à quoi on pouvait s’attendre de la part d’enfants qui s’amusent. Je ne me voyais pas aller plus loin. J’étais venu, comme je l’avais promis, et j’allais repartir. Mais comme je m’apprêtais à remonter les escaliers, Marvin, qui n’était pas plus haut que ça, s’est mis en travers de ma route en glissant sur une chaise à roulettes, comme un parrain de la mafia, et m’a dit : « Maintenant, fais nous riches ! ». J’en suis resté pantois. Ces trois garçons étaient si frech, si effrontés, que je me suis dit qu’il y avait peut-être moyen d’aller quand même plus loin avec eux. »

Dario Barbanti, Henry Horn, Marvin Schlatter : rockstars à 12 ans


Niko et les trois garçons préparent l’album pendant deux ans. Fin 2008, à la recherche d’un partenaire commercial, l’avisé manager diffuse un press kit qui, espère-t-il, permettra aux majors de découvrir ses protégés. La vidéo a été tournée dans les locaux de Tro à Düsseldorf. Assez rapidement, elle finit par convaincre Sony Music. Les trois garçons n’ont pas 12 ans, et les voilà qui signent déjà leur premier contrat. Là encore, les circonstances ont joué un rôle. Si Sony réagit si vite, c’est sans doute parce que ses responsables ont regretté amèrement de voir les Killerpilze, et surtout Tokio Hotel, leur filer entre les doigts au profit d’Universal trois ans plus tôt. Début 2009, les dés sont jetés. Niko Floss abat alors sa carte maîtresse : le studio Tro s’est fait une spécialité dans la mise en relation de ceux qui créent la musique avec ceux qui en ont besoin. C’est ainsi qu’il place Superhelden, le premier single d’Apollo 3, comme générique du film pour la jeunesse Vorstadtkrokodile, sorti le 26 mars, adapté du best-seller de Max von der Grün. Coup gagnant : le film est un succès, deux suites sortent les années suivantes, où la chanson, remixée, figure toujours. Cette opportunité ouvre instantanément au groupe la porte des grands médias. Henry, Dario et Marvin écument les plateaux télés, passent chez Stefan Raab, l’un des sésames du succès en Allemagne avec son émission TV total sur ProSieben. ARD, RTL, la chaîne musicale Viva leur consacrent sujets et interviews. La presse people (Bild) ou jeunesse (Popcorn, Yeah, Bravo) leur ouvre ses colonnes. Paru le 3 avril, Superhelden entre directement dans les charts et y reste huit semaines pour culminer à la 35e place. L’album, Apollo 3, publié le 24 avril, y restera neuf semaines et atteindra la 33e place.



Côté style, Apollo 3 se distingue d’emblée assez nettement de ses prédécesseurs. Entre le rock enragé de Tokio Hotel et la pop mielleuse des boys bands anglo-saxons, tout se passe comme si la bande avait placé le curseur exactement au milieu. La présence d’un MC, Marvin, l’influence manifeste, revendiquée publiquement par Henry, de Linkin Park (le couplet de Superhelden peut ainsi parfaitement être comparé à celui du titre de Linkin Park In the End), confèrent au groupe cette énergie, ce son nu metal encore très palpable sur le second single, Startschuss, lancé le 5 juin. Il y a d’ailleurs quelque chose de saisissant à voir des enfants si jeunes interpréter des morceaux si agressifs. Ce qui explique leur statut, rapidement acquis, de phénomène télévisuel. Toute cette énergie se trouve ainsi contrebalancée par l’apparence même du groupe, les thèmes de ses chansons et la voix de son chanteur. Avec Warum (sur le divorce), Verliebt (sur les amours de salles de classe) et Wir sind eins (sur le racisme), Henry ferait fondre le cœur du plus imperturbable bûcheron. A défaut, il rend hystériques toutes les filles de son âge, et pas seulement celles qui comprennent l’allemand, nous y reviendrons. Les paroles sont l’œuvre de Niko Floss. « J’utilise des clichés, confie-t-il, que j’adapte ensuite en fonction de ce que Henry, Marvin et Dario me racontent de leur quotidien à l’école, en famille ou entre amis. » Les textes sont donc nourris de l’expérience des trois membres du groupe. De la sorte, si la puissance d’Apollo 3 demeure comparable à celle de Tokio Hotel, les garçons se montrent en revanche nettement plus sages que les frères Kaulitz. Pas d’androgynie, pas (encore) d’hypersexualisation, si bien qu’ils leur reste quand même quelque chose de cette innocence associée par exemple aux artistes Disney à leurs débuts (Britney Spears, Justin Timberlake, sachant que rien ne dit qu’ils suivront forcément le même parcours). Quoiqu’il en soit, c’est bien ce contraste qui signe la singularité d’Apollo 3. D’autres titres (Adrenalin, Wie ein Komet) annoncent par ailleurs une direction déjà plus pop.


Apollo 3 dans la Lune


Cette année 2009 bouleverse radicalement la vie des trois Apollons et de leurs parents. Si tout allait bien, raconte le père de Henry, rencontré lors du précédent concert d’Apollo 3 à Bedburg (01/09/2012), tant que les enfants répétaient dans la cave – « les voisins sont retraités, la moitié sont sourds » –, sa mère décrit une situation beaucoup plus mouvementée à partir d’avril 2009 : le défilé des journalistes, l’impossibilité de faire un pas dans la rue avec les trois garçons sans être immédiatement assailli par des fans, leur emploi du temps très chargé. Et ce n’est qu’un début. Un partenariat avec le groupe RTL permet à Apollo 3 de se produire pour la première fois en public le 31 mai 2009, à Kassel, dans le cadre du Toggo Tour, une tournée organisée par la chaîne jeunesse Super RTL et qui leur offrira trois dates supplémentaires : Heilbronn le 28 juin, Bielefeld le 8 août, et enfin à la maison, au Mediapark de Cologne, le 30 août. En attendant, la chance va une fois de plus s’en mêler en la personne du réalisateur Granz Henman. Le cinéaste sillonne alors l’Allemagne de long en large depuis des mois, à la recherche de jeunes acteurs susceptibles de jouer dans son nouveau film, Teufelskicker, une histoire de foot adaptée de la série de livres pour la jeunesse de Frauke Nahrgang. Jusqu’au moment où sa compagne, l’actrice Diana Amft, tombe par hasard sur un article consacré à Apollo 3. Non seulement, le groupe pourrait interpréter la chanson du film, mais Granz Henman reconnaît enfin en Henry le garçon qui lui manquait pour interpréter le rôle principal. Dario et Marvin suivront dans des rôles secondaires [1]. C’est le jour de ses 12 ans, le 25 juin, qu’Henry apprend qu’il est casté. Le tournage va durer tout l’été 2009. Après un dernier concert, le 14 novembre à l’Olympiahalle de Munich, dans le cadre du festival HVB Jugendtreff – le plus gros concert du groupe à ce jour devant des milliers de spectateurs, en présence des acteurs de Twilight –, Apollo 3 se met très rapidement à la préparation de son deuxième album, dont la sortie doit coïncider avec celle de Teufelskicker. L’album, 2010, n’est composé que de cinq nouvelles chansons et d’un remix, le reste étant puisé dans le premier opus. Mais il sort à temps, le 12 mars 2010, le lendemain de la première du film. Diabolisch, l’un des meilleurs titres écrits par Niko Floss pour Apollo 3, figure comme prévu en générique de fin. Le film a été distribué chez nous en juillet 2012 par Wild Side sous le titre Soccer Kids : un bide en DVD mais une bonne opération par la suite en VOD. Deux singles suivront : le très pop Chaos (19 mars), qui donne lieu à une vidéo plutôt ratée, et l’efficace ballade sentimentale Unverwundbar (13 août), choisie comme bande annonce de l’été par RTL 2, et qui précède un nouveau concert le 22 août à Cologne. Mais les voix commencent à muer, comme en attestent les effets Autotune utilisés sur Unverwundbar.


Apollo 3 redescend sur Terre


La mue est la raison la plus souvent invoquée par le groupe pour justifier le long silence d’Apollo 3 depuis lors. Leur manager, Niko Floss, expliquait en janvier dernier qu’elle n’était même pas encore totalement achevée. Mais son perfectionnisme y est aussi pour quelque chose. A cette date, huit des treize titres du nouvel album étaient déjà prêts. Mais Niko n’était pas encore totalement satisfait de certaines parties vocales sur le titre Himmel über Dir, qu’il envisageait alors de faire réenregistrer par Henry. J’ignore s’il l’a fait. Le titre était pressenti comme possible second single. Finalement, ce sera Feier dein Leben. Je lui faisais alors remarquer que la voix de Henry n’était déjà pas si mal. Lui aussi aime beaucoup le timbre légèrement éraillé de son protégé [2]. « Mais elle n’est pas parfaite. – Tu es perfectionniste ? – Il faut, répond-il ». Il a raison. Du coup, depuis 2010, Apollo 3 était un peu en stand by. En 2011, Niko place encore un nouveau single isolé, Überflieger (6 mai 2011), dans la bande originale d’un film familial : Löwenzahn – Das Kinoabenteuer, de Peter Timm. Suivent une nouvelle campagne de pub (pour Eragon), une apparition éclair des garçons dans la série jeunesse Schloss Einstein (3 septembre) et un concert unique à Visbek le 18 septembre. Mais il est clair que des avant-premières de films, quelques séances de dédicaces et une page Facebook officielle, même mise à jour, sont insuffisantes à enrayer le reflux médiatique. L’analyse des clics sur Youtube en est l’illustration. Plus de deux millions de hits pour la vidéo de Superhelden à ce jour. Presque dix fois moins pour Chaos. En 2012, les Apollo 3 n’ont à leur actif qu’une seule apparition publique, lors de la huitième édition du festival Musikmeile de Bedburg, à une quarantaine de kilomètres à l’Ouest de Cologne. A cette occasion, j’ai pu mener une petite enquête, sillonnant Cologne du nord au sud, interrogeant des adolescents ou des parents avec leurs enfants, dans la rue ou dans les établissements scolaires. On était loin de la folie de l’année 2009. Personne n’avait entendu parler d’Apollo 3. Le groupe est retombé dans un anonymat relatif : seuls les fans les reconnaissent. Dans l’intervalle, le changement de look radical des garçons n’a rien arrangé à leur silence médiatique. A la veille de leur dernier concert, toujours à Bedburg, le 7 septembre dernier, j’ai procédé à la même enquête, cette fois d’est en ouest, avec le même résultat, alors que cette fois, le groupe « a une actu » : la sortie de l’album est imminente. Seuls des élèves d’un lycée dans l’Ouest connaissaient le groupe. Tout simplement parce qu’il s’agit de l’établissement que fréquente Henry Horn. On peut en tirer un enseignement. Si Internet permet de toucher potentiellement le monde entier, c’est encore la télévision qui fait la différence entre l’anonymat et la célébrité. Apollo 3 a besoin de la télévision. Sans cela, le groupe ne rééditera jamais la performance de son premier disque, malgré les hordes de fans impatients qui, pour une raison inconnue, pullulent… en Amérique latine, où Apollo 3 égale la sainte Trinité. Un mystère à éclaircir et, pour Niko Floss et ses protégés, une aubaine qu’il faudra tôt ou tard songer à exploiter. Ça tombe bien : tout cela est prévu.


Apollo 3 à la reconquête des charts


L’année 2013 doit donc être celle du grand retour. Plutôt qu’un retour, Niko préfère voir un recommencement, un nouveau départ, tant le groupe a changé. Lui-même perçoit son rôle différemment. Il se voit désormais comme un grand frère, lui qui était auparavant un second père pour les garçons, que leurs parents lui confiaient chaque fois qu’ils endossaient leur costume de stars. Le premier single, Wir sehn uns dann am Meer, a été publié le 12 juillet, disponible uniquement en téléchargement sur iTune et Amazon. La chanson existe depuis un moment. Elle a été interprétée live pour la première fois à Bedburg en 2012. En studio, elle a sans doute été enregistrée à la fin de l’année précédente. Limit, un autre morceau de l’album, faisait déjà partie du set de Visbek en 2011. Le 7 septembre, le groupe participait, pour la seconde année consécutive, au festival Musikmeile de Bedburg, avant la sortie du second single, Feier dein Leben, le 13 septembre, qui sera suivie, le 27, de celle de l’album. A quoi ressemblera le disque ? Si, entre le premier et le deuxième album, Apollo 3 a troqué le son brut de ses débuts contre une pop plus sophistiquée, les riffs de guitare contre les synthés, Feier mein Leben semble à son tour abandonner cette pop sophistiquée au profit d'un rock plus simple et plus direct. C’est, en tout cas, l’impression laissée par l’écoute, dans les locaux de Tro à Düsseldorf, des chansons achevées en janvier de cette année. Wir sehn uns dann am Meer et Feier dein Leben rejoindront sans doute Diabolisch au rang des titres les plus accrocheurs de la bande, tandis que Nichts okay incarnera probablement son prochain brise-cœurs. Quant à la suite, Henry, Dario et Marvin la raconteront eux-mêmes dans l’épisode 2, à l’occasion de l’entretien que nous avons eu lors de leur concert à Bedburg, peu avant leur entrée en scène.

Episode 2 
Episode 3


[1] Source : http://www.movienerd.de/teufelskicker-interview-mit-regisseur-granz-henman/
[2] « rauchend », précise-t-il en allemand – il se trouve que Niko parle aussi très bien français.