lundi 30 septembre 2013

Raumzeit Festival 2013, festival de musique électronique et happening multimédia


Depuis 2011, la radio universitaire de Dortmund Eldoradio et le magazine online Empulsiv, animé entre autres par Stefan Erbe, co-organisent le Raumzeit Festival, entièrement dédié à la musique électronique traditionnelle, dans les locaux de la Technische Universität de Dortmund. Cette année, en plus de Stefan Erbe, hôte de cette troisième édition, quatre autres artistes étaient invités : la chanteuse et multi-instrumentiste originaire de Zurich Eela Soley, le Belge Nisus, lauréat du Newcomer Price lors des derniers Schallwelle Awards, la formation vintage Erren Fleissig Schöttler Steffen, et le performer Mic Irmer, alias Moogulator.

 

Raumzeit Festival 2013 : Stefan Erbe, Eela Soley, Erren/Schöttler/Fleissig/Steffen, Moogulator, Nisus / photo S. Mazars
De gauche à droite : Stefan Erbe, Eela Soley, Moogulator, Nisus. Au fond : Erren Fleissig Schöttler Steffen

Dortmund, le 28 septembre 2013

Raumzeit Festival 2013 : Erren Fleissig Schöttler Steffen / photo S. Mazars
Raumzeit n'est assurément pas un festival comme les autres. Comme lors des éditions précédentes, il n'y a pas de tête d'affiche à Dortmund. Le festival est divisé en trois parties, au cours desquelles tous les musiciens se succèdent sur scène. Deux entractes permettent au public de découvrir, outre un buffet bien garni, les stands de chacun d’entre eux. Pendant le show, à peine Nisus a-t-il plaqué son dernier accord, que Moogulator, déjà installé à ses côtés depuis quelques minutes, entame son propre set. C'est l'une des particularités les plus étonnantes du dispositif : comme si chacune des trois parties ne représentait qu'un seul long morceau auquel chaque artiste apporterait successivement sa contribution.

Le deuxième acte fait même sortir la manifestation des limites traditionnelles d'un festival de musique pour la faire entrer dans l'univers du happening multimédia. L'artiste Norbert Dähn, spécialisé dans le body painting, va ainsi tranquillement peindre l'un de ses modèles –  à la plastique parfaite – tandis que Nisus, Moogulator, Eela Soley, Stefan Erbe puis Erren, Schöttler, Fleissig & Steffen se succèdent sur scène. Justement, l'agencement de la scène elle-même distingue Raumzeit de n'importe quel autre festival. Du fait que chaque musicien est amené à intervenir trois fois, chacun a disposé ses instruments dans un coin spécifique.

Raumzeit Festival 2013 : Nisus / photo S. Mazars
Raumzeit Festival 2013 : Nisus
L'estrade proprement dite est monopolisée par Erren Fleissig Schöttler Steffen, dont l'équipement vintage très lourd occupe un espace conséquent. Les autres musiciens ont éparpillé leurs instruments entre l'estrade et le public. Avec ses deux claviers superposés, Nisus tient en comparaison une place très réduite sur la droite. Sa musique, tout en volutes ondulantes autour de beats discrets, fait écho à sa prestation au Grillfest d'Essen le mois dernier. Même si le Belge se réclame parfois de la Berlin School, il compose une musique très personnelle, aérienne, où pointe ça et là l'influence de Jarre.

Le contraste avec son successeur, Moogulator, n'en est que plus saisissant. Connu dans les milieux underground pour son style noisy et industriel, l'homme, assis par terre en tailleur comme un sitariste indien, a disposé autour de lui quatre petits générateurs de beats. Il en résulte une musique tout en rythme, en clics et en pops, aux frontières du breakbeat, de la house, et de l'installation d'avant-garde.

Raumzeit Festival 2013 : Eela Soley feat. Stefan Erbe / photo S. Mazars
Eela Soley feat. Stefan Erbe avec le peintre Norbert Dähn
A ses côtés, au centre devant la scène, lui succède Eela Soley. Un micro, une boîte à rythmes, un saxophone et quelques pédales d'effets : il n'en faut pas plus à la chanteuse suisse pour emplir la salle de ses sonorités luxuriantes et chaleureuses. Mais Eela Soley est tout sauf une femme-orchestre. A la manière d'un Dub FX, elle utilise des loops qui lui permettent de démultiplier à l'infini le son de sa voix ou de son saxophone. Quand Stefan Erbe la rejoint, on croirait presque retrouver l'ambiance des concerts en commun de Klaus Schulze et Lisa Gerrard en 2008-2009. De tous les musiciens, Stefan Erbe se livre à chaque fois à la plus courte prestation, préférant comme toujours mettre en lumière ses invités plutôt que lui-même.

Erren Fleissig Schöttler Steffen concluent chaque segment. Les claviers analogiques, mais surtout les bonnes vieilles armoires de séquenceurs, fournissent la base des impressionnantes suites musicales que la formation improvise ici en temps réel. Malgré l'absence d'une section rythmique ou de la moindre boîte à rythme, le quatuor génère des pulsations aussi hypnotisantes que n'importe quel morceau de trance ou de deep house. Le fait que chaque membre, concentré sur ses appareils, tourne presque en permanence le dos au public, ajoute un peu plus à l'atmosphère.

Raumzeit Festival 2013 : Erren Fleissig Schöttler Steffen / photo S. Mazars
Erren Fleissig Schöttler Steffen
Mais le point d'orgue de la manifestation reste sans doute son final. Tout le monde se retrouve sur scène pour une improvisation commune d'une dizaine de minutes, où la voix d'Eela Soley, les beats de Moogulator, les nappes de Nisus, le piano de Stefan Erbe et les séquences d'Erren Fleissig Schöttler Steffen se superposent en harmonie complète. Du grand art. En une soirée, le choix judicieux et éclectique des invités a fourni – si besoin en était – la preuve de l'étonnante diversité de cette musique électronique dite traditionnelle, faute d'un vocable plus adapté pour désigner cette scène d'une insoupçonnable richesse.

>> Interview de Nisus
>> Interview de Stefan Erbe