lundi 7 avril 2014

Entretien avec Sylvia Sommerfeld – Les coulisses des Schallwelle Awards


Depuis 15 ans, une association, Schallwende, tient à bout de bras l'une des scènes les plus foisonnantes de la musique électronique en Allemagne. Chaque année, elle décerne les Schallwelle Awards, destinés à récompenser les meilleurs artistes du genre. C'est parmi une production de 150 albums, et presque autant d'artistes, que le jury a été invité à choisir un seul lauréat dans chaque catégorie cette année. Nouveauté de cette édition 2014 : le désir de s'ouvrir à d'autres horizons, comme l'expliquait la présidente de l'association Sylvia Sommerfeld, quelques minutes avant le début de la cérémonie.



Sylvia Sommerfeld @ Schallwelle Awards 2014 / photo : Werner Volmer
Sylvia Sommerfeld, Schallwelle Awards 2014 (photo : Werner Volmer)
Bochum, le 29 mars 2014

D'où vient cet intérêt pour la musique électronique ?

Sylvia Sommerfeld – Je suis fan depuis très longtemps. J'ai suivi un chemin particulier, en passant d'abord par Tubular Bells, de Mike Oldfield, en 1974, puis par le disque de Michael Rother Flammende Herzen [1977]. Ce n'est qu'à la fin des années 70 que j'ai découvert Klaus Schulze et Tangerine Dream. La dernière illumination remonte à 1994 ou 1995, date à laquelle j'ai pu voir Uwe Saher alias Brainwork pour la première fois sur scène à Lünen, près de Dortmund. Son titre Musical Clock a représenté un véritable déclencheur. Après ça, je n'ai plus jamais quitté le monde de l'électronique. C'est à cette époque que j'ai commencé à rencontrer personnellement, en plus de Mike Oldfield et Michael Rother, un certain nombre de ses représentants, comme par exemple Klaus Hoffmann-Hoock, de Mind over Matter. Des amitiés sont nées, que nous entretenons toujours depuis lors.

Quand l'association a-t-elle été créée ? Quel but poursuivez-vous ?

Sylvia – C'est en 1998 que nous avons fondé l'association Schallwende, qui veut regrouper les « amis et promoteurs de la musique électronique ». L'association a quinze ans. Elle a passé la puberté ! Mais ses racines sont plus anciennes. Déjà en 1995, nous avions lancé le fan club de Schwingungen, l'émission de Winfrid Trenkler sur la WDR. Nos buts sont multiples, mais ils se rejoignent tous en un seul : assurer la relève, redonner une voix à la musique électronique traditionnelle depuis qu'elle a été complètement abandonnée par les médias. Comme les radios n'en diffusent plus jamais dans le cadre d'une émission régulière, nous avons décidé de trouver d'autres moyens d'en assurer la promotion. L'organisation de concerts, la publication de CD font partie de nos principales activités, toujours dans l'idée de découvrir de nouveaux talents, par exemple en aidant les jeunes à trouver des dates. Ce qui peut nous amener à organiser des concerts même devant un public de 20 personnes, alors qu’ici, lors des Schallwelle Awards, nous sommes plutôt 260.

Lorsqu'on regarde sur une carte la localisation des membres de l'association, on se rend compte que la plupart viennent de la région. C'est ici que se trouve le centre de gravité de la musique électronique en Allemagne, et non à Berlin, d'où sont pourtant originaires quelques pionniers importants. Est-ce lié à Schwingungen ?

Sylvia – En effet, c'est en Rhénanie-du-Nord-Westphalie que ça se passe, et c'est évidemment lié à l'émission. A l'époque, les techniques de communication n'étaient pas si développées et seuls ceux qui étaient assez proches de l'émetteur recevaient Schwingungen, donc ont eu un accès privilégié à cette musique.

L'association n'est-elle qu'une affaire de fans ? Les artistes participent-ils aussi ?

Sylvia – Oui, un très grand nombre de musiciens sont membres. Klaus Hoffmann-Hoock, bien sûr ; la plupart des Néerlandais, comme Eric van der Heijden ou Ron Boots ; Lambert Ringlage [fondateur du label Spheric Music], Michael Shipway, Pyramid Peak, Keller, Schönwälder et compagnie... Nous avons deux membres d'honneur : Michael Rother et Winfrid Trenkler.

Le planétarium de Bochum / photo S. Mazars
Le planétarium de Bochum

Comment le planétarium de Bochum est-il devenu votre quartier général ?

Sylvia – Par un heureux hasard. J'avais souvent sollicité le planétarium dans le passé, mais ça n'avait jamais fonctionné. Jusqu'en 2004 ou 2005, époque à laquelle la direction a changé. J'ai rencontré la nouvelle responsable, le Pr. Dr. Susanne Hüttemeister, qui s'est aussitôt montrée enthousiaste. Nous nous sommes tout de suite parfaitement entendues, et nous fonctionnons depuis sur des liens finalement très personnels.

Comment est née l'idée des Schallwelle Awards ?

Sylvia – Le Club Schwingungen décernait des prix depuis sa fondation en 1995. Mais il ne s'agissait de rien d'autre que de l'initiative d'un fan club, parfaitement amateur, et à très petit budget. Au milieu des années 2000, Stefan Erbe et moi nous sommes réunis et avons décidé de passer à l'étape supérieure, la professionnalisation. Nous avons réfléchi et prospecté assez longtemps. Et aujourd'hui, nous organisons notre sixième édition. Les deux premières ont eu lieu à Dinslaken. Depuis quatre ans, nous venons ici.

Vile Electrodes aux Schallwelle Awards avec Ron Boots / photo : Werner Volmer
Vile Electrodes aux Schallwelle Awards (ici avec Ron Boots)
(photo : Werner Volmer)
Vous êtes bien sûr avant tout des fans de musique électronique traditionnelle. Mais ça ne vous empêche pas de rester ouverts à d'autres genres. Ainsi, cette année, Vile Electrodes est nommé dans deux catégories. Pourquoi est-ce important ?

Sylvia – C'est même très important. La musique électronique recouvre de nombreuses facettes. On avait tendance jusqu'alors à ne se focaliser que sur la berliner Schule. C'est dommage. Or la dénomination de notre association, Schallwende [de Schall : « son » ou « onde », et Wende : « changement »], implique en elle-même un trait d'union entre les styles traditionnels et les styles plus modernes. Depuis 15 ans, je crois que nous avons assez bien réussi à couvrir un large spectre, à garder l'esprit ouvert. Nous restons très attachés à la musique électronique classique, mais avec Vile Electrodes, par exemple, c'est un style synthpop que nous promouvons – avec du chant, de surcroît –, mais surtout un groupe plus jeune. Beaucoup de nos artistes favoris commencent à grisonner. Or nous devons toujours faire bien attention à ce que le jeune public ne déserte pas le genre.

D'où l'intérêt de contribuer à l'émergence de nouveaux artistes. Que signifie donc ce Newcomer Preis [prix du Meilleur Espoir] ?

Sylvia – D'abord issu d'un vote Internet, le prix est décerné par le jury depuis deux ans. Le lauréat ne repart pas seulement avec une statuette. En partenariat avec la firme Interdisc Media, basée dans la région d'Aix-la-Chapelle, nous offrons également la production complète d'un CD – avec tout ce que ça implique : le pressage, la couverture, tout ! C'est un très beau prix alloué par la firme. Depuis quatre ans, nous invitons aussi le lauréat à jouer plus tard dans l'année lors de notre traditionnel Grillfest à Essen.

N'est-ce pas plus dur, de nos jours, de promouvoir une telle scène, alors que le public achète de moins en moins de disques et qu'il y a par ailleurs de plus en plus d'artistes, le plus souvent non professionnels ?

Sylvia – Oui, d'autant plus que les nouveaux sont presque tous des artistes issus d'Internet. Une seule exception parmi les nominés : Gerd Weyhing alias Gerdski, le seul à avoir déjà publié un CD. Tous les autres se sont fait connaître sur Internet. Sur une liste de 10 cette année, pratiquement aucun ne m'était familier. Mais comme nouveau média, Internet a ses qualités. Même si la musique n'est pas achetée, au moins est-elle écoutée.

Concert de Eric van der Heijden, Schallwelle Awards 2014 / photo : Werner Volmer
Concert sous le dôme du planétarium
(photo : Werner Volmer)
Les Schallwelle Awards ne se limitent pas à une remise de prix. Ils s'accompagnent aussi de deux mini-concerts. Pourquoi ?

Sylvia – Deux concerts de 45 minutes chacun ponctuent la cérémonie. La remise des prix reste le cœur de l'événement. Mais parmi le public, certains ne sont pas forcément fans de musique électronique. Nous devons donc leur donner l'opportunité de découvrir de quoi il s'agit. D'où l'intérêt des concerts.

Qui vote ? Comment le jury est-il constitué ?

Sylvia – Les membres du jury ont tous quelque chose à voir avec la promotion de la musique électronique en Allemagne. Stefan Schulz (Syndae) et Yolande (Radio Happy) animent des web radios, je préside l'association, Stephan Schelle tient son webzine (MusikZirkus-Magazin), etc. Le jury est relativement stable d'une année sur l'autre. Ainsi, Yolande participe pour la seconde fois. Par principe, nous excluons désormais les artistes du jury. Il y en a eu dans le passé, mais c'est un peu gênant de demander à un musicien d'évaluer un autre musicien. L'année prochaine, ça changera probablement de nouveau un peu. Il est bon que d'autres voix puissent se faire entendre. Nous travaillons à un nouveau concept.

Cette année, contrairement à la précédente, le public était invité à voter sur Internet pour désigner les nominés. Combien d'albums et combien d'artistes étaient en lice ?

Sylvia – Cette année : 150 albums, et pratiquement autant d'artistes.

Nisus live @ Schallwende Grillfest, Grugapark, Essen / photo S. Mazars
Nisus (lauréat du Newcomer Preis en 2013)
live @ Schallwende Grillfest, Grugapark, Essen
A part les Schallwelle, quelles autres manifestations organisez-vous ?

Sylvia – J'ai déjà mentionné le Grillfest, qui se déroule chaque année depuis vingt ans au Grugapark d'Essen, sous un kiosque, au milieu de la nature et des fleurs. Nous organisons aussi régulièrement le EM Breakfast, le grand concert de Noël de l'association. Il s'agit d'un événement itinérant. Le prochain, le 7 décembre, marquera notre retour à Bochum-Wattenscheid, dans la Kolpinghaus, avec Eric van der Heijden en tête d'affiche. Normalement, nous proposons aussi quatre concerts par an ici-même au planétarium. Il n'y en aura que trois en 2014, pour ne pas faire doublon avec la manifestation de Stefan Erbe, Sound of Sky, qui a invité l'un des dieux de la techno en Allemagne, André Tanneberger, connu sous le nom de ATB. Deux dates étaient prévues, elles sont déjà épuisées (1000 billets vendus). Nous finirons le 30 décembre avec notre quatrième concert de Nouvel An. Il peut se dérouler n'importe quand dans la semaine, pourvu que ce soit un 30 décembre ! L'affiche sera Ron Boots.

Et que diriez-vous d'un véritable festival ?

Sylvia – Ce serait une excellente idée. Nous y pensons, figure-toi. Peut-être l'année prochaine. Mais dans ce cas, nous avons déjà décidé de ne pas nous limiter à la musique électronique.