dimanche 21 septembre 2014

B-Wave 2014 : direction Berlin


Trois duos allemands et un seul artiste belge, telle était l’affiche de la seconde édition du B-Wave Festival à Heusden-Zolder, dans le Limbourg. Si, l’année passé, le Britannique Ian Boddy, faisait figure de seule tête d’affiche, cette fois, les organisateurs ont vu grand puisque deux valeurs sûres se partagent les honneurs : Klaus Hoffmann-Hoock et l’ancien de You, Udo Hanten, d’une part ; le duo Rainbow Serpent, composé de Frank Specht et Gerd Wienekamp d’autre part. Il revenait au Belge Sensory++ et aux Allemands Erik Seifert et Josef Steinbüchel d’ouvrir le bal.


Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Gerd Wienekamp & Frank Specht : Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014

Heusden-Zolder (Belgique), le 20 septembre 2014

Sensory++ @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Sensory++
Alors que la première édition du B-Wave Festival nous avait offert une programmation majoritairement belge, les deux organisateurs Johan Geens et Mark de Wit ont choisi cette année de miser sur l’Allemagne. Seul le premier musicien, Joost Egelie alias Sensory++, vient du pays. L’homme en profite pour publier son nouveau disque, intitulé Planet. Le titre du disque, ainsi que les premières mesures du concert, donnent le ton. Sensory++ utilise les synthés dans une perspective new age. Il n’est ni un héritier de la Berlin School, ni un amateur de dubstep, c’est le moins qu’on puisse dire. La plupart de ses morceaux, constitués de nappes de cordes, feraient chez d’autres office d’introduction à des pièces plus longues. Les habitués des séquenceurs restent un peu sur leur faim, mais Sensory++ mérite sans aucun doute une écoute attentive.



Josef Steinbüchel & Erik Seifert @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Josef Steinbüchel & Erik Seifert
 Erik Seifert et Josef Steinbüchel avaient déjà présenté leur album Softlock dans le cadre du planétarium de Bochum en mars dernier. Cette fois, ils reviennent accompagnés de leurs propres visuels, adoptant une scénographie épurée qui, loin des forêts de câbles et de synthés qui encombrent traditionnellement la scène lors de ce type de concert, ne laisse guère paraître plus de deux claviers côte à côte, surmontés chacun de l’inévitable MacBook. Cette mise en scène très kraftwerkienne se ressent aussi dans la musique. Si l’influence de la Berlin School est évidente, le duo recherche manifestement un son neuf, sans tache ni faiblesse. L’ensemble reste donc solide, même si on peut regretter son aspect trop léché. Pas de place, ici, pour l’improvisation et la surprise.

Klaus Hoffmann-Hoock & Udo Hanten @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Klaus Hoffmann-Hoock & Udo Hanten @ B-Wave Festival 2014

Klaus Hoffmann-Hoock & Udo Hanten @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Udo Hanten
C’est tout le contraire lors de la prestation d’Udo Hanten et Klaus Hoffmann-Hoock. Ce dernier, connu pour son jeu de guitare aérien et ses envolées de mellotron, dont il est l’un des spécialistes mondiaux, a apporté sur scène toute sa panoplie. Outre ses guitares et son memotron – la version numérique du vénérable instrument –, Klaus intervient également au sitar sur l’un des morceaux, rappelant ce faisant l’influence de l’Inde sur son univers. Udo Hanten, quant à lui, fut avec Albin Meskes l’une des têtes pensantes du duo You dans les années 80. En quelques albums, le groupe s’était alors hissé au sommet de la musique électronique allemande, quelque part entre Software et Kraftwerk. Avec Klaus, qu’il connaît de longue date, Udo Hanten démontre qu’il n’a rien perdu de son habileté au séquenceur, dans l’esprit original de You. Fait rare dans ce milieu, le public est en mesure de comprendre qui fait quoi sur scène.

Klaus Hoffmann-Hoock & Udo Hanten @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Klaus Hoffmann-Hoock
Les séquences rugueuses d’Udo et les plages tremblantes de mellotron de Klaus (qui mêle surtout la flute et les strings) composent un univers fascinant, même si les deux hommes se cherchent parfois. L’improvisation est au cœur de leur prestation. En conséquence, celle-ci connaît quelques flottements. Mais, précisément, c’est ce qui lui donne cet aspect artisanal et brut des premiers albums de You, voire de la musique électronique des années 70. On regrette que le duo se soit senti obligé d’ajouter ici ou là quelques rythmiques techno plus contemporaines, dont cette musique n’a décidément pas besoin. Comparés au concert qui a précédé – sans faute, trop parfait (une tendance actuelle très prononcée sur cette scène qui souffre à tort d’un complexe d’infériorité par rapport aux jeunes loups de la musique électronique) –, les défauts et les incertitudes d’Udo et Klaus sonnent comme un vrai rafraîchissement.

C’est aussi le cas du dernier duo allemand de la soirée, Rainbow Serpent, composé des deux musiciens d’Oldenburg Frank Specht et Gerd Wienekamp, qui se faisaient rares sur scène ces dernières années. Mais ici, les beats musclés prennent tout leur sens. Frank et Gerd font partie des rares à savoir vraiment s’y prendre pour booster les bonnes vieilles séquences de la Berlin School aux rythmes d’aujourd’hui. On le sait, Gerd Wienekamp est un artisan attentif du séquenceur, capable d’en démultiplier les couches en direct avec une étonnante facilité et sans gestes inutiles. Les longues évolutions planantes dont Rainbow Serpent a le secret, mêlées aux beats de la jeune génération, feraient pâlir d’envie bien des jeunes DJs. Il ne reste plus qu’à attirer un tel public. Selon Johan Geens, l’affluence de cette seconde édition a augmenté de 40% par rapport à l’année précédente. Il faut à présent la rajeunir.

Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Gerd Wienekamp & Frank Specht : Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014