jeudi 25 septembre 2014

Le retour de Zanov, le pionnier français


Pierre Salkazanov, alias Zanov enregistrait son premier album, Green Ray, en 1976. Quasi simultanément, Jean-Michel Jarre produisait son Oxygène. C’est dire si Zanov fait partie des pionniers français de la musique électronique. En seulement trois albums, entre 1976 et 1982 (dont deux chez Polydor), il avait su imposer un style très personnel, à la fois rêveur et méthodique. Et puis plus rien. Les aléas de la vie. Plus de trente ans après son dernier opus, il revient avec Virtual Future, un nouvel album fidèle à son univers, et se prépare activement pour de prochains concerts. Zanov est de retour. Telle est la musique dont bruissent ces temps-ci les réseaux sociaux.

 

Zanov aujourd'hui, dans son studio / photo : Ninou
Zanov aujourd'hui, dans son studio (photo : Ninou)

Entre Lyon et Strasbourg, 18-23 septembre 2014

Qu'est ce qui t'a poussé vers les synthés et la musique électronique ?

Zanov – J’ai commencé le piano à l’âge de 6 ans, à la manière ancienne. En essayant juste d’exécuter ce qui était écrit sur la partition, sans goût, sans émotions. Je recevais juste des coups de règle sur les doigts quand je faisais des fautes, et une barre de chocolat à la fin du cours quand je n’avais pas été trop mauvais. Au bout de quelques années, j’avais fini par détester le piano. A 17 ans, j’ai acheté ma première guitare électrique, qui était pour moi le symbole de la liberté. J’ai joué dans un petit groupe, mais je ne suis jamais devenu un bon guitariste. Puis, les sons de la guitare ont commencé à m’ennuyer aussi. J'ai commencé à imaginer qu’il serait possible de créer des sons et de composer avec des moyens électroniques. A l’époque, mon seul instrument était un radio transistor qui émettait des sifflements et des bruits bizarres entre les stations, que j’essayais de contrôler. Un peu plus tard, j'ai profité d'un voyage en Angleterre pour visiter les boutiques de musique. Dans l'une d'elles, j’ai rencontré Serge Ramsès, qui m'a fait découvrir le monde des synthétiseurs. De retour en France, j’ai immédiatement acheté mon premier appareil, le VCS3. Ça a changé ma vie de musicien, en me donnant l’opportunité de briser les limites de la musique conventionnelle.

Ta formation scientifique et ton métier t'ont-ils aidé ? Qu'exerçais-tu exactement comme activité ?

Zanov – J’ai commencé par expérimenter et étudier en profondeur la synthèse sonore. J’ai lu de nombreux livres sur le sujet, y compris sur la perception et l’esthétique. J’ai vite compris que, pour jouer et composer de la musique électronique, je devais maîtriser les techniques, afin de les appliquer sans réfléchir, et de me laisser guider par la beauté des sons et les émotions. Je n’aurais rien compris de tout cela sans ma formation scientifique et ma curiosité. J’étais ingénieur informatique et je faisais de la conception d’ordinateurs dans une unité de Recherche et Développement. Je pense que cela m’a donné une aptitude à comprendre et maîtriser le monde des sons.

Le jeune Zanov / photo : Ninou
Le jeune Zanov (photo : Ninou)
Comme disais Jarre à l'époque, le synthétiste est à la fois musicien (il joue d'un instrument) et luthier (il crée ses propres sons, sinon ses propres instruments). Etait-ce ton cas à l'époque ?

Zanov – Tout à fait. Le synthétiseur analogique fonctionne avec des signaux électriques qui sont générés et modifiés par des modules de traitement, le signal final étant transformé en son. Selon le principe même du synthétiseur, tout signal peut soit représenter un son qui entre dans un module pour être traité, soit représenter une commande qui dit au module comment il doit traiter le son qui entre. Mais le génie du synthétiseur modulaire consiste en ce qu'une telle commande peut à son tour être traitée par des modules, être modifiée par d’autres commandes et donc devenir extrêmement complexe. Dans les limites des capacités du synthétiseur, on peut littéralement connecter tout avec tout. A chaque fois, on obtiendra un instrument différent qui réagira de façon particulière. On peut alors considérer qu’un réglage à peu près fixe définit un nouvel instrument et, à partir de là, en jouer principalement à partir du clavier, comme un instrument conventionnel. Mais on peut aussi en jouer en modifiant les réglages. Ce sont alors les potentiomètres, les interrupteurs et les changements de câblage qui permettent de jouer. Et dans ce cas, le synthé devient beaucoup plus qu'un simple instrument. Ce n'est même plus comparable. Certains réglages peuvent devenir extrêmement sensibles, au point que le simple fait de bouger très légèrement un potentiomètre peut modifier totalement un son. Pour pouvoir contrôler en temps réel, il faut donc savoir à tout moment quel module, quel signal, quel réglage provoquent tel caractère du son de sortie.

Zanov – Green Ray (1976) / source : Pierre Salkazanov
Zanov – Green Ray (1976)
Ton premier disque, Green Ray, semble révéler une certaine familiarité avec les pionniers Allemands.

Zanov – A mon retour d’Angleterre, j’ai bien sûr découvert les musiques électroniques existantes depuis Pierre Henry et Pierre Schaeffer jusqu'à Klaus Schulze. Mais ce qui m’a le plus touché, c’est Tangerine Dream, et en particulier l’album Ricochet. En dehors de Ricochet, je n'ai jamais écouté d'autres albums plus d’une seule fois, le plus souvent par curiosité. Mon problème, c’est que je suis un très mauvais auditeur, car je n’écoute pas la musique, je l’analyse pour essayer de comprendre comment les sons sont fabriqués, comment les compositions sont structurées. Je n’ai donc plus la disponibilité pour me laisser prendre par les émotions, sauf lorsque je compose moi-même.

On peut lire ici ou là que Green Ray n'a été composé qu'à l'aide d'un seul instrument, un VCS3. Est-ce exact ?

Zanov – C’est vrai. Un VCS3 et un magnétophone TEAC 4 pistes. Pour ne pas perdre en qualité de son, je n’ai pas fait de re-recording. Comme c’est de la stéréo, j’ai donc enregistré live la partie principale en continu sur deux pistes, et les autre sons en discontinu sur deux autres pistes. J’ai dû trouver des astuces pour utiliser à fond les capacités du VCS3. En plus des différents réglages pour chaque partie de chaque morceau, j’ai dû trouver les moyens de pouvoir passer d’un réglage au suivant très rapidement. Donc j’ai dû répéter et répéter. Je n’ai pas compté le nombre d’essais que j’ai fait avant d’arriver à l’enregistrement final. Et en même temps, j’ai beaucoup appris.

Tu as donné tes premiers concerts très vite, dès 1977. Mais dans ces conditions, comment joue-t-on une telle musique sur scène ? Un seul homme ne peut tout faire en même temps !

Zanov – Apres avoir composé Green Ray, j’ai acquis deux autres synthés, un ARP 2600 avec un séquenceur, et un synthétiseur harmonique RMI. Mes concerts ont été réalisés sur ces synthés, plus un second ARP 2600 qu'on m'avait prêté. Je pouvais tout faire en même temps grâce à trois techniques. La première consistait à élaborer des commandes très complexes – avec des modules qui rebouclent sur d’autres modules – qui permettaient de faire évoluer un son sur une durée assez longue. Ensuite, j’avais enregistré sur le 4 pistes deux sons par tranches de dix minutes, que je pouvais jouer via la table de mixage. Le magnétophone devenait un instrument à part entière. Enfin, comme je ne fais rien de compliqué au clavier, je peux utiliser mes mains pour les potentiomètres. En fait, le clavier lui-même fonctionne comme un module du synthétiseur : je l’utilise aussi pour contrôler des sons et pas seulement pour jouer des notes. Comme je le disais, il faut maîtriser à fond la technique pour être en mesure de l’oublier au moment de jouer. Ce qui exige un long temps de préparation et de répétitions.

Zanov en concert en 1978 / photo : Christian Piednoir
Zanov en concert en 1978 (photo : Christian Piednoir)
On parle souvent de la mauvaise fiabilité des synthés sur scène à l'époque. As-tu connu des mésaventures ? Si oui, comment t'en es-tu sorti ?

Zanov – Faire un concert avec ces appareils, c’est prendre un gros risque. Il faut une dose d'inconscience. J’ai eu la chance de ne connaître que des problèmes mineurs que j’ai su contourner. Le plus difficile était d’arriver à installer et à régler tous les synthés pour que tout soit prêt au début du concert. Ce qui me prenait environ quatre heures.

Comment a évolué ta manière de travailler par la suite ?

Zanov – L’album Moebius a été réalisé avec les synthés dont je viens de parler : VCS3, ARP 2600, séquenceur ARP, RMI Harmonic Synthesizer. Ce dernier était un synthé très original et très intéressant : le seul qui permettait alors de faire de la synthèse additive. On pouvait construire les sons en réglant le niveau des seize premiers harmoniques avec un potentiomètre linéaire par harmonique, ce qui permettait de construire des sons impossibles à faire avec la synthèse soustractive. Par la suite, j’ai complété mes instruments avec un Korg polyphonique PS 3300. Il me fallait un maximum de réglages accessibles en temps réel, mais avec la polyphonie, je n’avais pas beaucoup de choix. C'est avec ce set que j’ai réalisé en 1978 le troisième album, In course of Time, toujours enregistré en 4 pistes. Je suis passé au 8 pistes juste après pour préparer le suivant, qui n’a jamais vu le jour mais a donné naissance à Virtual Future. Mon équipement 8 pistes était un TEAC 38 avec des extensions Dolby (pour atteindre 90dB de dynamique) et une console de mixage Tascam M50. Bien sûr j’avais mon home studio, une pièce complètement isolée dans mon appartement, accessible de jour comme de nuit (mais pas trop fort la nuit !).

C'est Polydor qui a publié tes deux premiers disques. A l'époque, donc, un jeune musicien inconnu, loin du mainstream, pouvait sans problème attirer l'attention d'une importante maison de disques. Comment cela s'est-il produit ?

Zanov – En 1976, j’avais réalisé mes premières compositions. Mais comme je ne connaissais personne dans le milieu du show-biz, j’ai actionné les seuls liens que j’avais alors, c'est-à-dire les boutiques ou j’avais acheté mon VCS3 et mon TEAC. J’ai donné une cassette au vendeur. Quelques semaines plus tard, il m’a appelé pour me dire qu’un producteur était intéressé par ma musique. Je l’ai invité dans mon petit studio et lui ai fait écouter Green Ray, que je venais juste d'achever. Je lui ai fait une cassette et encore quelques semaines plus tard, il m’a fait savoir que si je signais avec lui, il me décrocherait un contrat avec Polydor pour la production et la distribution. J’ai signé en décembre 1976.

Zanov – Moebius (1977) / source : Pierre Salkazanov
Zanov – Moebius (1977)
Dès le deuxième album, Moebius, tu as introduit des morceaux plus courts et plus rythmés. As-tu bénéficié d'une exposition à la radio à l'époque ? Etait-ce un objectif ?

Zanov – Polydor m’avait vivement suggéré d'ajouter au moins deux titres plus courts afin d'en tirer également un disque 45 T. J’en ai composé une douzaine puis, avec mon manager, on en a choisi deux pour le 45 T, qui devaient également figurer sur l’album 33 T. Effectivement, ça a boosté les passages en radio.

Plus généralement, quels médias français parlaient à l'époque de musiques électroniques ?

Zanov – A l’époque, il n’y avait aucun media français spécifiquement dédié à la musique électronique, aucun magazine spécialisé, aucune radio libre. Il fallait donc compter sur les medias généralistes. J’ai fait l'objet de plusieurs petits articles dans les journaux et dans les trois magazines rock de l’époque : Rock & Folk, Rock en Stock et Best.

Zanov – In Course of Time (1982) / source : Pierre Salkazanov
Zanov – In Course of Time (1982)
Sais-tu combien de disques tu as vendus depuis le début de ta carrière musicale ?

Zanov – C’est une bonne question dont je ne connais pas la réponse. Mais j’ai quand même quelques éléments. J’ai appris je ne sais plus comment que Green Ray s'était vendu à plus de 20 000 exemplaires. Apres Green Ray, mon manager a eu quelques différends avec Polydor, qui a alors décidé de ne respecter le contrat qu'a minima pour Moebius, en tirant 3000 albums. Enfin, j’ai dû attendre la fin de mon contrat avec mon manager pour publier In Course of Time [sorti finalement en 1982]. La production et la distribution en ont été faites par un label en France, SFPP, et un autre au Canada, Solaris, mais je n'ai jamais eu le temps de suivre ce qui s’est passé ensuite. Donc je n’ai aucune info.

On n'avait plus entendu parler de toi sur la scène musicale depuis trente ans. Qu'as-tu fait tout ce temps ?

Zanov – En 1983, suite à l’évolution de ma vie privée, je n’avais plus assez de temps pour continuer la création musicale sérieusement. Or je ne voulais pas faire de la musique de façon marginale. J'ai donc pris la décision très difficile de faire une très longue pause. En même temps, peut-être dans l'espoir de me faire accepter à moi-même ma propre décision, je me suis promis de reprendre dès que la vie m'en redonnerait l’opportunité. Depuis 1976, je partageais mon temps entre mon job d’ingénieur dans la journée et ma musique une partie de la nuit et tout le reste du temps. Comme au travail, on raccourcissait mon nom en m’appelant « Salka », j'avais choisi la deuxième partie de mon nom, « Zanov », comme nom d'artiste. J’étais et je suis toujours la combinaison de ces deux faces. Pendant trente ans, j’ai continué à faire de la musique dans ma tête, et c’était parfois difficile de ne pas pouvoir concrétiser. Mais, grâce à la promesse que je m’étais faite, je savais que ces jours reviendraient. Entretemps, mon job d’ingénieur m’accaparait de plus en plus, j’ai acquis toujours plus de responsabilités, et ma famille a grandi. Voilà ce que j’ai fait pendant trente ans.

Et qu'est-ce qui t'a poussé à revenir ?

Zanov – Retrouver cette deuxième part de moi-même.

Zanov aujourd'hui, dans son studio / photo : Ninou
Zanov aujourd'hui, dans son studio (photo : Ninou)
Parlons de Virtual Future. Comment est né cet album ?

Zanov – En 1979, j’avais commencé à penser à un nouveau projet, Nous reprenons notre avenir, qui combinait intimement musique, texte et vidéo. Les textes avaient été écrits par un scénariste qui exprimait de manière poétique mes idées sur la réflexion humaine face au monde. Les textes en français, parlés et filtrés au vocodeur, partageaient leurs paramètres avec les sons de la musique. Pour la vidéo, l’idée était la même : faire une synthèse qui permettrait à la vidéo de partager ses paramètres avec le son. Pour cela, je passais tous mes week-ends dans un studio vidéo de Paris qui mettait à ma disposition un synthétiseur vidéo analogique Spectron de EMS (la marque qui a conçu le VCS3). Au bout d’un an, je maîtrisais le synthé vidéo et j’avais déjà créé quelques parties pour valider mon concept. Deux problèmes m’ont contraint à suspendre mon projet. D'abord, la fermeture du studio, qui m'a interdit l'accès au synthétiseur vidéo. Ensuite, je n'ai jamais pu aboutir à un mixage correct pour la voix. Lorsque la voix était musicalement satisfaisante, elle n’était plus suffisamment compréhensible, et lorsqu’elle devenait compréhensible, le résultat n’était pas suffisamment musical. Pendant ma longue pause, je me suis fait à l’idée de devoir laisser tomber les textes et revoir la musique en conséquence. Au début 2014, j’ai numérisé les bandes avec Pro Tools. Il y avait quatre pistes pour la musique et quatre pistes pour les textes. J’ai supprimé les textes, et comme ils occupaient une place importante, j’ai composé de nouvelles parties pour recréer l’ambiance sonore qui existait avant. Ces compléments et modifications ont été produits avec un Arturia Origin. J’ai passé de longues heures pour le mixage final, qui exprime mon ressenti d’aujourd’hui, un peu différent de celui d’il y a trente ans. Donc Virtual Future a été réalisé à 80% sur mes synthés vintage de l’époque (VCS3, ARP 2600, séquenceur ARP, RMI Harmonic Synthesizer, Korg PS 3300) et à 20% sur l’Arturia Origin.

Tu t’es donc converti aux nouveaux instruments informatiques ?

Zanov – Pour ce qui est de l’enregistrement, la vie est beaucoup plus simple avec Pro Tools qu’avec un magnétophone. J’ai une grosse configuration iMac pour ne pas avoir de problème de latence, bien que je n’utilise pas de plugins, sauf pour baliser les niveaux pendant la phase de mastering. En revanche, je ne peux pas utiliser les synthés virtuels, car je dois pouvoir manipuler beaucoup de paramètres en temps réel, et j’ai besoin de sentir les potentiomètres sous mes doigts. C’est aussi impossible pour moi que de jouer du clavier sur un écran tactile pour un pianiste.

Le jeune Zanov / photo : Ninou
Le jeune Zanov (photo : Ninou)
Est-il vraiment possible de percevoir une différence de timbre entre un vieil instrument analogique et son émulation logicielle ?

Zanov – Ça dépend de ce qu’on compare. Le problème du numérique est que les formes d’ondes générées sont trop parfaites et reproduisent mal les défauts de celles générées en analogique, qui présentent d’ailleurs des défauts différents pour chaque modèle de synthé. En musique, ce qui est trop parfait n’est pas humain et a du mal à déclencher des émotions. Les gens d’Arturia ont bien étudié ce problème. Pour l’oscillateur de leur Minimoog, ils ont mis au point un algorithme qui restitue, à la pointe de la dent de scie, des oscillations très proches de celles du vrai Minimoog. Je pense qu’en écoutant finement le son brut de ces deux oscillateurs, on doit à peine entendre la différence, mais je n’ai pas fait l’expérience. C’est en partie sur cette innovation qu’Arturia a construit sa notoriété. Donc plus les sons sont simples, plus on devrait entendre la différence entre le numérique et l’analogique. Mais lorsqu’il s’agit d’une composition électronique qui combine des sons qui se superposent et évoluent, enrichis de surcroît par des effets variés, je pense qu’il devient très difficile de savoir si la source est analogique ou numérique. Essaie de trouver dans Virtual Future les sons faits avec mes synthés vintage et ceux faits avec l’Arturia Origin, je pense que ça ne sera pas aisé.

En 1976, tu as été l'un des pionniers en France. A l'inverse, plus de trente ans après, t'es-tu a ton tour laissé influencer par les nouveaux courants de la musique électronique ?

Zanov – En fait, comme je le disais, j’écoute très peu de musique. Bien sûr, j’entends beaucoup de choses autour de moi, mais ce n’est pas vraiment de l’écoute. Je n’ai pas suivi ce qui se passait dans le domaine de la musique électronique. J’ai mon propre style, celui que je ressens. Il a dû évoluer avec l’âge, mais en tout cas, je n’ai pas cherché à changer. Pour moi, un morceau de musique est un morceau de vie, avec des sons, des rythmes, des mélodies qui naissent, qui bougent, qui se transforment et qui meurent. Mes sons sont tous créés par moi. Je n’utilise jamais de presets. Je les combine pour créer des phases attendues ou inattendues, plus ou moins stables, plus ou moins longues, et j’essaie de structurer chaque morceau comme une histoire, sans me soucier des conventions musicales.

Entretemps, le marché de la musique a complètement changé. Comment as-tu décidé d'assurer la production, la distribution et la promotion de ton disque ?

Zanov – Il y a deux ans, j’ai voulu savoir ce que devenait Zanov sur le web. En faisant un coup de Google, je fus très surpris de voir que j’avais toute la première page. D’autre part, en tant qu’informaticien, je connais bien la puissance d’Internet. J’ai donc décidé de me lancer moi-même, en m’appuyant sur tous ceux qui m’apprécient et dont une partie attendait mon retour. Je sais également, car j’ai de nombreuses connaissances dans le milieu professionnel informatique, que ma musique plaît aussi hors du monde de la musique électronique. Je voudrais d’ailleurs en profiter pour remercier tous ceux qui aiment ma musique et qui me soutiennent en la faisant connaître autour d’eux. Pour me produire, j’ai créé mon propre label, simplement appelé Zanov Music, qui me permet d’être distribué en CD par Amazon.fr ici et par CDBaby.com de l’autre côté de l’Atlantique. L’accès à tous les sites de distribution numérique est quant à lui très facile : il suffit de passer par un seul distributeur intermédiaire. J’ai choisi CDBaby. Pour la promotion, je commence à utiliser Internet, ce qui nécessite quelques investissements, mais ça reste raisonnable. En particulier, j’utilise StoryAmp pour les Etats-Unis, mais je n’ai pas trouvé d’équivalent en France. J’ai créé mon site web, www.zanov.net, dont je gère moi-même la forme et les contenus, en m’appuyant sur les outils de l’hébergeur Hostbaby.com. J’ai encore pas mal de choses à faire pour la promotion, et c’est vrai que pendant ce temps, je fais moins de musique, mais ce n’est que temporaire. J’utilise les outils du web pour suivre ce qui se passe, Google Alerts et Google Analytics. Les autres outils important sont Facebook, sur lequel j’ai créé la page Zanov il y a trois mois, et Reverbnation, très utilisé aux Etats-Unis. C’est beaucoup de travail, surtout au début, pour la mise en place, mais en contrepartie, je ne subis pas de contraintes susceptibles de me déplaire.

Zanov – Virtual Future (2014) / source : Pierre Salkazanov
Zanov – Virtual Future (2014)
Qui est responsable du design et de la couverture ?

Zanov – Pour moi, la couverture du CD est très importante. Elle devait être esthétique, traduire les émotions qu’exprime ma musique, être reconnaissable et impeccablement réalisée. Plus secrètement, je voulais qu’elle reprenne les idées du texte de Nous reprenons notre avenir que j’avais laissé tomber. J’ai travaillé avec une agence de communication lyonnaise, « Du bruit au balcon », en collaborant étroitement avec le graphiste pour que le résultat corresponde à mes attentes. La couverture devait apporter une valeur ajoutée à ceux qui achètent le CD et paient donc plus cher que le téléchargement.

Es-tu de retour pour de bon ? Quelle est la prochaine étape ?

Zanov – Je vais d’abord acquérir d’autres synthétiseurs. Mais à ce stade, je suis déjà confronté à un gros problème. En effet, au-delà de l’Arturia Origin, je n’ai pas encore trouvé un modèle suffisamment adapté à mon usage. Ensuite, je vais composer l’album suivant tout en préparant en même temps le nécessaire pour faire des concerts. Je situe ça dans un an environ. J’espère combler mon public encore de nombreuses années.