dimanche 26 octobre 2014

Pyramid Peak & BK&S live @ Dechenhöhle, Iserlohn, 25 octobre 2014


Depuis 2001, le trio de Leverkusen Pyramid Peak investit régulièrement la grotte de Dechen, à Iserlohn, pour faire résonner les voûtes, les orgues et les gours aux sonorités majestueuses de la musique électronique. Cette année, Pyramid Peak a su convaincre un autre trio bien connu, BK&S, de participer à un double concert sous les stalactites. L’endroit est idéal pour accueillir ce type de manifestation. Par 10°C, une centaine de personnes, connaisseurs ou visiteurs occasionnels, se sont retrouvées pour se laisser emporter par l’ambiance particulière des lieux, renforcée par de subtils et plaisants jeux de lumières.

 

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2014
De gauche à droite : Mario Schönwälder, Andreas Morsch, Bas Broekhuis, Uwe Denzer, Axel Stupplich, Detlef Keller

Grotte de Dechen, Iserlohn, le 25 octobre 2014

Au premier abord, Pyramid Peak et BK&S explorent la même veine classique de la musique électronique. Leur approche, comme leur formation, se prêtent à la comparaison : deux trios, chacun munis d’un batteur dédié ; une large place laissée aux séquences typiques de la Berlin School, aux atmosphères et aux solos romantiques. L’opportunité de les voir jouer live le même jour permet toutefois de dissiper la confusion.

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014
Axel Stupplich, Andreas Morsch et Uwe Denzer connaissent bien la grotte de Dechen. En incluant cette soirée, c’est la sixième fois que leur trio, Pyramid Peak, s’y produit depuis 2001. La formation tourne beaucoup : nous avons déjà eu deux occasions d’en parler : le festival Electronic Circus 2013 et le E-Day 2014. Incontestablement, Pyramid Peak fait partie des héritiers de la musique électronique classique allemande des années 70 : principalement la Berlin School de Tangerine Dream, mais aussi la Düsseldorf School de Kraftwerk. Les trois hommes, pourtant, s’éloignent du son brut de leurs aînés, de leurs sets improvisés et des ratés de l’analogique. Les morceaux de Pyramid Peak sont tirés au cordeau, plus léchés, mais aussi plus denses que ceux des gloires du passé. Axel, Andreas et Uwe font la musique que celles-ci auraient pu produire de nos jours, si elles avaient bien voulu rester fidèles à leurs racines. On reconnaît immédiatement les nappes planantes et les glorieux séquenceurs, qu’Axel et Andreas introduisent toujours avec intelligence et à propos. Mais Uwe, à la batterie électronique, y apporte une touche plus contemporaine, parfois plus rock. Le groupe offre à son public un set en partie inédit, qui laisse prévoir un nouvel album dans la droite ligne du précédent, Anatomy. Ce dernier fait d’ailleurs l’objet d’un second rappel mérité.

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Andreas Morsch, Uwe Denzer, Axel Stupplich : Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014

BK&S live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
BK&S live @ Dechenhöhle 2014
Dans le public, plusieurs gens du cru ou simples habitués des manifestations de la grotte ne sont pas familiers de ce style musical très particulier. Il est possible qu’à leurs oreilles, la musique de Mario Schönwälder, Detlef Keller et Bas Broekhuis ne soit pas si différente de celle de Pyramid Peak. Les aficionados, eux, ont aujourd’hui la chance de comparer. De loin, l’instrumentation paraît identique. Comme Uwe Denzer, Bas Broekhuis s’installe derrière ses pads de percussions, tandis que Mario et Detlef s’entourent de synthés, comme Axel et Andreas avant eux. Mais la dimension rock, perceptible dans la prestation de Pyramid Peak, est absente de celle de BK&S. Bas est un batteur – ses premières mesures nous le prouvent – mais c’est aussi un percussionniste capable d’explorer des ambiances plus légères. Broekhuis, Keller & Schönwälder perpétuent la tradition d’une Berlin School presque pure. Ce soir, ils gratifient l’audience d’une pièce d’un seul tenant dont la dernière partie montre leur maîtrise des séquences entrelacées. Quant à la conclusion, sans rythme, sans séquence, elle consiste en un impressionnant dialogue entre Detlef au Jupiter 80 et Mario au Memotron. Ce soir, Mario Schönwälder utilise en effet pour la première fois sur scène la version rack de cet instrument développé par Manikin Electronic. La chaleur du mellotron, voilà ce qui confère à BK&S une partie de son identité.

BK&S live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Bas Broekhuis, Detlef Keller, Mario Schönwälder : BK&S live @ Dechenhöhle 2014

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Le public dans la grotte
Dans cette grotte frigorifiée, une telle chaleur ne pouvait être que bienvenue. Après le soundcheck, les musiciens avaient dû bâcher leurs instruments afin de les protéger des gouttes d’eau dont suintent les stalactites. Au cours des deux concerts, il n’a pas été rare de voir l’un ou l’autre essuyer méticuleusement son clavier. Mais les 10°C ont vite été oubliés à l’issue du show de BK&S, lorsque les deux formations se sont réunies pour une jam session mémorable. De toute évidence, les six hommes, presque aussi serrés sur leur « scène » que le public sous la voûte de la caverne, avaient prémédité leur coup. Cet ultime morceau laisse-t-il présager d’une future collaboration ? Quoi qu’il en soit, on peut se laisser aller à rêver que la grotte de Dechen devienne à l’avenir un rendez-vous régulier de la musique électronique en Allemagne.