mardi 28 octobre 2014

Pyramid Peak : séquences au sommet


Fondé en 1988 par Axel Stupplich et Andreas Morsch, d’abord sous le nom de Digital Dream, Pyramid Peak est devenu le trio aujourd’hui reconnu sur la scène électronique par l’adjonction d’un troisième larron, le batteur Uwe Denzer, lui aussi originaire de Leverkusen, au nord-est de Cologne. Depuis 1998, le groupe produit des albums dans la grande tradition de la Berlin School, mais dans un style plus énergique, et moins contemplatif. Avec BK&S, Pyramid Peak est probablement la formation qui tourne le plus au sein de cette niche. Axel, Andreas et Uwe disposent même de leur rendez-vous attitré : la grotte de Dechen, à Iserlohn, où ils se produisent régulièrement depuis 2001. Cette année, ils avaient justement invités BK&S à se joindre à eux. Entre leur propre show et celui de leurs hôtes, les trois hommes se sont assis quelques minutes sous les stalactites pour répondre à quelques questions.

 

Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer : Pyramid Peak @ Schallwelle Awards 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak @ Schallwelle Awards 2014
De gauche à droite : Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer

Grotte de Dechen, Iserlohn, le 25 octobre 2014

A quel type d'ambiance et de musique dois-je m'attendre en écoutant Pyramid Peak ?

Axel Stupplich – A de la belle musique, avec beaucoup de séquenceurs, de mélodies et de rythmes. Si tu entends un son tout en séquences et en mélodie, c'est nous.
Andreas Morsch – Si on veut absolument nous classer dans un genre particulier, alors on peut dire que les grands anciens, comme Tangerine Dream, Jean-Michel Jarre ou Kraftwerk, nous ont servi de modèle. Mais nous ne souhaitons pas nous-mêmes nous prêter à ce genre de classification.
AS – Nous tâchons de rester ouverts à toutes sortes d'influences. Quand nous nous asseyons devant nos synthés et que nous commençons à jouer, nous explorons bien sûr un chemin ouvert avant nous par tous ces artistes connus, mais nous tâchons aussi de développer notre style à nous. En 25 ans d'existence, nous avons eu le temps de développer notre propre son.

Pyramid Peak live @ E-Day 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ E-Day 2014
Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez entendu ce type de musique ?

AM – Oui, j'étais encore un enfant. Ce sont mes parents qui m'ont fait écouter The Robots, de Kraftwerk. Puis Jean-Michel Jarre.
AS – Je regardais la série Cosmos 1999 à la télé. On pouvait y entendre ce genre de musique, dont j'ignorais tout à l'époque. La série n'était pas terrible, c'est vrai, mais je trouvais la musique fantastique.
Uwe Denzer – Oxygène, de Jean-Michel Jarre, a été l'un des premiers disques que j’ai possédé. Puis, dans les années 80, je me suis mis à écouter l’émission radiophonique de Winfrid Trenkler sur la WDR, Schwingungen. C'est là que tout a vraiment commencé pour moi, Je m'asseyais tous les jeudis soir devant la radio et j'enregistrais tout ce qu'il passait.
AS – Moi aussi, j’ai encore mes vieilles cassettes.
UD – Quand Mojave Plan, le premier morceau de White Eagle [1982], de Tangerine Dream, a retenti pour la première fois dans le poste, ça a été grandiose. Entendre en intégralité ce titre de 20 minutes, c’était énorme.

Quand vous êtes-vous dit : « Moi aussi, je veux faire de la musique » ? Que s'est-il passé ?

AS – Ecouter, ce n'était plus suffisant. A un moment naît en effet ce désir de produire soi-même de tels sons. On achète alors un petit synthé pas trop cher pour commencer. En gros : ce qu'un étudiant peut s’offrir. Andreas et moi avons éprouvé ce même besoin en même temps. Puis nous nous sommes rencontrés, tout à fait par hasard, en 1986. Un ami commun m’avait parlé d’un type qu’il connaissait et qui faisait le même genre de musique que moi. Il nous a présentés. Notre collaboration a débuté presque immédiatement après. Oui, c'est la musique qui nous a réunis.

Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer : Pyramid Peak @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer @ Dechenhöhle 2014
Que faites vous dans la vie ?

AM – Je suis travailleur indépendant.
AS – Je travaille dans la vente automobile pour une firme japonaise.
UD – Je suis manager dans une boîte d'informatique.

Sur votre site, votre discographie ne mentionne que neuf albums depuis 1998. Que s’est-il passé avant ?

AM – J’ai fait une pause pendant une assez longue période. Au début des années 90 [en 1991], j’ai tout arrêté, vendu tous mes instruments et je n’ai plus du tout touché à la musique pendant… presque dix ans, non ?
AS – Non, pas si longtemps ! [Andreas a rejoint la formation en 1998, qu'Uwe avait intégrée entretemps]
UD – Je ne faisais pas encore partie du groupe à ce moment-là. En fait, nous nous sommes connus parce qu’Axel et moi étions voisins à Leverkusen. Il avait son studio à la maison. Au milieu des années 90, nous avons commencé à jouer ensemble, jusqu’à ce qu’Andreas réintègre le groupe.

Où sont passés vos albums plus anciens, comme Fractals (1990) ou Sternenmusik (1990) ? On peut encore se les procurer quelque part ?

AM – Non, plus du tout. Ce sont des enregistrements sur cassettes. Les bandes originales n'existent même plus. Et nous ne souhaitons nullement repiquer ça sur CD aujourd’hui. Ça ne vaudrait pas le coup. D’abord parce que la qualité des enregistrements n’est pas à la hauteur. Surtout, notre son a beaucoup évolué depuis lors. Nous souhaitons laisser derrière nous toutes ces expériences du passé.

Sur quels instruments avez-vous débuté ?

AM – Nous avons commencé avec un expandeur Roland MT-32, parce que c’était l’un des rares instruments abordables pour notre budget si modeste. Je me suis ensuite acheté un Casio CZ-5000, qui coûtait tout de même à l’époque quelque chose comme 2000 marks. Je peux te dire que nous avons épargné longtemps pour nous acheter ces engins.

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014
Et aujourd'hui sur scène ?

AS – Nos situations professionnelles nous permettent à présent des investissements un peu plus conséquents. Aujourd’hui, j'avais apporté, entres autres, un Blofeld de Waldorf et un Roland Gaia, donc un synthé à modulation analogique virtuelle. Pas question de jouer ce soir avec de vrais synthés analogiques. De telles machines n’auraient pas aimé la température de la grotte [10°C]. Ça les aurait probablement détraquées.
AM – J'ai joué sur mon instrument préféré, le Virus TI.
UD – En tant que batteur, j'ai utilisé les pads Alesis Performance et le module Nord Drum, fabriqué par la firme Nord. J’avais aussi un Roland Juno-G, comme clavier pour les effets. Et il ne faut pas oublier le Nord Modular, un excellent synthé numérique.

Le rôle d’Uwe à la batterie est assez clair. Sinon, qui fait quoi sur scène ?

AM – Difficile de donner une réponse précise. Chacun apporte son propre jeu au travail de l'autre. L'un développe une séquence, l'autre y ajoute des nappes, et inversement. Nous fonctionnons ainsi depuis le début. A l’époque, chacun avait son ordinateur, son synthé, totalement indépendants les uns des autres. On jouait ensemble, c’est tout. A aucun moment nous n’avons eu conscience de mettre au point une manière précise de travailler. C’est pourtant elle qui fonctionne encore aujourd'hui à trois.
UD – Le principal, c’est que nous y prenions toujours autant de plaisir.

Pyramid Peak & Harald Nies live @ Electronic Circus 2013 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Electronic Circus 2013 (avec Harald Nies)
Racontez-moi un peu ce qui s'est passé sur scène lors de votre concert à l'Electronic Circus en 2013. Vous avez autopsié un synthé, c’est bien ça ?

AS – Absolument ! Nous venions de publier notre dernier CD, qui s'intitule Anatomy. Le nom nous était venu comme ça. Il ne faut pas lui chercher une signification très profonde. Sur la couverture du CD, nous avions déjà décidé de poser dans des costumes de chirurgiens. Nous nous sommes dit que nous pouvions aller plus loin sur scène, et c’est ainsi que nous nous sommes prêtés à cette mascarade : ouvrir les entrailles d'un synthé et procéder à cette autopsie. Ça faisait partie du show. Les organisateurs du Circus ont été emballés par l'idée.
UD – Eux-mêmes sont déjà très friands de déguisements et de ce genre de choses.

A part ce festival, où vous êtes-vous produits jusqu'ici ?

AS – Nous avons participé au Awakenings Festival en Angleterre en début d’année [le 8 mars 2014].
UD – Ce n’était pas notre première fois à l'étranger. Nous avions aussi joué chez Dave Law, de Synth Music Direct, lorsqu’il avait encore son festival, Alpha Centauri. Aux Pays-Bas, nous avons fait aussi le E-Live en 2005 et le E-Day cette année.
AM – En Allemagne, je crois que nous avons participé à tous les principaux événements : la Gartenparty à Hamm, le Grillfest au Grugapark de Essen, et les concerts de l'association Schallwende au planétarium de Bochum.
AS – Nous n’avons encore jamais joué en France, mais nous attendons avec impatience une invitation. Si tu as des contacts…

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014
Et n’oublions pas votre rendez-vous régulier ici-même, dans la grotte de Dechen.

AS – Nous nous y sommes produits pour la première fois en 2001.
UD – En gros, nous venons tous les deux ou trois ans.
AM – C'est la sixième fois aujourd’hui. Dans les années 80, nous avions déjà joué dans une grotte. Nous avions fait quelques essais, avec une caméra aussi, mais à l'époque, un vrai concert n'était pas réalisable. Nous n’avons pas renoncé pour autant. Il se trouve que le docteur Stefan Niggemann, qui est géologue et gérant de cette superbe grotte, se trouve aussi être un connaisseur de musique électronique.
AS – J’avais écrit à trois ou quatre responsables de grottes de ce type dans la région, et le docteur Niggemann a répondu presque instantanément. « Venez quand vous voulez ! » Il est fan de Klaus Schulze et Tangerine Dream. On ne pouvait pas mieux tomber.

Qui sont les visiteurs ?

UD – En grande partie, les fans habituels de musique électronique. Mais, dans la mesure où la grotte est connue dans la région, et que le concert était annoncé dans la presse locale, il y a vraisemblablement aussi quelques personnes ici qui découvrent seulement aujourd'hui de quoi il s'agit. Ou bien certains connaissaient peut-être déjà Pyramid Peak grâce à nos concerts précédents, mais découvrent en revanche BK&S.

Comment cette scène pourrait-elle atteindre un public différent, peut-être plus jeune ?

AS – J'y travaille. Les musiciens devraient faire plus d'enfants. J'ai amené les miens, aujourd'hui !
AM – C'est devenu compliqué, parce que les standards de l'électronique ont changé et que les médias s'intéressent désormais à tout autre chose. Le point culminant de ce style très particulier qui est le nôtre commence à dater. Le Klemdag de la grande époque rassemblait un millier de personnes à la fin des années 90 [l’ancêtre du E-Live aux Pays-Bas, organisé à l’époque par une association locale, Klem] !

Pyramid Peak CD covers / source : www.syngate.biz
Atmosphere (1998) (réédition Syngate 2009) – Anatomy (2013) – The Cave (2010)

Vous avez autoproduit tous vos disques, sauf l’un d’entre eux, The Cave, paru en 2010 chez Syngate. De quoi s’agit-il ?

AS – Il s'agit justement le fruit d'un concert que nous avons donné ici à Dechen en 2009.

Pouvez-vous déjà annoncer un prochain rendez-vous live ?

AS – Le 28 février, nous serons à la Güterhallen de Solingen à l’occasion d’une manifestation artistique. Un auteur procèdera à une lecture et nous fournirons l'accompagnement musical.
AM – La Güterhallen est un atelier d’art. Nous y avions déjà joué dans le passé. Nous avons noué d’excellents contacts avec plusieurs artistes, et nous avons hâte d'y être. Ça va être une expérience intéressante pour nous.

Travaillez-vous également à un nouvel album ?

AS – Il y aura bien un nouvel album, dès l’année prochaine. Il comprendra une partie de ce que nous avons interprété aujourd'hui. La grotte nous a souvent servi à cela. A chacun de nos concerts ici, nous avons joué des morceaux tout nouveaux en prévision d'un nouveau disque.