mardi 7 avril 2015

Des nouvelles de BK&S et Manikin Records


Une semaine après leur traditionnel concert de nouvel an en l'église de Repelen, Bas Broekhuis, Detlef Keller et Mario Schönwälder étaient à nouveau réunis à l'occasion des Schallwelle Awards. Pas simple de croiser les trois hommes ensemble. Bas vit aux Pays-Bas, Detlef habite à Moers, Mario est berlinois. Préparée en vue du concert de Repelen, qui les avait lessivés, entamée à Bochum lors d'une pause entre deux remises de statuettes, cette interview s'est finalement achevée une semaine plus tard en compagnie du seul Mario Schönwälder, dans son studio de Berlin. L’occasion d’évoquer la sortie du prochain album, Green, et les dernières trouvailles de Manikin Records.

 

Mario Schönwälder, Manikin Records studio, 30 mars 2015 / photo S. Mazars
Mario Schönwälder dans son studio berlinois, 30 mars 2015

Bochum, le 21 mars 2015

L'église de Repelen, 2014 / photo S. Mazars
L'église de Repelen
Le week-end dernier, vous vous produisiez pour la onzième fois dans la petite église de Repelen. Quel est cet endroit et comment en êtes-vous arrivé là ?

Detlef Keller – Si je ne me trompe pas, il me semble que cette église est l'une des plus anciennes de la région.
Bas Broekhuis – Elle remonte au VIIe siècle, non ?
DK – Oui, elle a été bâtie sur le site d'une ancienne synagogue.
Mario Schönwälder – Où se trouvait autrefois un temple romain.
DK – Exact. Après sa fondation, l'église a été progressivement agrandie jusqu'à sa forme actuelle. Comment nous en sommes venus à y jouer chaque année ? Tout est parti d'un article que j'ai lu dans le journal, écrit par un enseignant qui faisait aussi de la musique électronique, comme passe-temps, et qui en parlait. Je l'ai appelé, et c'est lui qui m'a conseillé de prendre contact avec le pasteur. La paroisse avait l'habitude d'organiser pas mal de concerts. A l'époque, il devait bien y en avoir une cinquantaine par an, soit près d'un par semaine. Chaque semaine un genre différent, et pas seulement de la musique sacrée. Beaucoup de musique profane aussi : les chœurs des cosaques du Don, de la musique russe, du folklore, des récitals d'orgue.
BK&S live @ Repelen 2014 / photo S. Mazars
BK&S live @ Repelen 2014
BB – Et plus tard, de la guitare flamenco avec Tierra Negra [le groupe de Raughi Ebert].
DK – J'ai donc expliqué au pasteur ce que nous faisions, et il nous a donné son feu vert. Dès l'année suivante, en, 2005, nous donnions notre premier show dans l'église. La première fois, c'était assez modeste, puis ça a pris des proportions considérables. Nous avons dû refuser du monde, les gens se pressaient dans les collatéraux et même dehors. Si bien qu'en 2011, nous avons décidé d'ajouter une date supplémentaire. C'est depuis ce temps que nous jouons deux soirs de suite : un premier concert «électronique pur» le vendredi soir avec nous trois. Le second soir, Raughi, Thomas et Eva nous rejoignent avec guitare, violon, danse, harpe laser… la totale !
MS – Ce qui nous étonne toujours, c'est que nous sommes bénéficiaires depuis le début. Tu ne peux poursuivre ce genre d'aventure qu'à la condition de rentrer dans tes frais. Or, non seulement nous y parvenons, mais il nous reste toujours un petit bonus au bout du compte. Un bel événement, qui nous procure toujours autant de plaisir après tant d'années et qui se tient financièrement : que demander de plus ?
DK – Il faut préciser que nous sommes le seul événement de l'église à faire payer l'entrée. Tous les autres sont gratuits et font passer un plateau à la fin du spectacle. Nous ne pourrions pas nous le permettre car nous avons des frais fixes incompressibles.

BK&S live @ Repelen 2015 / photo S. Mazars
L'église toujours pleine
Qui vient ? Quel public se rend à Repelen pour vous voir ?

DK – Curieusement, l'auditoire n'est pas constitué principalement des fans habituels de la musique électronique.
BB – Ce sont surtout des gens de la région, des habitants, des voisins.
DK – Je m'occupe des préventes sur Internet, ce qui me permet de remarquer chaque année des noms nouveaux. Beaucoup amènent des amis l'année suivante. Nous bénéficions d'un excellent bouche à oreille. Du coup, les habitués de notre scène auront moins de chance de reconnaître des têtes connues dans l'assistance.
MS – Parce que la musique elle-même va bien au-delà des frontières de notre genre. A l'électronique s'ajoute ce cachet acoustique unique en son genre.

BK&S live @ Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S avec Raughi Ebert (à gauche) et Thomas Kagermann (à droite)
Comment avez-vous fait la connaissance de Raughi Ebert et Thomas Kagermann ?

MS – Nous avons rencontré Raughi en 1997. Nous étions invités à un happening qui réunissait un chanteur d'opéra, un sculpteur, un guitariste flamenco – Raughi – et nous. Il assistait à notre soundcheck et, tandis que nous jouions, il s'est mis à improviser à la guitare. Nous lui avons aussitôt proposé de refaire la même chose le soir-même, pendant le concert. Le morceau figure sur le deuxième CD de Keller & Schönwälder publié dans la foulée. Depuis, nous avions gardé le contact. Quant à Thomas Kagermann, il avait joué du violon comme guest sur plusieurs albums de Klaus Schulze. On l'entend beaucoup sur les deux volumes des Contemporary Works [2000].
BB – Et sur Moonlake, aussi [en 2005].
MS – Nous nous sommes rencontrés au Liquid Sound Festival de Bad Sulza en 2003. C'est la première fois que nous avons joué ensemble.

Liquid Sound volume 2 (Manikin Records, 2003) / source : discogs.com
Liquid Sound volume 2 (Manikin Records, 2003)
Des événements à l'identité forte, des ambiances très différentes, c'est un peu la spécialité de BK&S. Avec Repelen, ce festival est l'un de vos autres grands rendez-vous annuels. De quoi s'agit-il ?

MS – Le Liquid Sound Festival est un événement itinérant organisé chaque année dans les Toskana Therme de Bad Orb, Bad Sulza et Bad Schandau. Nous y participons depuis au moins vingt ans. Non, j'exagère : quinze ans. Depuis 2001.
DK – L'idée consiste à écouter la musique sous l'eau.
MS – Le fondateur de l'événement, Micky Remann, s'était amusé à mettre au point un ghetto blaster étanche pour découvrir à quoi ressemblait le chant des baleines dans leur milieu naturel, c'est-à-dire sous l'eau. Puis il a voulu étendre le concept à la musique. Il s'est contenté d'adapter sa trouvaille.

Je ne comprends pas, je n'y ai encore jamais assisté. Où se trouvent les spectateurs ?

DK – Dans l'eau ! Tu peux nager, faire ce que tu veux. C'est de l'eau salée, tu flottes à la surface, tu fais la planche, mais tes oreilles sont immergées. Physiquement, le son se propage cinq fois plus vite sous l'eau que dans l'air. Ce qui explique que les baleines puissent communiquer entre elles sur de très longues distances. Selon la même loi physique, sous l'eau, tu n'entends plus, ou très peu, les basses fréquences.
MS – En revanche, les aigus sonnent formidablement bien.

Kagermann, Keller, Schönwälder & Friends – The Liquid Session (Manikin Records, 2003) / source : manikinrecords.bandcamp.com
The Liquid Session (Manikin Records, 2003)
Vous n'êtes tout de même pas les seuls à assurer la bande son, non ?

MS – Non, il y a beaucoup d'autres artistes. Parmi ceux qui appartiennent à notre scène, on peut citer Wolfram Spyra. C'est sans doute lui qui y participe le plus souvent. Et c'est lui qui nous a introduits auprès de Micky. Comme je te le disais, nous y avons aussi rencontré Thomas Kagermann en 2003. Tous les mois, Micky organise un «Full Moon Concert» auquel nous participions pour la première fois cette année-là. Au cours d'une session qui réunissait plusieurs musiciens, on a commencé à entendre un son très bizarre, très grave. J'ai regardé autour de moi. «Qui est en train de jouer ça ?» Je regarde Bas : il était concentré sur sa batterie. Detlef ? Il était en train de jouer un solo. Je me tourne vers Gerd Wienekamp : pas lui non plus. Et puis on voit ce surgir ce type, qui jouait du violon, très, très lentement. C'était Thomas Kagermann. Notre technicien a eu la bonne idée d'ouvrir un canal sur la table de mixage ce qui nous a permis d'enregistrer son intervention sur le morceau. Thomas fait ça tout le temps. Ce n'est jamais prévu. Selon l'inspiration du moment, il joue du violon, il prend sa flûte ou il se met à chanter. Tu l'as déjà vu chanter dans son violon ? Il en tire parfois de tels sons ! On peut croire qu'il est en trai de mordre les cordes comme Jimi Hendricks, mais en fait il profite de la caisse de résonance en bois de l'instrument, qui donne à sa voix cet effet très étonnant.

BK&S live @ Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S avec Eva Kagermann (Repelen 2015)
Revenons à Repelen, comment est venue l'idée d'associer une danseuse à vos spectacles ?

DK – Eva est l'épouse de Thomas. Lors du premier concert auquel son mari a participé, Eva faisait simplement partie du public. Et tout à coup, en plein milieu d'un morceau, elle s'est mise à effectuer quelques pas de danse dans le narthex. Les spectateurs lui tournaient le dos, mais le pasteur, lui, l'a remarquée. Plutôt que de danser toute seule dans son coin, il lui a suggéré de nous accompagner sur scène dès l'année suivante. C'est ce qui s'est produit.
BB – Nous introduisons ainsi chaque année de nouvelles idées, un nouveau dispositif.
DK – Ça explique peut-être notre longévité. Beaucoup d'événements s'essoufflent au contraire au bout de deux ou trois ans. Une année, un grand rideau masquait la scène et les gens pouvaient voir Eva évoluer en ombres chinoises. Nous avons d'autres idées pour les vingt prochaines années. Mais alors, il sera temps d'équiper la scène de rampes d'accès pour nos déambulateurs !
MS – J'aimerais bien qu'on invite aussi un peintre sur scène. Il peindrait sur une toile blanche pendant que notre prestation. Cette fois, ce ne serait pas la musique qui servirait d'illustration à un art pictural, mais exactement l'inverse.
DK – Les gars, je crois que la cérémonie va reprendre.

Mario Schönwälder, Manikin Records studio, 30 mars 2015 / photo S. Mazars
Mario Schönwälder dans son studio berlinois, 30 mars 2015

Berlin, le 30 mars 2015

BK&S live @ Dechen Cave 2014 / photo S. Mazars
BK&S live @ Dechen Cave 2014
Mario, nous parlions de Repelen et du Liquid Sound Festival. Avez-vous d’autres événements de ce type en tête ?

Mario Schönwälder – Nous voulons jouer dans plein d’autres endroits inattendus. Pas toujours dans une salle de concert ordinaire, un planétarium ou une église. Dans la première semaine de novembre aura lieu la prochaine édition du Liquid Sound Festival, dont nous serons à nouveau très probablement à l’affiche. Le concert dans la grotte de Dechen l’année dernière a aussi bien marché. Nous devrions y retourner, avec les copains de Pyramid Peak. Pas cette année, mais en 2016. C’est quasiment fait.

BK&S – Direction Green EP (Manikin Records, 2014) / source : manikinrecords.bandcamp.com
BK&S – Direction Green EP
Quels sont vos prochains rendez-vous ?

MS – Après deux ans de travail, nous allons enfin publier notre nouvel album, Green, qui débutera là où les cinq dernières minutes de Direction Green s’arrêtaient. A cette occasion, nous donnerons un concert de lancement au planétarium de Bochum le 6 juin prochain. Parallèlement, mon projet avec Frank Rothe, notre ingénieur du son, va donner lieu au premier vrai concert de Filterkaffee, le 18 avril prochain los du festival E-Day aux Pays-Bas. Filterkaffee avait déjà joué deux fois live : la première à Berlin, pour accompagner une séance de lecture. La seconde lors du B-Wave Festival en Belgique, en 2013, pour présenter les instruments de Manikin Electronic. A Oirschot, nous allons emmener les spectateurs dans un voyage d’une heure dix dans les années 70. Pas de rythmes, pas de beats, mais des séquenceurs, du mellotron et des effets. Le tout 100% analogique, avec quelques plug-ins comme Omnisphere ou des logiciels Arturia. Le second album de Filterkaffee sortira le jour-même. Après Filterkaffee 101, je te laisse deviner le titre : Filterkaffee 102 ! Vous, les Français, vous y connaissez bien en café. Comme tu le sais, 101 à 106 sont des formats standards de filtres à café. Nous pourrons donc faire 6 CD en tout. Après, il faudra changer de machine !

Manikin Records logo / source : manikinrecords.bandcamp.com
Le logo de Manikin Records
Parlons à présent de Manikin Records, ton label, qui t’offre une large liberté d’action.

MS – Mon but n’a jamais été d’avoir du succès ou de devenir riche, mais simplement de produire la musique qui me plaît. Si des gens trouvent ça cool, viennent aux concerts et achètent des disques, ça suffit à mon bonheur. Manikin me permet de partager avec eux cette passion pour un même style de musique. Et pourtant, ce que chacun ressent en écoutant nos disques peut-être très différent. Il y a plus de vingt ans, une jeune femme est venue me voir après un concert et m’a dit que notre musique conviendrait parfaitement pour faire l’amour. Je n’y avais jamais songé ! Si tu examines le logo de Manikin, tu verras qu’il s’agit d’une effigie humaine, d’un mannequin, mais sa posture peut évoquer bien des attitudes : est-il en train de danser ? T’attaque-t-il ? Te tend-il les bras ? Chacun peut l’interpréter de manière différente. Il en va de même avec notre style de musique.

De quel style parles-tu exactement ? La musique électronique, c’est vaste.

MS – Le terme de « musique électronique » n’est qu’une catégorie, une vue de l’esprit. Avant l’apparition de la techno, il fut un temps où toute musique qui contenait des synthés était automatiquement classée en New Age chez les disquaires. Auparavant, on parlait de musique cosmique. Mais ce n’est qu’une façon de parler. En réalité, je ne fais pas de « musique électronique », j’utilise des outils électroniques pour faire de la musique. La tagline de Manikin est d’ailleurs « Elektronische Tonsignale aus Berlin » et non pas « Elektronische Musik aus Berlin ». Les bidouillages de Karlheinz Stockhausen dans les années 50, c’était déjà de la musique électronique. Aujourd’hui, toute musique pourrait être dite « électronique » dans la mesure où, quelque soit le genre, les outils électroniques sont partout. Donc ça n’a pas grand sens de définir à genre à partir des instruments.

Mario Schönwälder, Manikin Records studio, 30 mars 2015 / photo S. Mazars
Il y a tout de même une filiation.

MS – En effet, si tu enlèves le beat à la techno d’aujourd’hui, que reste-t-il ? Il reste la musique électronique telle qu’on la pratiquait dans les années 70 ! Un jour, un journaliste musical m’a dit : « Les jeunes qui s’amusent aujourd’hui sur les dancefloor finiront par vieillir. Ils n’iront plus en boîte, mais ils voudront peut-être encore écouter tranquillement de la musique électronique chez eux, à la maison. » Or Manikin est en plein dedans. C’est notre créneau. Nous faisons exactement la même musique, sans cette dimension dance. Ces gens finiront donc tôt ou tard par se tourner vers nous.

A condition de savoir que vous existez !

MS – C’est le problème. Il faudrait de la promo, payer une vraie agence de pub. Sans quoi nous sommes condamnés à rester dans une niche. Internet me permet, certes, d’atteindre le monde entier. Mais est-ce que le monde entier, lui, cherche à m’atteindre ? Là est la question. Il faut être plus proactif. Les outils comme Bandcamp, tout utiles qu’ils soient, ne sont qu’une mise à disposition, pas une prise de contact.

Fanger & Schönwälder feat. Cosmic Hoffmann – Mopho Me Babe (Manikin Records, 2013) / source : manikinrecords.bandcamp.com
Fanger & Schönwälder –
Mopho Me Babe
single (2013)
Ces derniers mois, Manikin a développé des idées tous azimuts dans l’espoir d’atteindre ces nouveaux fans. Vous avez par exemple sorti un single, Mopho Me Babe. C’est plutôt rare dans ce style musical.

MS – La musique de Mopho Me Babe provient d’une session en studio que nous avions préparée pour un concert de Fanger & Schönwälder lors du E-Live à Oirschot en 2012. Nous n’avions joué que trois des cinq morceaux prévus. Plus tard, nous nous sommes rendu compte que l’un d’eux avait ce quelque chose qui plaît aux masses. C’est le type de musique que tu peux entendre à la radio, à la télé, dans des bandes originales de films. Nous avons décidé d’en faire un single, enrichi comme il se doit de plusieurs remixes. Nous l’avons partagé, envoyé… Mais encore faut-il partager avec les bonnes personnes et au bon moment. Trouver par exemple un producteur qui en a besoin pour une compile ou une bande son.

Entspannung Pur (Manikin Records, 2013) / source : manikinrecords.bandcamp.com
Entspannung Pur (Manikin Records, 2013)
Quant au CD et au DVD Entspannung Pur – Pure Relaxation, il me fait penser à une sorte de reconditionnement new age du catalogue Manikin. Si la Berlin School est une niche, à peine reconnue dans les médias, la musique New Age, elle, est récompensée aux Grammy Awards.

MS – Le New Age n’est pas qu’un style de musique, c’est aussi un mouvement, une philosophie. Nous avons plutôt voulu séduire le public intéressé par la relaxation, ce qui n’est pas exactement la même chose. En Allemagne, dans certaines drogueries, il y a des stands de musique dédiés à la relaxation. On n’y trouve pas de Tangerine Dream, pas de Klaus Schulze, mais plutôt des trucs bouddhistes, des gongs, des bruits de la nature. C’est dans ces bacs que nous voulions apparaître. Pour ce faire, nous avons dû légèrement modifier notre style. Mopho Me Babe nous a demandé le même travail d'adaptation. Nous avions beaucoup simplifié le titre par rapport à notre style habituel. Peut-être devrions-nous le réenregistrer et enlever encore quelques pistes. Pourtant, il n’y en a pas plus de six ou sept. C’est peu pour nous. Ce n’est pas seulement une question de tempo, mais de structure. Elle doit être la plus simple possible. Je ne dis pas ça dans un sens péjoratif, au contraire. Pour qu’un morceau plaise au plus grand nombre, il faut qu’il s’y passe vite quelque chose. La pop, c’est très simple. Et les Beatles ont gagné des milliards avec trois accords. Du coup, pour le mixage de Green, j’ai demandé à Frank Rothe de ne pas hésiter à éliminer toutes les pistes qui lui paraîtraient superflues : si je joue faux, si le son de Detlef ne donne rien… Tu sais bien comment c’est sur scène. Tout le monde doit avoir quelque chose à faire en permanence, et chaque musicien veut se faire valoir devant le public. Le son est donc nécessairement plus chargé. J’exagère, bien sûr, mais il y a un peu de ça : être sur scène, c’est presque un striptease ! En revanche, en studio, il ne faut pas hésiter à éliminer, à épurer.


Fanger & Schönwälder feat. Lutz Graf-Ulbrich Frankfurter Allee (Short Version)

Séduire un public plus jeune et plus branché en tournant un clip en voiture dans Berlin, c’était aussi l’objectif de votre Frankfurter Allee avec Lutz Ulbrich, n’est-ce pas ?

MS – Nous étions en contact avec le fabricant de ces désormais fameuses caméras Go-Pro. Tout le monde en avait déjà utilisées pour se filmer en ski ou en plongée, mais aucun groupe de musique n’avait encore eu l’idée de s’en servir. C’est ce que nous avons proposé à la firme. Le morceau a été enregistré live dans la voiture au moyen de cinq ou six caméras réparties dans tout l’habitacle. C’est Marika, la femme de Thomas Fanger, qui conduisait. On remarque dans le clip que nous tournons en rond dans la ville. Il y a une raison. Nous sommes partis de l’Alexanderplatz, là où se situe la tour de télé. De là, nous voulions quitter la ville en direction de Francfort-sur-l’Oder, par la Frankfurter Allee. Mais par malchance, il y avait à ce moment un contrôle de police sur l’avenue, et Marika ne savait pas comment les agents réagiraient en voyant trois types avec des iPads et des guitares en train de faire de la musique ! Voilà pour l’anecdote. Plus sérieusement, nous n’avons pas choisi le lieu au hasard. La Frankfurter Allee est un haut-lieu de l’histoire berlinoise. A l’époque de la RDA, elle s’appelait encore Stalinallee. C’est là que, le 17 juin 1953, l’Armée rouge a réprimé dans le sang le soulèvement des ouvriers – ceux-là mêmes qui construisaient les bâtiments qui bordent l’avenue aujourd’hui et qu’on voit dans le clip. Ce sont des choses que les hipsters de Berlin connaissent bien, car c’est un quartier qu’ils arpentent quotidiennement. Peut-être tomberont-ils sur le clip ?