lundi 13 mars 2017

Broekhuis, Keller & Schönwälder live @ Repelen 2017


Comme chaque année depuis treize ans, Broekhuis, Keller & Schönwälder entament leur saison électronique en l’église de Repelen, où ils reviennent sur leur passé tout en présentant un avant-goût de leurs dernières créations. Un nouveau CD accompagnait cette édition, Red Live @ USA, qui documente leur escapade américaine de 2012. Conformément à la tradition, c’est en trio qu’ils se sont produits le premier soir, avant que le guitariste Raughi Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et son épouse, la danseuse Eva Kagermann, ne les rejoignent le lendemain. Cette année, un artiste britannique assurait la première partie du vendredi : David Wright, accompagné par la chanteuse Carys. Leur collaboration peut être écoutée sur l’album Prophecy, publié le 3 mars dernier.


BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2017. De gauche à droite :
Raughi Ebert, Bas Broekhuis (masqué), Detlef Keller, Mario Schönwälder, Eva et Thomas Kagermann

Repelen, les 10 et 11 mars 2017

David Wright @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
David Wright
Je n’avais encore jamais eu l’occasion d’évoquer David Wright sur ce blog. C’est qu’il représente une imposante bifurcation dans la vaste généalogie de la musique synthétique. Bifurcation géographique d’abord : David Wright est originaire du Suffolk, en Angleterre. Bifurcation stylistique ensuite : Wright représente tout un univers, mais aussi toute une écurie, au travers de son label AD Music et de son festival E-Scape. Si, parmi les artistes AD Music, Klaus Hoffmann-Hoock nous est déjà familier, citons aussi Glenn Main, Robert Fox, Steve Orchard, Andy Pickford, et même un Français, Sylvain Carel. La liste est loin d’être exhaustive. Nous aurons l’occasion de reparler de et avec David Wright.

Le terme de rock électronique – autrefois utilisé faute de mieux pour qualifier la musique de Tangerine Dream et consort – qualifierait assez bien la musique de Wright.

David Wright & Carys @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
David Wright & Carys
Je parlais d’une double bifurcation géographique et stylistique : David et – en partie – son label s’inscrivent dans une vision plus rythmée, plus distrayante également, de la musique électronique. Sur ce point, le voici sans doute sur la même longueur d’ondes que VoLt ou John Dyson, Britanniques comme lui, mais aussi Ron Boots et cie. Les moments ambient ne sont pas absents, les bons vieux séquenceurs non plus. Mais David Wright revient constamment aux mélodies catchy. De quoi séduire la télévision, dont de nombreux programmes ont fait usage de sa musique.

Carys @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
Carys
Sur scène avec Carys, sa complice depuis 2013 – on entend sa voix sur plusieurs albums de David et de Code Indigo, le duo que David forme avec Robert Fox – David Wright interprète de larges extraits du nouvel album, Prophecy. Egalement originaire du Suffolk, Carys a tout de la chanteuse folk. Mais elle n’apporte que ça et là ce type de contribution à la musique de David. Le duo interprète bien quelques chansons, mais c’est surtout comme instrument à part entière que Carys utilise ici sa voix. Le procédé n’est pas nouveau dans le milieu qui nous occupe – le duo Alien Voices en a fait sa marque de fabrique – mais trop rarement utilisé. Or la voix humaine, mise à contribution de la sorte, se marie admirablement avec les synthés.

BK&S @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
BK&S @ Repelen 2017

Bas Broekhuis @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
Bas Broekhuis
C’est à un show 100% synthés qu’invitent ensuite Broekhuis, Keller & Schönwälder. Detlef Keller indique vouloir placer la soirée sous le patronage de la Berlin School. On s’attend alors à entendre les morceaux les plus froesiens de BK&S. Raté. Le trio ne fait pas du TD mais du BK&S. Pas d’inquiétude : le set principal, une longue suite ininterrompue de trois quarts d’heure, est un hymne à l’empire du séquenceur. Mais on sent que nos amis ont d’autres amours également.
Mario Schönwälder @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
Mario Schönwälder
Et ils continuent à évoluer technologiquement. Mario n’a pas sorti son Memotron cette année, mais les sons typiques sont bien là, en librairie, stockés dans un autre instrument. Quant à Bas, il a fini par succomber au charme des applis. S’il a bien son set habituel autour de lui, il a trouvé cette fois une nouvelle surface à cogner : l’écran de sa tablette tactile !
Detlef Keller @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
Detlef Keller
Finalement, c’est la harpe laser de Detlef qui fait figure de dinosaure. Elle représente même le seul bémol de ce concert autrement sans anicroche : visuellement spectaculaire (c’est le but), mais tout de même diablement peu maniable et donc peu propice aux brillantes improvisations.

En rappel, une belle surprise attend les aficionados. Une séquence de quatre notes fait d’abord dresser l’oreille. Puis vient cette mélodie reconnaissable entre toutes : il s’agit bien du thème du film Sorcerer créé par Tangerine Dream, que les trois compères font malicieusement évoluer jusqu’à le rendre méconnaissable.

BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2017

BK&S a d’autres amours. Le constat se vérifie le lendemain avec leurs fidèles amis Raughi Ebert, Thomas et Eva Kagermann. En leur compagnie, le trio explore d’autres horizons. Impossible d’abandonner la Berlin School (notamment avec le bien nommé One Step Backwards), mais l’ambiance sait aussi se faire plus légère. Deux des morceaux, First et Second Lounge, en témoignent par leur titre.


Raughi Ebert
Mais c’est surtout la guitare flamenco de Raughi Ebert et le violon de Thomas Kagermann qui donnent à la soirée sa véritable coloration. Leurs lumineuses interventions voudraient qu’on emploie le cliché usuel de deux musiciens « très en forme ». Un jugement littéralement inexact concernant le malheureux Thomas, handicapé par une lombalgie épouvantable et qui, malgré tout, s’exclamera après le show avoir vécu l’un de ses meilleurs moments à Repelen !
Thomas Kagermann

Les deux hommes se fendent même en fin de concert d’une de leurs vibrantes improvisations. Là, les synthés se taisent. Et c’est bien volontiers que les trois autres leur laissent la vedette, comme s’ils avaient peur de briser ce fragile instant. De quoi alimenter bien des méditations, y compris sur un blog consacré à la promotion de la musique électronique. Comme cette question : avions-nous vraiment besoin de la technologie pour être heureux ? Une guitare, un violon : c’est comme au coin du feu.

BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2017. Les costumes fantaisistes d'Eva Kagermann

BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
L’élément de surprise est encore renforcé par les pas de danse d’Eva. Chacune de ses apparitions est un spectacle en soi, y compris pour les musiciens, qui ignorent tout de ses costumes jusqu’au dernier moment. Eva ne répète pas avec eux, ils découvrent donc la nature de son intervention en même temps que le public. De temps à autres, l’un d’eux ne peut s’empêcher d’observer incrédule ses déambulations, au point qu’on craint qu’il en oublie qu’il n’est pas un spectateur. Eva a gardé tous ses costumes des éditions précédentes : accumulation de masques bizarres, de voilettes bariolées et de couvre-chefs extravagants. Les spectacles de BK&S sont à l’image de ces costumes. Leur musique aussi : tour à tour comique ou dramatique, grave ou légère, souriante ou mystérieuse.

BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars