dimanche 2 juillet 2017

Suzanne Ciani live @ Terraforma Festival 2017


Depuis 2014, la villa Arconati, palais rural du XVIIe siècle entouré de jardins à l’italienne, accueille chaque année un festival de musique « expérimental et durable », le Terraforma Festival. La 4e édition recevait une foule d’artistes qui m’étaient inconnus, mais aussi Arpanet, Donato Dozzy, Laraaji, Andrew Weatherall et Suzanne Ciani. Au programme, de la musique, bien sûr, du matin jusque tard dans la nuit, des ateliers, des conférences, de la nourriture bio et de l’herbe, le tout sur un site très spécial, dont l’équipe de Terraforma contribue à la restauration. Programmée au milieu d'un labyrinthe végétal en construction, Suzanne Ciani a joué sur son célèbre Buchla. Sa tournée européenne qui est également passée par Sonar, à Barcelone, s'achèvera à Londres.

 

Suzanne Ciani @ Terraforma Festival / photo S. Mazars
Suzanne Ciani live @ Terraforma Festival

Villa Arconati, près de Milan, le 24 juin 2017

Villa Arconati, Bollate / photo S. Mazars
La villa Arconati
La villa Arconati offre, malgré ses murs décrépits et ses mauvaises herbes, le visage d’une grandeur passée, mais peut-être aussi à venir. Le site, en constante rénovation, est encore un vaste chantier. Le festival Terraforma n’investit pas la villa elle-même mais ses dépendances, où se côtoient un charmant jardin à l’italienne et un petit bois aux multiples recoins. Alain Resnais aurait pu tourner ici son film L’Année dernière à Marienbad. Les allées de graviers, les arbres savamment ciselés, les parterres de fleurs aux figures géométriques, les énigmatiques statues néoclassiques surgissant au détour d’un bosquet, tout cela aurait également ravi l’auteur du Jardin aux sentiers qui bifurquent, l’Argentin Jorge Luis Borges, connu pour sa culture classique et son obsession des labyrinthes.

Terraforma Festival / photo S. Mazars
De labyrinthe, il y en a un. Il est encore rudimentaire : seulement deux rangées de haies basses aisément déchiffrables. Mais il est aussi en cours de restauration. L’équipe du festival ne se contente pas d’établir ses quartiers une fois l’an à la villa. Elle participe activement à sa réhabilitation, du moins, à celle des espaces verts. En 2018 devrait s’achever le projet de restauration du labyrinthe qui, croit-on, existait là au XVIIIe siècle, et qu’on ne connaît plus que d’après les gravures de Marc'Antonio Dal Re.
Laraaji @ Terraforma Festival / photo S. Mazars
Laraaji

C’est justement dans le labyrinthe que le concert de Suzanne Ciani était programmé le samedi soir. L’après-midi même, la violoncelliste canadienne Julia Kent occupait la scène principale tandis que l’Américain Laraaji se produisait un peu avant sur une scène annexe, le « Sound System », toujours accompagné de sa cithare et de son mbira, deux instruments qui ont fait sa réputation. L’ambiance n’a pas changé depuis Day of Radiance, son album fondateur, sorti en 1980 et produit par Brian Eno. Féru de culture orientale, Laraaji animait aussi à Terraforma l’un de ses Laughter Meditation Workshops qui, paraît-il, sont célébrés dans le monde entier. En un mot, il s’agissait d’une sorte de yoga pour zygomatiques.

Suzanne Ciani @ Terraforma Festival / photo S. Mazars
Suzanne Ciani lors du workshop

Suzanne Ciani, elle, présentait un instrument à la fois mythique et de moins en moins pratiqué : le Buchla, synthétiseur sans clavier inventé par son ami Donald Buchla dans les années 60. C’est en 2014 seulement que Suzanne Ciani a repris pied dans l’univers de la musique électronique. On a peine à croire qu’avant cette date, chaque concert de cette pionnière était une suite de pièces romantiques au piano. Suzanne, musicienne classique reconnue et diplômée, éprise de mélodie, est bien la même Suzanne qui a fait carrière dans la pub avec ses expérimentations électroniques et qui, ce soir, s’amuse comme au premier jour avec son Buchla, ses improvisations et ses bruitages la limite de l’atonalité.

Suzanne Ciani @ Terraforma Festival / photo S. Mazars
Suzanne Ciani et son Buchla 200e
Même si elle tourne le dos au public, Suzanne Ciani sait lui transmettre son enthousiasme. Le labyrinthe est rempli d’un auditoire jeune et attentif à ses moindres mouvements. Avec le Buchla, on n’entend pas seulement la musique, on la voit en train de se faire. C’est aussi le souhait de la musicienne, qui sait se faire pédagogue. Le lendemain, un workshop organisé sous le patronage de la Red Bull Music Academy lui permettra de mieux expliquer sa démarche.

Le concert n’a duré que 45 minutes, interrompu par une gigantesque panne de courant. De l’aveu même de Suzanne : une première dans sa carrière. J’ignore ce qui a provoqué la panne. Mais n’est-ce pas la magie de l’improvisation que tout peut arriver ? Ce soir-là, cette logique est allée à son terme.