« Paysagiste musical », comme il aime parfois à se décrire, Gandalf publiait le 12 mars 2013 un nouvel album, Dreamweaver, le 31e en studio. A rebours de toute considération commerciale, l'artiste autrichien, qui a vendu plus d'un million d'albums dans le monde entier, se faisait plaisir en enregistrant cet opus acoustique, taillé sur mesure pour son groupe, avec Merike Hilmar au violoncelle et son fils Christian Strobl aux percussions. Au début de l'été, les trois musiciens donnaient une série de concerts, le 21 juin à Purkersdorf, en Autriche, le 5 juillet à Zoetermeer, aux Pays-Bas, et le 7 juillet à Lindlar, en Allemagne.
| Merike Hilmar, Christian Strobl et Gandalf en concert à Lindlar |
Lindlar, le 7 juillet 2013
Depuis Journey
to an Imaginary Land, son premier album, publié chez Warner en 1981,
Gandalf sort presque un disque par an sans jamais se répéter. Plus que son
style, ce sont ses arrangements qui ont évolué au cours du temps. Derrière les
synthés des années 80, les orchestrations symphoniques du début des années 90
ou les instrumentations ethniques de la fin de la même décennie, le son de
Gandalf reste parfaitement identifiable. Presque entièrement acoustique, Dreamweaver, son dernier disque, est
peut-être celui qui donne le plus à découvrir la substance de son art. Entre la
phase de composition, au piano et à la guitare, et la phase d'enregistrement,
peu de choses sont venues s'ajouter. Ce sont ces deux instruments que l'on
retrouve principalement sur l'album, accompagnés seulement par quelques flûtes,
les percussions de Christian Strobl et le violoncelle de Merike Hilmar. C'est à
cette formation que l'on doit les trois dernières réalisations studio de
Gandalf, ainsi que la plupart de ses apparitions scéniques depuis 2007. C'est celle qu'on
retrouve ce soir, à Lindlar, petite bourgade située à une trentaine de
kilomètres à l'est de Cologne.
| Christian Strobl |
Interprété presque en intégralité, Dreamweaver occupe près de la moitié des
deux heures de concert. Des extraits des trois albums précédents, Lotus Land (2007), Sanctuary (2009) et Erdenklang
& Sternentanz (2011) complètent le set. Dans chaque cas, Gandalf a
choisi les morceaux qui se prêtent le mieux à cette formation live. Mais le
musicien n'a pas attendu ces dernières années pour introduire le violoncelle
dans sa musique. L'instrument accompagnait déjà deux de ses albums à la fin des
années 90. Pendant le concert, il avoue d'ailleurs ne pas toujours rendre justice
aux qualités de violoncelliste de Merike Hilmar dans ces compositions. C'est
pourquoi il a spécialement conçu pour elle le morceau Between Ebb and Flow, (dont on peut se faire une idée lors d’un
précédent concert au festival Electronic Circus 2012, grâce à l’extrait
publié par Gandalf sur sa page Youtube). Ce soir, Between Ebb and Flow recueille clairement les faveurs du public.
Celui-ci semble essentiellement composé d'amateurs de musique de la région, non
de fans de la première heure qui auraient fait spécialement le déplacement. C'est
pourtant à un tel fan, originaire de Lindlar, que l'on doit l'organisation du
concert. L'homme fut l'un des premiers acquéreurs de Journey en 1981.
| Gandalf |
Gandalf se permet ensuite l'une des rares entorses
à son parti-pris acoustique. Extrait de Lotus
Land, le titre Life is Love met
en effet en valeur son sitar électrique. Le dernier titre particulièrement
apprécié, Alhambra, rend hommage au célèbre
palais de Grenade, que Gandalf n'a pourtant jamais eu l'occasion de visiter.
Comme certains peintres figuratifs, c'est d'après photo qu'il a composé ce
thème. Mais la surprise majeure vient du rappel, formidable bond de plus de
trente ans dans le passé, avec le premier morceau du premier album. Quand
retentissent les premières secondes de bruit blanc de Departure, on se plaît à espérer que Gandalf revienne un jour à ce
son qui l'a fait connaître, ce mélange harmonieux d'électronique et
d'acoustique dont il a toujours maîtrisé les nuances les plus subtiles.
| Merike Hilmar |
En matière musicale, la synthèse de plusieurs
influences restera toujours un exercice difficile. Bien des artistes s’y sont
cassé les dents. Métal et chants incas, rap et folklore celtique, Electropop et
ragas indiens : de telles alliances ont souvent fait les beaux jours des
charts. Mais qu’en reste-t-il après coup, sinon le kitsch et le mauvais
goût ? L’intention qui sous-tend parfois de telles démarches – abattre les
frontières, rassembler les cultures – se conforme si bien à l’esprit du temps,
qu’elle a souvent signifié l’accès grand ouvert aux subventions publiques et
aux colonnes des journaux branchés. Elle n’en reste pas moins incapable, par sa
seule existence, de générer de la bonne musique. Mais, pour peu qu'elle soit
réussie, une telle fusion des genres permet alors d’atteindre des sommets de
créativité. Peu de musiciens en sont capables. Et Gandalf en fait partie.
Setlist : Under Southern Skies. – Shining Like a
Jewel. – Life's Blossoms. – Reaching for the Sky. – Between Ebb and Flow. –
Written in the Stars. – [pause]
Dreamweaver. – Citadel. – Von der Schönheit des Seins (part 1). – Die Wege des
Menschen (part 4). – Life is Love. – Alhambra. – [rappel] Departure.
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| Bonne ambiance à la fin du concert de Gandalf à Lindlar |
Un mot, enfin, sur la première partie. Elle était assurée par Levin & Aileen, deux jeunes gens du cru. Le duo s'est spécialisé dans la chanson folk en anglais. On peut se faire une idée de leurs compositions sur leur page Youtube. Setlist : Collapse (Levin & Aileen). – Cold is the Night (The Oh Hello's). – Bigger Mess (Levin & Aileen). – Hello My Old Heart (The Oh Hello's). – Your Choice (Levin & Aileen). – Good Riddance (Green Day). – In Dictum (Wallis Bird).
