Réunir sur la même
affiche l'une des légendes de la scène électronique classique, et son plus
jeune représentant, telle était la particularité de cette 17e édition du
E-Live, qui affichait complet pour l'occasion. Jeffrey « Synthex » Haster, 16
ans, avait en effet le privilège d'ouvrir ce festival clôturé par l'une des
figures les plus importantes de l'histoire de la musique électronique : Manuel
Göttsching, fondateur d'Ash Ra Tempel en 1970. La soirée faisait aussi une
place à la Dark Berlin School du duo belge The Roswell Incident, mais aussi à
l'un des maîtres de la scène néerlandaise, Gert Emmens.
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| Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 |
Oirschot, le 18 octobre 2014
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| Synthex live @ E-Live 2014 |
Agé de 16 ans à peine, Jeffrey Haster, plus connu sous le nom de Synthex, a déjà deux albums à son actif. Ron Boots, maître d'œuvre du E-Live, lui avait
déjà offert en 2013 l'opportunité de se produire en public lors du E-Day, le
pendant printanier de son festival de musique électronique. Cette fois, Synthex
fait l'ouverture d'une édition haut de gamme et devant salle comble, puisque la
tête d'affiche n'est autre que Manuel Göttsching. Synthex démontre tout d'abord
que la confiance que lui accorde Ron Boots depuis trois ans n'est pas usurpée.
Le jeune garçon d'Eindhoven joue ses solos avec aisance et dextérité, comme le
démontre son rappel, une pièce pour piano solo que n'aurait pas reniée Johannes
Schmoelling. Côté inspiration, Jeffrey oscille entre classicisme et modernité.
Ce n'est pas tout à fait un hasard si cette alternative vient en premier à
l'esprit. En effet, il manque encore à Synthex un son distinctif, une identité
propre. Avec l'expérience – et le soutien de ses aînés –, il la trouvera. Son potentiel est énorme.
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| The Roswell Incident live @ E-Live 2014 |
The Roswell Incident avait déjà fait une excellente
impression sur l'auditoire du premier B-Wave Festival en Belgique, en décembre
2013. Atmosphères, séquences, nappes : les frères Koen et Jan Buytaert
manipulent les armes de la Berlin School la plus classique. Moins romantiques
que leurs homologues allemands, moins joyeux que les Néerlandais, ils explorent
en revanche une facette étonnamment sombre de ce genre si particulier.
Parlera-t-on un jour à leur sujet de Dark Berlin School ? Ce n'est pas dans sa
manière d'interpréter, mais dans sa manière de concevoir la Berlin School que
le groupe se distingue de tous les autres. Koen et Jan savent choisir leurs
textures avec goût, ménager leurs effets avec intelligence et, surtout,
introduire leurs séquences avec une rare subtilité. En fait, toute personne un
peu familière avec Tangerine Dream se laissera immédiatement transporter dans
leur univers.
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| Gert Emmens live @ E-Live 2014 |
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| Gert Emmens |
Avec Ron Boots, Gert Emmens est l'une des locomotives de la
scène néerlandaise, et l'un des fers de lance du label Groove Unlimited. Lui
qui, lors du dernier E-Day au mois de mai, promouvait encore son disque en
collaboration avec Ruud Heij,
Signs,
et qui assurait ne pas vouloir remonter sur scène dans l'immédiat, figure non
seulement à l'affiche de cet E-Live, mais publie de surcroît son nouvel album
solo,
Outland, un disque résolument
orienté science-fiction. Quatre titres extraits de l'album, ainsi qu'un morceau
spécialement conçu pour le festival, sont au programme. Que des inédits, donc,
qui permettent de vérifier à quel point Gert revient toujours au style de ses
débuts, même après s'être essayé à l'
ambient
et au rock progressif. Si l'on en juge par cette version live,
Outland s'inscrit en effet dans la
droite ligne de disques qui ont fait date dans le répertoire de Groove, comme
Obscure Movements In Twilight Shades
(2003) et
Waves Of Dreams (2004).
Mêmes textures, même sophistication, même légèreté. Emmens est un musicien aérien
et raffiné.
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| Manuel Göttsching joue sur son orgue Farfisa |
L'entrée en scène de Manuel Göttsching ne laisse personne
indifférent. Pour nombre de visiteurs, cette soirée représente même la toute
première opportunité d'admirer le maître sur scène. Aucun déluge de lumières ni
de projection vidéo n'accompagnent le récital. Sans ses compères Harald
Grosskopf à la batterie et Steve Baltes aux machines, Manuel se suffit à
lui-même, seul au milieu de cette immense scène. C'est sur Ableton Live qu'il
lance ses séquences électroniques pour mieux se concentrer sur ses solos, le
plus souvent à la guitare, mais aussi sur son célèbre orgue Farfisa, qui ne
semble plus le quitter. Le Farfisa joue d'ailleurs le premier rôle lors de l'un
des temps forts du concert,
Dream,
extrait de
Dream & Desire
(1977-1991), l'un des titres les plus caressants de sa discographie. Entre
Ashra, Ash Ra Tempel et sa carrière solo, il n'est d'ailleurs pas si aisé de
s'y retrouver. Ce soir, le guitariste laisse de côté
Inventions for Electric Guitar et
E2-E4, ses plus célèbres albums. Outre
Dream, il interprète essentiellement des extraits de
New Age of Earth (1976) et
Blackouts (1977), ses deux premières
œuvres estampillées Ashra ( …mais enregistrées en solo). Le second temps fort
n'est autre que le rappel,
Oyster Blues,
un titre interprété pour la première fois lors de la
transmediale de Berlin en
2012, et qui montre à quel point Manuel Göttsching demeure, après 45 ans de
carrière, un musicien inspiré et innovant.
Set list Manuel Göttsching : Die Mulde. – Shuttle Cock. –
Dream. – Sunrain. – Midnight on Mars. – Deep Distance
– [rappel] Oyster Blues.