Chaque année depuis
douze ans, Broekhuis, Keller & Schönwälder donnent rendez-vous à leur
public dans la petite église de Repelen dans la Ruhr. A trois le vendredi,
ils sont traditionnellement rejoints le lendemain par le guitariste Raughi
Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et la danseuse Eva-Maria Kagermann-Otte. Et
chaque année, le trio apporte son lot d'innovations. La formule fonctionne si
bien que la 13e édition et déjà programmée pour 2017, et que le groupe est
aussi attendu en Grande-Bretagne en septembre.
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BK&S & Friends @ Repelen 2016. De gauche à droite :
Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller, Mario Schönwälder, Thomas Kagermann |
Repelen, le 12 mars 2016
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| B. Broekhuis, R. Ebert, D. Keller |
C'est presque la marque de fabrique du rendez-vous de
Repelen : ne pas tout faire reposer sur la musique électronique mais proposer
un spectacle complet, où la lumière et la danse jouent souvent un rôle
important, sinon le rôle principal. Ainsi, le vendredi fut – paraît-il (je
n'étais pas présent) – l'occasion de découvrir MuTarik, un couple d'artistes
invité sur scène pour présenter ses installations son et lumière. En outre, si
les Beatles avaient George Martin, leur «cinquième homme», Bas, Detlef et Mario
peuvent à la fois compter sur l'efficace Frank Rothe à la console de mixage, et
sur un virtuose des projecteurs, André Löbbert, qui signe une fois encore une
partition lumineuse d'exception.
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| Eva Kagermann : des costumes de plus en plus étranges |
Dès le morceau d'ouverture,
Dresden, où Detlef Keller se livre à une petite démonstration,
toujours amusante, de harpe laser, le public se rend compte que le laser fait
désormais lui aussi partie intégrante de l'accompagnement visuel du spectacle :
c'est un véritable lasershow qui illumine le choeur de l'église lorsqu'Eva
Kagermann surgit sur scène pour sa première improvisation de danse buto. Les
costumes d'Eva sont d'ailleurs de plus en plus étranges. Cette fois, c'est dans
un accoutrement qui lui masque entièrement le visage qu'elle débute sa
performance. Avec les lumières surréalistes d'André Löbbert dans son dos, on a
parfois l'impression qu'elle interprète une scène tout droit sortie de
L'Exorciste !
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| Les figures de danse buto d'Eva-Maria Kagermann-Otte et le violon de Thomas Kagermann |
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| Mario Schönwälder |
Côté musique, BK&S distille un mélange de titres connus,
comme l'incontournable
Source of Life,
et d'inédits - qui n'ont même pas encore de titre, croit savoir Frank Rothe. C'est
en particulier le cas du second rappel, un morceau assez inquiétant qui
renforce un peu plus cette ambiance de film d'épouvante. Les trois musiciens électroniques
laissent souvent la vedette à Thomas, Raughi et leurs «vrais instruments»,
selon le mot espiègle du pasteur Bratkus-Fünderich qui présente chaque année la
soirée. Raughi se montre lui aussi d'humeur particulièrement sombre sur ses
improvisations.
En revanche, certains passages se révèlent plus légers, comme
ce
Electric Chess, dont la rythmique
hypnotique rappelle bien sûr
E2-E4 de
Manuel Göttsching, auquel le groupe voulait rendre hommage. Manuel Göttsching
sera toujours reconnu à juste titre comme l'un des grands révolutionnaires,
l'un des grands pionniers. Mais pionnier de quoi, s'il n'existait pas, à sa
suite, des fans, et des disciples ?
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| photo : Thomas Wölfer |
Il y a une différence entre l'innovation et la table rase. L'innovation
s'appuie sur des fondations pour ajouter chaque fois une nouvelle pierre à
l'édifice. La table rase détruit tout et repart à zéro. A ce titre,
l'innovation pourrait être interprétée comme un synonyme exact de la tradition.
Il y a une tradition de la musique électronique. Grâce aux artistes comme Bas
Broekhuis, Detlef Keller et Mario Schönwälder qui la font vivre, elle permet à
un public, certes restreint, de continuer à entendre et à voir sur scène un
style de musique qui autrement aurait rejoint les musées. Ou le folklore.
Car
il ne suffit pas d'inventer de nouvelles choses, encore faut-il les faire
vivre. Sans quoi il ne s'agirait pas de culture, mais simplement de
consommation. Contre la société traditionnelle, la table rase fait précisément
surgir la société de consommation, où un produit chasse l'autre. Et où
n'importe quel objet d'art devient, à la lettre, un produit de consommation. Sans
la tradition, la musique électronique se résumerait aujourd'hui à l'un des ses
derniers avatars en date, comme le dubstep, ou l'EDM. Si nous ne voulons pas de
cela, alors retournons à Repelen l'année prochaine.
Prochains rendez-vous
avec BK&S
– St. Mary
Church, Bungay, Royaume-Uni, 10/09/2016
– 15e
Liquid Sound Festival, Bad Schandau, Allemagne 04-05/11/2016
– Grotte de Dechen, Iserlohn, Allemagne, 19/11/2016
– Eglise de
Repelen, Allemagne, 10-12/03/2017