Destiné à promouvoir
Grell, le cinquième album des
Killerpilze, le Grell Tour passait cette année par la France. Avant Lyon (Ninkasi Kao)
le 25, Bordeaux (I.Boat) le 26, Paris (Glazart) le 27 et Lille (La Péniche) le 28, le groupe
allemand se produisait à La Java,
à Strasbourg, le 24 avril 2013. Après onze ans de carrière, ce boys band que
tout destinait à rester éphémère, s’est mué en une solide et durable entreprise
familiale.
Strasbourg, le 24 avril 2013
Depuis leur première apparition en France, en 2007, les
Killerpilze sont toujours revenus chez nous, même après le silence de deux ans
consécutif à la rupture d’avec Universal. Cette année, l’étape strasbourgeoise
est l’une des plus modestes. Le bar La
Java est déjà presque plein avec à peine plus de 80
spectateurs. Ils seront environ cinq fois plus nombreux à Lyon, Bordeaux et
Paris, et une centaine sur la
Péniche, à Lille. Le groupe de Dillingen an der Donau, en
Bavière, peut compter sur ce noyau dur de fans, à majorité féminine, qui a
grandi avec eux. Evidemment, en comparaison du public allemand bien plus
important, mais aussi légèrement plus masculin, notamment à Cologne le 6 avril,
on peut craindre que les Killerpilze peinent à renouveler leur public en
France. Pour en avoir le cœur net, un seul moyen : interroger les
spectatrices. Et en effet, sur une dizaine d’entre elles, une seule n’est pas
une fan de la première heure. Mais on peut aussi voir ces chiffres comme la
preuve d’une fidélité sans faille, socle irréductible sur lequel viendront
s’agréger dans le futur d’autres inconditionnels. Cet attachement se manifeste
notamment par la présence très active du fan club français, organisateur à
chaque concert d’une séance de meet&greet avec le groupe. A Strasbourg, les
garçons sont couverts de cadeaux. Quelqu’un a même eu l’idée de leur apprendre
de nouveaux mots en français, que Jo s’empressera de répéter sur
scène. « Wesh, bien ou bien ? » ou « Strasbourg, c’est
ouf ! » feront désormais à jamais partie de son vocabulaire dans la langue de Momolière.
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| Benni, Jo, Fabi et Mäx déchaînés |
C’est un comité réduit qu’accueille Strasbourg à La Java. En plus de Mäx et
des frères Halbig, les Killerpilze sont accompagnés de Benni Beininger, leur
fidèle bassiste de session, David Schlichter, le frère de Mäx, qui s’occupe du
merchandising, Florian Böde Böhlendorf, le tour manager attitré du groupe, et
Marcus Wimmer, l’ingénieur du son, un autre fidèle. Soit une petite famille de
sept personnes. Une fois encore, la comparaison avec le concert de Cologne est
éclairante. Devant 80 personnes comme devant 800, les Killerpilze donnent tout.
Ils dégagent la même énergie, la même joie, évidente et communicative, d’être
là. C'est bien connu, tous les groupes jurent toujours leurs grands dieux
qu'ils n'ont jamais joué devant un public aussi « amazing ».
Pourtant, Jo, Mäx et Fabi ne feignent pas leur enthousiasme. Leurs visages
s'éclairent chaque fois que le public, pourtant étranger, reprend en chœur les
paroles en allemand. A Strasbourg comme à Cologne, quand vient le moment de la
chanson
Erster Zug nach Paris, Mäx,
très satisfait de son petit effet, modifie systématiquement le dernier refrain
en « Erster Zug nach Köln » ou « Strassburg » en fonction
de la ville visitée. C’est sans doute cette prévenance tranquille à l’égard du
public qui caractérise le mieux le jeune guitariste. Jo, lui, dégage sur scène une
puissance et un charisme incontestables. Quant à Fabi, assis derrière ses fûts,
c’est sa concentration qui le distingue. On le sens très attentif aux autres,
comme s’il était le véritable chef d’orchestre de la soirée.
Le nouveau single
Nimm
mich mit, en ouverture, ainsi que la très belle chanson
Die Stadt klingt immer noch nach uns,
qui évoque l’attachement des garçons à leur chère ville de Dillingen, rendent
compte d’emblée de la haute tenue, musicale et poétique, du nouvel album. Avec
Grell, ce sont bien sûr les disques de
la période Killerpilzerecords qui sont les plus joués ce soir. Les explosifs
Ferngesteuert et
Springt hoch font partie des rares rescapés de l’époque Universal,
tout comme
Un premier matin, le titre
en français sur lequel il aurait été impensable de faire l’impasse.
Ein bisschen Zeitgeist, l’avant-dernier
opus, aurait peut-être mérité une place plus importante. Mais
Komm komm.com, l’une des seules chansons
encore véritablement punk de l’album, est interprétée dans une version
alternative beaucoup plus rock et mélodieuse, qui montre à quel point les
Killerpilze ont évolué depuis leurs débuts. Ce boys band surmédiatisé, qu’on
aurait pu croire condamné d’avance, comme tant d’autres, au destin éphémère
d’étoile filante, célèbre en 2013 sa onzième année d’existence. Une telle
longévité est exceptionnelle. Quelques artistes, comme Robbie Williams ou
Justin Timberlake, ont mené une belle carrière en solo après être passés par un
boys band. Mais, précisément, il a bien fallu qu’ils quittent leurs formations
respectives pour en arriver là. Liés à l’adolescence, les boys bands ont
quelque chose d’éphémère par nature. Passé un certain âge, les thèmes de leurs
chansons finissent par devenir inimaginables. Les Killerpilze ont réussi leur
transition. Le boys band s’est mué en groupe de rock, tout en conservant son nom et son identité. Certaines de leurs
chansons les plus anciennes ne feront plus partie de leur répertoire en
concert, voilà tout. Il faudrait mener l’enquête : ce parcours a tout
l’air d’un cas unique au monde.
Setlist : Nimm mich mit. – Drei. – Studieren. – Die
Stadt klingt immer noch nach uns. – Atomic. – Ego. – Rendez-vous. – Erster Zug
nach Paris. – Grell. – A.W.I.T.M. – Am Meer. – Jubel und Staub. –
Ferngesteuert. – Sommerregen. – Es geht auch um Dich. – Komm komm.com
(Akustik-Version). – Himmel (Teil 2+3). – [Rappels]
Jäger. – Lauf. – Un premier matin. – Springt hoch.