Tête d’affiche de la
première journée de la quatorzième édition du festival Night of the Prog, qui
réunissait également Chandelier et IQ, Tangerine Dream a donné un concert de
deux heures sur la célèbre scène de la Loreley, au bord du Rhin. Que vaut Tangerine
Dream sans Edgar Froese ? On devrait déjà le savoir, car depuis cinq ans,
le groupe, désormais composé de Thorsten Quaeschning, Hoshiko Yamane et Ulrich
Schnauss, a donné 25 concerts et publié une dizaine de disques. Mais c’était
l’occasion de s’en rendre compte en live.
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| Tangerine Dream @ Night of The Prog 2019 |
La Loreley,
Sankt Goarshausen, le 19 juillet 2019
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| Thorsten Quaeschning |
Qu’il paraît loin, ce premier concert de Tangerine Dream à
la Loreley il y a onze ans. A
l’époque, Edgar Froese était entouré de Thorsten Quaeschning, Linda Spa, Iris
Camaa et Bernhard Beibl. Le dernier album en date était alors
Views From A Red Train, et le groupe
venait de sortir les nouvelles versions de
Tangram
et
Hyperborea. Ces réenregistrements de
classiques étaient alors la grande affaire d’Edgar Froese. En 1994, avec la compilation
Tangents, composée de morceaux célèbres
de l’époque Virgin rendus méconnaissables par les overdubs, voire complètement
réenregistrés, Edgar avait débuté une phase d’exploration et de réappropriation
de son glorieux passé.
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| Ulrich Schnauss |
De quoi avoir en stock, bien rangées dans les mémoires
numériques, des versions de classiques exploitables sur scène. On a déjà oublié
que, jusqu’au milieu des années 90, les concerts de Tangerine Dream, sans être improvisés
comme dans les années 70, consistaient encore en un mélange d’extraits de l’album
en cours et de morceaux spécialement composés pour l’occasion.
220 Volt, en 1993, est ainsi le dernier
live de musique inédite publié par TD. Dès la tournée européenne de 1997, le
groupe divise ses shows en un « vintage set » et un « modern set ».
Tandis que ce dernier reprend les titres des disques les plus récents, le
premier permet aux fans d’entendre, parfois pour la première fois en live, des
tubes d’autrefois.
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| Tangerine Dream @ Night of The Prog 2019 |
D’après la communication officielle du groupe, Edgar Froese,
en congédiant le groupe en 2014 et en rebâtissant sa formation avec Thorsten,
Ulrich et Hoshiko Yamane, aurait eu l’intention de revenir à l’improvisation
des débuts. Livré à lui-même, comment le trio restant a-t-il repris l’héritage
à son compte ?
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| Thorsten Quaeschning |
Les fans qui ont eu l’occasion d’assister à un concert de TD
depuis la mort d’Edgar, ou ceux qui en ont acheté les captations en CD le
savent : le trio n’a pas renoncé au répertoire. Les spectateurs de
la Loreley ont donc entendu l’inévitable
Love on a Real Train et le thème de
Sorcerer. Ils n’ont pas non plus échappé
à
White Eagle ni à
Cloudburst Flight. Je ne suis pas
enthousiaste par rapport à ces choix pour plusieurs raisons. D’abord, ces
versions lourdement mises au goût du jour rendent l’original tellement
méconnaissable qu’on se demande pourquoi le groupe a cru bon de laisser encore
entendre, en fond sonore, les séquences de ces immenses classiques. Certes, les
morceaux revisités par Thorsten et Ulrich sonnent plus « authentiques »
que lors des tournées avec l’ancien groupe. Plus question d’ajouter un motif de
guitare acoustique pour que Bernhard Beibl ne s’ennuie pas sur scène, une
partie de saxo pour Linda, ou un solo de triangle pour faire plaisir à Iris !
Mais le beat est toujours là, et il écrase tout le reste, rendant inaudibles
les subtilités des textures originales.
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| Hoshiko Yamane |
Pas sûr que cela apporte grand-chose aux
fans comme expérience sonore. Pas sûr, non plus, que cela permette au groupe de
gagner de nouveaux auditeurs. Pour cela, il faudrait peut-être deux ingrédients :
1/ jouer moins fort, de sorte que les basses, dont la clarté est si importante
chez TD, ne soient pas que des vibrations ; 2/ ne pas se reposer à ce
point sur la puissance des boîtes à rythme. Non seulement le beat noie la
beauté des compositions d’origine, mais en lui-même, il ramène Tangerine Dream
au niveau de n’importe quel artiste de musique électronique qui utilise les même
standards. Or le nom de Tangerine Dream ne doit-il pas rester au-dessus de la mêlée ?
Que peut se dire un festivalier venu écouter du rock progressif ou ayant fait
le déplacement pour IQ, sinon : « Ah ! Encore un truc techno ! »
D’ailleurs, un bon tiers du public avait quitté les tribunes au bout d’une heure
de concert.
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| Tangerine Dream @ Night of The Prog 2019 |
Et ceux-là ont raté le meilleur. Depuis le concert de
septembre 2016 au festival Schwingungen, le trio se fend parfois, en guise de
rappel, d’une session improvisée (Thorsten appelle cela une « composition
en temps réel ») d’une durée d’une demi-heure à 45 minutes. Et là, tout y
est : les longues nappes d’introduction, les séquenceurs, les flûtes et
les cordes mellotron. Plusieurs d’entre elles ont été captées et publiées sous
le titre de
Sessions. Et toutes sont
très différentes. Celle de
la
Loreley, d’une durée de trente minutes, permet à Hoshiko de
donner enfin la mesure de son violon. Cette session n’est peut-être pas la
meilleure jusqu’à présent. Le sommet, à mon avis, a été atteint lors de l’hallucinant
Tulip Rush au festival E-Live en
octobre 2017.
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| Hoshiko Yamane, Ulrich Schnauss |
Mais si l’objectif d’Edgar était un retour aux sources, celui-ci
a bien été atteint. Le maestro lui-même n’avait pas franchi ce pas. Ses deux
derniers shows en Australie, toujours fondés sur l’exploitation du passé (cette
fois, ils revisitaient
Sorcerer), n’indiquaient
pas le chemin que Thorsten et Ulrich ont finalement choisi d’emprunter. Comme
si les deux disciples avaient attendu la mort du maître pour recommencer à
jouer à la manière du Tangerine Dream des seventies. L’utilisation de la marque
« Tangerine Dream » après la mort de son fondateur et dernier membre
original avait suscité en son temps beaucoup d’interrogations parmi les fans. Et
pourtant, parmi eux, qui n’a pas envie d’entendre
White Eagle en live, même noyé sous un beat contemporain ? Qui
n’a pas envie, parallèlement, d’assister à un concert improvisé, comme au bon
vieux temps ? C’est ce que font Thorsten, Hoshiko et Ulrich. Il faut voir
le trio comme un nouveau groupe, à la double identité : à la fois un
groupe de reprises de Tangerine Dream, et un groupe successeur de Tangerine
Dream, comme il y en a des dizaines sur la scène Berlin School, mais qui aurait
la double particularité d’être à la fois le meilleur d’entre eux, et de s’appeler
également Tangerine Dream.
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| Tangerine Dream @ Night of The Prog 2019 |
Set list :
Kiew Mission. - White Eagle. - Betrayal (Sorcerer Theme). - Love on a Real
Train (Risky Business). - Identity Proven Matrix. - It Is Time to Leave When
Everyone Is Dancing. - Rubycon
Part I.
- Power of the Rainbow Serpent. - Madagasmala. - Cloudburst Flight. - [Rappel]
Session improvisée.