Bernd Kistenmacher représente la « seconde génération » d’artistes de la berliner Schule : ceux qui, à la suite des maîtres Edgar Froese, Klaus Schulze et Manuel Göttsching, se sont mis à l’électronique dans les années 80. Musicien, Bernd Kistenmacher est également producteur. Son label, Musique Intemporelle, devenu MIRecords, a fait les belles heures du genre pendant près d’une décennie. De passage à Strasbourg, il profitait d’une terrasse à l’ombre de la cathédrale pour évoquer sa carrière, son prochain album, Utopia, et la tournée qui suivra cet automne, mais aussi l’état de l’industrie musicale depuis la révolution Internet.
Strasbourg, le 16 juillet 2013
Tu es connu comme
musicien de « musique électronique ». Comment en es-tu venu à intégrer cet
univers ?
Bernd Kistenmacher – Avant
d’être un musicien de musique électronique, j’ai d’abord été un fan de musique
électronique. J’y suis arrivé plutôt jeune, à l’âge de 10 ou 11 ans, par ma
famille, ou en écoutant la radio. Autour de 1970, cette musique était encore
totalement inconnue. Les groupes comme Pink Floyd et Kraftwerk émergeaient à
peine, mais ces sons extraordinaires qu'on entendait alors pour la première
fois m'ont plu instantanément. Ils ne m'ont jamais quitté depuis. Il faut dire
que j'ai eu la chance de grandir à Berlin. J'ai donc pu assister de très près
au développement de cette musique par des artistes aussi réputés que Tangerine
Dream, Ashra ou Klaus Schulze. Comme ils étaient tous berlinois, je pouvais
presque suivre cette évolution en direct. Jusqu'au milieu des années 70, je ne
me suis pas privé de consommer tout ce qui pouvait avoir un rapport avec ce
domaine.
Un disque en
particulier t'a-t-il marqué ? Qu'en as-tu pensé alors ?
BK – C'est
étonnant, j'en ai encore un souvenir très net. Le premier enregistrement du
genre que j'ai jamais entendu était ce disque complètement fou des Silver
Apples, que ma cousine m'avait passé. Elle m'a ensuite fait écouter la chanson Echoes, de Pink Floyd. Je trouvais ces
collages sonores révolutionnaires, incroyables. Bien sûr, d'autres chansons,
comme Papa was a Rolling Stone, des
Temptations, exploraient déjà cette veine expérimentale : je pense aux effets
de réverbération sur la trompette. Mais c'est après qu'il s'est vraiment passé
quelque chose, dans cette direction de l'électronique et du psychédélisme qui,
selon moi, marque le véritable commencement.
Tu évoquais la scène
berlinoise. Pourtant, ta musique est un peu différente de celle de Klaus
Schulze ou Tangerine Dream. Comment la décrirais-tu en comparaison ?
BK – Clairement,
je suis un enfant de la berliner Schule.
Parce que c'est cette musique qui m'a influencé, qui marchait et que j'avais
envie de faire moi-même. J'étais à l'époque un très grand fan de Klaus Schulze.
C'était mon héros. Il l'est toujours. Mais à la fin des années 70 et au début
des années 80, le monde de la musique a subi une profonde mutation. Tous ces
supergroupes de rock aux solos interminables, tout cet arrière-plan
psychédélique, tout cela a été balayé quand les punks ont débarqué. Pas plus
que les autres, Tangerine Dream ou Klaus Schulze n'ont échappé à ce
bouleversement. Du coup, même eux ne faisaient plus la musique que je voulais
entendre. Ce fut l'événement déclencheur qui me donna envie d'en faire
moi-même. Mes premiers pas remontent à 1981-1982. J'ai acheté mes premiers
instruments, fait mes premiers enregistrements sur un magnétophone à cassettes.
Ma motivation, c'était de continuer dans la voie tracée par les pionniers berlinois.
J'ai toujours pensé que l'histoire de la berliner
Schule n'était pas terminée, qu'on n'en avait pas encore exploré tous les
aspects, qu'il en existait encore bien des formes d'interprétation possibles.
Etais-tu déjà
musicien ?
BK – Mon père
avait essayé de me faire prendre des cours de piano, mais ça n'a pas
fonctionné. Je n'avais ni la patience d'apprendre, ni celle de m'exercer. En
revanche, ce qui m'est resté pendant toutes ces années, c'est cette passion des
claviers. Les synthétiseurs m'ont toujours fasciné. Par la suite, je me suis
initié par moi-même à d'autres instruments, mais je n'ai par exemple jamais
appris la guitare.
Sur quels instruments
as-tu débuté ?
BK – Au début,
j'ai tenté de fabriquer moi-même mes propres appareils. Je m'intéressais à la
conception des systèmes modulaires, mais c'est vite devenu absurde. On peut
continuer indéfiniment à modifier des branchements ou des circuits, sans être
plus avancé. Comme la volonté de produire ma musique se faisait de plus en plus
pressante, j'ai fini par acheter un premier appareil dans le commerce, le Korg
Mono/Poly, un synthétiseur analogique. D'ailleurs, au début, je n'avais que de
l'analogique. Après, grâce à un ami, j'ai pu mettre la main sur un Arp 2600, un
Arp Odyssey, puis un Arp Sequencer. Puis du matériel de Roland. La totale.
Quand on commence avec ces trucs, on ne peut plus s'arrêter. Si bien qu'en
1985, j'avais déjà amassé un sacré équipement. Seulement, l'enregistrement
restait quant à lui toujours un peu compliqué. Je ne disposais pas encore de système
d'enregistrement multipiste. Je travaillais avec des magnétophones très
primitifs. En gros, je jouais en temps réel, je reproduisais ce que j'avais
joué, et je recommençais par-dessus. J'ai sorti comme ça deux cassettes, Romantic Times et Music from Outer Space, en 1984 et 1985, mais c'était quand même un
peu lourd ! Mes premiers concerts m'ont motivé à aller plus loin. Grâce à un
musicien de ma connaissance, j'ai récupéré un huit pistes de Tascam. A partir
de là, j'ai réellement pu enregistrer proprement. Et ça a donné mon premier
vrai album, Head-Visions, en 1986.
Et depuis ? As-tu
cédé aux sirènes du numérique et de la
MAO ? Ou es-tu resté un inconditionnel des synthétiseurs
analogiques ?
BK – Ça, oui !
Sur scène, je vais d'ailleurs tâcher de réutiliser un peu plus de matériel
analogique. Mais, de l'iPad aux synthés vintage, je n'hésite pas à me servir de
tout ce qui sonne bien. Je ne veux pas me priver d’un tel spectre d'outils.
J'aimerais seulement éviter de monter sur scène avec un ordinateur portable.
Personne ne peut prétendre travailler avec un laptop sans logiciel. Il me
semble qu'on devrait pouvoir trouver d'autres méthodes de mise en forme sonore
que de se pointer sur scène avec Ableton Live et laisser le logiciel tout faire.
J'essaie de procéder autrement. En revanche, pour la production pure de son,
pas de problème.
Tes débuts furent
très spontanés. Mais qu'est-ce qui t'a motivé à fonder ta propre maison de
disques ?
BK – J'ai
rapidement été connu dans ce milieu. Vers 1987-1988, cette musique bénéficiait
encore en Allemagne d'une excellente exposition à la radio. Nous avions bien
sûr Schwingungen, mais aussi beaucoup
d'autres bonnes émissions qui diffusaient ce genre de choses, à Berlin ou dans
d'autres Länder. Il n'y a pas de miracle. S'il y a une offre, si ça passe à la
radio, les gens s'y intéressent. Si ça ne passe pas, ils n’ont aucune raison de
savoir seulement que ça existe. C'est plus que jamais le cas, plus qu'il y a
vingt ou trente ans. Ainsi, à l'époque, mes disques ont très vite fait le tour.
J'ai pu nouer des contacts. Et j'ai fini par rencontrer des gens qui me
disaient « Bon, j'aimerais aussi faire de la musique électronique ». A côté de
la branche artistique de mon activité, l'idée de fonder une seconde branche,
plus économique, a germé. C'est-à-dire ne plus me contenter de développer la
carrière de Bernd Kistenmacher en solo, mais aussi gérer une maison de disque.
Ça a commencé avec Timeless Sound. Enfin non. Mes deux premiers disques Head-Visions [1986] et Wake up in the Sun [1987] sont parus
sous l'appellation Cosmic Sound Production, mais c’était plutôt de
l'autoproduction. Timeless Sounds [1988] a été mon premier vrai label, mais pas
pour longtemps. Comme une autre firme portait le même nom, je n'ai plus eu le
droit de l'utiliser. Or, comme j'ai toujours eu cette affinité pour la France (et aussi pour
l'Angleterre. Selon moi, l'Allemagne, la France et l'Angleterre constituent une sorte de
triangle cosmique. Tous les fans de musique électronique ont plus ou moins
grandi dans l'un de ces trois pays), j'ai décidé de rebaptiser le label Musique
Intemporelle [1989-1995]. Il s’agissait de promouvoir l’idée d’une musique sans
texte, d'une musique qui peut te paraître incongrue aujourd'hui mais que tu trouveras
formidable dans dix ans, parce qu’elle est – littéralement – intemporelle,
qu’elle n'est liée à aucune tendance. Cette pensée me motive toujours.
MIRecords suit la même philosophie. J'ai juste conservé les initiales dans un
souci de modernisation.
Quelques noms connus
apparaissent régulièrement dans le catalogue de Musique Intemporelle :
Mario Schönwälder, Rolf Trostel, Günter Schickert, Harald Grosskopf. C’est une
petite famille. Vous avez tous plus ou moins travaillé ensemble.
BK – Oui, on se connaît
tous. J'ai contribué au développement de certains d’entre eux. Avec Harald,
nous avons collaboré sur deux disques, donné des concerts... Les années 90
furent très actives.
As-tu réussi à
devenir pro ?
BK – Oui, depuis
2009, je suis musicien professionnel.
Justement, que
t'est-il arrivé entre 2000 et 2009 ? Neuf ans de désert discographique. Tu n'as
donc plus fait de musique au cours de cette période ?
BK – Si,
beaucoup. Mais en 2000-2001, j’ai connu une sorte de passage à vide créatif.
Aucune nouvelle idée correcte ne me venait. En même temps, le marché de la
musique commençait à subir un important bouleversement : on a commencé à
vendre les premiers CD à graver soi-même, le téléchargement illégal s’est
développé. De plus en plus pillée, la musique a rapporté de moins en moins aux
artistes. Surtout, notre musique a cessé de passer en radio. Mais au-delà de
ces problèmes économiques, le fait est qu’à titre personnel, je n'en avais tout
simplement plus envie. J'ai donc décidé d'arrêter les frais en 2001, après un
concert épouvantable en Italie. Je me suis retrouvé à occuper un emploi de
bureau tout à fait normal, loin de la musique, à fréquenter les cours du soir,
à essayer de me former. J'avais même l'idée, presque l’espoir, que la musique
était derrière moi. Mais l'envie a fini par reprendre le dessus. En 2009, je me
suis à nouveau posé la question : « Ne veux tu plus enregistrer un
disque, donner un concert ? » La décision n’a pas été simple. Il
s’agissait de me lancer dans un processus difficile, qui mettait en cause ma
santé, qui représentait aussi une grosse charge pour ma famille. Parce que,
cette fois, je me suis dit « D'accord, essaies à nouveau, mais si tu le
fais, fais le à fond ». Dans le passé, j’allais toujours au travail régulièrement,
j'avais toujours d’autres occupations à côté de la musique. Cette fois, je
voulais le faire sérieusement, je me suis obligé à prendre le temps.
Tu reviens donc en 2009 avec l’album Celestial Movements, publié chez MellowJet-Records, la maison de disque de Bernd Scholl, qui a par la suite sorti tous tes disques, jusqu’au plus récent, Antimatter, en 2012. Je croyais que tu avais décidé de réactiver Musique Intemporelle. Que se passe-t-il ?
BK – Ça y est, je
ne suis plus chez MellowJet. Après quatre disques, nous avons décidé d’en
rester là d’un commun accord. Mon prochain album sortira donc cet automne chez
Groove, le label néerlandais de Ron Boots. Je destine MIRecords à un autre
projet, une idée que je gardais en tête depuis très longtemps : produire à
nouveau des vinyles. L'année dernière, j'ai ainsi complètement remasterisé Head-Visions, qui est sorti en vinyle 180 grammes. J’aimerais
en publier plus de la sorte. Pour l'instant, il ne s’agit que d’un passe-temps,
mais le label existe toujours bel et bien. Simplement, je le réserve à Bernd
Kistenmacher en solo. Ça devait arriver tôt ou tard. J’avais ma carrière, les
gens m’appréciaient. Mais j’avais aussi envie d’aider les autres avec mon
label. Pourtant, à la longue, ça ne fonctionnait plus. J’ai dû choisir entre
créer ma propre musique ou vendre celle des autres. Or c'est une
responsabilité. Et si tu n’es pas prêt à l’assumer émotionnellement, parce que
tu n'as pas envie ou parce que tu préfères t'asseoir dans ton studio, alors tu
as un problème. Les gens qui t'ont fait confiance, les artistes qui ont passé
un contrat avec toi, sont déçus. Ils se disent que tu n'es pas correct, que tu
ne fais pas du bon travail. Ta réputation en pâti, ça peut même prendre des
proportions un peu injustes. Parce qu’au fond, tu ne penses pas à mal. Cela
dit, oui, il y a problème, il y a conflit.
A propos de conflit,
tu as lancé il y a quinze jours une discussion sur Facebook autour d’un nouveau
service de musique en ligne en Allemagne, qui s’appelle Ampya [une création du
puissant groupe de télévision allemand ProSiebenSat.1]. Ton post a suscité un
grand nombre de commentaires. Toi-même, tu es tout sauf enthousiaste. Peux-tu
expliquer de quoi il s’agit ? Comment as-tu découvert ce nouveau
service ?
BK – Depuis
quelques semaines, Ampya fait l’objet d’une campagne de pub intensive à la
télévision allemande. C’est une nouvelle plateforme de téléchargement. Très
officielle, parfaitement légale, une plateforme de plus parmi tant d’autres. Et
mes albums y figurent. Ceux d’un certain nombre de mes amis sur Facebook aussi.
Mais d’où génèrent-ils la source de leurs liens de téléchargement, aucune
idée ! Ce qui me contrarie par-dessus tout dans cette histoire, c’est
qu’on ne demande même plus leur avis aux artistes. S’ils sont d’accord pour
céder leurs droits sous quelque forme que ce soit. Ce n’est pas comme si
j’étais hostile. Ce développement est irrésistible, il ne pourra de toute façon
plus être enrayé. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit simplement de se rendre
compte que désormais, la menace ne vient plus seulement de la nébuleuse pirate.
Les hackers russes pillent sans cesse nos morceaux, et nous savons bien que
nous n’en tirerons pas le moindre bénéfice. Mais quand nos disques surgissent
aussi à notre insu sur des plateformes légales, alors je me demande si on peut
les considérer comme si légales que ça.
Ah bon ? Ampya
est légal, non ?
BK – Oui, à
100% ! Tout est parfaitement en règle. Mais que devient l’artiste dans
tout ça ? Comment est-il rémunéré ? Même si je considère les labels
avec lesquels je suis sous contrat et qui accomplissent un travail sérieux, qui
essaient de placer la musique que j’ai faite ces dernières années sur iTunes ou
MusicZeit… même sur ces vecteurs ultralégaux, il faut se rendre compte de la
misère qui revient à l’artiste au titre de ses droits. Quelques centimes,
littéralement quelques centimes par titre joué. Inutile de me tenir de grands
discours, comme celui que m’a fait cet ancien patron de maison de disque
d’Allemagne du Sud. Il me disait : « De votre côté, vous postez bien
vos vidéos sur Youtube et ça ne vous dérange pas de savoir qu’on pourrait les
pirater ». Ce à quoi je réponds que nous vivons dans un monde audiovisuel.
Les gens réclament des vidéos parce que ça leur permet aussi de mieux te connaître.
Pour moi, c’est de la publicité gratuite. Mais là, on parle de consommation de
musique, et personne ne m’a rien demandé. Or c’est quand même légal. A quel
moment suis-je censé m’y retrouver ?
Jerome Froese pense
qu’Ampya a traité directement avec la Gema. Précisément,
sur Spotify, l’artiste ne touche que 0.0004 € par titre écouté. C’est pour
cette raison que Thom Yorke, de Radiohead, a annoncé hier avoir retiré
plusieurs albums de l’offre Spotify.
BK – Il s’y prend
peut-être un peu tard.
Selon lui, ce modèle
économique représenterait une menace pour les artistes, surtout les plus jeunes.
BK – Oui,
parfaitement.
Que peuvent-ils
envisager pour faire valoir leurs droits ?
BK – Rien.
D’ailleurs, la réactivation de mon label l’année dernière a été comme une forme
de réponse désespérée de ma part à tout cela. J’ai voulu presser à nouveau des
vinyles, parce que c’était un moyen pour moi de maintenir un lien entre la
musique et le matériel. Mais ça ne fonctionne que jusqu’au moment où quelqu’un
la numérise et la balance sur Internet. Donc je me suis un peu leurré moi-même.
Finalement, on en arrive à la situation où un disque ne permet encore de
toucher des droits que dans un très court laps de temps, à sa sortie. C’est le
seul moment où l’artiste exerce encore une certaine influence économique. Mais ce
qui se passe après lui échappe désormais totalement. Une fois numérisée, la
musique peut se retrouver n’importe où. Et ça n’a aucune importance de savoir
qui copie, les bons ou les méchants, ce sera copié quoi qu’il arrive, à
l’infini. Plus la peine d’espérer en tirer le moindre argent à ce moment-là. On
en revient aux origines du rock’n’roll : donner des concerts et y vendre
ses disques. Quand les gens viennent, ils viennent pour toi. Ils ont toujours
un peu d’argent dans la poche, ils achètent un disque, demandent parfois un
autographe. C’est le seul moyen.
Mais quand tu publies
tes CD, ils sont pressés. Cela représente quand même un gros investissement,
non ?
BK – Oui, mes CD
sont pressés, mais je passe toujours par un label pour la production. Je ne
prends pas moi-même le risque économique. Je ne le veux pas. En définitive, je
m’en tiens au chemin classique. Je pense que tout musicien devrait avoir un
contrat avec une maison de disque. C’est elle qui prend le risque financier.
C’est sa raison d’être. Elle croit à ce produit, elle investit pour lui, elle
trouve elle-même son intérêt à le vendre. Il lui revient ensuite de faire ses
comptes avec l’artiste. Mais celui-ci ne s’occupe de rien de tout cela. Il a
son contrat et c’est tout. Quand il porte lui-même la casquette de producteur,
il doit d’abord s’assurer d’avoir un distributeur, d’avoir vendu suffisamment
de billets de concerts ; s’il est son propre distributeur, d’avoir une
petite plateforme Internet… c’est un peu plus mouvementé.
Tu as parlé d'un
nouvel album en automne. Une mini-tournée suivra en novembre : trois
concerts dans des planétariums. Pourquoi les planétariums attirent-ils autant
les représentants de ce genre musical ?
BK – C'est un
classique. D’abord pour l'ambiance. Ensuite, parce que nous pouvons nous
reposer sur une logistique préexistante : un espace isolé, des places
assises confortables où les gens se relaxent, des projections de lumière, des
lasers, les étoiles. Tout ce que le musicien a à fournir, c’est le son. Il peut
donc se contenter d'une organisation légère. Bon, en fait ce n'est pas si
simple que ce que je viens de décrire. En outre, ça accrédite aussi ce cliché
de « musique des étoiles ». D’un autre côté, pourquoi pas ? Il y
a beaucoup de planétariums en Allemagne, qui de leur côté, ont aussi envie
d’organiser ce genre de spectacles. Ces dernières années, j'ai ainsi joué à
Münster et à Bochum, toujours à guichets fermés, si bien que je me vois bien
encore faire ça quelque temps, jusqu'à ce qu'un organisateur me demande d'essayer
autre chose.
Par exemple, te
produirais-tu ici ? [je désigne la cathédrale de Strasbourg, derrière lui]
BK – Immédiatement !
L'église catholique l'autoriserait-elle ?
Pas sûr. Toujours à
cause de ce concert de Tangerine Dream à Reims en 1974.
BK – Toujours ?
Ça alors ! Décidément, ça reste un événement célèbre.
Oui, la télévision française
lui a même consacré un documentaire au mois de décembre dernier.
BK – Ah oui, j’en
ai entendu parler par Olivier Bégué. Il y a contribué avec quelques amis. Ils
sont allés filmer sur place. Mais je n’ai pas vu le film. C'est passé sur Arte
?
Sur France 3. La
vidéo est toujours disponible sur Dailymotion. En attendant, que peut-on
attendre des concerts prévus en novembre ?
BK – Nous allons interpréter
sur scène mon nouvel album, Utopia.
Je serai accompagné d’un batteur, qui n’est autre que Burghard Rausch,
d’Agitation Free, dont la présence m’enchante d’avance. Il y aura aussi ce
violoniste fou, Tthomthom Geigenschrey, assez connu à Berlin et vraiment très
doué. Il joue également du violon électrique. La première partie sera assurée
par Picture Palace music, le groupe de Thorsten Quaeschning. J’espère encore
pouvoir réserver au public l’une ou l’autre surprise.
Les dates : 16/11/2013, Planetarium am Insulaner, Berlin – 23/11/2013, LWL Planetarium, Münster – 30/11/2013, Zeiss Planetarium,
Iéna.














