Le 16 novembre 2013, le Zeiss Planetarium de Berlin accueillait le premier des trois concerts du champion de la Berlin School Bernd Kistenmacher, destinés à accompagner la sortie d’Utopia, son nouvel album, le premier chez Groove Unlimited. C’est également sur le label néerlandais que vient de sortir Remnants, le dernier CD de Picture Palace music, projet parallèle très personnel de Thorsten Quaeschning, partenaire d’Edgar Froese au sein de Tangerine Dream depuis 2005. Avec Picture Palace music, Thorsten assurait la première partie du show avant de rejoindre Bernd sur scène en tant que guitariste d'appoint.
C'est bien entouré, dans les locaux de la UfaFabrik à Tempelhof,
que Bernd Kistenmacher a enregistré Utopia.
A ses côtés : le fantasque violoniste berlinois Tthomthom Geigenschrey, le
légendaire batteur d'Agitation Free Burghard Rausch, mais aussi la chanteuse
grecque Vana Verouti. Cette dernière s'est notamment illustrée dans son pays aux
côtés du compositeur contemporain Mikis Theodorakis. Mais pour les amateurs de musique électronique, elle restera
à jamais la voix de Heaven and Hell (1975), le mythique
album de Vangelis. Vana Verouti, qui intervient sur la chanson-titre du
disque de Bernd Kistenmacher, ne participe pas à la tournée, tout comme
Burghard Rausch, qu'un accident fâcheux a condamné au repos. En revanche,
Thorsten Quaeschning, alias Q, qui a pris part à l’album, non seulement accompagne
Bernd Kistenmacher à la guitare sur la tournée, mais il assure également la
première partie avec son groupe, Picture Palace music. En somme, comme aux
temps glorieux des majors, il s’agit d’une tournée commune de deux artistes estampillés
Groove, chez qui l’un et l’autre ont publié leur dernière production.
Picture Palace music n’est pas n’importe quel groupe. Initié
par Q en 2003, couvert d’éloges depuis (trois Schallwelle Awards consécutifs du
Meilleur Artiste de 2011 à 2013), il profite de la tournée des planétariums de
Bernd Kistenmacher pour promouvoir son dernier disque, la bande originale d’un
documentaire conçu pour un tel dispositif : Remnants, de Grant Wakefield. Le film se propose d’explorer en
time-lapse les vestiges de la civilisation néolithique dans les îles
Britanniques. Tourné en Irlande, en Ecosse et bien sûr à Stonehenge, il s’inscrit
clairement dans la lignée de Koyaanisqatsi
(1982) de Godfrey Reggio. Sur la scène du planétarium, Picture Palace music
interprète ainsi en direct la bande son tandis que le film lui-même est projeté
en intégralité au plafond, dans sa fulldome
version.
Mais comment ne pas jeter également un regard sur les musiciens ?
Avec ses airs de chanteur d’opéra, le charismatique Thorsten Quaeschning fait
la démonstration d’une belle présence. Il se montre ainsi bien plus exubérant
qu’avec Tangerine Dream ou, une heure plus tard, aux côtés de Bernd Kistenmacher.
Quant à la musique de Remnants, sa
proximité avec la production contemporaine de Tangerine Dream oblige peut-être à
reconsidérer à la hausse l'influence de Q sur le groupe d’Edgar Froese, qu’il a
rejoint en 2005. Il faut dire qu’en matière de musique électronique, l’instrument
fait souvent le larron. Q a ses préférences : ce soir, il se déchaîne sur
son Access Virus et sur le Memotron de Manikin Electronic. La firme berlinoise
est d’ailleurs représentée dans l’assistance par l’un de ses deux fondateurs, Thorsten
Feuerherdt. A l’image du film, la prestation de Picture Palace music se construit
comme un vaste crescendo, jusqu’à ce final explosif et parfaitement inattendu. Il
est clair que le groupe est fait pour ce genre d’exercice. Nous reparlerons prochainement
de Picture Palace music et de son concept si singulier.
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| Picture Palace music |
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| Bernd Kistenmacher sous le dôme, avec Tthomthom Geigenschrey |
Si les styles de Q et de Kistenmacher sont assez éloignés, on retrouve quand même quelques similitudes dans la structure de leurs compositions. Précisément : il s’agit de compositions. Alors que tous deux cultivent une tradition musicale pourtant fondée sur l’improvisation, on sent paradoxalement que chaque note, chaque texture est pensée avant d’être jouée. Bernd Kistenmacher n’a jamais caché son admiration pour Klaus Schulze. Comme lui, il aime débuter par des atmosphères avant d’introduire rythmes et mélodies. C’est le cas ce soir à Berlin. Mais l’auditeur n’est jamais confronté à un mur sonore, comme parfois chez Schulze. De l’atonalité surgit brusquement le ton, du chaos surgit l’accord. C’est que Bernd Kistenmacher ne se livre pas à une prestation 100% synthés. Sous les étoiles du planétarium, ses trois acolytes ajoutent une belle profondeur à ses compositions chatoyantes. Inspiré et travaillé, tel s’annonce Utopia.
Set list : Utopia Live. – Antimatter (What's The Matter
? / It Doesn't Matter / Large Hadron Collider). – [rappel] Utopia (version instrumentale).
Prochains rendez-vous avec Bernd Kistenmacher
Utopia Tour
– LWL Planetarium, Münster, 23/11/2013
– Zeiss Planetarium, Iéna, 30/11/2013
Prochains rendez-vous avec Picture Palace music
Synths don't lie Tour 2013
– Indulge the Mode,
Paulus Kultur Kirche, Dortmund, 22/11/2013
– Remnants, LWL
Planetarium, Münster, 23/11/2013, 23/11/2013
– Remnants, Zeiss
Planetarium, Iéna, 30/11/2013
– Hello 2014,
Zeiss Planetarium, Bochum, 30/12/2013



