Connu depuis longtemps sur les forums sous le pseudonyme de Nisus, le Belge Evert Vandenberghe, diplômé en architecture, s’est lancé il y a quelques années, à 36 ans, dans une carrière musicale solo. En 2012, il a publié son tout premier album, Electronic Medication, hommage brillant et très personnel à la musique électronique traditionnelle, qui lui a immédiatement valu la reconnaissance de ses pairs. Lors de la dernière édition des Schallwelle Awards, en mars 2013, il récoltait en effet le Newcomer Price, une sorte de Prix du Meilleur Espoir. Le 28 septembre, Nisus était l’un des cinq artistes invités lors de la troisième édition du Raumzeit Festival à Dortmund. Rencontre avec un artiste complet.
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| Nisus live @ Raumzeit Festival, Dortmund, 28 septembre 2013 |
Dortmund, le 28 septembre 2013
Bonjour Nisus. Peux-tu
te présenter ?
Nisus – Bonjour,
je m’appelle Evert Vandenberghe, j’ai 37 ans, je viens de Gand, en Belgique, et
je fais de la musique électronique sous le nom de Nisus.
Comment en es-tu venu
à te lancer dans ce projet musical ?
Nisus – Je
pratique la musique depuis mon plus jeune âge. J’ai appris à jouer de plusieurs
instruments, piano et orgue, bien sûr, mais aussi différents instruments à vent
comme l’harmonica ou le basson. J’ai fait partie de plusieurs groupes de rock,
de blues, et même, avant de me lancer en solo, d’une formation de
boogie-woogie. Rien à voir avec l’électronique ! Mais j’écoute de la
musique électronique depuis de nombreuses années, dans le genre de Klaus
Schulze et Jean-Michel Jarre. C’est dans cette direction que j’ai décidé de me
lancer en solo à la fin des années 2000.
Que représente à tes
yeux le Newcomer Price qui t’as été
remis lors des derniers Schallwelle Awards ?
Nisus – Ce prix a
été une surprise totale. Les organisateurs m’avaient invité à la cérémonie,
mais je ne m’attendais pas du tout à recevoir une récompense. J’étais hirsute,
je ne m’étais même pas rasé !
Comment tout cela
t’est-il arrivé ?
Nisus – J’ai
enregistré mon album entre octobre 2009 et mai 2010. Tout d’abord, je l’avais
mis en ligne sur Amazon et iTunes, mais c’était un peu vain, parce que personne
ne me connaissait, y compris en Belgique, où il n’y a pas vraiment de scène
électronique. Du coup, je n’ai eu que très peu d’acheteurs. Je me suis alors
demandé : où écoute-t-on la musique que je compose ? Où aime-t-on
cette musique électronique si particulière, sinon en Allemagne ? Je suis
donc venu ici, j’ai rencontré de nombreuses personnes attentives, comme Frank
Gerber et Hans-Hermann Hess, de l’équipe de l’Electronic Circus, à Gütersloh,
qui m’ont encouragé, soutenu, et convaincu de réaliser un véritable disque sur
support CD. Je m’y suis mis, j’ai dû encore dessiner la pochette de couverture,
et le disque est finalement sorti fin septembre 2012, juste à temps pour
l’édition 2012 de l’Electronic Circus, où les organisateurs m’ont permis de
tenir un petit stand. Là-dessus, Sylvia et Klaus Sommerfeld, de l’association
Schallwende, qui co-organise les Schallwelle Awards, m’ont remarqué, et c’est
comme ça que tout s’est précipité.
Le Newcomer Price ne consiste pas seulement
en la remise d’une statuette. Le lauréat se voit aussi offrir la prise en
charge du mastering, de la distribution et de la pochette de son prochain
disque. Or, tu viens de le dire, en matière de dessin, tu es parfaitement
capable de te débrouiller tout seul.
Nisus – Oui,
c’est même ma profession ! Je suis architecte de formation. Je crée des
images et de l’animation 3D depuis vingt ans. Il y a treize ans, j’ai fondé mon
propre cabinet d’architecture, spécialisé dans la génération d’images 3D de
bâtiments en construction, mais aussi de reconstitutions d’édifices détruits, à
destination des archéologues. Par la suite, j’ai commencé à réaliser des
croquis. Pendant des années, j’ai me suis cherché un style : des bâtiments
dans le genre gothique, Batman ou Star Wars. Mais je ne me suis jamais
adonné à cette activité à la maison. Toujours en voyage : dans le train,
dans l’avion, dans un bus, sur un banc.
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| "Electronic Medication", le premier album de Nisus |
Nisus – Quand
j’ai commencé l’enregistrement de l’album, je travaillais beaucoup trop,
parfois plus de 400 heures par mois, ce qui m’a mené jusqu’au burn-out. Cette année encore, il a fallu
que je mette la pédale douce. Je travaille toujours en permanence, mais j’ai
quitté le cabinet. En plus, je viens d’atteindre l’âge de mon père lorsqu’il
est mort. Ça n’aide pas. Donc je vis la musique comme une sorte de thérapie.
C’est d’ailleurs ce qui m’a inspiré le titre du disque, Electronic Medication [en référence à Electronic Meditation, le premier album de Tangerine Dream].
Electronic Medication est disponible à l’écoute sur ta page Bandcamp. Pourquoi mets-tu ta musique
gratuitement en ligne alors que tu essaies par ailleurs de vendre des CD ?
Nisus – Sur
Bandcamp, l’artiste n’a pas le choix, il est obligé de laisser écouter
gratuitement sa musique. L’idée générale est que le visiteur puisse d’abord
découvrir l’oeuvre puis, si elle lui plaît, acheter une chanson ou un album
entier. Je ne suis pas sûr que ce soit une si bonne idée en soi, mais Bandcamp
reste tout de même très précieux pour moi, parce qu’il m’offre la possibilité
de vendre du merchandising. Je propose mon album en téléchargement ou sur
support matériel, mais aussi des cartes postales de mes dessins. Je peux
soumettre aux fans différentes formules, comme le digipack, qui contient
quelques croquis supplémentaires et un poster, et même un combipack encore plus
riche. De ce côté, Bandcamp se révèle vraiment très utile.
Et que penses-tu des
nouvelles plateformes de téléchargement comme Spotify ?
Nisus – C’est
probablement très bien pour les utilisateurs, qui peuvent ainsi découvrir de
nouveaux artistes. Mais pour les musiciens, Spotify n’a aucun intérêt. On n’y
gagne rien. L’argent ne va pas aux musiciens, tout simplement ! Quand on
achète du pain dans une boulangerie, c’est bien le boulanger qu’on paie, et
personne d’autre. Quand on écoute de la musique, il devrait être normal qu’on
rétribue le musicien. Eh bien non. Ce n’est pas comme ça que ça se passe chez
Spotify. J’ai moi-même dépassé les 900 titres joués sur Spotify et ça m’a
rapporté moins de 3 euros. La comparaison avec Bandcamp est criante. Sur Bandcamp, je
peux faire connaissance avec les acheteurs. Je leur envoie personnellement mes
disques et je suis immédiatement récompensé de mes efforts.
Envisages-tu un jour
de signer un contrat avec une maison de disques ?
Nisus – Non, j’ai
créé mon propre label. Il s’appelle aussi Nisus ! Depuis plus d’un an
maintenant que je sillonne l’Allemagne, j’ai eu l’occasion de rencontrer un
grand nombre de personnes bienveillantes, et je leur ai carrément posé la
question. Dois-je prendre contact avec une maison de disque ? Que dois-je
faire ? Puis j’ai fait mes petits calculs. Bien sûr, je sais que je ne
pourrai pas vivre de ma musique. Mais je souhaite tout de même a minima que mon travail me rapporte un
peu, même si ce n’est pas grand-chose. J’ai vite compris que j’arriverai plus
rapidement à ce résultat en m’occupant de tout moi-même. C’est aussi pour cette
raison que j’ai décidé de publier un digipack. Je peux le vendre un peu plus
cher, mais surtout, je propose à l’acheteur un bel objet, dont j’ai moi-même
créé le design avec soin, que j’ai fait imprimer en qualité optimale, très
différent d’un CD basique dans sa boîte en plastique. Ça, je n’en voulais pas.
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| Evert Vandenberghe alias Nisus |
Nisus – En
studio, je dispose de tout le temps qu’il faut pour développer mes morceaux. Je
peux peaufiner chaque piste, réenregistrer, multiplier les couches, choisir
d’autres instruments. Sur scène, ça ne fonctionne pas. J’aime l’idée d’une
performance. Je veux jouer réellement, je ne veux pas que les spectateurs
entendent juste un CD sur lequel on se contenterait d’ajouter quelques notes
avec deux doigts. Les gens qui se déplacent aux concerts ne viennent pas pour
ça. Par principe, la musique doit être générée en direct, elle doit surgir de
l’action de mes mains sur le clavier. En concert, je joue systématiquement
quelque chose de différent, si bien que chaque performance est unique. Il reste
toujours des éléments de la précédente, mais le tout reste en constante
évolution. Ça m’a obligé à trouver un style de musique interprétable de cette
manière. Du coup, sur scène, je peux me contenter de mes deux claviers, ce qui
est déjà trop à mon goût ! Techniquement, c’est la grande différence avec
le studio, même si ça reste stylistiquement très proche. En tout cas,
j’enregistre chacune de mes prestations, et j’espère pouvoir en choisir les
meilleurs morceaux pour les publier un jour en CD.
Nisus – Bonne
question ! J’ai en effet sorti deux maxi-singles peu de temps après mon
premier disque. Il s’agissait justement d’un de ces exercices de préparation en
studio, destinés à me permettre de jouer ma musique live. J’avais en tête d’en
faire les deux premiers titres de mon prochain album. J’ai ainsi enregistré
deux ou trois heures de musique – vraiment de la bonne musique ! J’avais
même prévu d’autres maxi-singles. Mais en ce moment, je suis exténué, je n’ai
plus le temps de rien publier, ni même de m’occuper de la masterisation.
J’espère au moins finir l’album pour janvier. Mais j’ai aussi un autre projet,
en signe de gratitude à l’égard de toutes ces personnes qui m’ont aidé ici, en
Allemagne, et qui m’ont notamment décerné ce prix. Pour rendre un peu de ce que
j’ai reçu de la part cette « famille électronique », j’ai prévu de
publier en CD un Live in Germany,
florilège de mes différents concerts en Allemagne. J’ai déjà choisi un morceau
de ma prestation à Essen. Peut-être l’un des titres d’aujourd’hui en fera-t-il
également partie. Nous verrons. J’aurais aimé pouvoir présenter le disque l'année prochaine. Mais ce sera trop juste. Il faudra attendre qu'il soit prêt. J’ai beaucoup de projets, et je veux vraiment me donner tout le temps nécessaire.
Prochain rendez-vous avez Nisus
B-Wave Festival (1re édition)
avec Nisus, The Roswell Incident, AGE, Ian Boddy
Centre culturel De Muze, Dekenstraat 40, Heusden-Zolder, Belgique, 07/12/2013.







