Publié chez Syngate Records, le troisième album de BatteryDead, Shades, est sorti le 5 octobre 2013 à l’occasion de l’Electronic Circus, festival de musique électronique organisé chaque année à Gütersloh, en Allemagne. Derrière BatteryDead se cache le projet solo de Christian Ahlers, musicien de 39 ans originaire d’Oldenburg, en Basse-Saxe, tout comme ses amis de Rainbow Serpent, qui l’ont aidé à ses débuts. Dans le domaine de la musique électronique dite traditionnelle, où le vintage est roi, BatteryDead représente déjà une nouvelle génération de musiciens, résolument tournés vers le numérique et les nouvelles technologies.
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| Christian Ahlers alias BatteryDead au festival Electronic Circus, le jour de la sortie de son album, «Shades» |
Gütersloh, le 5 octobre 2013
Depuis 2010, tu as
publié en tout trois albums, tous chez Syngate Records. Mais ton histoire avec
la musique électronique a commencé bien plus tôt.
Christian Ahlers – Oui,
depuis assez longtemps. Et d’abord sur ordinateur. J’ai commencé avec un Amiga
500, vers 1989 ou 1990. Au départ, l’Amiga ne me servait que pour ses jeux, puis
je me suis aperçu qu’on pouvait faire de la musique avec. Je trouvais très
amusant de manipuler des samples, d’inventer des mélodies délirantes ou de
superposer des beats. Mais il ne s’agissait pas encore de « jouer de la
musique » à proprement parler. La qualité sonore n’était pas non plus très
bonne. Plus tard, j’ai fait l’acquisition de l’Amiga 3000, qui m’a permis
d’enregistrer de la musique avec un logiciel 16 pistes qui s’appelait OctaMED
Soundstudio. Ce programme était déjà compatible MIDI. J’ai fini par acquérir un
clavier MIDI, de la marque Casio. Mais j’ai attendu très longtemps avant de me
lancer sérieusement dans un projet musical. BatteryDead n’existe que depuis
2004.
D’où vient ce
nom ?
CA – Au départ,
j’avais choisi de baptiser mon projet Blue Synthesis, mais ce n’est pas un nom
très parlant. Plutôt banal et difficile à garder en tête. Un jour, lorsque les
piles de mon lecteur mp3 se sont vidées, un ami m’a dit : « Le voilà,
ton nom de scène ». Le lecteur indiquait « Battery Dead ». Je
n’ai pas cherché plus loin.
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| Shades, 3e album de BatteryDead |
CA – Il n’est pas
toujours aisé de classer son propre travail. Dans l’ensemble, ma musique reste
assez étrangère à la
Berlin School, c’est juste. J’aime les rythmes et les
sonorités plus modernes. Mais Syngate n’a jamais hésité à élargir ses horizons.
En surface, j’aborde plus ou moins les genres suivants : chillout, lounge,
downtempo.
Si je me réfère à Shades, « downtempo » n’est
pas toujours la notion la plus appropriée.
CA – Exact. Mais
globalement, tels sont les genres qui reviennent régulièrement chez moi.
Quelles sont tes
influences ?
CA – Pas simple !
Je garde une grande admiration pour les pionniers de la musique par ordinateur,
en particulier la musique de jeux vidéo, parce que c’est de là que je suis
parti. J’apprécie particulièrement Chris Hülsbeck, qui a réalisé à l’époque la
bande-son de pas mal de jeux, notamment pour le Commodore 64. Côté musique, je
citerais volontiers quelqu’un comme Jarre.
Qu’écoutes-tu en ce
moment ?
CA – En plus de
la lounge et du chillout, j’aime la trance, parfois la techno. Je n’écoute
pratiquement rien d’autre que de la musique électronique. Je m’intéresse aussi au
mélange de la pure synthèse avec des instruments classiques, comme la flûte ou
la flûte traversière. Mais je ne pourrais pas donner un nom en particulier. Aucun
disque de ce type ne se trouve dans mes rayonnages. Malheureusement, peut-être.
Tu n’es pas musicien
professionnel. Que fais-tu par ailleurs ?
CA – Je suis
artisan à Oldenburg, dans une petite boîte qui s’occupe de barrières de
passages à niveaux ou autres. J’ai la chance d’habiter juste à côté de mon lieu
de travail, ce qui me permet de ne pas trop perdre de temps en déplacements et
donc de me consacrer à la musique, mais aussi au billard, un hobby dévorant.
Parmi tes autres
passions, on peut aussi citer la photographie, et en particulier l’astrophotographie.
Ton inspiration vient-elle parfois des étoiles ?
CA – Il m’arrive
d’être dans la Lune,
c’est vrai. Si bien que je peux parfois souffrir d’un défaut d’attention. Mon
esprit vagabonde ailleurs, je n’y peux rien. Ça explique mon intérêt pour les
étoiles. L’astrophotographie m’oblige à rester concentré sur un objet
spécifique. En dehors de ça, elle me permet aussi d’admirer simplement la
beauté de l’univers.
CA – Oui, pour Shades, j’ai photographié une éolienne
en contre-plongée, mais largement surexposée. La photo originale figure au dos
du disque. La couverture résulte d’une simple inversion des couleurs. Pour Sands of Deceptions, mon précédent
disque, l’image du sable m’a été gentiment fournie par un ami, membre d’une
association d’astronomie à Oldenburg. Il s’agissait d’une plage, ça cadrait
très bien avec le concept de l’album à l’époque. J’ai par la suite fait ce
montage, où la Lune
vient se fondre dans le sable. Quant à la pile à moitié enfouie, elle provient
d’un troisième cliché.
Tu as commencé par
distribuer ta musique sur Internet. Tu es ainsi présent sur Bandcamp, Soundcloud et MySpace. Tu as également ton propre site. Mais que penses-tu de Spotify ?
CA – Je n’en
attends pas grand-chose. Il faut dire que je n’en ai pour l’instant que de
mauvais échos.
Jusqu’à quel point
considères-tu l’outil Internet comme essentiel à ta promotion ?
CA – Sans
Internet, les choses ne se seraient pas du tout passées comme ça. C’est sur
Internet que je suis le plus souvent en contact avec Kilian, c’est-à-dire avec
mon label, même si au départ, ce n’est pas sur la toile que tout a commencé
pour moi. C’est justement lors de l’Electronic Circus, qui se déroulait alors à
Bielefeld, que j’ai pris mes premiers contacts. Nous étions partis d’Oldenburg
avec Frank (Specht) et Gerd (Wienekamp) de Rainbow Serpent. Sur le ton de la
plaisanterie, j’ai demandé quel label voudrait bien publier ma musique. Frank
m’a alors présenté Lothar Lubitz, qui tenait à l’époque Syngate Records. J’ai
parlé à Lothar, et nous nous sommes très vite mis d’accord.
Pourquoi as-tu
absolument souhaité faire appel à une maison de disque ? N’aurais-tu pas
voulu ou pu te débrouiller tout seul ?
CA – C’est que je
n’ai aucune idée de la manière dont on produit ou commercialise des disques !
De toute façon, je ne tiens pas coûte que coûte à en tirer de l’argent. Je sais
que ma musique ne fera pas de moi un homme riche. Ce n’était pas l’intention.
Ce qui m’intéresse avant tout, c’est que mon travail touche d’autres gens.
J’aurais peut-être pu atteindre le même résultat avec Internet ou en
distribuant moi-même mes disques. Mais ça représente un gros investissement :
graver les CD, imprimer les pochettes, envoyer les disques et devoir
éventuellement faire face à des acheteurs mécontents. Je préfère qu’un autre
s’occupe de tout ça. Je m’occupe de la musique, je la donne à Kilian, et il se
charge de sa commercialisation. En retour, j’ai l’esprit libre pour créer.
Tes albums sont-ils
piratés ?
CA – Je crains
bien que oui. J’ai déjà retrouvé mes disques sur des sites de téléchargement illégaux.
Il faut vivre avec. Comme je disais, je ne nourris de toute façon aucun espoir
de gagner beaucoup d’argent. Il en rentre quand même un peu. Suffisamment pour
qu’à la fin de l’année, je puisse m’acheter quelques CD.
Comment travailles-tu
en studio ? Le débat entre partisans de l’analogique et du numérique
t’intéresse-t-il ?
CA – Je me range clairement
du côté du numérique. J’utilise aussi énormément de logiciels. Je ne possède
qu’un seul véritable instrument analogique. Sinon, beaucoup d’émulateurs, de
synthés analogiques virtuels. Ces plug-ins facilitent grandement le travail,
même s’ils ne sonnent pas exactement comme l’appareil qu’ils prétendent émuler.
On entend la différence. Enfin… Je ne pourrais pas prétendre l’entendre
moi-même. S’il m’était donné de comparer directement l’appareil et son
émulateur, l’un à côté de l’autre, alors oui, je crois que j’y parviendrais.
Mais sur un disque, sur un morceau en particulier, c’est une autre affaire, en
tout cas en ce qui me concerne.
Tu emploies aussi un
logiciel qui s’appelle SynthEdit. Qu’est-ce que c’est ?
CA – SynthEdit
est une interface qui permet à l’utilisateur de développer ses propres plug-ins
VST, qui peuvent se greffer dans Cubase ou dans n’importe quelle autre station
audionumérique. Ça fonctionne un peu comme un jeu de construction, avec
différents modules. Je prends un oscillateur, qui me fournit la forme d’onde
basique, je peux le relier à un ou plusieurs filtres, ajouter différents
éléments. Tout se passe, en principe, comme dans un vrai système modulaire. Ce
n’est pas difficile. Quiconque lit le mode d’emploi, maîtrise les bases de la
musique électronique ou s’y connaît un minimum en synthés peut s’en sortir.
CA – Je ne suis
pas du tout claviériste. Je n’ai jamais suivi de cours de musique. Par exemple,
je ne sais pas jouer en même temps les accords de la main gauche et la mélodie
de la main droite. J’avais déjà 25 ans quand j’ai touché mon premier clavier.
C’était trop tard pour apprendre vraiment sérieusement. C’est la raison pour
laquelle je m’appuie beaucoup en concert sur les pistes préprogrammées. En
partie aussi parce que je joue tout seul sur scène. Donc tout ce qui est
rythmique, tout le fond sonore provient du playback. Je ne joue live que les
solos où les parties plus mélodiques.
J’ai cru comprendre
que tu n’étais pas particulièrement emballé par la scène.
CA – Je suis
quelqu’un de naturellement très nerveux. Je te laisse imaginer ce que cela
signifie quand il s’agit de se produire en public. J’ai donné mon premier
concert en 2011, lors du Raumzeit Festival, organisé à Dortmund par Stefan
Erbe. Chaque artiste devait jouer à trois reprises, trois blocs de quinze
minutes entrecoupés de pauses. J’étais bien sûr stressé, mais ce n’était pas le
pire ! Après les 15 premières minutes, j’étais à ce point lessivé, mes
mains tremblaient tellement que j’ai dû quitter la salle en courant. Je me suis
précipité sur la première bouteille d’eau et je l’ai bue tout d’un coup. Ce fut
ma première erreur : ne rien avoir apporté à boire sur scène !
Envisages-tu
quand même un prochain concert ?
CA – Rien n’est
prévu pour le moment, mais évidemment, je compte bien retourner sur scène, en
espérant faire mieux que la dernière fois. Je ne suis jamais vraiment satisfait
de mes performances. En particulier de la toute dernière.
A part sur scène,
comment assures-tu la promotion de ta musique ? Tentes-tu aussi de te
faire connaître à l’étranger ?
CA – Je ne
poursuis aucun plan d’ensemble pour exporter mon travail. En revanche, depuis
mes débuts, j’envoie mes disques aux stations de radio susceptibles d’être
intéressées, y compris à l’étranger. Par exemple, aux Etats-Unis, un animateur
radio comme Steven Barber diffuse régulièrement de la musique électronique le
dimanche matin (heure allemande). Je lui ai déjà fait parvenir ma musique, je
vais le faire aussi pour le nouvel album. Paul Nicholson anime lui aussi une
émission de radio spécialisée en musique électronique quelque part aux Etats-Unis.
Les deux ont déjà diffusé mes morceaux, tout comme un certain Pat Murphy, qui
m’a contacté récemment pour me dire qu’il avait joué tel titre. Parfois, je
reçois des réactions sur Facebook ou sur Bandcamp, mais ça reste marginal. Les
téléchargements représentent très peu des ventes. Un album par mois peut-être.
Mais il arrive qu’un internaute achète d’un coup les trois albums sur Bandcamp.
Puis c’est de nouveau tranquille pour plusieurs mois, avant que ne surgissent
subitement deux ou trois nouveaux acheteurs. Sur Bandcamp, tu peux précisément
savoir qui achète quoi, où et quand. Je constate que ça arrive souvent après
qu’un de mes titres a fait l’objet d’une diffusion ici ou là, à la radio ou sur
le web. En ce qui concerne les ventes physiques, il faudra que je demande à
Kilian. Nous faisons les comptes une fois par an.
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| BatteryDead, Electronic Circus 2013 |
CA – Oui,
absolument. Mais j’ajoute qu’une telle direction musicale possède déjà en
elle-même quelque chose de rebutant pour les générations plus jeunes. Prends
par exemple la Berlin
School classique. Ces morceaux sont si lents à se développer,
si longs à évoluer, que celui qui veut sincèrement s’y intéresser va vite s’en
détourner si, par exemple, il tombe sur un passage un peu plus calme, où il ne
se passe pas grand-chose. Aujourd’hui, quand quelqu’un veut découvrir une
musique, il n’écoute pas plus de dix secondes. Si ça ne lui plaît pas, il jette
et il passe à autre chose. C’est peut-être l’une des raisons pour laquelle
cette musique est si peu diffusée à la radio.




