Machiavel a publié son douzième album, Colours, le 28 novembre dernier. Après des débuts marqués par le rock progressif, le groupe s'est réorienté, au tournant des années 80, vers un rock plus direct, comme ses précurseurs Genesis ou Yes à la même époque. Depuis, le batteur Marc Isaye est devenu directeur de la très populaire radio Classic 21, animant lui-même son émission phare Les Classiques, tandis que Roland de Greef, le bassiste, et Mario Guccio, le chanteur, ont fondé le label indépendant Moonzoo Music. Autant d'activités qui démontrent la passion du groupe et son implication dans la promotion de la scène belge. Mario Guccio se confie.
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| Machiavel aujourd'hui : Mario Guccio, Roland de Greef, Hervé Borbé, Marc Ysaye, Christophe Pons (photo : Jean Marie De Brauwer) |
Quelque part sur Internet, 5-6 janvier 2014
Pouvez-vous me raconter
la genèse de Colours ? L'avez-vous
composé ensemble en studio ?
Mario Guccio – Les
compositions naissent dans le groupe de manière individuelle, ainsi que
l’écriture des textes. Par contre, nous avons travaillé d’une manière plus
collective sur les arrangements musicaux. De son côté, Marc Ysaye chante un ou
deux titres sur chaque nouvel album du groupe, il compose lui-même ses mélodies
sur des tables harmoniques en général fournies par Hervé (Borbé, le clavier) ou
Roland (de Greef, le bassiste). Sinon, fondamentalement, nous gardons toujours
la même recette : nous choisissons ensemble les compositions qui nous semblent
les meilleures, puis nous les travaillons afin de les optimiser et de les
finaliser.
Certains musiciens
aiment se laisser inspirer par ceux qui les ont précédés. D'autres, au contraire,
cherchent toujours un son original. Comment trouvez-vous votre équilibre dans
le processus de composition ?
MG – Si nous
partons du principe que les notes de musique sont comme des touches de couleurs,
alors je dirais que Machiavel enrichit le panel de celles-ci. Nous avons
atteint une certaine maturité tout en conservant nos cœurs d'ados, ce qui confère
à nos mélodies une texture riche et originale, ainsi qu’une certaine profondeur
à la résonnance de nos arrangements. C'est en cela que nous trouvons notre
véritable équilibre et que nous nous préservons du phénomène « mode »
que nous n’avons jamais suivi, car comme le disait Coco Chanel : « Il y a
quelque chose de terrible avec la mode, c’est qu’elle se démode » !
Nous n’aimons pas les étiquettes, ni les comparaisons. Comme
il y a 35 ans, le groupe fait de la musique intemporelle fondée sur des
mélodies. C’est sa force. Mais il est fort probable que nous soyons influencés
par divers courants musicaux, qui font évoluer notre musique. Je crois que
c’est le cas de tous les artistes qui, inévitablement, s’influencent les uns
les autres. On ne peut pas créer un mur et s’enfermer derrière, pour se
déconnecter du monde comme le ferait Roger Waters dans The Wall ! Donc fatalement, il y a des influences. Dans notre
cas, elles sont inconscientes, et je pense que c’est aussi le cas pour Roger
Waters ! Humblement, je pense que Machiavel a juste bien évolué. Le groupe est toujours
resté très proche de son temps, a toujours reflété son époque, et ce à toutes
les périodes qu’il a traversées.
Quand et comment vous
retrouvez-vous désormais ? Le quotidien de Machiavel aujourd'hui est-il
comparable à celui du groupe il y a 35 ans ?
MG – Sincèrement,
nous nous retrouvons chaque fois que c’est possible pour répéter ou même simplement
pour faire la fête.
Quelles activités
parallèles exerce chacun des membres du groupe ?
MG – Chacun de
nous a un job. Nous ne pourrions en aucun cas nous contenter de Machiavel, sauf
si nous vendions des centaines de milliers d’albums, et si nous donnions 200
concerts à l’année, ce qui n’est pas le cas. Mis à part Marc Ysaye, qui est un
homme public de par sa fonction de directeur et animateur de Classic 21, les autres occupent tous un
emploi plus ou moins classique. Je suis associé à Roland de Greef dans un label
musical dont il est le directeur [cf infra].
Hervé Borbé est graphiste. Quant à Christophe Pons, le guitariste, il est musicien
professionnel. Il fait énormément des séances studio et accompagne divers
artistes comme Lara Fabian, Bel Perez...
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| Machiavel - Colours (2013) |
MG – On ne sent
pas la nécessité de changer, mais ce cas de figure n’est pas exclu, en tout cas
en ce qui me concerne.
Mario, comment
entretenez-vous votre voix ?
MG – Je fais une heure
de vélo tous les jours. Je ne rate jamais cette séance, c’est sacré pour moi. Je
travaille ma voix en roulant. Je ne fume pas, je ne bois pas, que des infusions
ou du thé, et j’ai une hygiène de vie très stricte, mais… seulement depuis sept
ans, car avant ça, j’ai bien déconné dans le schéma sex, drugs & rock'n'roll.
Pourquoi avez-vous
choisi de travailler avec un orchestre, en l'occurrence l'Orchestre royal de
chambre de Wallonie ? A qui doit-on la partition ?
MG – L’occasion s’est
présentée il y a deux ou trois ans avec la rencontre du directeur Laurent Fack,
qui se trouve être un fan de Machiavel. L’idée a mûri, et plusieurs titres de notre
nouvel album Colours ont été enregistrés
avec l’orchestre, ce qui nous a donné l’idée de l'inviter à se joindre à nous
pour ce concert du Cirque royal, le 21 décembre dernier. Les partitions ont été
écrites par la plume remarquable du pianiste Hervé Borbé, notre claviériste, et
réorchestrées non moins talentueusement par Grégoire Dune (Niagara, Bashung,
Voulzy, Souchon, etc…).
L'orchestre vous
accompagnera-t-il aussi sur la tournée 2014 ?
MG – Non. Nous
n'envisageons que des interventions ponctuelles, selon le type de concert. Un
projet est en chantier pour une série de dates en 2015. Nous donnerons des
concerts avec l’orchestre sur d’anciens titres de notre répertoire – je pense
plus particulièrement aux trois premiers albums, qui représentaient notre
période « progressive ». L’orchestre serait cette fois présent sur
chaque titre de la track-list.
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| Machiavel au Cirque royal de Bruxelles avec l'Orchestre royal de chambre de Wallonie, 21 décembre 2013 (photo : Jean-pol Sedran) |
Ce premier show, le 21 décembre dernier, marquait les 35 ans de votre concert mémorable au Cirque royal de Bruxelles en 1978. Comment s'est déroulée cette nouvelle prestation ? Comment avez-vous ressenti l'ambiance et le public cette fois-ci ?
MG – Même si
c’était différent, c’était un moment magique, car unique, sans précédent. Le
public était ravi. J’ai rarement vu autant d’étoiles dans les yeux des spectateurs
que ce soir-là. Et ça restera gravé à jamais dans nos cœurs et nos mémoires.
Envisagez-vous des
dates hors de Belgique ?
MG –Nous serons
dans le sud de la France
au mois de juillet pour deux concerts en festival à confirmer, mais pour les autres
dates je vous renvoie à notre site.
En 1978, Machiavel
était au sommet après trois albums dans un style singulier. Comment
décririez-vous ce style de vos débuts ? Le terme de rock progressif vous
convient-il ?
MG – Nous n’avons
jamais aimé les étiquettes. « Progressif » est le qualificatif qui se
rapproche le plus de ce que nous faisions effectivement à l’époque.
Quelles étaient vos
influences ?
MG – Je dirais Pink Floyd, Genesis, Yes,
Led Zep, etc…
Or, l'album suivant, Urban Games (le quatrième, en 1979), a
marqué un changement de cap assez radical. Qu'est-ce qui a motivé ce changement
?
MG – C'est le
départ du claviériste Albert Letecheur, que nous n’avons pas remplacé par
respect pour son talent, et tout simplement aussi pour nous remettre en
question. Nous nous sommes retrouvés à quatre, et la guitare est ainsi devenue harmoniquement
le son du groupe. Mais, encore une fois, un des privilèges de ce métier est de
pouvoir sans cesse se remettre en question pour éviter l’ennui. Ou pire : la
routine.
Depuis 20 ans, EMI
inonde le marché de compilations de vos premiers disques. Etes-vous partie
prenante de ces initiatives ?
MG – Nous ne
sommes pas vraiment consultés. On nous prévient quand c’est déjà bouclé. C’est
frustrant, car artistiquement, les choix des titres sélectionnés, la pochette,
etc… sont souvent inadéquats, voire de mauvais goût.
Avec Roland de Greef,
vous avez créé Moonzoo Music en
septembre 2007. Pourquoi avoir fondé votre propre maison de disques ? Quel est
l'objectif ?
MG – Aider les
jeunes groupes belges qui savent défendre leur musique sur scène, et qui ont du
talent. Personnellement, je ne suis plus en activité au sein du label depuis
2010. Seul Roland continue le combat, car c’est un véritable challenge que de
se dévouer corps et âme au développement d’un label, avec un marché qui
s’effondre depuis dix ans.
Moonzoo
fonctionne-t-il comme une maison de disque ordinaire ou y a-t-il des
particularités ?
MG – La
particularité du label, c’est de ne coproduire que des groupes belges, non pas
par discrimination, mais simplement parce que la Belgique regorge de
groupes de qualité, que ce soit dans le sud ou dans le nord du pays. Pour des
raisons de logistique, produire des groupes qui résideraient en dehors du
territoire coûterait très cher. Or un petit label ne peut supporter de tels
coûts de production.
Comment vent-on des
disques en 2014 ? Un label indépendant, est-ce une entreprise rentable de nos
jours ?
MG – Franchement ?
Non ! Il faut être passionné, bosser 16 à 20 heures par jour, et alors,
vous arriverez peux être à survivre.
Comment se porte la
musique rock en Belgique ?
MG – A part le
marché du CD qui s’effondre, les groupes de rock belges se battent vaillamment.
Et certains parviennent à sortir du lot, comme Puggy, Triggerfinger,
Hooverphonic, Arid, Ozark Henry, Machiavel.
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| Machiavel au Cirque royal de Bruxelles, 21 décembre 2013 (photo : Jean-pol Sedran) De gauche à droite : Roland de Greef, Marc Ysaye, Mario Guccio, Christophe Pons, Hervé Borbé |
Nous parlions de vos influences. Marquez-vous à votre tour la jeune génération ? Inversement, vous nourrissez-vous de la musique d'aujourd'hui ?
MG – Nous nous
influençons mutuellement. Les Stones influencent encore aujourd’hui les jeunes
générations, Led Zep aussi. Je pourrais en citer des tonnes. Je parle bien
entendu des jeunes qui ne vont pas aux concerts de Rihanna, Lady Gaga ou Justin
Bieber.
Les albums de
Machiavel sont disponibles en téléchargement sur iTunes.
Comment utilisez-vous le média Internet ? Plutôt comme une vitrine, un outil de
promotion, ou plutôt comme un nouveau support de vente ?
MG – Les
deux ! Les outils actuels sont formidables lorsqu’ils sont employés avec
maestria. Regardez ce que Stromae en a fait : une arme de marketing redoutable.
Nous, nous sommes les enfants de la télé, tandis que les ados d’aujourd’hui
sont ceux du web. Nous essayons de nous initier le mieux que nous pouvons, avec
plus ou moins de bonheur, à tous ces nouveaux formats.
Malgré Internet, la
télévision et la radio jouent encore, me semble-t-il, un rôle décisif dans la
promotion de la musique. Partagez-vous l’idée que ces médias contribuent à une
sorte d’uniformisation ? Dans cet univers, l'émission Les Classiques de Marc Ysaye ne fait-elle pas, du coup, figure d'exception
?
MG – Même si
parfois nous arrivons à regarder la radio – sur le web – et écouter la TV – à la radio (oui, vous avez
bien lu, cela paraît paradoxal), radio et télévision restent deux médias
déterminants pour la promotion, car ils touchent une frange du public qui
achète encore des CD. Les jeunes générations downloadent gratuitement sur des
plateformes gratuites ou crackent des musiques pour mettre dans leurs iPods, iPads
ou smartphones. Et ils ne font plus figure d’exceptions. Voyez les annonceurs
publicitaires : ils achètent de l’espace à tire-larigot.
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| Mario Guccio (photo : Jean-pol Sedran) |
Il est de plus en plus difficile de vendre sa musique et
d’obtenir de la visibilité, tellement l’information s'est muée en
surinformation. A cause de la multitude incalculable de pseudo-groupes ou
pseudo-artistes qui parasitent la toile et monopolisent l’accès aux médias, ce
qui a pour résultat d’étouffer dans l’œuf énormément de talents qui ne seront
jamais sous la lumière des projecteurs, ou bien resteront cantonnés sur une
scène de dernière zone qui n’intéresse personne. Et ça, c’est triste, et
quelque part, révoltant.
Vous avez choisi la
chanson Satellites comme premier
single. Que signifie la sortie d'un single dans le contexte actuel, sachant
qu’Amazon, par exemple, propose chaque titre du disque en téléchargement mp3
séparément.
MG – Satellites est un single promo radio non
vendu dans le commerce, comme tous les singles du groupe. Le nouveau single, le
second, Colour Damage, est en
rotation sur plusieurs grandes stations belges.
En 1996, les vingt ans du groupe avaient donné lieu à une tournée d'adieux, qui avait finalement complètement relancé le groupe. Avez-vous déjà des projets pour les quarante ans, en 2016 ?
MG – Comme je
l’ai dit précédemment, quelques dates sont prévues avec l’Orchestre royal de
chambre de Wallonie. Nous reprendrions le contenu de nos trois premiers albums
dans des endroits adéquats, comme l’auditorium de Flagey, le Théâtre de la Place à Liège ou le Théâtre
de Mons. Un bel anniversaire en perspective, non ?
Prochains rendez-vous avec Machiavel
Centre culturel, Seraing, 08/02/2014
Carnaval de Wellin, 08/03/2014
Centre culturel Le Cothurne, Attert, 14/03/2014
Bel'zik Festival, Hall de Criées, Herve, 28/03/2014
Festival Francofolies, Parc de Sept Heures, Spa, 18/07/2014
Fête des jeunes, Obigies, 17/08/2014
Centre culturel, Dison, 27/09/2014





