Fondateur de Tangerine Dream et de tout un courant musical, Edgar Froese s’est éteint subitement le 20 janvier 2015. Les Schallwelle Awards, distinctions qui se réclament de son héritage, se devaient de lui rendre hommage. Quelques semaines auparavant, Sylvia Sommerfeld, organisatrice de l’événement, se réjouissait de la présence du maestro, lui qui devait être honoré d’un Schallwelle d’honneur à l’occasion de cette septième édition. C’est donc à titre posthume, et très tard dans la nuit, que la statuette lui été décernée. Thorsten Quaeschning, son partenaire depuis dix ans au sein de Tangerine Dream, était venu la recevoir en son nom. Coïncidence : son groupe Picture Palace music donnait aussi le concert d’ouverture de cette cérémonie, et repartait à son tour avec un trophée.
Bochum, le 21 mars 2015
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| Tangerine Dream – Phaedra Farewell Tour 2014 |
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| MorPheuSz – Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams |
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| Bernd-Michael Land dans son studio (source : bernd-michael-land.com) |
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| (source : bernd-michael-land.com) |
Entre le rock de MorPheuSz et l’électronique vintage de Bernd-Michael Land, l’écart est abyssal. Il démontre s’il en était besoin l’étendue de la notion de « musique électronique ». Le mini-concert d’ouverture de Picture Palace music en exprime encore un aspect différent. Plus difficile d’accès, parfois dissonante, la musique de Picture Palace music occupe depuis longtemps une place à part. Ce soir, elle a des accents industriels, voire dubstep, Thorsten Quaeschning ayant vraisemblablement fait l’acquisition récente de quelques modules dédiés aux effets si caractéristiques de ce courant.
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| Picture Palace music (source : picture-palace-music.com) |
Sa prestation révèle une facette totalement inattendue de la musique électronique, dont la plupart des promoteurs n’ont de cesse de souligner la liberté sans commune mesure dont elle serait porteuse. Aucune limite, aucun besoin d’apprendre ! Pourtant, force est de constater que, chaque fois qu’un nouveau genre électronique émerge, son origine peut être attribuée à un nouvel instrument, une nouvelle pédale d’effet ou un nouveau plugin bien plus souvent qu’à l’inspiration subite de tel ou tel artiste. La technologie ne nous détermine-t-elle pas plus qu’elle ne nous rend libre ? La discussion est ouverte. Elle n’empêche pas Picture Palace music de remporter le premier trophée d’une nouvelle catégorie, le Titre de l’année, dont la création témoigne peut-être, de la part des organisateurs, d’un désir de capter un nouvel auditoire en privilégiant le format court. En effet, comment attirer l’attention d’un public dont les oreilles sont de plus en plus sollicitées ? Vaste sujet.
Toutes ces questions passent au second plan lorsque vient le
moment d’honorer la mémoire d’Edgar Froese. René Splinter, a qui a été confié le
second mini-concert de la soirée, rend sans doute l’un des plus beaux hommages possibles
au fondateur de Tangerine Dream. Tout son show évoque le groupe mythique. On y
sent des réminiscences de Logos, de Poland, et le public frémit aussitôt en
reconnaissant la mélodie de Stuntman,
l’un des titres phares d’Edgar Froese en solo, dans un arrangement au piano
particulièrement bienvenu.
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| Thomas Gonsior, Sylvia Sommerfeld |
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| Thorsten Quaeschning rend hommage à Edgar Froese |
Winfrid Trenkler, homme de radio à qui revient le mot de la fin, se montre
évidemment plus loquace. C’est à lui que des groupes comme Tangerine Dream
doivent d’avoir accédé à la notoriété en Allemagne, c’est à son micro qu’ils
ont répondu à leurs premières interviews. Trenkler, qui vient directement de
Suède où il habite désormais, a eu le temps de monter quelques extraits d’une
interview de 1975, véritable document historique pour qui s’intéresse aux
développements de la musique électronique. Il en fait bien sûr profiter l’auditoire.
A l’époque, l’album Phaedra était
encore frais. Edgar raconte comment le groupe avait décidé sur un coup de tête
de revendre tous ses instruments conventionnels – les guitares, la batterie,
tout ! –, pour investir dans ces nouveaux outils appelés synthétiseurs… sans
savoir comment s’en servir. Il a fallu des semaines avant d’en tirer le moindre
son convenable, et Phaedra reste le
témoin de cette prise en main difficile.
Pour Winfrid Trenkler, c’est à ce saut dans l’inconnu, commercialement
suicidaire, effectué par des gens comme Froese à l’époque, que nous devons la
banalisation actuelle des instruments électroniques. Mieux : ce saut dans
l’inconnu est la démarche par excellence de tout artiste novateur. Mais
Trenkler ne s’arrête pas à cette rhétorique progressiste. S’il n’hésite pas à
placer Froese à égalité avec Bach, Mozart et Beethoven au panthéon de l’histoire
de la musique, il sait aussi qu’il ne suffit pas d’être novateur. Il faut aussi
avoir une postérité. « Le roi est mort, vive le roi ! », s’empresse-t-il
d’ajouter. Sans postérité, la plus géniale innovation retombera invariablement dans
l’oubli. Seule la postérité fonde la culture et c’est précisément pourquoi,
plus que jamais aujourd’hui, la scène électronique traditionnelle, la fameuse
Berlin School, doit survivre. Pour que l’œuvre d’Edgar Froese, et pas seulement
son nom, ne meurt jamais.
Palmarès. Prix spécial : Edgar Froese. – Meilleur Artiste allemand : Bernd-Michael Land. – Meilleur Artiste international : MorPheuSz. – Meilleur Album allemand : Phaedra Farewell Tour (Tangerine Dream). – Meilleur Album international : Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams (MorPheuSz). – Meilleur morceau : Sleepwalking Marathon (is not Olympic) (Picture Palace music). – Meilleur Espoir : Thomas Jung.








