Anciens poulains de l’écurie Universal, déjà bien connus en France, les Killerpilze mènent désormais leur carrière eux-mêmes sous le label Killerpilzerecords, qu’ils ont fondé en 2008, sitôt leur contrat avec la major échu. Publié le 1er mars dernier, Grell est déjà leur troisième album autoproduit. Dans la foulée, le groupe entamait une tournée, le Grell Tour, et donnait, le 24 avril à Strasbourg, le premier de ses cinq concerts prévus en France. Jo, Mäx et Fabi en profitaient pour parler de l’évolution de leur style et évoquer leur avenir dans la jungle de l’industrie musicale outre-Rhin.
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| Mäx, Jo et Fabi, les Killerpilze aujourd'hui |
Strasbourg, le 24 avril 2013
Les Killerpilze ont débarqué en France en 2007, deux albums sous le bras et surtout cette chanson en français, Un premier matin, adaptée de leur single Ich kann auch ohne Dich. L’une des rares bluettes – et piège à midinettes – d’un répertoire résolument punk, énergique et hargneux. C’est probablement cette identité punk, donc « anti-système », qui persuada les pontes d’Universal de signer le groupe en 2005. Quant à l’âge inhabituel de ses membres – le batteur, Fabi, avait alors 13 ans, – il permettait de capitaliser sur le succès de Tokio Hotel, l’autre boys band allemand, qui s’est fait connaître chez nous seulement quelques mois avant eux. La même histoire se répète souvent. Il s’agit avant tout d’exploiter l’artiste jusqu’à la corde, avant de le jeter et de passer à autre chose. C’est exactement ce qui se produisit en 2008, lorsque les Killerpilze apprirent que la maison de disques avait décidé de ne pas renouveler leur contrat. Pour autant, il ne faudrait pas nous fourvoyer dans une critique sans nuance des majors, simplement parce qu’elles n’ont que le business en tête. Si tout est affaire d’image, rien ne permet d'en conclure que tout ce que produisent ces multinationales est forcément « calibré » voire médiocre. Seulement, la musique n’est plus le critère déterminant de leurs choix. On peut le regretter, mais on peut aussi louer Universal d’avoir permis aux trois garçons de sortir de l’anonymat. Depuis, ils se sont en effet constitué un solide répertoire, artistiquement crédible. Réduits à leurs seules forces en 2008, ils ont patiemment refait surface, poursuivant albums et tournées. Jusqu’à ce Grell, qui montre que le talent était bien là dès le départ. Aujourd’hui, les Killerpilze sont récompensés. Ils commencent à retrouver la faveur des médias en Allemagne, au point que leur exposition dans les prochaines semaines pourrait rivaliser avec celle qu’ils ont connue du temps ou toute une armée à Universal s’occupait de leur com’. Comment ont-il réussi un tel tour de force ? Ils nous l’expliquent.
Killerpilze : du punk labellisé au rock indé
Si en 2010, Lautonom
exploitait encore le même registre punk que les deux albums estampillés
Universal, le disque suivant, Ein
bisschen Zeitgeist (2011), témoignait déjà d’une impressionnante
progression, et marquait surtout l’introduction d’un astucieux mélange de métal
et d’électronique dans une musique de plus en plus éloignée de ses racines
punk. Grell poursuit cette prise de
distance, pour se tourner vers un style pop-rock plus accrocheur. Mais la
dernière piste, Himmel, en trois
parties introduites au piano solo, ouvre encore de nouvelles perspectives, une
fantaisie que les Killerpilze n’auraient jamais pu se permettre chez Universal.
L’examen des paroles de leurs chansons révèle des progrès encore plus
manifestes. Comme d’autres, les Killerpilze ont beaucoup parlé d’amour, de
séparation et, compte tenu de leur âge à l’époque, de la vie lycéenne. Jo et
Mäx concèdent tous les deux que leur quotidien est resté une source
d’inspiration majeure. Mais les textes de Grell
arborent un ton encore plus personnel, à la manière d’un journal de bord. Mäx indique
ainsi que sa chanson, Erster Zug nach
Paris, rapporte des événements authentiques. De même, le personnage de
David, dont il est question au début, n’est autre que son frère, qui s’occupe
d’ailleurs de déballer le merchandising au moment où nous discutons. Les
Killerpilze expriment ainsi une relation plus directe, moins métaphorique, de
leurs textes avec leur propre expérience. Cette manière d’évoquer des
événements précis, de désigner des personnes par leur vrai nom, rappelle en
fait un autre style : le rap. Rien d’étonnant à cela : pour l’aider
dans son travail de parolier, Jo est allé solliciter l’ancien rappeur Curse,
réputé en Allemagne pour la qualité de ses textes. Il est clair que les paroles
de Himmel, qui racontent un deuil,
n’ont absolument plus rien à voir avec les trivialités des deux premiers
disques. Florian « Böde » Böhlendorf, le tour manager, se laisse
aller à la confidence : à l’époque, le groupe fut approché par l’Institut
Goethe, qui voyait en Tokio Hotel et Killerpilze un bon moyen de promouvoir la
langue allemande à l’étranger. S’il est vrai que ces formations germanophones
ont pu inciter quelques fans à choisir allemand en première langue au collège,
les responsables de la vénérable institution culturelle n’avaient probablement
jamais entendu le fameux refrain de la chanson Ich hasse dich : « Fick dich ! Harschloch ! »,
sur le premier album. Même la superbe pochette de Grell, au design déclinable à l’infini, trahit cette volonté de
s’éloigner de cette image brouillonne et crasseuse de punk. Les Killerpilze
aspirent aujourd’hui à un certain classicisme, et ils y parviennent fort bien,
comme le prouve la vidéo du single Nimm
mich mit, mise en ligne le 15 février sur Youtube.
Comme l’expliquent Jo et Mäx, ces progrès sont le résultat d’un travail planifié. Musicalement, la formation classique des trois garçons leur a permis de se débrouiller seuls. A l'inverse, conscients de leurs lacunes en matière de textes, et de ne pas savoir comment s’y prendre, ils ont eu l’intelligence de se tourner vers ceux qui savaient. Peu d’artistes, même plus âgés, peuvent se prévaloir de cette capacité à identifier leurs faiblesses et à y remédier. Pourtant, on peut avoir tout le talent du monde, encore faut-il connaître le marché, savoir comment promouvoir son œuvre. Or, en quelques années, la bande est devenue un parfait exemple d'autoproduction réussie. Lors de la fondation de Killerpilzerecords, précise Jo, le groupe n’a pas engagé de personnel. Les trois garçons se sont bel et bien retrouvés livrés à eux-mêmes. A l’époque, cette situation leur a d’ailleurs inspiré Drei, le premier single tiré de Lautonom. Depuis, poursuit Jo, ils bénéficient tout de même du soutien de Südpolmusic, une agence munichoise qui s’occupe essentiellement des intérêts de groupes bavarois. La présence de Florian Böhlendorf à leurs côtés témoigne quant à elle de la fidélité du promoteur Sparta Booking. Par ailleurs, alors que le succès médiatique des débuts aurait pu leur monter à la tête, aucun des trois jeunes musiciens n’a plaqué le lycée pour le groupe, comme le souligne Fabi : lui-même a débuté en 2008 une carrière d’acteur au cinéma, qui reprend d’ailleurs cette année à la télévision, dans un épisode de la version munichoise de Tatort. Mäx poursuit des études musicales qui lui permettent aujourd’hui d’écrire aussi pour les autres. De son côté, Jo a intégré une filière de communication. Autant de compétences que les trois garçons peuvent mettre à profit pour leur groupe. Jo n’est pas peu fier de dévoiler qu’il se charge lui-même, tout seul, de tout le travail promotionnel. C’est lui qui, dès le mois de décembre, divulguait sur Soundcloud les deux premiers morceaux du futur album, en intégralité. Egalement lui qui multiplie depuis les teasers autour du nouveau disque ou de la tournée, non seulement sur Youtube, avec la publication de courtes vidéos promotionnelles savamment espacées, mais également sur Tweeter, Facebook et même MySpace. L’hyperactivité sur les réseaux sociaux, le dialogue permanent avec les communautés de fans dans le monde entier, via Facebook ou Instagram, constituent quelques-uns des aspects de ses interventions.
Les Killerpilze pour la première fois à Rock am Ring ?
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| Jo et Mäx entourent Benni, leur fidèle bassiste de session |
[mise à jour du 25/05/2013 : en même temps que la finale de la Ligue des champions se jouait aujourd'hui à Bochum celle du concours Rock am Ring. Résultat : les Killerpilze participeront bien au festival cette année, le 7 ou le 8 juin.]

