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dimanche 31 mai 2015

Cosmic Nights 2015 : musique cosmique à l’ombre de l’Atomium

 

L’année 2013 a marqué la renaissance de la musique « cosmique » en Belgique sous l’impulsion de deux nouveaux événements : les Cosmic Nights et le B-Wave Festival. Toute une scène s’est alors révélée à son public, qui se donnait jusqu’alors plutôt rendez-vous aux Pays-Bas voisins, voire en Allemagne ou en Angleterre. Cette année, le planétarium de Bruxelles accueillait la 3e édition des Cosmic Nights sous la houlette de son promoteur, le musicien Mark de Wit. La manifestation faisait la part belle à la scène locale, avec Rhea et Ruud Rondou, Cycles of Moebius et The Roswell Incident. Michael Brückner et Mathias Brüssel représentaient l’Allemagne, tandis que Ian Mantripp, bien que résident belge, incarnait la Grande-Bretagne.

 

Cosmic Nights 2015 @ Planétarium de Bruxelles / photo S. Mazars
Le festival Cosmic Nights 2015 au planétarium de Bruxelles

Bruxelles, le 29 mai 2015

Rhea & Ruud Rondou @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Mark de Wit alias Rhea
Le planétarium est un lieu propice à la musique « cosmique » que Mark de Wit veut promouvoir. Mais comment disposer les volumineux synthétiseurs de cinq groupes différents dans une salle encombrée en son centre par un projecteur non moins imposant, et conçue pour des spectateurs assis en cercle, le nez en l’air ? Une solution possible, vue à Bochum et Berlin : les musiciens s’entassent dans un coin, et tant pis pour les spectateurs situés à l’autre bout de la salle ! A Bruxelles, en revanche, les instruments sont disposés autour de l’anneau central, sous le projecteur. Il revient alors aux spectateurs désireux de voir les musiciens de changer de place en fonction du programme de la soirée, comme des planètes autour du soleil.

Le set de Rhea & Ruud Rondou @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Le set de Rhea & Ruud Rondou
Mark de Wit, l’organisateur de l’événement, lui-même musicien, se produit régulièrement sous le nom de Rhea. C’est lui qui, une fois encore, assure l’ouverture du festival avec un court set d’une vingtaine de minutes, accompagné à la guitare électrique par Ruud Rondou. Les deux hommes ont fait partie dans les années 80 du trio belge Purfoze, qui s’était donné pour tâche de mixer les séquences de la Berlin School avec les nappes de l’ambient music. Entre les deux univers, Rhea a, semble-t-il, choisi. Le morceau joué sous le dôme du planétarium annonce le règne sans partage de l’ambient la plus pure. Même si son collègue guitariste se laisse d’abord aller à un solo – certes cosmique, mais un solo tout de même, qu’on s’attendrait aussi bien à entendre dans du rock –, il finit à son tour par se laisser aller aux effets hypnotiques. Cette brève introduction donne le ton, elle annonce ce qui va suivre : la musique, bien sûr, mais aussi l’atmosphère. Assis en tailleur sur un épais tapis de fourrure, devant ses systèmes modulaires, Rhea s’inscrit dans une imagerie hippie bienvenue. Il ne manque plus que le sitar de Ravi Shankar… ou de Klaus Hoffmann-Hoock.

Cycles of Moebius @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Cycles of Moebius
Pour le duo Cycles of Moebius, le festival Cosmic Nights constitue une première. Ses deux membres sont plus connus séparément. Jovica Storer et Pieter Gyselinck alias Lounasan appartiennent en outre au même label, C-o-l-o-u-r-s. Eux aussi sont très amateurs de drones et de nappes, mais n’hésitent pas à séquencer leur musique quand l’envie leur en prend. Ce soir, c’est à Lounasan que revient cette tâche, tandis que Jovica Storer se charge des solos, bien aidé par sa formation de pianiste.

Cycles of Moebius @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Les deux musiciens ne cachaient pas leur stress avant leur entrée en scène, et leur prestation s’en est parfois ressentie. Certaines bonnes idées sont abandonnées brusquement, avant même d’avoir pu donner leur pleine mesure, comme si Jovica et Lounasan hésitaient entre plusieurs directions. Mais cette manière de procéder peut aussi s’interpréter comme un style : la musique de Cycle of Moebius devrait donc être perçue comme une combinaison de petites touches de musique, comme une peinture impressionniste.



Ian Mantripp @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Ian Mantripp
 Ian Mantripp est britannique et habite à Waterloo, en Belgique. Parfaitement francophone, il produit une musique qui, elle, lorgne résolument du coté de l’Allemagne. Assis par terre comme Rhea, il a construit autour de lui une forteresse d’instruments ; « 100% analogiques », précise Mark de Wit ! Le dispositif de Ian rappelle beaucoup celui du Klaus Schulze des années 70. Sa musique aussi. Ian construit ses morceaux comme Schulze : nappes et séquences entrelacées qui évoluent jusqu’à l’introduction d’un solo.
Ian Mantripp @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Tout le monde se souvient des solos interminables et parfois dissonants de Klaus Schulze. Ian Mantripp reste quant à lui toujours dans les limites de l’harmonie – ce qui le rapproche plutôt de Tangerine Dream – et sait s’arrêter à point. Sans jamais quitter les seventies – l’improvisation règne –, chaque morceau reste si admirablement structuré et conçu qu’il résonne instantanément comme un classique. On peut s’en faire une idée en écoutant sur Soundcloud l’un d’entre eux, intitulé Dancing On The Ecliptic. Ian Mantripp ne s’était jamais produit en public. L’émotion était palpable, même dans ses machines. Tirer une émotion d’un assemblage de câbles électriques : n’est-ce pas ce paradoxe qui fait tout le charme de la musique électronique classique ?

Michael Brückner & Mathias Brüssel @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Michael Brückner & Mathias Brüssel
Michael Brückner & Mathias Brüssel @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Les deux Allemands Michael Brückner et Mathias Brüssel ont, eux aussi, cet inexplicable talent. Malgré la répétition générale donnée deux semaines auparavant à Mayence, le duo ne savait pourtant pas exactement ce qui allait se produire sur scène. Après le concert, Mathias Brüssel avouait d’ailleurs avoir complètement dévié en cours de route par rapport au programme prévu. Rythmes, séquences et pads sont de son ressort ce soir, tandis que Michael Brückner s’adjuge les claviers, jouant parfois deux solos en miroir sur deux synthés différents.
Michael Brückner & Mathias Brüssel @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Là encore, l’ambient music planante et la Berlin School sont au rendez-vous, mais dans une combinaison complexe qui fait intervenir d’autres univers, plus contemporains et noisy du côté de Brüssel, plus anciens et expérimentaux du côté de Brückner. Par ailleurs, Brückner & Brüssel sont les seuls à ne pas se reposer sur les visuels du planétarium – rotation des planètes, défilé des constellations – pour illustrer leur musique. Deux jours avant le show, Michael Brückner avait mis à profit ses talents de graphiste pour concevoir de magnifiques tableaux dont il ignorait encore la veille s’ils seraient compatibles avec le matériel de projection du planétarium.

The Roswell Incident @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
The Roswell Incident
The Roswell Incident, un dernier duo, clôturait la soirée. Il n’a fallu que quelques mois aux frères Koen et Jan Buytaerts pour conquérir leur public, notamment à l’occasion de deux prestations mémorables au B-Wave en Belgique (2013) et au E-Live aux Pays-Bas (2014). Koen et Jan ont compris ce qu’était une séquence et ils le prouvent une fois de plus ce soir avec un show 100% inédit. D’abord étonnement tranquilles et prudents, loin de l’univers sombre auquel ils nous avaient habitués, ils introduisent ensuite ces séquences dont ils ont le secret, puissantes et travaillées, instantanément convaincantes. Le point fort de Roswell Incident reste sans doute cette capacité à ménager ses effets. Ce soir, c’est l’intensité croissante, le crescendo, jusqu’à ce climax où les séquences s’enchevêtrent et culminent pour mourir brutalement. On peut regretter qu’ils n’aient pas fini là-dessus !

The Roswell Incident @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars
Mark de Wit affirmait vouloir promouvoir les formes classiques de la musique électronique, la « musique cosmique ». Cette édition des Cosmic Nights a été aussi l’occasion d’encourager une scène belge de plus en plus fournie. La Belgique va-t-elle redevenir un pôle d’attraction de la Berlin School et de l’ambient ? Le 14 novembre prochain, le 3e B-Wave Festival pourrait accomplir un nouveau pas en ce sens. Johan Geens profitait des Cosmic Nights pour en révéler l’affiche. Le plat pays sera bien sûr représenté avec The Tower Tree, et l’Angleterre avec Radio Massacre International. Même la France sera là, grâce à Space Megalithe. Surtout, c’est l’immense artiste américain Robert Rich qui pourrait être de la partie. A condition qu’un dernier sponsor réponde favorablement aux sollicitations des organisateurs.
The Roswell Incident @ Cosmic Nights 2015 / photo S. Mazars

>> Interview de The Roswell Incident
>> Interview de Michael Brückner
>> Interview de Mark de Wit (Rhea)


vendredi 24 octobre 2014

The Roswell Incident : les nouveaux maîtres de la Berlin School


Originaires de Gand, en Belgique, les frères Koen et Jan Buytaert, ont été bercés dans les années 70 aux sons des maîtres allemands de la musique électronique. Leur duo, The Roswell Incident, explore une facette particulièrement sombre de cette Berlin School, que de nombreux aficionados n'ont pu découvrir chez eux que tardivement, lors de la prestation du groupe au B-Wave Festival en 2013. Un an plus tard, Ron Boots les invitait à participer au E-Live, où leurs séquences imposantes et leurs constructions colossales ont une fois de plus fait l'unanimité. Mais qui sont-ils vraiment ? Les deux frères racontaient leur cheminement musical sitôt après leur show à Oirschot.

 

Jan Buytaert, Koen Buytaert : The Roswell Incident @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Jan Buytaert, Koen Buytaert : The Roswell Incident @ E-Live 2014

Oirschot, le 18 octobre 2014

La musique électronique, c'est un trait de famille ?

Koen Buytaert – Non, je ne crois pas. Notre père aimait la musique classique et l'opéra. Il jouait aussi de l'orgue. On en avait un petit à la maison.
Jan Buytaert – Attention, il a aussi assisté à un concert de Klaus Schulze avec nous : le fameux concert en la cathédrale Saint Michel d'Anvers [le 17 octobre 1977]. C'est nous qui l'avions amené, et ça lui avait plu.
KB – Exact ! J'avais 16 ou 17 ans.
JB – Et moi 9.

Oui, mais si ce n'est pas lui, qui a introduit la musique électronique à la maison ?

KB – Ce doit être moi. J'ai un goût pour les choses un peu spéciales. Le tout premier disque que j'ai acheté était Atom Heart Mother [1970] de Pink Floyd. Dans le genre « spécial », ça va déjà loin, mais je recherchais quelque chose d'encore plus radical. Le jour où j'ai déniché Rubycon [1975] de Tangerine Dream, dans un petit magasin de disques, ça a été une révélation. Voilà exactement ce que j'aime : l'atmosphère, le côté répétitif, sans percussions, mais en séquences. C'est une musique que je n'avais jamais entendue auparavant.
JB – Normal : ce genre débutait à peine à l'époque. Après Tangerine Dream, nous avons commencé à suivre tous les autres : Klaus Schulze, Ashra, etc.
KB – Nous avions aussi la chance de capter une émission de radio flamande, « Musique du cosmos », qui ne diffusait que de la musique électronique tous les mercredis soir, de 10 h à 11 h. Ça doit remonter à 1977-78. Quand nous étions plus jeunes, la chambre de Jan était située juste en face de la mienne. Les soirs où je m'absentais pour faire la fête, il entrait dans ma chambre et il écoutait au casque mes disques de musique électronique. C'est comme ça que je l'ai influencé.
JB –  Et quand tu rentrais, à 5 heures du matin, j'y étais encore.

Koen Buytaert : The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Koen Buytaert
Selon vous, faut-il toujours chercher à innover ou essayer au contraire de cultiver toujours le même sillon ?

JB – Nous sommes sous influence, c'est une évidence. Mais nous nous efforçons aussi de créer notre propre style. Par exemple, Free System Projekt tente de se rapprocher le plus possible des séquences, des sons et des textures de Tangerine Dream et de Klaus Schulze. De notre côté, nous tâchons de développer nos propres sons, de nous éloigner des presets trop classiques.

Vous reconnaissez-vous dans la notion de Berlin School ?

JB – Regarde ce qui est écrit sur nos t-shirts : « The Roswell Incident – Berlin School Sequencing ». Nous avons notre style, mais la méthode est la même. Nous créons notre musique en direct, simplement en jouant côte à côte. Et ça vient tout seul comme ça depuis vingt ans. J'en suis encore surpris.
KB – Open Your Eyes, le premier morceau de l'album The Crash [2010], a été enregistré en une seule prise. Par la suite, nous avons plusieurs fois tenté de le rejouer à l'identique, mais c'est impossible. Je peux bien commencer, mais au bout de quelques minutes, nous dévions invariablement vers autre chose. Nous étions si satisfaits de cette session que nous l'avons utilisée telle quelle pour la sortie du CD (bon : après avoir enlevé tout de même quelques fausses notes). Depuis, nous n'avons jamais rejoué Open Your Eyes.
JB – Les solos sont toujours différents. Pour jouer Escape aujourd'hui, il m'a fallu réécouter le disque à la maison afin de me rafraîchir la mémoire.

Jan Buytaert : The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Jan Buytaert
Il y a de très grandes différences entre les artistes qui se réclament de la Berlin School. Les Allemands sont connus pour leur romantisme alors que les Néerlandais sont plus joyeux. Quant à vous, je vous trouve beaucoup plus sombres.

KB – Oui, absolument.
JB – Je suis un peu romantique, quand même. La preuve : j'aime aussi Kitaro et Vangelis. Mais tu as raison : dans une atmosphère aussi noire, le défi, pour moi, consiste à parvenir malgré tout à créer des mélodies. Quand j'improvise et que Koen ne bronche pas à côté de moi, ça veut dire que c'est bon !
KB – Parce que je n'aime pas trop les mélodies. J'aime les soundscapes et les drones de l'ambient music, celle de Dirk Serries et Robert Rich. C'est pourquoi nos morceaux débutent souvent – et s'achèvent parfois aussi – par des atmosphères très ambient.

Comment est né le groupe ?

JB – Jusqu'à présent, nous avons enregistré à la maison l'équivalent d'une vingtaine de disques. Mais au départ, ce n'était que pour nous.
KB – En réalité, c'est Jan qui a eu le premier un synthétiseur, un Korg MS-20. De mon côté, j'étais déjà marié quand j'ai commencé à acheter des synthés. On a d'abord fait de la musique pour des pièces de théâtre amateur un peu absurdes, des comédies de boulevard. Ça n'avait rien à voir avec la musique électronique, mais en tout cas, c'est pour cette raison que j'ai eu besoin d'un synthétiseur au départ. Notre musique figure également sur un documentaire animalier consacré aux singes.
JB – J'ai un temps été clavier dans un groupe de rock. On jouait des titres comme Mr. Kiss Kiss, Bang Bang, la chanson de James Bond, avec trompettes, violons, et tout le reste. En 2004, nous avons assisté, pour la première fois depuis longtemps, à un concert de musique électronique. Nous étions dans la salle, nous écoutions la musique qui était proposée. A un moment, on s'est regardés et on s'est dit : « franchement : pourquoi pas nous ? »
KB – J'avais un peu perdu le contact avec cette scène quand Schulze et Tangerine Dream sont devenus plus commerciaux. Stratosfear, d'accord, Force Majeure, oui, mais après, leur musique est devenue trop mélodieuse pour moi. Il n'y avait pas Internet, donc nous n'avions jamais entendu parler de l'association Klem, aux Pays-Bas. Je n'ai repris contact que vers l'an 2000, grâce au Alpha Centauri Festival d'Eric Snelders. A notre tour, nous nous sommes mis à organiser des concerts, les Majestic Concerts, chez nous, à Gand. Age a été le premier groupe à s'y produire, puis nous avons invité Free System Projekt, qui en a tiré le CD et le DVD intitulé Gent. Enfin, nous avons organisé un autre événement, Much Ado About Noise, toujours à Gand [le 20 mai 2006], avec cinq ou six artistes de la scène belge : Planets Citizens, Zool, Alain Kinet, Shoda et… nous : The Roswell Incident.
JB – C'était très modeste. Le public regroupait essentiellement les familles des participants.
KB – Dirk Serries était dans la salle. Ça partait dans tous les sens. L'un des artistes se servait même d'un gros bidon de pétrole en guise d'instrument.

Jan Buytaert, Koen Buytaert : The Roswell Incident @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
The Roswell Incident @ E-Live 2014
Que faites-vous dans la vie ?

KB – Je suis professeur de mathématiques et de physique.
JB – Je suis ingénieur et consultant en TIC dans l'enseignement.

Ces activités scientifiques et techniques vont-elles de pair avec votre musique ?

KB – Nous n'utilisons pas de formules mathématiques pour composer de la musique, si c'est ce à quoi tu fais allusion. On pourrait essayer.
JB – Ah non !
KB – Mais il y a quand même un lien, dans la mesure où la musique électronique consiste aussi à maîtriser des instruments, installer des appareils, brancher des machines.
JB – Et même ça, ça ne fonctionne pas toujours. Aujourd'hui, en plein milieu du concert, les programmes ont refusé de se charger automatiquement d'un morceau à l'autre. J'ai dû tout reparamétrer manuellement. J'imagine que tout le monde l'a remarqué.

Votre nom suggère un intérêt pour un thème majeur de la science-fiction : le crash de Roswell, les extraterrestres. Est-ce une passion ?

KB – Nous sommes tous les deux très fans de science-fiction : les classiques, bien sûr, comme Van Vogt, Asimov ou Hamilton. Mais aussi Jack McDevitt, qui s'est fait une spécialité des enquêtes xénoarchéologiques.
JB – On peut aussi citer Dan Simmons Alastair Reynolds, Ian Banks : de la vraie science-fiction, pas de la fantasy.
KB – On joue aussi à des jeux de rôle, des wargames, des jeux de carte sur le thème de la science-fiction, en particulier un jeu qui s'appelle Netrunner et dont le sujet tourne aussi autour du monde de l'informatique.
JB – De vrais enfants, hein ?

Si j'ai bien compris, The Crash est le premier album d'une trilogie consacrée à Roswell.

JB – Après The Crash, en 2010, nous avons sorti Hunted fin 2013, puis Escape [2014], la version studio de notre concert au B-Wave.
KB – Dans notre histoire, à la fin d'Escape, l'alien retourne d'où il vient, dans les étoiles.

The Roswell Incident CD covers
The Roswell Incident – The Crash (2010) / Hunted (2013) / Escape (2014)

Qui est le responsable du design des albums ?

KB – C'est Alain Kinet. Tout ce qu'il fait correspond exactement à notre univers. C'est une rencontre parfaite. Chaque dernier dimanche de chaque mois, nous essayons aussi de faire de la musique ensemble. On a déjà enregistré pas mal de morceaux. Qui sait, peut-être allons-nous en faire quelque chose un jour.
JB – Nos t-shirts aussi sont de lui. La mention : « Berlin School Sequencing », c'était son idée.

Pourquoi avoir choisi de tout fabriquer vous-mêmes, de ne pas travailler avec un label ?

KB – Pour rester libres de faire ce qui nous plaît. Si nous ne rencontrons pas le succès, alors tant pis. Mais au moins, nous faisons exactement ce que nous aimons.

Depuis votre prestation live au premier B-Wave, vous avez pris une nouvelle dimension. On parle beaucoup de vous également en Allemagne. Mais on vous y voit peu. Pourquoi ?

KB – Nous viendrons volontiers si on nous invite. Cette année, nous aurions également voulu assister au festival Electronic Circus, mais c'était il y a deux semaines, à une date vraiment trop rapprochée du E-Live. Nous étions en pleines répétitions. Il faut dire que nous avons un peu tendance à tout faire à la dernière minute. C'est l'un de nos points communs.
JB – Hier, très tard, on répétait encore.

The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
The Roswell Incident live @ E-Live 2014
Que représente à vos yeux l'opportunité de jouer ce soir avant Manuel Göttsching ?

KB – C'est chic !
JB – Comme au B-Wave juste avant Ian Boddy. Mais ni Ian ni Manuel n'ont assisté à nos concerts.

Que manque-t-il pour attirer un public plus jeune ?

KB – Une plateforme comme la radio. Internet ? Ça ne fonctionne pas, tout simplement parce qu'on s'y perd. Il manque aussi des festivals, comme le festival Tomorrowland en Belgique. C'est aussi de la musique électronique, mais dans un autre style. Il faudrait pouvoir établir des ponts entre les différents styles.

Pour finir, quels sont vos projets ?

JB – Nous allons probablement participer au prochain festival Cosmic Nights en mai 2015 au planétarium de Bruxelles. Après, nous aimerions bien nous produire en Allemagne et – pourquoi pas ? – en France.
KB – En Angleterre, le Awakening Festival avait organisé au mois de septembre une spéciale Pays-Bas. Peut-être y aura-t-il aussi un jour une spéciale Belgique ?
JB – Nous ne recherchons pas des dates à tout prix, mais si on nous sollicite, nous dirons oui.
KB – Nous aimerions aussi participer aux fêtes de Gand : une grande manifestation culturelle et musicale qui mobilise toute la ville pendant dix jours et dix nuits au mois juillet, depuis une cinquantaine d'années. Il y a de tout, des concerts, des artistes belges. Tout gratuit. Tout en plein air. J'ai donné notre musique à l'un des organisateurs à tout hasard. Et l'année prochaine, nous publierons peut-être un nouvel album.
JB – L'un des morceaux que nous avons interprété aujourd'hui en fera peut-être partie.


mercredi 22 octobre 2014

E-Live 2014 : trois générations sur scène


Réunir sur la même affiche l'une des légendes de la scène électronique classique, et son plus jeune représentant, telle était la particularité de cette 17e édition du E-Live, qui affichait complet pour l'occasion. Jeffrey « Synthex » Haster, 16 ans, avait en effet le privilège d'ouvrir ce festival clôturé par l'une des figures les plus importantes de l'histoire de la musique électronique : Manuel Göttsching, fondateur d'Ash Ra Tempel en 1970. La soirée faisait aussi une place à la Dark Berlin School du duo belge The Roswell Incident, mais aussi à l'un des maîtres de la scène néerlandaise, Gert Emmens.

 

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching live @ E-Live 2014

Oirschot, le 18 octobre 2014

Synthex live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Synthex live @ E-Live 2014
Agé de 16 ans à peine, Jeffrey Haster, plus connu sous le nom de Synthex, a déjà deux albums à son actif. Ron Boots, maître d'œuvre du E-Live, lui avait déjà offert en 2013 l'opportunité de se produire en public lors du E-Day, le pendant printanier de son festival de musique électronique. Cette fois, Synthex fait l'ouverture d'une édition haut de gamme et devant salle comble, puisque la tête d'affiche n'est autre que Manuel Göttsching. Synthex démontre tout d'abord que la confiance que lui accorde Ron Boots depuis trois ans n'est pas usurpée. Le jeune garçon d'Eindhoven joue ses solos avec aisance et dextérité, comme le démontre son rappel, une pièce pour piano solo que n'aurait pas reniée Johannes Schmoelling. Côté inspiration, Jeffrey oscille entre classicisme et modernité. Ce n'est pas tout à fait un hasard si cette alternative vient en premier à l'esprit. En effet, il manque encore à Synthex un son distinctif, une identité propre. Avec l'expérience – et le soutien de ses aînés –, il la trouvera. Son potentiel est énorme.

The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
The Roswell Incident live @ E-Live 2014
The Roswell Incident avait déjà fait une excellente impression sur l'auditoire du premier B-Wave Festival en Belgique, en décembre 2013. Atmosphères, séquences, nappes : les frères Koen et Jan Buytaert manipulent les armes de la Berlin School la plus classique. Moins romantiques que leurs homologues allemands, moins joyeux que les Néerlandais, ils explorent en revanche une facette étonnamment sombre de ce genre si particulier. Parlera-t-on un jour à leur sujet de Dark Berlin School ? Ce n'est pas dans sa manière d'interpréter, mais dans sa manière de concevoir la Berlin School que le groupe se distingue de tous les autres. Koen et Jan savent choisir leurs textures avec goût, ménager leurs effets avec intelligence et, surtout, introduire leurs séquences avec une rare subtilité. En fait, toute personne un peu familière avec Tangerine Dream se laissera immédiatement transporter dans leur univers.

Gert Emmens live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Gert Emmens live @ E-Live 2014

Gert Emmens live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Gert Emmens
Avec Ron Boots, Gert Emmens est l'une des locomotives de la scène néerlandaise, et l'un des fers de lance du label Groove Unlimited. Lui qui, lors du dernier E-Day au mois de mai, promouvait encore son disque en collaboration avec Ruud Heij, Signs, et qui assurait ne pas vouloir remonter sur scène dans l'immédiat, figure non seulement à l'affiche de cet E-Live, mais publie de surcroît son nouvel album solo, Outland, un disque résolument orienté science-fiction. Quatre titres extraits de l'album, ainsi qu'un morceau spécialement conçu pour le festival, sont au programme. Que des inédits, donc, qui permettent de vérifier à quel point Gert revient toujours au style de ses débuts, même après s'être essayé à l'ambient et au rock progressif. Si l'on en juge par cette version live, Outland s'inscrit en effet dans la droite ligne de disques qui ont fait date dans le répertoire de Groove, comme Obscure Movements In Twilight Shades (2003) et Waves Of Dreams (2004). Mêmes textures, même sophistication, même légèreté. Emmens est un musicien aérien et raffiné.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching joue sur son orgue Farfisa

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
L'entrée en scène de Manuel Göttsching ne laisse personne indifférent. Pour nombre de visiteurs, cette soirée représente même la toute première opportunité d'admirer le maître sur scène. Aucun déluge de lumières ni de projection vidéo n'accompagnent le récital. Sans ses compères Harald Grosskopf à la batterie et Steve Baltes aux machines, Manuel se suffit à lui-même, seul au milieu de cette immense scène. C'est sur Ableton Live qu'il lance ses séquences électroniques pour mieux se concentrer sur ses solos, le plus souvent à la guitare, mais aussi sur son célèbre orgue Farfisa, qui ne semble plus le quitter. Le Farfisa joue d'ailleurs le premier rôle lors de l'un des temps forts du concert, Dream, extrait de Dream & Desire (1977-1991), l'un des titres les plus caressants de sa discographie. Entre Ashra, Ash Ra Tempel et sa carrière solo, il n'est d'ailleurs pas si aisé de s'y retrouver. Ce soir, le guitariste laisse de côté Inventions for Electric Guitar et E2-E4, ses plus célèbres albums. Outre Dream, il interprète essentiellement des extraits de New Age of Earth (1976) et Blackouts (1977), ses deux premières œuvres estampillées Ashra ( …mais enregistrées en solo). Le second temps fort n'est autre que le rappel, Oyster Blues, un titre interprété pour la première fois lors de la transmediale de Berlin en 2012, et qui montre à quel point Manuel Göttsching demeure, après 45 ans de carrière, un musicien inspiré et innovant.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Set list Manuel Göttsching : Die Mulde. – Shuttle Cock. – Dream. – Sunrain. – Midnight on Mars. – Deep Distance – [rappel] Oyster Blues.