Il n'y en a plus que pour Hans-Joachim Roedelius ! Et pas seulement sur ce blog. Les Schallwelle Awards s'y mettaient à leur tour en décidant de lui décerner cette année un Schallwelle d'honneur pour l'ensemble de son œuvre. Dans une compétition dominée par deux autres figures de la musique électronique, Tangerine Dream et Jean-Michel Jarre, au grand dam des musiciens plus modestes repartis bredouilles, l'hommage à Roedelius montre que les pionniers n'ont pas dit leur dernier mot. Achim est peut-être même l'un des artistes les plus actifs et les plus demandés du moment sur cette scène. On le retrouvera en avril au festival Resonate de Belgrade aux côtés de Squarepusher, puis dans les égouts de Vienne, dans le cadre du Dritte Man Tour.
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| Triple portrait de Roedelius à la manière du célèbre portrait de Richelieu par Philippe de Champaigne photos : Alexandra Tolksdorf |
Bochum, le 27 février 2016
Il manquait beaucoup d'habitués sous le dôme du planétarium
de Bochum pour cette 8e édition des Schallwelle Awards. Pas de
Winfrid Trenkler, resté en Suède, pas de Stefan Erbe, porté pâle, comme
beaucoup d'autres. Et assez peu de ces musiciens amateurs qui pullulaient les
années précédentes. Un effet du message critique posté sur Facebook quelques
semaines avant l'événement par Kilian, le patron de SynGate Records ? Kilian
regrettait la vampirisation de la cérémonie par les «gros». Comment donner leur
chance aux jeunes artistes si des poids lourds comme Tangerine Dream ou… Pink
Floyd (qui ne se déplacent d'ailleurs pas) sont nominés ? Promouvoir la
nouveauté, les jeunes, n'était-ce pas l'objectif des Schallwelle Awards à
l'origine ? Evidemment, on peut mettre cette critique sur le compte du dépit de
ne jamais remporter de statuette, et il y a sans doute un peu de ça.
D'un autre côté, les nominations et le palmarès cette année
semblent confirmer ce diagnostic. Parmi les concurrents, on pouvait trouver les
noms de Kraftwerk, Nils Frahm, Art of Noise, Enya, New Order et Vangelis. Tangerine
Dream (meilleur artiste et meilleur album allemands) et Jean-Michel Jarre
(meilleur artiste et meilleur album étrangers) se sont partagé les trophées. Tangerine
Dream remporte même le prix du Meilleur Titre avec Electron Bonfire, devant Zero
Gravity, le morceau commun à TD et à Jean-Michel. (L'Allemagne bat donc la France 3-2 à la dernière
seconde, comme le relève Thomas Gonsior, le co-présentateur de l'événement !)
Nommés dans plusieurs catégories, parfois avec plusieurs disques, les «gros» ne
laissent aucune chance aux artistes plus modestes (Uni Sphere, Moonbooter,
Baltes & Erbe).![]() |
| Jean-Michel Jarre sous le dôme du planétarium de Bochum |
Si les Schallwelle Awards voulaient rendre hommage à Jarre,
c'était l'année où jamais : l'année de l'unique collaboration entre le pionnier
français et le pionnier allemand Edgar Froese. C'est en Allemagne et en France
qu'est née la musique électronique, a déclaré Jarre lors de la promotion d'Electronica 1. Matthias Eislöffel,
responsable de son fan club allemand (Jarrelook),
qui reçoit ce soir les statuettes en son nom, souligne à quel point il était
important que l'Allemagne, forte de ses légions de musiciens électroniques,
reconnaisse aussi Jarre, celui qui, dans ce domaine a vendu, et de loin, le
plus de disques au monde. Chose faite à travers le double prix reçu aux
Schallwelle Awards.
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| Tangerine Dream version 2016 : Ulrich Schnauss, Thorsten Quaeschning, Yoshiko Yamane (photo : Daniel Fischer) |
Tangerine Dream triomphant de son côté dans les catégories nationales, c'était l'occasion pour Thorsten Quaeschning de préciser un peu où en était le groupe, réduit au trio Quaeschning / Ulrich Schauss / Yoshiko Yamane depuis la mort d'Edgar Froese en 2015. Il ne doit pas y avoir beaucoup d'exemples de formations musicales qui survivent ainsi à leur fondateur et même à tous leurs membres historiques. Presque cinquante ans après la fondation de Tangerine Dream, voilà le groupe constitué de trois solides jouvenceaux repartis pour cinquante ans supplémentaires. L'année passée, une telle éventualité paraissait absurde. Mais la courte pige de Peter Baumann aux côtés de Schnauss et Quaeschning a rendu le projet un peu plus crédible. Ce soir, Thorsten affirme que c'est à la demande d'Edgar lui-même que les trois membres restants se sont résolus à poursuivre l'aventure des Quantum Years sans lui. Le maître, poursuit-il, leur a laissé une telle quantité d'esquisses et de pistes inédites qu'ils ont de quoi remplir des albums entiers. Le prochain contiendra encore 30 à 40% de matériel composé par Froese. Difficile, dans le choix des récompenses, de passer à côté de Tangerine Dream cette année.
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| Dream Control + Alien Voices live @ Schallwelle Awards |
En attendant, c'est aux vieux briscards de Dream Control
qu'a été confié le premier concert de la soirée. On sent Steve Schroyder et Zeus
Held désireux de mettre leur musique à la page, d'où cette omniprésence des
beats techno sur une musique qui, sans eux, évoquerait plutôt le TD de la
deuxième moitié des années 80. Choix sincère ou crainte du procès en archaïsme,
ces dépoussiérages, de plus en plus répandus, m'ont toujours surpris, surtout devant
un public que ne rebute nullement un bon vieux son rétro. Mais Steve est un bon
ami du duo vocal Alien Voices, bien connu sur le circuit et qui intervient dès
le troisième morceau. Avec leurs techniques de chant guttural et de chant
diphonique, Kolja Simon et Felix Mönnich apportent aussitôt de la profondeur à
un set qui jusqu'ici, évoquait plutôt un mur de sons.
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| Thau live @ Schallwelle Awards |
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| Hans-Joachim Roedelius live @ Schallwelle Awards |
Schnauss juge qu'on aurait tort, comme de nombreux
journalistes, de ne voir en la musique de Roedelius qu'une musique «légère» ou
«insouciante». Elle reflète en réalité des émotions beaucoup plus profondes, et
mêmes graves. Le malentendu réside dans le fait de croire qu'il faut de la
légèreté pour exprimer la légèreté et de la gravité pour exprimer la gravité,
alors que c'est l'inverse qui est vrai. Comment Roedelius parvient-il à faire
écho à des émotions si complexes avec une musique si «insouciante» sans tomber
dans le kitsch ? Peut-être sa vie terrifiante, hasarde Schnauss, lui a-t-elle
appris à reconnaître le prix des belles choses, et leur fragilité. Derrière
l'insouciance, c'est la mélancolie qu'il faut voir, derrière la légèreté, la
sagesse. Roedelius a su développer un langage musical capable de nous rappeler que,
même dans le monde d'aliénation où nous vivons, la possibilité du beau reste
ouverte. Bel hommage d'un jeune musicien à son aîné, l'intervention pertinente
d'Ulrich Schnauss fait chaud au cœur, tant il est rare d'entendre un artiste se
réclamer du «beau», et non, comme nous en avons trop l'habitude de nos jours, du «neuf».
J'aurai l'occasion d'en reparler.
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| Hans-Joachim Roedelius live @ Schallwelle Awards |
Palmarès. Prix spécial : Hans-Joachim Roedelius. – Meilleur
Artiste allemand : Tangerine Dream. – Meilleur Artiste international : Jean-Michel
Jarre. – Meilleur Album allemand : Quantum
Key (Tangerine Dream). – Meilleur Album international : Electronica 1 : The Time Machine (Jean-Michel
Jarre). – Meilleur morceau : Electron Bonfire (Tangerine Dream). – Découverte
de l'année : Dream Control.







