Lambert Ringlage s'est fait connaître au début des années 90, lorsqu'il commença à publier des albums de Berlin School – d'abord en cassettes puis en CD – sous le nom de Lambert. Désormais à la tête d'une des maisons de disques spécialisées dans le genre, Spheric Music, il produit depuis près de dix ans les disques de l'un des monuments de cette scène, Robert Schroeder, mais aussi ceux d'un Français, le Nantais Bertrand Loreau. Entre les sorties de Spiral Lights, le dernier Loreau, et Backspace, le nouveau Schroeder, lui-même trouve encore le temps de composer. Avec Hypnosphere, le duo qu'il forme avec Wolfgang Barkowski, il publie aujourd'hui l'album Timedrift.
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| Spheric Music : musique électronique et Berlin School |
Gütersloh, le 4 octobre 2014
Lambert, d'où vient
ta passion pour la musique électronique ?
Lambert Ringlage – Bonne
question. Je dois réfléchir un peu, parce que ça ne date pas d'hier. Mais je
crois bien que c'est de la faute de Tangerine Dream. Au début des années 80, mon
frère m'a fait écouter pour la première fois leur album Stratosfear [1976]. J'en ai été marqué durablement.
As-tu une formation
musicale ?
LR – Pas
vraiment. J'ai joué un peu de guitare, appris quelques accords. Puis j'ai
acquis un premier synthé, un petit Casio. Mais j'ai toujours joué à l'oreille,
jamais en suivant une partition. J'ai composé tous mes premiers morceaux de la
même manière.
Quel genre
composais-tu à l'époque ?
LR – Au début, et
particulièrement sur mon premier album, on pouvait entendre très clairement
l'influence de Tangerine Dream, plus spécifiquement le TD du début des années
80. Des albums comme Tangram [1980], Thief [1981], Logos [1982] et Poland
[1984] m'ont beaucoup inspiré. Je m'en suis éloigné par la suite, même si cet
héritage se ressent encore.
LR – J'y ai
pensé, mais j'ai préféré me débrouiller seul, dans la mesure où je restais
ainsi libre de mes choix. Je peux créer mes propres couvertures de disques,
choisir les endroits où je vends mes produits. J'ai tout en main et je suis
indépendant. C'était la raison principale.
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| Quelques disques de Lambert parus chez Sheric Music : Lambert – Mirror Of Motions (1993) Lambert & Palantír – Finis Terrae (1997) / Jiannis & Lambert – Timeless Vision (1999) |
Par la suite, Spheric
Music a grandi. Pour quelle raison as-tu décidé un beau jour de distribuer le
travail d'autres artistes ?
LR – Peu à peu,
j'ai noué un certain nombre de contacts avec d'autres musiciens. Une de mes
connaissances, que je croisais régulièrement lors de concerts ou de festivals
comme celui-ci, m'a un jour appris qu'elle venait de composer un album et m'a
demandé si je pouvais l'aider à le sortir. Il s'agit d'Apeiron (Andreas Prinz).
J'ai dit : « D'accord, essayons ! » Rien n'était vraiment planifié. Par la
suite, d'autres musiciens ont manifesté leur intérêt pour Spheric Music, comme
Palantir (Christian Schimmöller), Jiannis puis beaucoup d'autres. Nous nous
connaissions si bien, nous étions amis, alors pourquoi pas ? L'amitié est au
fondement de toute ma démarche.
Spheric Music est donc
à la fois un label et un distributeur.
LR – Oui, je gère
d'une part mon label, qui publie les œuvres d'un certain nombre d'artistes, et d'autre
part, je fais de la vente par correspondance, en Allemagne et dans le reste du
monde. La plupart des musiciens associés à cette scène font partie de mon
catalogue de vente par correspondance. Parmi les artistes véritablement
estampillés Spheric Music aujourd'hui, on trouve notamment Klangwelt, Axxess, (Axel
Stupplich de Pyramid Peak), Food for Fantasy, Erik Seifert, mais aussi Hypnosphere
(un duo dont je fais partie avec Wolfgang Barkowski alias Alien Nature) et enfin Robert Schroeder ; ce dernier depuis
bientôt dix ans.
Robert Schroeder est
l'une des stars de cette scène. Ses premiers albums sont devenus des
classiques. Comment s'est-il retrouvé dans ton roster ?
LR – Nous étions en
contact par mail depuis un moment. Je connaissais son travail de longue date. Puis
un jour, en 2005, j'ai entendu dire qu'il venait d'achever un nouveau disque
après une longue pause, mais qu'il ne souhaitait pas en assurer lui-même la
publication. Je lui ai demandé de m'envoyer quelques extraits. On s'est
rencontrés, on a discuté, et on a signé. C'est pour moi un grand honneur de publier
les albums d'un artiste aussi important. Robert est un grand nom.
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| Journey Through the Past (2012) Interférences (2013), avec O. Briand |
LR – Bien sûr, il
ne faut pas les oublier ! Enfin, il s'agit surtout de Bertrand Loreau. Olivier
Briand aussi, mais seulement dans le cadre de son album en commun avec Bertrand,
Interférence [2013]. Comment nous en
sommes arrivés à travailler ensemble, je dois avouer sincèrement que je ne m'en
souviens plus très bien. L'e-mail a joué son rôle. La musique de Bertrand ne
m'était pas inconnue. Il m'a fait confiance assez vite, en m'envoyant sur CD-R
une flopée de morceaux tirés de ses archives. Je ne sais même plus combien. J'ai
tout écouté, encore et encore, et j'ai pu choisir ceux qui me plaisaient. Mes
titres préférés étaient tous chaleureux, analogiques, avec quelques accents de
Jarre, de Schulze, et ce petit charme français mélodique que je trouve très
agréable. J'aime en particulier son Journey
Through the Past [2012], constitué de vieux trésors analogiques composés
dans les années 80, que je trouve incroyablement romantiques. Par la suite, Bertrand
s'est recentré sur la Berlin School, le genre dans lequel je suis moi-même
spécialisé.
A part la Berlin
School, que peut-on entendre quand on achète un disque Spheric Music ?
LR – Tu entendras
de la Berlin School des années 70… de la Berlin School des années 80… un peu de
Jarre. Peu d'ambient. De nombreux CD
comportent des passages ambient, mais
aucun disque complet. Pas non plus de new
age, même si je distribue les disques de Deuter et Gandalf. C'est plutôt
périphérique chez moi.
Comme Spheric Music
existe depuis le début des années 90, tu as été un témoin privilégié de
l'avènement d'Internet. Qu'est-ce que ça a changé concrètement pour tes
activités de producteur et de distributeur de musique ?
LR – Internet
permet d'abord et avant tout de nouer plus de contacts. L'inconvénient, c'est
que la vente de CD devient de plus en plus difficile. Beaucoup de gens
préfèrent désormais le téléchargement. Du coup, j'en propose aussi, mais pas
directement sur le site de Spheric Music. Je passe par l'intermédiaire de CD
Baby. En revanche, Internet me permet d'atteindre sans délai n'importe qui dans
le monde entier. Dans l'ensemble, j'y vois donc une évolution plutôt positive.
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| Lambert Ringlage @ Electronic Circus 2014 |
Est-ce devenu pour
toi un travail à plein temps ?
LR – Non. Je gagne
ma vie comme éducateur social à mi-temps. La gestion de Spheric Music n'est
qu'un à-côté. Je m'en occupe tout seul. Du coup, je me sens privilégié de
pouvoir pratiquer une telle activité, si différente du travail quotidien. Mais
je ne pourrais pas en vivre.
Tu as un job, tu as
Spheric Music. Te reste-t-il un peu de temps pour ta propre musique ?
LR – C'est devenu
difficile. Mais je tente de profiter de chaque jour de congé. Je n'ai jamais
complètement arrêté, même s'il m'est arrivé de connaître de longs mois sans
toucher à un instrument. Depuis peu, néanmoins, je suis redevenu actif. Ainsi, Timedrift, le nouvel album
d'Hypnosphere, mon projet commun avec Alien Nature, vient de sortir : hypnotique,
sphérique, très orienté Berlin School ; beaucoup de séquenceurs. On peut même
percevoir l'influence du Tangerine Dream de l'époque d'Encore [1977]. Et pour la première fois, je joue un peu de guitare
électrique.
Quelles sont les autres
nouveautés du label ?
LR – Le nouveau
Robert Schroeder, bien sûr ! Il s'appelle Backspace,
et vient également de sortir. Robert continue à explorer l'univers des
séquenceurs, mais dans une ambiance plus moderne, plus eighties. Un excellent disque, facile d'accès, parfait pour les
longues soirées où on veut se laisser aller à rêver. Au début de l'année,
Bertrand Loreau a aussi publié son nouvel album, Spiral Lights, qui ne pourra que plaire aux fans de Berlin School. Et
puis l'année prochaine, en janvier ou février, je vais enfin sortir un nouvel
album solo, un Lambert. Le dernier remonte à 1995. J'y introduis de nouveaux
sons, de nouvelles influences, mais je conserve toujours Tangerine Dream en
toile de fond.
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| Les parutions 2014 chez Spheric Music Bertrand Loreau – Spiral Lights / Robert Schroeder – Backspace / Hypnosphere – Timedrift |




