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vendredi 23 mai 2014

Alio Die : le chant de la Terre


Avec son projet Alio Die, le Milanais Stefano Musso compte depuis près de vingt-cinq ans parmi les figures les plus importantes, mais aussi les plus atypiques, de la grande famille de l’ambient music italienne. Passé maître dans l’art d’intégrer des sons naturels et des instruments médiévaux dans une discipline pourtant traditionnellement associée à l’électronique, Alio Die compte plusieurs dizaines d’albums à son actif, en solo ou en collaboration (l’un d’eux avec Robert Rich). Il gère aussi son propre label, Hic Sunt Leones. Le 17 mai dernier, l’Italien se produisait pour la première fois sur la scène de l’Ambient Festival d’Anvers, en Belgique.

 

Stefano Musso alias Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 214
Anvers, le 17 mai 2014

Stefano, que signifie ton pseudonyme, Alio Die ?

Stefano Musso – C'est un nom de scène que j'ai adopté dès le début de mon projet musical. Traduit littéralement du latin, cela signifie : « un autre jour ». Mais il peut aussi s'interpréter dans un sens positif comme « vœux pour de meilleurs temps ».

Quel rapport entretiens-tu avec la musique ?

SM – J'ai commencé en 1990. J'ai d'abord été un auditeur attentif. L'écoute de styles très différents m'a beaucoup apporté. Mon approche de la musique a toujours été spontanée, plus orientée vers la recherche que vers l'académisme. Je n'ai pas appris la musique au sens conventionnel du terme même si, par goût, j'ai étudié plus tard certains aspects de traditions musicales étrangères qui m'intéressaient. Mes activités consistent à enregistrer et à sortir des disques, à gérer mon label et à distribuer de la musique expérimentale.

Qu'est-ce qui t'as amené dans l'univers de l'ambient music ?

SM – Sans doute le fait que j'essaie toujours de lier mon travail à mon environnement. A ce titre, ma musique présente bien un caractère ambient, à condition de bien comprendre ce que nous entendons par cette étiquette.

Stefano Musso alias Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Quels musiciens apprécies-tu dans le genre ?

SM – Je n'écoute pas ce type de musique depuis toujours. Au début, je prêtais l'oreille à des styles très variés. Dans l'univers de l'ambient, Vidna Obmana, c’est-à-dire Dirk Serries, a été ma première inspiration, vers 1989. Mais aussi Brian Eno, Jeff Greinke ou David Sylvian. Plus tard, je me suis tourné vers la musique ethnique, le minimalisme, mais aussi la new wave et l'électronique en général. Mon activité de distributeur me donne aussi cette formidable opportunité de découvrir beaucoup de musiciens très variés, qui développent tous une approche originale.

Ta musique poursuit-elle un objectif particulier ?

SM – J'ai conçu mes premiers enregistrements comme une sorte d'auto-thérapie, dans un sens qui me permette de trouver le calme et un certain état d'esprit. Dans mes premiers essais, j'étais à la recherche d'effets hypnotiques. J'ai pu étendre cette démarche en explorant de plus en plus profondément les réglages des instruments. Y suis-je parvenu ? Peut-être revient-il à chaque auditeur d'en décider.

Tu aimes mélanger l'électronique et l'acoustique, la synthèse et les sons naturels. Quel est ton processus créatif ?

SM – J'ai débuté par un mélange de prises de sons naturels et de sampling. A présent, j'ajoute beaucoup plus d'instruments acoustiques, ce qui m'amène à opérer le plus souvent par montage. Par exemple, je peux commencer une session avec des instruments acoustiques, comme les instruments à cordes, le sitar, ou divers grelots. A ce stade, il ne s'agit pas encore vraiment d'improvisation, mais de sensations procurées par les réglages. J'aime explorer et modifier les paramètres. Dans un second temps, j'ajoute des calques et je déploie le son au moyen de samples et d'effets. C'est une des manières de construire un album. Il y en a une autre : celle que je pratiquais avant, essentiellement à base de sampling. Mes morceaux sont aujourd'hui plus longs qu'avant en raison même de ces différences techniques, mais aussi des possibilités que permet l'informatique en matière d'enregistrement multipiste.

Stefano Musso alias Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Alio Die live @ Antwerp Ambient Festival 2014
Ton intérêt pour la musique traditionnelle va très loin. Quelle part lui fais-tu dans tes compositions ?

SM – D'une manière générale, c'est toute la musique ancienne que j'apprécie. J'aime la musique médiévale avant tout comme auditeur, mais aussi en tant que source d'inspiration. Par chance, l'Italie foisonne d'endroits propices, comme des châteaux ou des villages médiévaux. Dans ce cas, l'inspiration tire sa source du lieu lui-même. Mais je conserve une attitude très libre. Ce qui m'intéresse avant tout, c'est la possibilité d'explorer les sonorités de certains instruments médiévaux comme le hautbois ou la vielle à roue, autant d'instruments riches en harmoniques mais plus proches de la musique ethnique que de la musique classique d'aujourd'hui.

Ne trouves-tu pas non plus l'inspiration à l'occasion de tes voyages ?

SM – Je n'ai pas voyagé si souvent. En Thaïlande, j'ai déniché quelques instruments passionnants et découvert d'excellents sons naturels. Je fais souvent des prises de son en extérieurs. Mais c'était il y a longtemps. Depuis, j'ai surtout voyagé en Europe. Bien sûr, dans un autre registre, il y a eu en 1996 ce séjour en Californie, où j'ai passé plus d'un mois en compagnie de Robert Rich pour enregistrer notre album, Fissures.

Robert Rich, Alio Die - Fissures (1997) / source : discogs.com
R. Rich + Alio Die – Fissures (1997)
Que t'a apporté cette collaboration avec Robert Rich ?

SM – Ce fut une expérience unique et enrichissante. Robert était déjà bien établi. Il avait enregistré de nombreux disques, et accumulé de solides compétences techniques. J'ai appris beaucoup à son contact. C'est de lui que je tiens cette passion des réglages, que je n'ai pas cessé de développer par la suite. Pour la première fois, j'ai eu l'occasion de me frotter à une autre conception de la musique. Il m'a fait partager sa méthode, fondée sur un rigoureux travail de composition, alors que je suis plus intuitif. Ce séjour m'a apporté bien plus que l'album Fissures. Pendant les 40 jours que j'ai passés à ses côtés, nous n'avons pas seulement collaboré, nous avons aussi développé une amitié et échangé nos expériences. Par exemple, nous partagions cet intérêt pour la musique ethnique, le gamelan, la musique indienne. J'ai eu aussi l'occasion d'assister à deux de ses sleep concerts. Je pense que Robert Rich a atteint une qualité exceptionnelle dans le déploiement du son dans l'espace.

Es-tu en contact avec l'importante scène ambient italienne ?

SM – J'ai bien connu Gianluigi Gasparetti [1958-2013] alias Oöphoi, parce que j'ai publié ses premiers albums. De son côté, il promouvait régulièrement ma musique sur son webzine, Deep Listening. Comme je le disais, mon travail de distributeur m'a aussi permis de nouer des contacts directs avec d'autres musiciens, comme Opium ou Zeit, dont les disques figurent au catalogue de mon label, Hic Sunt Leones, et avec lesquels j'ai parfois collaboré.

Pourquoi as-tu éprouvé le besoin de fonder Hic Sunt Leones [littéralement : « Ici sont les lions »] ?

SM – Ce fut un choix assez spontané, au début des années 90. Je voulais publier mon premier CD par moi-même. La fondation d'un label, d'une marque, me permettait plus facilement d'entrer en contact avec d'autres producteurs et d'autres artistes dans le même genre.

Alio Die albums / source : www.aliodie.com
Circo Divino (2010) (avec Parallel World) – Horas Tibi Serenas (2010) – Honeysuckle (2011)

Tu sembles attacher une grande importance aux visuels. Crées-tu toi-même les couvertures de tes disques ?

SM – Le plus souvent, je m'occupe moi-même du design. Certaines pochettes sont faites à la main. Je crée parfois des compositions avec des éléments végétaux, des graines ou des fleurs. Il m'arrive désormais de proposer des éditions limitées en papier de riz, afin d'ajouter une touche artistique supplémentaire. J'aime l'idée de créer un objet chaleureux, qui ne présente pas cet aspect industriel de fabrication en série. Ce genre de musique ne court pas après les masses, ni après la publicité.

Parlons de tes dernières productions.

SM – Mon dernier disque, Amidst The Circling Spires [janvier 2014], est une collaboration avec la chanteuse et musicienne américaine Sylvi Alli. Elle connaissait mon travail, je connaissais le sien, ses albums solos et ses bandes originales. Cette estime réciproque nous a donné envie de nous rencontrer et de travailler ensemble.

J'ai cru percevoir dans cet album des éléments de musique liturgique, un style que tu avais déjà exploré dans ton dernier opus solo, Deconsecrated And Pure [2012].

SM – En effet. Si la physionomie intimiste d'Amidst The Circling Spires rappelle par endroits les psalmodies ou les prières, c'est que nos deux styles, celui de Sylvi et le mien, contenaient déjà ce type d'ambiance. Deconsecrated And Pure était lui aussi connecté à la musique ancienne parce que je m'y reconnais depuis longtemps. Pour ce disque, j'ai élaboré des samples auxquels j'ai ajouté des sons acoustiques et quelques éléments médiévaux. Tout cela reprend en partie le concept de ma trilogie Castles Sonorisations [qui comprend Aura Seminalis (2008), Tempus Rei (2008) et Horas Tibi Serenas (2010)]. Dans ces trois disques, j'ai poussé plus loin encore, au moins dans l'atmosphère, cette fusion des genres entre les drones et la musique médiévale italienne.

Alio Die albums / source : www.aliodie.com
Deconsecrated And Pure (2012) – Aura Seminalis (2008) – Amidst The Circling Spires (2014)


Quel champ musical vas-tu explorer ce soir ? Que doit-on attendre de ta prestation ?

SM – Normalement, je donne très peu de concerts. J'ai en effet plus de mal à utiliser les instruments électroniques sur scène. C'est lié à la manière dont je travaille en studio, à grand renfort de samples et de mixages multipistes : autant de techniques pas évidentes à reproduire en direct sur scène, spécialement quand on joue seul. Mais cette fois, Sjaak Overgaauw, de Premonition Factory, va m'assister. Nous avons décidé cela en dernière minute. Dirk Serries interviendra aussi sur un passage. Je vais donc pouvoir me concentrer sur les sons acoustiques. Clairement, ce concert sera plus acoustique que d'habitude. J'ai amené tout une série d'instruments que j'utilise souvent. Ils subiront divers effets et traitements. Sjaak s'occupera en partie de les intégrer dans des boucles. Le tout combiné à une piste électronique très simple qui servira d'arrière-plan et que j'ai préparée à l'avance spécialement pour le show.

Stefano Musso alias Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Alio Die live @ Antwerp Ambient Festival 2014
Prépares-tu un nouvel album ? Ou d'autres concerts ?

SM – Je n'ai rien prévu sur scène pour le moment. Mais si quelqu'un est intéressé, et veux me programmer, ça peut se faire assez vite, comme lors de mes dernières prestations, à Prague en 2009 et en Grèce en décembre 2012. En revanche, mon agenda en studio est assez chargé. J'ai plusieurs projets en cours, aussi bien en solo qu'en collaboration. En solo, j'achève les enregistrements d'un album expérimental, fondé sur des samples de sitar. Quant aux différentes collaborations, elles avancent parallèlement, à leur rythme. J'ai enregistré avec Lingua Fungi, une importante quantité de nouveau matériel. Nous devons encore nous rencontrer pour finaliser le projet. J'espère cette année. Un nouvel album avec Parallel Worlds est presque achevé. Nous le publierons sur un autre label. Je travaille aussi avec Lorenzo Montanà, un artiste beaucoup plus tourné vers l'électronique que moi, et dont les CD sortent en général chez Fax. Notre disque est fin prêt, il a même déjà un titre : Holographic Codex. Je le sortirai sur mon autre label, Projekt, certainement cette année. Enfin, Hic Sunt Leones continue à publier les œuvres des artistes maison, comme le duo Aglaia. Ils ont publié une dizaine d’albums, plus deux avec moi. Leur style est plus électronique que le mien, mais pas du tout froid, et très relaxant. Aglaia a reçu un bon retour ces dernières années. Nous avons à peu près les mêmes fans.

>> Site officiel


mardi 20 mai 2014

Antwerp Ambient Festival 2014 : sérénité radicale

 

Depuis six ans, la ville d’Anvers accueille l’Antwerp Ambient Festival, une manifestation entièrement dédiée à l’ambient music. A l’origine de ce projet, le musicien et ancien producteur Sjaak Overgaauw, lui-même artiste ambient connu sous le nom de Premonition Factory. Cette année, outre Sjaak lui-même, au sein du duo N-O qu’il forme avec l’Allemand Hellmut Neidhardt, l’affiche réunissait trois noms importants de cette scène internationale : l’Italien Stefano Musso alias Alio Die, le Belge Dirk Serries, anciennement connu sous le pseudonyme de Vidna Obmana, et le Canadien Aidan Baker.


N-O (Sjaak Overgaauw + Hellmut Neidhardt) @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
N-O (Sjaak Overgaauw + Hellmut Neidhardt) @ Antwerp Ambient Festival 2004

Anvers, le 17 mai 2014

Sjaak Overgaauw @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Un compositeur classique mobilise tout un orchestre, un groupe de rock fait tonner l’indépassable trio batterie-basse-guitare, un DJ techno s’attelle à ses platines : tout se passe comme si chaque forme musicale était intimement conditionnée par un certain type d’instruments, à charge ensuite aux artistes de développer leurs propres genres. Si l’ambient music est bien l’un d’entre eux, elle semble en revanche transcender tout déterminisme formel. Virtuellement, n’importe quel instrument, n’importe quelle source de son permet de produire de l’ambient, comme l’atteste l’édition 2014 de l’Antwerp Ambient Festival, qui se déroulait au Centre culturel de Luchtbal, à Anvers, sous la houlette de Sjaak Overgaauw, l’un des maîtres en la matière.

N-O (Sjaak Overgaauw + Hellmut Neidhardt)


N-O (Hellmut Neidhardt) @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Actif depuis de nombreuses années sur cette scène, Sjaak Overgaauw a publié son premier disque en 2010 sous le nom de Premonition Factory. Il y a deux ans, il s’est associé à un guitariste allemand, Hellmut Neidhardt, formant le duo N-O. C’est sous cette mouture qu’on retrouve les deux hommes sur scène. Lors de leur prestation, Sjaak génère presque tous ses sons sur des synthétiseurs. Quant à Hellmut, il filtre tellement sa guitare que sa contribution semble se fondre dans celle de son camarade.
N-O (Sjaak Overgaauw) @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
N-O développe une longue pièce de 45 minutes constituée de trois sections imbriquées, tour à tour tranquilles, sombres et dramatiques. En ce qui les concerne, le terme de minimalisme convient-il encore ? Le calme ne doit pas tromper, car la musique de N-O est dense, et sa structure, complexe. En revanche, le duo reste fidèle à un aspect essentiel du genre : la place réservée aux soupirs. Le fondu, à la fin du set, se termine dans le silence le plus complet, et constitue sans doute l’un des temps forts du festival, car le public, manifestement connaisseur, respecte ce moment, qu’il sait faire partie du tout.

Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars

Alio Die


Compte tenu de la place des synthétiseurs – et des applications – dans le travail de Premonition Factory, on pourrait concevoir l’ambient music comme un cas particulier de la musique électronique. Or il n’y a rien de tel chez Alio Die, qui a depuis longtemps rangé ses synthés au profit de dispositifs de toutes sortes, instruments à vents, à cordes, percussions orientales ou inventées de toutes pièces. Devant lui, dans les vapeurs de ses encens, l’Italien dispose d’un vaste éventail d’ustensiles, le plus souvent naturels, qui pourraient rapprocher sa prestation de la musique concrète, alors qu’elle relève là encore de l’ambient pure.
Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 2014

Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Et pourtant, dans son cas, l’électronique ne joue aucun rôle dans la génération du son. Stefano procède selon une méthode éprouvée de loops, jouant quelques secondes d’un instrument avant de l’insérer dans une boucle, lui faisant subir divers filtrages, tout en passant à l’instrument suivant. Il en résulte un paysage sonore volatile, harmonieux (alors qu’il flirte avec l’atonalité) et simplement désarmant. Pour cela, Alio Die fait sans doute partie des artistes les plus excitants de la très vaste scène ambient italienne.



Dirk Serries

Dirk Serries @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Dirk Serries s’est fait connaître au milieu des années 80 sous le nom de Vidna Obmana, un pseudonyme qu’il n’utilise plus guère. Là encore, pas question de rattacher l’ambient music à une famille d’instruments en particulier. Ce soir, le Belge n’utilise que sa guitare et beaucoup de feedback. A ce titre, son travail rappelle beaucoup certains passages d’Inventions for Electric Guitar, de Manuel Göttsching, qu’il aurait nettoyés de leurs traits rock et Berlin School pour ne conserver que l’atmosphère éthérée. Des quatre artistes présents ce soir, il s’agit sans doute du plus radical dans sa démarche.

Dirk Serries @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Dirk Serries @ Antwerp Ambient Festival 2014
Aidan Baker @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars

Aidan Baker


Mondialement connu dans les milieux autorisés, le Canadien Aidan Baker fait une belle tête d’affiche. Lui aussi guitariste, il ne s’encombre pas plus que Dirk d’autres instruments. Mais si Dirk se contentait de pédales d’effets, Aidan utilise, comme Alio Die, la technique des loops. Chez Stefano, pourtant, les boucles se perdaient dans les effets de délai et d’écho, alors qu’elles sont bien identifiables chez Aidan, et confèrent à sa musique une tonalité industrielle qu’il avait déjà explorée dans quelques albums. Comme N-O, Alio Die et Dirk Serries, Aidan Baker pratique l’improvisation. Mais ses morceaux révèlent une structure plus élaborée, peut-être consciemment. Des années de concerts lui ont sans doute permis de créer des progressions, de ménager des surprises et de peaufiner des effets. Les quatre concerts, tous d’une durée de 45 minutes, ont été enregistrés. Celui d’Aidan ferait bonne figure, tel quel, dans sa discographie.

Aidan Baker @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
L’expérience de l’ambient music se révèle très différente sur scène et à la maison. Là, elle s'affranchit de son statut d’arrière-fond sonore de la vie quotidienne, inhérent à l’étiquette ambient, pour devenir un spectacle. Car, lors de cette édition, il s’est toujours passé quelque chose sur scène : sous de subtils effets de lumière conçus par un technicien en coulisse qui savait manifestement ce qu’il faisait, le public voyait véritablement la musique en train de naître. En raison de son caractère radical, l’ambient music restera sans doute une niche. Mais avec de tels artistes, capables de créer des pièces aussi intenses, de développer une imagerie aussi éclatante et de marketer habilement leur travail, le public, à défaut de croître, ne pourra que rester fidèle. Une centaine de personnes ont fait le déplacement cette année, contre une trentaine il y a six ans. Plus important, il s’agit d’un public jeune, urbain et connecté.

Aidan Baker @ Antwerp Ambient Festival 2014 / photo S. Mazars
Aidan Baker @ Antwerp Ambient Festival 2014
>> Interview de Sjaak Overgaauw, organisateur du Antwerp Ambient Festival
>> Interview Alio Die
>> Interview Aidan Baker