Le 5 octobre 2013, la
6e édition du festival Electronic Circus se déroulait pour la troisième fois
dans le cadre de la Weberei
de Gütersloh, en Allemagne. Animé par Hans-Hermann Hess et Frank Gerber,
« fans depuis plus de trente ans » de Tangerine Dream, Klaus Schulze,
Ashra ou Jarre, le festival connaissait cette année sa plus grosse affluence.
De 13h00 à 1h00 du matin, le Français Florent Lelong, les Britanniques
Auto-Pilot et Vile Electrodes, les Allemands de Pyramid Peak et la tête
d’affiche, le légendaire Michael Rother de Neu!, se sont succédé sur scène,
illustrant la mutation en cours d’une manifestation autrefois entièrement
dédiée à l’électronique, désormais plus éclectique.
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| Michael Rother et son batteur déchaîné, Hans Lampe, au festival Electronic Circus à Gütersloh en 2013 |
Gütersloh, le 5 octobre 2013
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| Bonne ambiance avec Frank Gerber et Hans-Hermann Hess |
Electronic Circus a été fondé en 2008 par un groupe de fans
de musique électronique emmenés par Hans-Hermann Hess et Frank Gerber, qui ont
un beau jour décidé d’organiser leur propre festival. Après trois éditions au
Movie Theater de Bielefeld, la manifestation, victime de son succès, a déménagé
en 2011 à la Weberei
de Gütersloh, ancien atelier de tissage transformé en centre culturel, plus à
même d’accueillir un nombre grandissant de spectateurs. «La ville participe,
les sponsors sont venus. La scène est grande. L’environnement était très
favorable pour un festival comme le nôtre », déclare Frank Gerber. Ce
soir, la Weberei
fait salle comble, avec plus de 300 visiteurs. L’un d’eux est même venu
spécialement de Hongkong. Depuis ses débuts, le festival promeut la scène
électronique dite traditionnelle, née en Allemagne avec Kraftwerk ou Tangerine
Dream dans les années 70. Outre les Allemands, des artistes néerlandais,
britanniques ou scandinaves s’y sont déjà produits. Ainsi, après Harald
Grosskopf (Ashra) en 2008, Ian Boddy, Klaus Hoffmann-Hoock et David Wright
assuraient la tête d’affiche l’année suivante. Suivirent Spyra, Picture Palace
Music (le projet parallèle de Thorsten Quaeschning, de Tangerine Dream) et
Gandalf l’année dernière.
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| La salle en fusion lors du set de Vile Electrodes |
Déguisés pour l’occasion en Monsieur Loyal, à la manière de
Mick Jagger dans le Rolling Stones Rock
and Roll Circus, les deux maîtres d’œuvre du festival ont cependant décidé
d’innover cette année. La programmation n’est plus 100% Berlin School, ni même
100% électronique. «Dans les dernières années, explique Frank Gerber, nous
avons remarqué que les amateurs de musique électronique venaient de moins en
moins nombreux. Et le public a vieilli. Voulions-nous persévérer dans cette
direction de la musique traditionnelle ou trouver de nouvelles impulsions,
explorer d’autres scènes ? Cette année, Vile Electrodes et Auto-Pilot
illustrent notre démarche. Les premiers appartiennent à la scène wave et trance.
Les seconds à la scène synth-pop. Michael Rother, c’est le krautrock. Comme
d’autres, il figurait depuis longtemps sur nos tablettes. Nous sommes heureux
que ça ait pu se faire cette année. Si nous devions privilégier la seule
musique électronique traditionnelle, l’affluence diminuerait probablement. On
ne peut pas faire ça aux musiciens. Nous devons rajeunir notre public, nous
ouvrir à l’expérimentation. Nous avons pris un risque, on verra bien ce qu’il
adviendra, achève-t-il ». En somme, les deux hommes se sont lancé une
sorte de pari.
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| Florent Lelong |
Pour cette 6e édition, l’Allemagne ne représente plus que
40% des artistes sur scène, à égalité avec la Grande-Bretagne. Florent
Lelong, un Français, assure l’ouverture. A 24 ans, Lelong prolonge cette
« Jarre Connexion » qui a fleuri au tournant des années 80 avec Joël
Fajerman (L’Aventure des plantes), Didier
Marouani (Temps X) ou Jean Stephan
Regottaz (l’autre homme au casque de moto et au vocodeur) .Le look – cheveux
longs et chemises larges –, la musique – simple et mélodique –, et surtout
l’incontournable keytar : tout est fait pour rappeler Jarre. Cette
branche-ci de l’arbre généalogique de la musique électronique n’avait jamais
vraiment su toucher l’Allemagne. Hans-Hermann Hess et Frank Gerber lui ont
donné cette chance.
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| Auto-Pilot : Shaun Herbert et Adrian Collier |
Composé de Shaun Herbert et Adrian Collier, le duo
britannique
Auto-Pilot illustre le
premier cette volonté des organisateurs d’élargir leurs horizons. Dominée par
l’électronique et la programmation, la formation n’est pas purement
instrumentale, puisque Collier chante sur la moitié des titres. Surtout, elle
n’a absolument rien à voir avec la musique électronique programmée d’ordinaire
à l’Electronic Circus. Il s’agit d’electro, de dub, de wave, parfois même de
post-rock. Pour autant, Auto-Pilot n’est pas complètement inconnu de cette
scène allemande classique. En 2007, le label Syngate Records publia en effet
Dreaming Real Things, une compilation de
plusieurs titres antérieurs. Depuis Collier et Herbert ont fondé leur propre
maison de disques, 9 Volt Records, qui propose désormais en téléchargement
gratuit l’album
The Atlantic Machine
(2012). Quant au dernier opus, intitulé
8-Zerø,
il est fort opportunément sorti ce 5 octobre à Gütersloh.
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| Pyramid Peak (Andreas Morsch, Uwe Denzer, Axel Stupplich) avec Harald Nies (à gauche) , Electronic Circus 2013 |
Un peu de Berlin School, beaucoup d'électro et Michael Rother en tête d'affiche
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| Pyramid Peak |
Pyramid Peak
représente non seulement l’Allemagne, mais aussi la Berlin School la plus
classique. Actif depuis quinze ans, le trio de Leverkusen a déjà publié neuf
albums. Le dernier,
Anatomy, est lui
aussi sorti juste à temps pour le festival, le 2 octobre. Déguisés en
chirurgiens pour l’occasion, comme sur la pochette du disque, Axel Stupplich,
Andreas Morsch et Uwe Denzer se livrent sur scène à l'inquiétante autopsie... d'un synthétiseur, à
laquelle seul Harald Nies, le guitariste invité, ne participe pas. Pyramid Peak
s’est déjà fait remarqué pour ses mises en scènes extravagantes, comme lors de
ses quatre concerts dans la grotte de Dechen, à Iserlohn. Des prestations
restées marquantes, dont les projections à l’écran témoignent ce soir. Clairement,
le public est dans son élément. L’ambiance mystérieuse et les longues plages
planantes y sont forcément pour quelque chose.
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| Vile Electrodes : Martin Swan et Anais Neon |
Le second duo britannique de la soirée,
Vile Electrodes, annonce la
couleur dès les premières mesures de son set. Accompagnée par le blond
programmeur Martin Swan, qui n'aurait pas juré dans le line-up du Depeche Mode de
la grande époque, la chanteuse Anais Neon, tout en combinaison latex, crie sa
passion pour la synth-pop des années 80. Si OMD est la référence la plus
évidente – Vile Electrodes a assuré leur première partie au mois de mai en Allemagne –, on reconnaît également ça et là des séquences
que n'auraient reniées ni Kraftwerk ni Peter Baumann. Les synthés vintages
associés à une voix féminine, l'imagerie fétichiste, les lignes de basse
minimalistes et les beats puissants font de Vile Electrodes l'un des représentants
les plus dynamiques de l'actuel revival eighties, en tout point comparable à College
ou Kavinsky. La prestation du duo est l’une des plus bruyamment appréciées par
les spectateurs, non seulement les fans qui ont fait le déplacement, mais aussi
les amateurs de Berlin School, dont un grand nombre n’avaient encore jamais
entendu parler du groupe.
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| Michael Rother, Electronic Circus 2013 |
Avec le batteur Klaus Dinger, aujourd’hui décédé, le
guitariste
Michael Rother, tête
d’affiche ce soir, fut longtemps connu comme l’un des piliers du duo Neu!, que
Tarantino contribua à revivifier sur la
B.O. de
Kill Bill.
Quelques mois avant de fonder le groupe, en 1971, les deux hommes firent
brièvement partie de Kraftwerk. Rother entama par la suite une carrière solo et
collabora notamment avec Cluster et Brian Eno au sein d’Harmonia. Autant dire
que Michael Rother est resté l’une des figures emblématiques de la scène
krautrock en Allemagne. Accompagné ce soir de l’impressionnant batteur Hans
Lampe (ex-La Düsseldorf, autre monstre du krautrock), Rother interprète ce soir
Neu!, Harmonia et quelques titres de sa discographie solo. Pas d’électronique,
ou très peu, au cours de sa prestation. L’homme se concentre sur sa guitare,
n’utilisant les sonorités de synthèse qu’en arrière-plan. Grâce à ses motifs
répétitifs de guitare, Rother réussit le tour de force d’une musique aussi
hypnotisante que celle de Manuel Göttsching, tout en maintenant une cadence
insensée. Hans Lampe, épuisé, descend rarement en dessous de 140 bpm. Mais le
son rugueux de Neu! a disparu, si bien que l’étiquette « krautrock »
ne semble plus si adaptée. Michael Rother est simplement un grand musicien. Le
public ne s’y trompe pas. Ce soir-là, son show fait l’unanimité, et achève en
beauté cette 6e édition du festival Electronic Circus : la meilleure,
selon plus d’un visiteur à l’issue du spectacle. Frank Gerber et Hans-Hermann
Hess peuvent être satisfaits : pari tenu !
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| Michael Rother (Kraftwerk, Neu!, Harmonia) avec le batteur Hans Lampe (La Düsseldorf), Electronic Circus 2013 |