Composé de Martin Swan et Anais Neon, le duo Vile Electrodes explore une veine synth-pop qui fleure bon les années 80. Neon & Swan ont même eu l'honneur d'ouvrir pour OMD, lors de la tournée allemande du groupe de Paul Humphreys et Andy McCluskey en mai 2013. C'est à cette occasion que le duo a aussi pu découvrir la vitalité d'une scène plus ancienne, la scène électronique allemande des années 70, et se faire connaître d'elle. Invité à participer au festival Electronic Circus au mois d'octobre de la même année, Vile Electrodes y a fait si forte impression que les organisateurs n'ont pas hésité à les solliciter pour la seconde année consécutive. Et après l'Allemagne, la France ? Un premier concert à Lille est prévu en avril 2015, dans la foulée de la sortie du second album, In the Shadows of Monuments.
Gütersloh, le 4 octobre 2014
Martin, Anais : avant
votre rencontre, aviez-vous une formation musicale ?
MS – Moi oui. Pendant
de très nombreuses années, j'ai joué dans différents groupes. C'est ce que
j'avais toujours voulu faire. Dès l'âge de 9 ans, je faisais partie d'un groupe
punk. En grandissant, ça n'a pas changé. Et quand Jane et moi avons commencé
notre relation, vers 2001, je jouais encore dans une autre formation depuis quelques
années. Mais notre collaboration artistique n'a vraiment débuté que deux ou
trois ans plus tard.
Jane Caley alias Anais Neon – Plus que ça !
Nous n'avons pas commencé avant 2006. En ce qui me concerne, Vile Electrodes
constitue ma première expérience dans un groupe et ma première expérience
musicale. A part chanter dans les pièces qu'on nous faisait jouer à l'école
primaire, je n'ai pas eu de contact particulier avec la musique avant cette
date. Le projet Vile Electrodes est quant à lui né en 2009. Nous avions toutes
ces chansons sous le bras et nous nous sommes dit « Pourquoi ne pas en faire
quelque chose ? »
MS – Il s'agit de
la première chanson que nous avons écrite ensemble, dans un style plutôt
bluesy, à la Goldfrapp
ou Electric Swing Circus, mais sans vraiment avoir eu conscience à l'époque de
cette filiation. La chanson parle de ce qui se passe quand on se retrouve
embarqué dans une mauvaise relation.
AN – Une relation
détestable, Vile – j'adore ce mot –, dont
on ne peut pas s'échapper, qui nous retient liés, comme des électrodes
branchées au cerveau. Le mot Electrodes
a en outre l'avantage de rappeler notre identité électro. Sur le moment, ça
nous a paru un excellent nom pour le groupe. Mais… parfois nous le détestons,
n'est-ce pas Martin?
MS – Oui, nous
n'avions pas encore de nom le jour de notre premier concert. Il a fallu en
choisir un à la hâte. Le promoteur voulait simplement savoir quoi inscrire sur
l'affiche. C'est un peu un accident.
AN – Nous avions
des idées, mais là, il fallait choisir dans la minute. D'un côté, c'est un bon
nom pour Google. Si tu tapes Vile Electrodes dans le moteur de recherche, nous
sommes le seul résultat. En revanche, quand, dans un endroit un peu bruyant, quelqu'un
nous aborde et nous dit « J'adore votre groupe ! C'est comment, déjà, votre nom ? »…
MS – On a beau
s'époumoner, le type comprend quelque chose comme « Vileprode ». Ce serait
dommage que des gens qui ont apprécié notre show ne puissent jamais nous
retrouver.
Etes-vous devenus des
musiciens professionnels ? Est-ce votre but ?
MS – Nous le sommes
dans nos têtes. Mais oui, c'est un objectif. Vile Electrode nous mobilise déjà
à plein temps, mais si le groupe, lui, rentre bien dans ses frais, il ne nous
rapporte pas encore assez pour manger. Pas encore. Nous devons tous les deux
travailler partiellement à côté. J'enseigne la production musicale.
AN – Je bosse
chez un créateur de mode, et j'aide aussi Martin à son travail comme
enseignante d'appoint.
Vous êtes très connu
pour votre identité visuelle forte. Est-ce une partie du spectacle ou est-ce
une partie de vous-mêmes ?
AN – Le deux, je
crois. Quand nous nous sommes rencontrés, nous nous habillions pour aller en
boîte. Dans des clubs électro ou fétiches, on doit toujours se déguiser. Par
ailleurs, l'une des raisons pour lesquelles je n'avais jamais été dans un
groupe auparavant, c'est ma nervosité. J'ai terriblement le trac sur scène.
Donc je me suis créé un alter ego, un
personnage, et c'est lui qui monte sur scène et non moi. Je trouve ça
rassurant.
MS – Beaucoup d'artistes
ne pensent qu'à leur musique et négligent leur image. Sur scène, tu dois offrir
une performance, faire le spectacle. Les costumes en font partie intégrante.
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| Martin Swan, Anais Neon : Vile Electrodes live @ Electronic Circus Festival 2014 |
Sur Facebook, vous proclamez votre amour pour les machines vintage. Avec quels jouets allez-vous monter sur scène ce soir ?
MS – Avec un
mélange d'appareils de plusieurs époques. Quelques vieux trucs, comme un Roland
Juno 60, un classique de la marque paru en 1983, et aussi un SH-101. La plus
vieille pièce de notre panoplie ce soir sera un autre Roland, un string synthesizer, le RS09 [de 1978]. Mais
nous ne nous considérons pas du tout comme l'un de ces groupes qui, par
principe, ne daignent jouer que sur de l'analogique ou du vintage. Le plus important à nos oreilles, c’est la musique, c’est
le résultat. Un bon son, une bonne texture s'apprécient indépendamment de
l'outil qui les a générés. Ce n’est qu’accessoirement que, oui, il se trouve
que je suis un peu fétichiste.
AN – On construit
de nos jours d'excellents synthés analogiques. Nous ne nous sommes pas privés
d'en acheter.
AN – Non. Mais j’aime
leur look. Quand nous nous sommes rencontrés, je ne savais même pas ce qu’était
un synthé, et à peine ce qu’était la musique électronique. Je m’y suis mise
vraiment à cause de la vague electroclash,
vers 2001, avec des groupes comme Peaches, Miss Kittin, Fischerspooner…
MS – DJ Hell, Ladytron…
AN – Ce sont ces
artistes qui m'ont initiée au genre. Et quand j’ai rencontré Martin, il m’a
emmené dans son antre, où il y avait déjà toutes ces machines. Je lui ai
demandé : « C’est quoi, ces pianos ? » Et il m’a répondu : « Ce sont mes
synthétiseurs ! »
MS – Maintenant, elle
est obligée de partager cette passion. Elle n'a plus le choix !
C’est la seconde fois
aujourd’hui que vous jouez au festival Electronic Circus. Vous avez aussi
remporté cette année deux Schallwelle Awards. Connaissiez-vous cette scène auparavant ?
MS – Nous l'avons
découverte petit à petit. Pas avant de venir jouer en Allemagne. Après notre
première tournée allemande en première partie d'OMD, en mai 2013, nous avons
rencontré Frank Gerber, et c’est lui qui nous a mis au parfum. J’ai toujours
été passionné par la scène électronique allemande, et conscient de son
importance. Je suis un grand fan de Tangerine Dream. Cette musique a tenu un
rôle important dans mon développement musical. En revanche, je ne savais pas
que cette scène connaissait une actualité aussi riche. Nous nous en sommes pleinement
rendu compte lors de notre premier Electronic Circus, l'année dernière.
AN – C'est une
vraie communauté, en fait.
MS – Elle n'est peut-être
pas gigantesque, mais déjà plus large qu’au Royaume-Uni. Le fait de revenir jouer
à l'Electronic Circus nous tiens particulièrement à cœur. Cela signifie que
nous cadrons avec n'importe quelle scène. Ici, beaucoup de visiteurs viennent
surtout écouter de la
Berlin School.
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| Neon & Swan devant la Weberei @ Electronic Circus Festival 2014 |
AN – Nous
acceptons le terme synth-pop. Quelques-unes de nos chansons sont très pop, pas
vrai Martin ? Mais certaines personnes pensent que ce que nous faisons s’arrête
là. Ce qui n’est pas le cas.
MS – Je crois
qu’il faut distinguer la synth-pop et les groupes qui jouent de la pop music avec des synthés. Si tu
écoutes Depeche Mode ou Joy Division, certes on peut déjà parler de pop music, mais ça ne ressemble sûrement
pas à Kylie Minogue ou Madonna à la même époque. Et pourtant, ils utilisaient tous
des synthés. C’est un terme souvent utilisé mais pas toujours bien compris.
Notre musique correspond en partie à cette notion, mais en partie seulement. La
preuve : beaucoup de gens qui se proclament fans de synth-pop n’aiment pas ce que nous faisons !
Ce revival pour la
musique électronique du début des années 80 – qu'on observe surtout depuis la
sortie du film Drive en 2011, avec
des titres comme Nightcall de
Kavinsky ou A Real Hero de College –
vous a-t-il été profitable ? Et d'abord, vous sentez-vous proche de tout ça ?
AN – Oui, moi
oui.
MS – Mouais. Je
pense que les circonstances jouent ici un rôle central. Par exemple, un groupe
qui repart en tournée après une longue absence ; ou bien le fait de se souvenir
d’une chanson entendue dans une pub. Ça finit par atteindre la conscience
collective. Ce serait bien de voir cette scène grandir un peu plus.
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| Vile Electrodes @ Electronic Circus Festival 2014 |
MS – Oui. Nous n’avons
rien contre le fait de travailler avec des maisons de disques et des
distributeurs. Mais ce qui nous paraît essentiel, c’est de contrôler ce que
nous faisons en matière de produits. Or, pour l’instant, personne n’est venu à
nous pour nous proposer mieux que ce que nous parvenons à fabriquer nous-mêmes.
Oui, vous semblez
attacher une importance très grande au fait de proposer des objets de
collection. Qui est le graphiste ? Qui a fait le logo ?
MS – C’est moi. Anais
s’occupe de la fabrication main.
AN – Je suis le
bras, tu es le cerveau. J’aime beaucoup fabriquer nos produits. Ça rend chaque
objet spécial pour les gens, et ça nous permet de créer des liens très
agréables avec eux. Par ailleurs, nous voulons nous assurer qu’ils achètent un
objet qui vaut le coup.
Mais que pensez-vous
alors de la mythologie du « tout téléchargement » qui prolifère sur
Internet ?
MS – Aujourd'hui,
on peut tout télécharger gratuitement sur Internet. En un sens, le fait d’avoir
accès, n'importe quand et n'importe où, à la musique que j'aime, c’est
fantastique. Mais j’ai grandi dans une autre culture. La passion que tu peux
éprouver pour un album, un CD ou un vinyle, pourrait fort bien se perdre
aujourd’hui, parce que se procurer l’objet de son amour sous la forme d’un téléchargement
est devenu trop facile. Il manque cette dimension d'attente. Il manque aussi
cette possibilité de tenir entre les mains un produit tangible, un artefact.
AN – Par exemple,
nous avons publié une édition limitée métallisée de notre premier album, The Future Through a Lens. Le digipack
est rangé entre deux plaques de métal vissées entre elles. Je me souviens d’un
type sur Internet qui avait posté un commentaire sur un forum pour raconter
qu'il en était déçu, parce que le
coffret ne rentrait pas dans ses rayonnages, à côté des autres CD standards. Je
me suis dit : « Génial ! C'est exactement ce que nous recherchons ! » Nos
objets sont faits pour être mis en évidence sur une étagère. Ils sont conçus
pour être regardés plutôt que stockés.
AN – Nous ne
serions pas là où nous en sommes sans Internet. C’est un outil inestimable. En
tant que groupe, nous nous devons d'être présents sur les réseaux sociaux. Nos
sommes sur Facebook, Twitter, Bandcamp, Soundcloud, partout. Et ce n’est pas
facile, c’est même épuisant. La moindre mise à jour achevée sur l'un de nos
profils et on se dit : «Zut ! Il en reste encore dix comme ça à mettre à jour !
» Mais c’est si important ! Ne serait-ce que pour rester en contact avec les
gens qui nous apprécient.
MS – Il s'est
constitué une petite communauté de gens qui nous aiment et qui nous suivent.
Nous ne voulons pas les considérer comme des fans, mais plutôt comme des
supporters et même des amis.
Savez-vous par hasard
combien de likes ou de pages vues sont
nécessaires pour atteindre un téléchargement payant ?
AN – Non. Nous
pourrions le savoir par Bandcamp. Mais je n’ai pas regardé. Je suis simplement
reconnaissante quand quelqu’un achète un CD ou un téléchargement.
MS – D’une
certaine manière, même si nous reconnaissons l’importance de l’aspect business
de notre travail, il nous semble quand même moins important que la musique
elle-même. Et nous ne sommes pas très bons, de toute façon.
AN – Nous savons
écrire de la musique, fabriquer du chouette merchandising,
parler aux gens, être avenants. Mais les affaires, ce n’est pas notre domaine.
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| Vile Electrodes – The Pack of Wolves (2014) |
MS – C’est un EP,
dans la grande tradition du merchandising
de singles en différents formats. Nous savions que le dernier album commençait
à dater, et qu’il nous faudrait encore du temps pour le prochain. En attendant,
nous voulions donc offrir au public un objet un peu dingue, recouvert de
fourrure. Ce sera une sorte de point de repère entre le premier et le second
album.
Alors comme ça, vous
préparez un nouvel album ?
MS – Il n’est pas
terminé. Ce serait bien qu'il soit prêt pour janvier ou février 2015.
Avez-vous déjà un
titre ?
MS – Oui.
AN – Ah bon ? On
choisit finalement celui que j'ai suggéré ?
MS – Je le
révèle ? Je peux ? On en fait une exclusivité ?
AN – Oui, oui.
MS – L’album va s’appeler In the Shadows of Monuments. Un titre à multiples significations.
AN – …qui sont
venues après ! J'ai apporté l’idée, et c’est toi qui en a fait tout un concept.
MS – Oui, mais ce
ne sera pas un concept-album. Par contre, un certain nombre de thèmes récurrents
parcourront le disque du début à la fin.
Anais, tu es une grande
chanteuse.
AN – Merci
beaucoup !
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| Martin Swan |
MS – On peut
entendre des bouts de ma voix sur une chanson que nous avons enregistrée trois
fois, une chanson de Noël qui s’appelle The
Ghosts of Christmas. Mais je ne suis pas chanteur.
AN – Tu oublies
de mentionner la chanson que tu as écrite avec uniquement ta voix. Mais Martin ne
veut pas aller plus loin. Il a une belle voix, pourtant. Sur scène, on peut le
voir parfois faire les chœurs, quand il ne devrait pas.
MS – C’est plus
par enthousiasme que par talent que je chante sur scène.
A part l’album,
avez-vous d’autres projets, prévu d'autres concerts ?
MS – Nous jouons
demain à Berlin [au Hangar 49]. Mais nous sommes déjà impatients de participer
le 24 ou le 25 avril 2015 au iSynth Festival de Lille, en France, un pays dans
lequel nous n'avions encore jamais joué. Ce serait bien de pouvoir y organiser
d’autres concerts. Nous espérons aussi nous produire prochainement en Suède ou
en Finlande, mais rien n’est confirmé. Nous jouerons bien sûr aussi au
Royaume-Uni. Mais d’abord, il faut finir l’album. Dans les deux mois, nous
allons sortir un nouveau single, qui pourrait ou non figurer sur le disque.
Même s'il n'y figure pas, il en donnera en tout cas un bon avant-goût.
AN – Dans le set
de ce soir, nous allons interpréter plusieurs titres qui, eux, seront sur
l’album.
Vous parliez de la France. En avez-vous
déjà reçu des échos ?
AN – Nous avons
plus de fans en Allemagne.
MS – Nous nous
sommes faits quelques amis en France. Jouer en France, en Italie, en Espagne,
c’est un objectif. Petit à petit, à force de créer des
liens, nous y parviendrons.








