Syngate Records commercialise depuis 2004 des disques de musique électronique. Après neuf ans d'engagement et de passion, ce tout petit label, spécialisé dans le genre de la Berlin School, n'en est pas moins devenu l'un des noms les plus respectés de la scène électronique. De passage au Grillfest, une manifestation initiée chaque année au Grugapark d'Essen par l'association Schallwende, et dont le principe pourrait se résumer à « saucisses et musique électronique », le nouveau patron du label, Kilian Schloemp-Uelhoff, racontait l'histoire de son écurie et déroulait, avec un enthousiasme évident, la liste de ses poulains.
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| Syngate : le label de la Berlin School |
Essen, le 31 août 2013
Quand j’achète un disque Syngate, à quel type de
musique dois-je m’attendre ?
Kilian
Schloemp-Uelhoff – Je dirais simplement : de la musique électronique,
mais un genre bien particulier : l’école berlinoise de la musique
électronique, dont les précurseurs sont bien sûr Tangerine Dream ou Klaus Schulze.
Ce n’est qu’il y a deux ans, presque jour pour
jour, que tu as repris les rênes du label. Quand a-t-il été fondé ?
Kilian – Syngate a
d’abord été un magazine sur Internet, un simple fanzine, fondé par Lothar et Sabine Lubitz en 2001. La
publication chroniquait les sorties et les festivals, avant de devenir
une véritable maison de disques trois ans plus tard et de publier elle-même des
CD. Lothar a dû s’arrêter pour raisons personnelles et nous nous sommes
arrangés pour que je reprenne l’affaire.
L’idée même de reprendre un tel label révèle
forcément une grande passion. Qu’écoute donc tu toi-même comme musique ?
Kilian – Eh bien,
en fait, cette passion n’est que très récente. Je suis avant tout un fan de
rock progressif. J’ai grandi avec Pink Floyd et d’autres artistes du même
calibre comme King Crimson ou Genesis. Ce n’est que très tardivement, environ
vers 2004, que j’ai commencé à écouter le type de musique dans lequel Syngate
s’est fait une spécialité. J’y suis d’ailleurs arrivé grâce à d’autres genres,
comme l’ambient music, les textures d’un Robert Rich, par exemple.
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| Le boss de Syngate au Grillfest |
D’une manière ou d’une autre, j’ai remarqué qu’un
grand nombre de passionnés de berliner Schule finissaient tôt ou tard par s’y
mettre à leur tour. Est-ce ton cas ?
Kilian – Non, je
ne suis pas moi-même musicien, mais il se trouve en effet que je viens de faire
l’acquisition d’un nouveau petit contrôleur. J’ai déjà composé quelques
morceaux, que j’ai fait écouter à quelques amis, mais je n’ai encore jamais rien
publié.
Comment fonctionne le label ?
Kilian – Il
s’agit d’une toute petite maison. Deux personnes suffisent à peu près à faire
fonctionner la boutique. Du coup, c’est aussi un travail énorme. Plus qu’un
travail, c’est devenu ma grande passion, très dévoreuse de temps. Ce n’est pas
toujours évident à concilier avec la vie de famille. Mais bon, comme certains
consacrent tout leur temps libre au foot, moi, je le consacre à Syngate.
Syngate n’est donc pas ta profession. Que fais-tu
par ailleurs ?
Kilian – La
production de disques à cette échelle ne me permet évidemment pas de gagner
d’argent. J’occupe par ailleurs un emploi de travailleur social au sein de
l'église évangélique, donc sans aucun rapport avec l’univers de la musique.
Combien de temps s’écoule entre le moment où tu
décides de publier un disque et la date de sa sortie ?
Kilian – Tu veux vraiment savoir notre record ? Deux
jours. Mais c’était un cas très particulier. L’artiste était venu avec
un album déjà complètement mixé et professionnellement masterisé. D’habitude,
il nous faut plus de temps. En général, je dirais quatre semaines, ce qui est
relativement court. Mais les disques sont produits à la demande.
Kilian – Oui, à
partir de 2005-2006, les disques Syngate ont commencé à adopter une
présentation similaire. On les reconnaît de loin. J’ai conservé ce principe,
qui me plaît. En général, je m’occupe de la maquette en collaboration avec
l’artiste.
Quelles sont les dernières nouveautés parues chez Syngate ?
Quelles sont les dernières nouveautés parues chez Syngate ?
Kilian – Attends une minute. Là, il faut vraiment
que je consulte mes notes. Nous avons été très occupés au cours de l’été et
nous le sommes à nouveau depuis la rentrée. En mai, nous avons sorti le
nouvel album de Realtime, Solar Walk,
dans la pure tradition de la vieille Berlin
School. En juin, REWO a publié Earth
Festivities, un disque mélodique, classique, parfois dans le genre de
Vangelis.
Dans un style plus rythmé, plus orienté trance, E=Motion, qui vient
de Pologne, a lui aussi sorti son nouveau disque en juin [Time Is A Dimension We Can Bend]. Deux nouveaux artistes ont
ensuite signé leur premier album chez Syngate, le duo E-Tiefengrund, qui ne
produit que des sons vintages sur des synthétiseurs modulaires [le disque s’appelle
Voltage Sessions], et le jeune
Tastenklang, avec Inspirations.
Et les projets ?
Kilian – Le
prochain disque estampillé Syngate sera le nouveau Rudolf Heimann. Il sortira
le 21 septembre, la veille des élections fédérales en Allemagne, et porte déjà un
titre parfaitement adéquat pour cette occasion : Into the Unknown. Je t’assure que ce n’est pas fait exprès ! Je
suis aussi particulièrement fier d’annoncer pour cet automne l’arrivée chez
Syngate de Bouvetøya, un artiste qui nous vient d’Irlande et qui publiera
également son premier album, un mix très réussi entre old school et ambient,
influencé aussi bien par Tangerine Dream que par Air. En octobre, il y aura
aussi Illumina Tenebras, de l’artiste
italien Perceptual Defence, un travail entièrement orienté ambient et qui sera donc publié chez Syngate-Luna.
Qu’est-ce que
Luna ?
Luna est un sub-label que j’ai décidé de créer l’année
dernière, quand je me suis rendu compte que certains artistes qui me
plaisaient, et que je voulais vraiment soutenir, ne cadraient pas complètement
avec le reste du répertoire Syngate. Il s’agit toujours de musique
électronique, mais Luna se concentre sur cette ligne ambient qui me tient personnellement à cœur. Luna peut d’ailleurs
parfaitement servir de cachet à un artiste Syngate qui, a son tour, veut
explorer une direction un peu différente de la berliner Schule. Ah ! J’allais oublier. C’est justement le cas
de l’un des projets en cours. Sur Syngate-Luna paraîtra, avant la fin de
l’année, un disque d’un certain Abel. L’artiste en question n’est autre que
Torsten M. Abel, connu sous le nom de TMA chez Syngate, où il publie
d’ordinaire sa musique. Il s’agit d’une sorte de side-project qui permettra à
TMA de présenter sa facette plus ambient.
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| Un logo épuré et des couvertures inspirées : la marque de fabrique de Luna, le label dédié à l'ambient |
Qui sont les piliers
de Syngate ?
Kilian – Pour
commencer, je dirais sans hésiter Broekhuis, Keller & Schönwälder. Ils
étaient là dès le début. Ils sont connus par ailleurs. Nous avons réédité une
grande partie de leur catalogue. Après, parmi les fidèles, on peut citer Alien
Nature, Ebia, Realtime, Pete Farn, TMA et aussi BatteryDead, le dernier
musicien découvert par Lothar Lubitz avant que je ne reprenne l’affaire. J’en
oublie.
La plupart sont
allemands. Mais, on l’a vu, Syngate semble étoffer, d’avantage chaque année,
son catalogue international.
Kilian – Oui,
bien sûr. Nous aurons bientôt le renfort de cet Irlandais, Bouvetøya. REWO, de
son vrai nom René van der Wouden, est néerlandais. Il y en a eu d’autres, comme
Von Haulshoven, mais aussi un Belge, Stockman, qui a publié tous ses disques
chez Syngate, et le dernier chez Luna. Voyons, je ne les ai pas tous en
mémoire. E=Motion est donc Polonais. Nous avons également en catalogue un
disque du Hongrois Péter Fabók, que tu connais sûrement sous le nom de Tangram.
Depuis ton arrivée,
tu as toi-même découvert pas mal d’artistes. Duquel es-tu le plus fier ?
Kilian – Mais de
tous ! L’important, c’est surtout ce qu’ils peuvent apporter, chacun dans
son domaine, afin de montrer l’étendue du répertoire et la richesse de cette
musique électronique. En tout, aujourd’hui, ce sont pas moins de trente-cinq
artistes ou groupes qui publient des disques sous le label Syngate.
En parlant de répertoire, Syngate procède aussi
régulièrement à de nombreuses rééditions de disques d’autres labels. C’est
le cas notamment pour Broekhuis, Keller & Schönwälder et toutes leurs
incarnations. Pour quelle raison ?
Kilian – L’idée
était de rééditer, sous le label Syngate, et surtout sous l’apparence commune à
toute la collection, certains disques devenus introuvables. Comme tu sais, nous
sommes une petite famille où tout le monde se connaît, ça n’a pas été difficile
à mettre en place.
Récemment, Syngate est aussi devenue le
distributeur de plusieurs autres labels. Par exemple, sur la page officielle, www.syngate.biz, il est désormais possible
d’acheter les disques du catalogue Manikin [depuis avril 2013].
Kilian – Oui,
c’est un partenariat de longue date qui se concrétise, et pour la même raison.
Les disques Syngate sont-ils eux aussi victimes du
piratage ?
Kilian – Malheureusement,
oui. Et c’est étonnant. Sans trop exagérer, je crois pouvoir dire que je
connais personnellement la plupart des acheteurs de disques Syngate, et j’ai
naturellement confiance en eux. Alors, quand un de nos disques se retrouve sur
un site de partage illégal ou sur un serveur pirate en Russie, je me demande
quel chemin il a bien pu parcourir !
J’ai pu parler de ces
questions récemment avec Bernd Kistenmacher. Selon lui, les nouveaux modèles
économiques développés légalement par des sociétés comme Spotify ou Ampya
menacent les artistes aussi sûrement que les pirates. Qu’en penses-tu ?
Kilian – Je pense
qu’il s’agit d’une même question, et qu’elle est liée à la dématérialisation.
Or il se trouve qu’à Syngate, nous vendons des disques physiques. J’ai d’emblée
une préférence pour les CD par rapport aux téléchargements, même légaux. A
titre personnel, j’aime manipuler des disques, rangés dans un vrai boîtier,
accompagnés d’une belle couverture et d’un vrai booklet. Ce sont des objets
qu’on peut collectionner, ranger sur une étagère et admirer de temps en temps. A
mon sens, beaucoup de gens partagent encore ce sentiment.
Mais la musique
elle-même devrait-elle devenir gratuite ?
Kilian – Sûrement pas. Sans argent, pas de
musiciens professionnels. Le moins que Syngate puisse faire pour soutenir ses
artistes, c’est vendre leurs disques. C’est vrai, aujourd’hui, chacun
peut désormais se servir d’Internet pour faire connaître son travail. De plus
en plus de musiciens mettent en ligne leurs œuvres gratuitement. Or il faut
bien, à un moment où à un autre, pouvoir monétiser ses efforts. Sans cela, il
ne s’agit plus que d’un hobby.
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| Kilian présente les dernières parutions Syngate |
Est-ce la raison pour
laquelle tu crois que les maisons de disques seront toujours nécessaires aux
artistes ?
Kilian – Oui,
mais aussi pour de simples et triviales raisons de logistique. Le label retire
au musicien une bonne part de sa charge de travail. C’est lui qui assume la
production des CD, mais aussi leur publicité, grâce aux contacts qu’il a depuis
longtemps avec les autres musiciens, les studios, les promoteurs. L’artiste
peut ainsi se concentrer sur ce qu'il sait faire de mieux : son art.






