Le-B-Wave Festival, premier du nom, se déroulait le 7 décembre au Centre culturel Muze à Heusden-Zolder, dans le Limbourg. Désireux de promouvoir les artistes locaux, les organisateurs avaient invité Nisus, The Roswell Incident et Age, la tête d’affiche revenant à une valeur sûre, figure centrale de cette scène, le Britannique Ian Boddy. Entre les stands des labels spécialisés et le bistrot attenant à la salle, la manifestation était aussi l’occasion de découvrir une belle démonstration des équipements développés par la firme allemande Manikin Electronic (voir post suivant), et une mini-performance d’un autre artiste belge, plus orienté ambient, Lounasan. Nous en reparlerons.
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| Ian Boddy au B-Wave Festival : sombre, dramatique, intense |
Heusden-Zolder (Belgique), le 7 décembre 2013
L’Allemagne est loin d’épuiser le vivier de musiciens et de
fans de musique électronique traditionnelle. Grâce au développement des réseaux
sociaux, des communautés se forment par affinités dans tous les domaines.
Celui-ci n’y échappe pas : en Angleterre, aux Pays-Bas, en Italie, dans
les pays de l’Est, nous le verrons aussi en France, et désormais en Belgique.
Le B-Wave Festival est une initiative commune de deux artistes belges, Johan
Geens et Mark De Wit. Celui-ci n’en est pas à son coup d’essai. Vétéran de la
télévision flamande VTM, il est aussi le gérant d’une société spécialisée dans
l’événementiel, RHEA. Le 17 mai 2013, au planétarium de Bruxelles, il a ainsi
organisé la toute première Cosmic Night, festival de musique électronique
« Berlin School », auquel il participait également, aux côtés, entre
autres, des maîtres allemands Broekhuis, Keller & Schönwälder. Johan Geens
est développeur de logiciels. Lui aussi produit de la musique sous le nom de
Venja. Après une poignée d’albums publiés par la prestigieuse maison de disques
allemande Innovative Communication dans les années 90, Johan a attendu de
longues années avant de revenir, en 2013, avec Mode Zen, le premier disque estampillé B-Wave. Si la musique de
Mark De Wit, alias Rhea, explore les confins de la Berlin School et de l’ambient, Venja, avec Mode Zen, excelle dans un registre plus
léger, plus rythmé aussi, plutôt dans la lignée de la scène néerlandaise (dont
nous reparlerons).
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| Johan Geens et Mark De Wit |
C’est Johan Geens, rencontré pour la première fois à
l’occasion de l’Electronic Circus à Gütersloh, qui m’expliquait la
démarche : « B-Wave est à l’origine une communauté en ligne destinée à promouvoir la
musique électronique en Belgique. Nous avons une scène électronique, mais les
artistes belges ne sont connus que localement. Jusqu’à présent, chacun faisait
son truc dans son coin. Nisus et The Roswell Incident viennent de Gand, Age, de
Bruxelles. Il manquait une plateforme pour organiser des concerts, vendre des
CD et surtout nous faire connaître à l’international. C’est pourquoi nous
venons aussi régulièrement en Allemagne. Mais cette année, nous passons à
l’étape suivante : l’organisation d’un véritable festival. Nous espérons
que le B-Wave Festival permettra de donner à tous ces artistes une nouvelle
dimension ».
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| Nisus |
Nisus, le premier à apparaître sur scène, n’est plus un
inconnu. Difficilement classable, peu comparable à cette Berlin School qu’il
affectionne tant et dont il se réclame, il n’en a pas moins séduit les fans
allemands, au point qu’on l’a plus souvent vu outre-Rhin qu’outre-Quiévrain
cette année. Mais c’est le bras en écharpe qu’il débute son festival aujourd’hui.
Une ruade de cheval la veille l’oblige à ménager son bras droit. Peu importe,
il jouera quand même. Pour rien au monde il ne laisserait passer l’occasion
d’être le tout premier musicien de l’histoire à fouler la scène du B-Wave
Festival ! Même si Nisus souffre de manière évidente sur la fin, c’est
toujours un plaisir de retrouver ses imbrications d’arpèges, ses rythmes
profonds et ses rêveries.
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| The Roswell Incident |
Koen et Jan Buytaert, deux frères, sont à l’origine de The
Roswell Incident. Nous sommes ici en terrain connu. D’abord, de longues plages
planantes, tout en nappes et en volutes. Surviennent ensuite les séquenceurs,
d’abord discrets, puis dans toute leur gloire : de la pure Berlin School !
Tout y est : non seulement l’atmosphère, mais également la structure.
Plutôt plaisante sur CD (le disque, The
Crash, est sorti en octobre, à l’occasion du E-Live), la musique de The
Roswell Incident devient franchement impressionnante sur scène. Les frères
Buytaert seront forcément à suivre. Eux aussi ne devraient avoir aucune peine à
convaincre en Allemagne.
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| Age |
En l’absence de son collègue Guy Vachaudez, Emmanuel D’haeyere
sera seul sur scène pour représenter Age. Le duo ne se réclame pas de la Berlin School, mais du concept
qui l’a directement précédée, très répandu dans les années 70 : la
« musique cosmique ». C’est qu’on ne parlait pas encore de Berlin
School à l’époque où le groupe fut fondé, en 1978. Avec Telex, formé la même
année côté wallon, Age est peut-être le plus ancien groupe de musique
électronique belge. Mais cette « musique cosmique » ne saurait être
confondue avec la kosmische Musik de
Klaus Schulze ou la Cosmic Music de Pink Floyd.
Emmanuel D’haeyere n’en manifeste ni l’humeur planante ni les structures
progressive. Sans aller jusqu’à l’électro-pop funky de Telex, il s’exprime dans
un langage synthpop qui, malheureusement, ne m’est pas familier.
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| Ian Boddy @ B-Wave 2013 |
Sept semaines seulement après sa performance très appréciée
aux Pays-Bas en compagnie de son compatriote Mark Shreeve, reformant leur duo
ARC, le Britannique Ian Boddy revient donc sur le continent, en solo cette
fois, en tant que tête d’affiche de ce premier B-Wave Festival. Son
épouvantable traversée de la mer du Nord, secouée par une violente tempête,
aura duré trente heures. Pas assez pour le priver de sa toute première
prestation en Belgique.
La musique de Ian Boddy en solo et celle d’ARC se
distinguent par bien des aspects. Chez ARC, les séquenceurs de Mark Shreeve
sont toujours en surplomb. Ils jouent un rôle plus discret chez Ian Boddy. Ce
soir, ce dernier prouve qu’il est le roi de la texture. Comme le chimiste qu’il
fut dans sa jeunesse, il compose des préparations savamment dosées, des
mélanges de blocs rythmiques et de nappes entrelacées. Certains morceaux de son
set, notamment ceux tirés de l’album Liverdelphia,
pourraient même être comparés à des pièces symphoniques. Car c’est bien la
superposition des textures, et non la simple amplification du volume, qui
permet à Ian de rendre la puissance de tout un orchestre. Et pourtant, les
décibels lui vont bien. Paradoxalement, c’est dans un genre plus calme, l’ambient, qu’on retrouve souvent la même
densité de sons, les mêmes accumulations de voix, comme chez son ami,
l’Américain Robert Rich. Mais il me semble que la musique de Robert Rich
déploie son plein potentiel, et même, tout son sens, à faible volume, tandis
que celle de Ian vibre à pleine puissance. C’est le cas sur le titre Never Reaching, sombre, dramatique,
intense.
Nisus aurait pu se blesser plus gravement à cheval. Le ferry
de Ian Boddy aurait pu dériver jusqu’en Islande, emporté par la tempête !
Il a fallu un miracle pour que tout se déroule comme prévu. Réussite technique
et artistique, cette première édition aura attiré cent visiteurs, mais cent
visiteurs satisfaits. C’est un début. Si tôt après les deux dates plus
imposantes que sont Electronic Circus et E-Live, c’est même un bon début. Le
B-Wave Festival restera peut-être un rendez-vous de niche. Mais la
manifestation mérite à coup sûr de perdurer.
>> Interview de Ian Boddy
>> Interview de Nisus





