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lundi 26 octobre 2015

E-Live 2015 : magnétique Ash Ra Tempel


Avec une tête d'affiche comme Ash Ra Tempel, Ron Boots ne pouvait faire que salle comble pour cette édition 2015 de son festival E-Live, à Oirschot. Et c'est bien ce qui s'est produit cette année, où les presque 300 places disponibles ont toutes été prévendues sur Internet. Pourtant, Manuel Göttsching, le fondateur d'Ash Ra Tempel, était déjà tête d'affiche l'année dernière. Mais cette fois, son vieux complice Lutz Ulbrich l'accompagnait sur scène pour un show plein de mélancolie et de mystère autour de la musique du film Le Berceau de cristal, une œuvre de 1975. Akikaze, Uni Sphere (le nouveau duo d'Eric van der Heijden et René Splinter) ainsi que les Britanniques de Vile Electrodes complétaient le casting.

 

Ash Ra Tempel (Lutz Ulbrich, Manuel Göttsching) live @ E-Live 2015 / photo S. Mazars
Ash Ra Tempel (Lutz Ulbrich, Manuel Göttsching) live @ E-Live 2015

Oirschot, le 24 octobre 2015

Pour cause de bavardages intempestifs, je n'ai rien vu du premier concert de la journée, celui d'Akikaze. Ce musicien néerlandais, Pepijn Courant de son vrai nom, revenait pourtant sur scène pour la première fois depuis onze ans (accompagné aujourd'hui par Gert Emmens à la batterie). Pepijn faisait même partie du label SynGate Records à l'époque héroïque de Lothar Lubitz. C'est tout naturellement que SynGate a profité de l'occasion pour rééditer une poignée de ses anciens disques. On me dit qu'Akikaze appartiendrait à la tradition Berlin School (comment pourrait-il en être autrement ?), mélangeant l'influence de Tangerine Dream à celles de Neuronium, Jarre, Vangelis et même Gandalf. Je dois croire cela sur parole.

Uni Sphere

Uni Sphere (Eric van der Heijden, René Splinter) live @ E-Live 2015 / photo S. Mazars
Uni Sphere
En revanche, l'empreinte de Tangerine Dream ne fait aucun doute lors du concert suivant. Le nom d'Uni Sphere ne dit probablement rien à personne. C'est normal : il s'agit d'une nouvelle formation, mais composée de deux musiciens déjà bien établis au cœur de la scène électronique néerlandaise et en particulier au sein de l'écurie Groove : Eric van der Heijden et René Splinter. Cette combinaison était l'une des dernières inédite, même si Eric et René ont bien souvent partagé la scène dans d'autres circonstances, notamment lors de la dernière édition des Schallwelle Awards. A l'époque, ils avaient interprété leur premier titre commun, un morceau dédicacé à Sylvia Sommerfeld, l'infatigable promotrice de la musique électronique en Allemagne. Ce titre, désormais intitulé Eloquent Exposure, fait évidemment partie de leur nouvelle set list, et figure en bonne place sur leur premier album, le tout frais Endless Endeavor. La musique d'Uni Sphere ne fait pas seulement penser à Tangerine Dream. Elle évoque plus précisément le TD du début des années 80, mélodique et saturé de séquenceurs. René Splinter maîtrise en particulier le fameux effet de raster, caractérisé par cette impression étrange d'un emballement du séquenceur, que les fans de Tangerine Dream connaissent depuis l'album Thief.

Uni Sphere (Eric van der Heijden, René Splinter) live @ E-Live 2015 / photo S. Mazars
Uni Sphere (Eric van der Heijden, René Splinter) live @ E-Live 2015

Vile Electrodes (Martin Swan, Anais Neon) live @ E-Live 2015 / photo S. Mazars
Vile Electrodes
Vile Electrodes

Le duo synth-pop britannique Vile Electrodes, très remarqué lors des éditions 2013 et 2014 du festival Electronic Circus en Allemagne et couronné aux Schallwelle Awards, plaît décidément aux fans vieillissants d'électronique Old School. Même à Lille, où Vile Electrodes a joué en avril devant un public plus branché, l'assistance était à peine plus jeune, révèle Anais Neon, la fille du groupe. En 2014, nous avions laissé Anais et son partenaire Martin Swan en pleine préparation de leur second album. Très retardé, celui-ci paraîtra en février prochain. En attendant, Vile Electrodes peut tout de même présenter ses nouvelles créations, extraites du dernier EP Captive in Symmetry. Deux titres, Real 2 Reel Love et le superbe Dead Feed, avec son entêtant refrain (« can you help me break the cycle ? »), montrent une évolution du groupe vers un son plus dépouillé, et une ambiance qui évoque de plus en plus… Twin Peaks. La voix claire et pure d'Anais y est évidemment pour quelque chose. Le reste du show, avec des morceaux désormais classiques comme Empire of Wolves, The Future Through a Lens, Proximity ou Tore Myself to Pieces, montre que Vile Electrodes s'est constitué un répertoire pop très solide. Qu'attend donc Hollywood pour faire appel à leurs services ?

Vile Electrodes (Martin Swan, Anais Neon) live @ E-Live 2015 / photo S. Mazars
Vile Electrodes (Martin Swan, Anais Neon) live @ E-Live 2015

Ash Ra Tempel

Ash Ra Tempel (Lutz Ulbrich) live @ E-Live 2015 / photo S. Mazars
Lutz Ulbrich
Très peu de gens ont vu Le Berceau de cristal de Philippe Garrel, sorti en 1976, un film paraît-il très bizarre. La bande originale, interprétée par Manuel Göttsching et Lutz Ulbrich, n'était probablement pas étrangère à cette atmosphère. Manuel désirait jouer cet album sur scène depuis quelques années. La première mondiale aurait pu se dérouler en France l'année dernière, sous les auspices du Cosmiccagibi d'Olivier Bégué, dans un château du Bordelais. Ce sera donc sur la scène du E-Live. En ouverture, Manuel et Lutz s'échauffent avec un classique, Echo Waves, le morceau d'ouverture du célébrissime Inventions for Electric Guitar. Pour qui n'a pas eu la chance de voir Inventions sur scène au Japon en 2010, joué live sur quatre guitares, le dialogue de Manuel et Lutz ce soir-là constitue une très belle surprise. A cette occasion, Lutz se comporte comme le véritable double de Manuel. Le spectateur qui ferme les yeux serait bien en peine de deviner qui joue quoi.

Ash Ra Tempel (Manuel Göttsching) live @ E-Live 2015 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching
Mais Inventions fut un album solo de Manuel Göttsching et il ne faut pas oublier que le duo Manuel-Lutz fut la dernière mouture d'Ash Ra Tempel en 1975, avant la fondation de son successeur Ashra. Autant dire que ce concert est un petit événement en soi. Le Berceau de cristal, comme l'explique Göttsching entre deux titres, est une composition très simple pour guitares et orgue. L'artiste reproduit aujourd'hui les sons originaux, si bien que le public se trouve entraîné dans un véritable voyage dans le temps. Cet été à Melbourne, il s'était déjà adonné à la même expérience en rejouant Schwingungen et Seven Up avec Ariel Pink comme si on y était (ce concert sera publié en février prochain). Le Berceau de cristal n'a déjà plus rien à voir avec ce son psychédélique. Un adjectif pourrait en résumer la substance : hypnotique.

Ash Ra Tempel (Manuel Göttsching) live @ E-Live 2015 / photo S. Mazars
Manuel et Lutz ne se contentent pas de rejouer de larges extraits de la bande originale : ils proposent également un morceau inédit, conçu dans le même esprit, avant de conclure leur show par une variation plus légère sur Correlations, comme s'il s'agissait d'un signal destiné à réveiller le patient envoûté. A ce titre, Le Berceau de cristal est probablement l'un des modèles les plus aboutis du concept de deep listening, fidèle en cela à l'enseignement de Timothy Leary et à sa théorie des états modifiés de conscience.


Ash Ra Tempel (Lutz Ulbrich, Manuel Göttsching) live @ E-Live 2015 / photo S. Mazars
Ash Ra Tempel (Lutz Ulbrich, Manuel Göttsching) live @ E-Live 2015


samedi 28 février 2015

Avant la techno, Manuel Göttsching

 

Avec Inventions for Electric Guitar, il a introduit la six-cordes dans l'ère de la musique électronique. Avec E2-E4, il a signé l'un des albums les plus prisés des clubs new-yorkais des années 80 et des DJ de Detroit. Aujourd'hui, le Berlinois Manuel Göttsching, fondateur d'Ash Ra Tempel et Ashra, fait figure de précurseur de la scène électronique mondiale, et même d’ancêtre de la techno. Happenings, défilés de mode, films, et même une collaboration avec le pape du LSD, le docteur Timothy Leary, dans les années 70 : la musique de Manuel Göttsching s’est exportée sur tous les supports. Invité partout dans le monde, du Japon à la Pologne, des Etats-Unis à la Chine, il devrait bientôt revenir en France. En attendant, Sueño Latino, l’un des plus gros tubes samplés à partir de E2-E4, avant même ceux de Carl Craig et Derrick May, sera réédité en janvier 2015. Lors de son dernier concert au mois d'octobre aux Pays-Bas, loin des hauts lieux culturels auxquels il est désormais habitué, il retrouvait son public de toujours, celui de cette bouillonnante scène allemande des années 70. C'est à cette occasion qu'il nous a accordé cette longue interview.

 

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo : Aleksandra Przybylska-Kursa
Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 (photo : Aleksandra Przybylska-Kursa)

Best, le 19 octobre 2014

Quand as-tu fondé Ash Ra Tempel ? Quelle était l’ambiance à Berlin-Ouest ?

Manuel Göttsching – Dans les années 60, les jeunes de Berlin-Ouest avaient soif de nouveauté dans tous les domaines. Pas seulement en musique, mais aussi en art, en théâtre, en cinéma. Il faut savoir qu'en 1945, la culture en Allemagne était au tapis. Une grande partie des artistes d'avant-guerre étaient juifs. Certains avaient fui à l'étranger, les autres avaient simplement été exécutés. En musique, ça a lentement repris dans les années 50, avec le jazz ou le Schlager allemand. Et dans la décennie suivante, une nouvelle génération est survenue, influencée d'abord par l'évolution musicale en provenance des Etats-Unis et d'Angleterre – qui avait fini par atteindre l'Allemagne, donc aussi Berlin-Ouest –, mais aussi animée par ce désir enfoui de faire des choses nouvelles, de faire des choses folles. De la musique savante à la musique populaire, beaucoup de nouveautés se sont imposées à partir de la seconde moitié des années 60 : la folk music, la chanson politique, le free jazz, la musique expérimentale, l'avant-garde. Parmi elles, nombreuses étaient absurdes ou pas sérieuses, mais parfois, on tombait sur d'excellentes choses. C'était une scène très libre et passionnante.

Klaus Schulze, Manuel Göttsching, Hartmut Enke / source : MG.ART www.ashra.com
Klaus Schulze, Manuel Göttsching, Hartmut Enke
source : MG.ART www.ashra.com
A cette époque, je suivais une formation musicale classique. J'ai pris des cours de guitare classique pendant de longues années, jusqu'au jour où, avec Hartmut Enke, un copain du lycée, nous avons décidé de fonder un groupe. Nous avions 14 ans. Au départ, pour nous amuser, nous nous contentions de jouer des reprises des Rolling Stones ou des Beatles. Mais ça nous a vite ennuyés. Nous avons rapidement voulu jouer nos propres trucs. Tout en nous demandant comment on allait bien pouvoir faire, nous avons commencé à improviser et à nous intéresser au traitement du son. En 1968, notre groupe, Bad Joe, pratiquait une musique sans règles, totalement libre. Un peu plus tard, nous avons fondé le Steeple Chase Blues Band dans le même esprit. On ne jouait pas du vrai blues, mais des improvisations plus ou moins fondées sur des thèmes de blues. Encore un drôle de groupe ! Enfin, en été 1970, nous avons créé Ash Ra Tempel avec Klaus Schulze. Nous le connaissions déjà, parce qu'il fréquentait comme nous le Beat Studio, que la ville de Berlin avait mis à la disposition du compositeur suisse Thomas Kessler dans la Pfalzburger Straße. L’endroit n’était rien de plus qu’une salle de répétitions dont Kessler se servait aussi pour ses cours. Schulze venait de quitter Tangerine Dream, dont il était le batteur, et il avait très envie de participer à un nouveau groupe. Alors que nous revenions de Londres, où Hartmut avait acheté un gros équipement, Klaus s'est approché de nous, on s'est assis tous ensemble et c'est ainsi qu'Ash Ra Tempel est né. Mais un an plus tard, il s’est de nouveau envolé, parce qu’il voulait arrêter la batterie. Il commençait à jouer de l’orgue et des synthés. Ce n’était pas mauvais du tout, mais nous avions besoin d’un batteur. Quand je parle de batterie, je veux en fait parler de percussions en général, même électroniques, comme je pratique aujourd'hui encore, avec des boîtes à rythmes ou des logiciels. Klaus Schulze parti, nous l’avons remplacé par Wolfgang Müller, du Steeple Chase Blues Band. Avec lui, mais aussi avec John L., un super chanteur expérimental, nous avons enregistré le deuxième album Schwingungen [1972].

Ash Ra Tempel (1971), Schwingungen (1972), Seven Up (1973) / source : MG.ART www.ashra.com
Ash Ra Tempel (1971), Schwingungen (1972), Seven Up (1973)
source : MG.ART www.ashra.com

Manuel Göttsching 1972 avec Timothy Leary / source : MG.ART www.ashra.com
Manuel et Timothy Leary
source : MG.ART www.ashra.com
Comment est née la collaboration avec Timothy Leary en 1972 ?

MG – Nous avions très envie d'intégrer des textes et du chant à la musique. Au départ, nous souhaitions enregistrer quelque chose avec Allen Ginsberg. L’un de ses textes figurait déjà sur la pochette de notre premier disque. Mais on n'arrivait pas à le joindre, il se cachait, ou quelque chose comme ça. Rolf-Ulrich Kaiser, le propriétaire de notre label, Ohr Musik Produktion, avait en revanche entendu dire que Timothy Leary se trouvait en Suisse, et qu’on pouvait envisager de collaborer avec lui. Hartmut et Rolf-Ulrich sont allés lui rendre visite sur place. Il a écouté Schwingungen, qu’on venait de terminer. Comme ça lui a plu, il a accepté l'idée, et a réfléchi à un nouveau projet, qui est devenu l'album Seven Up [1973], autour de son livre sur les sept degrés de conscience. La musique est fondée sur ce concept. Dès le retour d’Hartmut à Berlin, nous avons formé un nouvel Ash Ra Tempel. Nous en restions la charpente, à laquelle se sont adjoints Steve Schroyder, un autre ancien de Tangerine Dream, mais aussi le chanteur Micky Duwe ; en tout : huit ou neuf personnes. Nous étions tous obligés d’aller en Suisse, puisque Timothy Leary ne pouvait pas quitter le pays. Evadé de prison, il avait d’abord fui en Algérie grâce aux Black Panthers, qui l’avaient aidé à quitter le territoire des Etats-Unis. Mais très vite, il s’est fâché avec Eldridge Cleaver, le chef des Black Panthers. Eldridge était très engagé, or Leary ne s'intéressait pas du tout à toutes leurs histoires de révolution. Un vrai malentendu. Dans son excellente biographie de Timothy Leary, John Higgs, un auteur anglais, décrit très bien tous ces événements. En tout cas, Leary s’est retrouvé en Suisse, où beaucoup d’amis l’ont aidé, à commencer par Sergius Golowin, alors député au Grand Conseil bernois. C’est donc à Berne que nous avons loué un studio et enregistré Seven Up, lors de l’été 1972. Par la suite, il y a eu d’autres sessions folles, comme l’hiver suivant, lors de l’enregistrement de l’album Tarot, de Walter Wegmüller.

Manuel Göttsching – Inventions for Electric Guitar (1974) / source : MG.ART www.ashra.com
Manuel Göttsching – Inventions for Electric Guitar (1974)
source : MG.ART www.ashra.com
En 1974, tu t'es retrouvé tout seul pour enregistrer Inventions for Electric Guitar. De quoi est fait ce disque ? Comment t'y es-tu pris ?

MG – C'est une longue histoire. En 1973, Hartmut Enke a brutalement décidé d’arrêter la musique. Il ne voulait plus rien avoir affaire avec la scène, et surtout pas avec le business. Il a coupé tout lien avec la société, abandonné tous ses biens. Il ne voulait posséder que ce qu'il portait sur lui, n'avait besoin de rien, pas d'argent, rien ! Une philosophie très stricte ! Quoi qu'il en soit, il ne voulait plus faire de musique, mais uniquement ce dont il avait envie, quand il en avait envie [Il s’est éteint en 2005, à l’âge de 53 ans]. Pendant environ un an, je me suis demandé si je voulais continuer Ash Ra Tempel. J’ai joué avec d’autres musiciens, puis, au début de l’année 1974, j’ai décidé de poursuivre seul, et pour une raison simple : j'avais à ma disposition cet instrument, la guitare, avec des potentialités énormes. Que peut-on faire avec une guitare ? A l'époque, je commençais à m’intéresser à toute cette école classique du minimalisme : Steve Reich, Philip Glass. Mais d’abord Terry Riley. Je trouvais sa méthode séduisante. Pianiste et organiste avant tout, il jouait avec des moyens très simples, quelques effets, des tape delays. Alors pourquoi ne pas tenter la même chose à la guitare ? Mais pour cela, je devais disposer de mon propre studio. Car il ne s'agissait pas d'une simple improvisation, mais d'une véritable composition, très exigeante en termes de concentration et d'exercice. J'avais beau être déjà un bon guitariste à cette époque, j'avais encore pas mal de trucs à apprendre. Par exemple, sur Echo Waves, le premier morceau – un enregistrement multipiste de 20 minutes –, je devais tenir du début à la fin de chaque piste en jouant live les mêmes motifs répétitifs. Il n'y a pas de boucles ! Toute cette construction demandait beaucoup de réflexion. J'y ai travaillé six mois. Pas question d'aller enregistrer un tel projet en une semaine dans n'importe quel studio. J'avais besoin d'espace et de temps pour le travailler et le développer tranquillement. C'est ainsi que j'ai fondé mon propre studio, d'une certaine manière. J'ai convaincu Rolf-Ulrich Kaiser, qui m'a fourni le matériel. Je n'avais pas besoin de grand-chose, en fait : un magnétophone quatre pistes, un deux pistes et ma guitare.

Manuel avec la célèbre guitare de Blackouts / source : MG.ART www.ashra.com
Manuel avec la célèbre guitare de Blackouts / source : MG.ART www.ashra.com

Manuel Göttsching – Le Berceau de cristal (1975) / source : MG.ART www.ashra.com
Le Berceau de cristal (1975)
source : MG.ART www.ashra.com
Par la suite, tu as fourni, en compagnie de Lutz Ulbrich, la musique originale d'un film français, Le Berceau de cristal, de Philippe Garrel [1976].

MG – Je connaissais Lutz parce qu'il faisait partie d'un autre groupe berlinois plutôt célèbre à l'époque : Agitation Free (Christoph Franke, de Tangerine Dream, a fait partie de la formation originale). Lutz et moi avions le même âge. Il se trouve que nous avions aussi partagé le même professeur de guitare classique dans notre enfance : madame Scheibitz. Un jour, je suis tombé sur lui tout à fait par hasard. Nous avons joué ensemble un an, enregistré des trucs dans mon studio et donné de nombreux concerts, la plupart du temps en Angleterre et en France. L'un d'eux, dans le sud de la France, lors d'un festival en plein air dans l'amphithéâtre d'Arles [le 6 août 1975] réunissait également Can et Nico. Nico vivait à l'époque avec Philippe Garrel. Sur le chemin du retour, nous sommes passés à Paris pour leur rendre visite. Philippe a profité de l'occasion pour me demander très spontanément si je voulais bien contribuer à la BO de son film. Je ne l'avais pas vu, je ne savais pas du tout de quoi ça parlait, mais je lui ai quand même fourni une heure de musique, compilant pour moitié des titres solos tirés de mes archives et pour moitié des morceaux enregistrés en concert avec Lutz, lui laissant le soin de choisir ce qui lui plaisait. Philippe n'en a utilisé qu'une partie, quatre morceaux en tout : en particulier, les 15 minutes de la chanson titre, enregistrée lors de l'un de nos concerts et qui se trouvait correspondre parfaitement à l'ambiance du film. Ce n'est que bien des années plus tard, en 1993, que j'ai publié pour la première fois l'intégralité de la musique en CD, répondant ainsi à une prière de mon label de l'époque, Spalax – un label français.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching live @ E-Live 2014
Comment es-tu venu aux instruments électroniques ?

MG – Difficile à dire. Nous avons tous débuté sur des instruments conventionnels ou électriques, comme le Farfisa. Si tu écoutes les vieux disques de Tangerine Dream, tu entendras invariablement du Farfisa. C'est ainsi que tous ont commencé. Même Kraftwerk. C'était le standard. Les premiers synthés n'étaient que d'énormes armoires fabriquées par de très grosses firmes et qu'on trouvait seulement dans les universités. Dans les années 60, Moog a développé le premier synthé enfin transportable, dans quatre modules séparés, qui coûtait environ 100 000 marks, soit le prix d'une Rolls Royce, voire deux. Eberhard Schoener en avait un, récupéré probablement dans une université. Florian Fricke [de Popol Vuh] aussi. Il avait les moyens, paraît-il. Et enfin, au début des années 70, sont apparues des machines plus simples et plus petites, qui pour 5000 marks, tenaient dans un coffre, comme l'EMS Synthi-A ou le plus célèbre, le Minimoog, qui a connu un succès considérable. Chaque musicien de jazz en avait un, en bonne place à côté de son clavier Fender Rhodes. On peut citer aussi l'ARP Odyssey, également très populaire, dont j'avais un exemplaire. Tout a commencé par de petites expériences. Nous avons d'abord bidouillé des sons, des percussions, des micros, appris comment on amplifie, comment on enregistre, comment on génère un écho. Nous tâchions simplement de produire des sons avec les outils à notre disposition. De mon côté, j'expérimentais la même chose sur ma guitare, comme on peut l'entendre sur Inventions for Electric Guitar. L'idée consistait à générer à la guitare des sons qui ne sortent normalement jamais d'une guitare. Je voulais aussi trouver un moyen de reproduire en live tous ces effets. Mais ils nécessitent de tels efforts techniques en studio, que je n'ai jamais pu rejouer exactement Inventions sur scène : seulement une approximation. Il m'aurait fallu manipuler trois ou quatre guitares en même temps afin d'en reproduire toutes les nuances. C'est ainsi que, lors de la première du disque en concert, sur le mont Fuji au Japon, en 2010, trois autres musiciens ont dû m'accompagner : le New-Yorkais Elliott Sharp, Steve Hillage, de Gong, et Zhang Shouwang, une véritable star en Chine. Inventions for Electric Guitar connaît un regain d'intérêt ces derniers temps. On m'a demandé de venir le jouer au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Irlande et même en Russie [Simon Ratcliffe, de Basement Jaxx, vient de classer Inventions parmi les 10 titres qui ont le plus influencé Junto, le dernier album du duo électronique londonien].

Manuel Göttsching live @ UfaFabrik 2013 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching et son Farfisa, live @ UfaFabrik 2013
Tu sembles encore très attaché à ton vieil orgue Farfisa.

MG – Le Farfisa a représenté une transition, une étape intermédiaire entre les orgues et les synthés. Il permet de jouer des mélodies, des solos, d'en modifier un peu la texture, mais pas autant qu'un synthé. Ce n'est pas encore un vrai synthé, mais plus tout à fait un simple orgue électrique. Si Terry Riley m'a autant fasciné, il y a bien une raison : quand j'étais enfant, c'est avec l'orgue que j'ai découvert la musique, même si j'ai plus tard atterri dans l'univers de la guitare. Dans Le Berceau de cristal, par exemple, je joue encore presque exclusivement de l'orgue électrique. Telles furent les différentes étapes : j'ai d'abord expérimenté sur le Farfisa Syntorchestra, puis travaillé avec les fameux Minimoog et Odyssey, avant de me tourner – très volontiers, du reste – vers les séquenceurs, mais seulement à partir de 1977. Avant cette date, par exemple sur mon deuxième album solo New Age of Earth [1976], les séquences ne sont pas des séquences : tout est joué à la main. A partir de là, j'ai commencé à délaisser un peu le Syntorchestra, jusqu'à ce concert en 2012 à la Haus der Kulturen der Welt de Berlin en compagnie du Joshua Lightshow [le 4 février 2012 dans le cadre de la transmediale]. Je l'ai fait réparer pour l'occasion et utilisé sur deux morceaux. Il lui reste encore quelques bosses, mais ça fait très vintage, c'est à la mode, comme ces jeans qu'on achète déjà troués ou ces guitares qui ont l'air d'avoir trente tournées derrière elles et qui, du coup, se vendent beaucoup plus cher.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching live @ E-Live 2014
Et que penses-tu des logiciels actuels ? J'ai vu que tu avais ton ordinateur sur scène. Qu'as-tu utilisé ?

MG – Sur scène ? Ableton. Un logiciel plutôt pas mal, non ? Dès le début des années 80, j'étais équipé avec Apple, puis Commodore. Mais à l'époque, on pouvait à peine en tirer de la musique. Il n'y avait tout simplement pas de logiciel pour ça. Je me suis intéressé aux ordinateurs dès le début, au point d'écrire mes propres programmes, des programmes de graphisme et de texte, mais pas de musique. Ça ne valait pas le coup. Il a fallu attendre des ordinateurs plus puissants et plus fiables. Puis Atari a débarqué à la fin des années 80, avec ses fameux logiciels de séquenceur Notator et Creator. Je n'ai pas été séduit. Il s'agissait de séquenceurs MIDI, donc on ne pouvait programmer que des notes fixes. J'ai bien composé quelques morceaux avec, mais c'était trop rigide, trop statique pour moi. Ableton est l'un des premiers programmes à avoir mis l'accent sur le live. On peut jouer et modifier la musique en direct sans s'interrompre.

Manuel Gottsching dans les années 80 / source : MG.ART www.ashra.com
Manuel Gottsching dans les années 80 / source : MG.ART www.ashra.com

Manuel Göttsching – E2-E4 (1984) / source : MG.ART www.ashra.com
Manuel Göttsching – E2-E4 (1984)
source : MG.ART www.ashra.com
Peux-tu me raconter l'histoire de E2-E4, sans doute l'un de tes disques les plus célèbres ?

MG – D'abord, j'ai encore enregistré deux disques pour Virgin avec Harald Grosskopf et Lutz Ulbrich sous le nom d'Ashra : Correlations [1979] et Belle Alliance, [1980]. C'est avec cette formation que les instruments électroniques et les synthés sont apparus. A l'époque d'Ash Ra Tempel, avec Hartmut et Klaus, nous étions encore un groupe de rock guitare-basse-batterie. On parlait encore de krautrock ou de space rock. D'autres instruments, d'autres musiciens, un autre style, aussi : Ashra était trop différent pour ne pas rebaptiser le groupe. Mais en parallèle, je continuais à enregistrer et à expérimenter en solo. Dès 1976, je me suis mis à composer des bandes son pour des défilés de mode. L'un d'entre eux, le très beau Big Birds, s'est déroulé en 1979 à la Kongresshalle de Berlin (devenue par la suite le siège de la Haus der Kulturen der Welt). Avec des synthés, des claviers et des séquenceurs, mais sans guitare, j'accompagnais live une véritable performance. Plus qu'un défilé, il s'agissait d'un véritable happening de mode. Puis en [novembre] 1981, je suis reparti en tournée, cette fois pour accompagner Klaus Schulze. Or j'avais déjà la tête à autre chose. Je voulais de nouveau produire ma propre musique. Un mois plus tard, un soir de décembre 1981, j'ai enregistré E2-E4. J'ai du mal à expliquer comment c'est arrivé. Au départ, j'avais prévu quelque chose de totalement différent : une production symphonique, et c'est finalement E2-E4 qui est advenu. Mais que faire de cet enregistrement ? Je n'avais pas particulièrement envie d'en faire un nouveau disque, et surtout pas pour Virgin, alors que mon contrat avec eux allait expirer. A ses débuts, Virgin était une maison indépendante très expérimentale, qui s'était lancée avec un très gros succès, Tubular Bells de Mike Oldfield. Par la suite, ils avaient poursuivi dans cette veine expérimentale et électronique. Mais à la fin des années 70, ils ont voulu s'orienter dans une direction plus commerciale. Richard Branson m'avait invité chez lui, en Angleterre, où j'ai eu l'occasion de lui présenter la composition. Il m'a assuré qu'un tel morceau pourrait me rapporter une fortune. Son fils, qui était dans ses bras, s'était endormi en écoutant. Peut-être Branson voulait-il me suggérer de m'abstenir de proposer ce disque à Virgin ? Lui-même voulait déjà vendre le label à l'époque. Par ailleurs, E2-E4 était un morceau unique de 60 minutes, impossible à repiquer tel quel sur 33 tours. Le format CD débutait à peine – quelques orchestres classiques en publiaient déjà, mais ce n'était pas encore le format usuel à l'époque. Il m'aurait fallu couper le morceau en deux. Aussi l'ai-je laissé de côté pendant un moment [Le disque sort finalement chez Inteam en 1984].

Manuel Gottsching dans les années 80 / source : MG.ART www.ashra.com
source : MG.ART www.ashra.com
Des artistes, toujours plus nombreux, toujours plus jeunes, se réclament de cet album. Quand as-tu pris conscience de ce phénomène ?

MG – Petit à petit. Ça a commencé au milieu des années 80. Le disque était sorti depuis deux ou trois ans quand j'ai lu dans un magazine qu'on jouait le morceau en boucle au Paradise Garage, le célèbre club de Larry Levan à New York. Il faisait partie de sa playlist. Je trouvais ça étrange, parce qu'à aucun moment, je n'avais conçu la pièce comme un morceau dance. Je me disais : « Mais qu'est-ce qu'ils trouvent à danser sur un truc pareil ? » Larry Levan aimait programmer E2-E4 en intégralité. Il avait même émis le souhait que le titre soit joué le jour de son enterrement, ce qui s'est effectivement produit. E2-E4 n'a pas été diffusé qu'au Paradise Garage, mais aussi au Danceteria, un autre club new-yorkais très célèbre, et même au Studio 54. Je n'étais pas moi-même à New York à cette époque. J'ai découvert tout ça plus tard. L'intérêt n'a jamais décru. D'abord New York, puis Detroit. Un jour, l'Angleterre, le lendemain, l'Italie. Ainsi, en 1989, le groupe italien Sueño Latino a samplé E2-E4, ajouté un beat, une voix, quelques claviers, et c'est devenu un énorme tube. J'ai découvert depuis l'existence de centaines de remixes et d'edits. Finalement, E2-E4 a eu plus d'influence à l'étranger qu'en Allemagne. Sueño Latino va ressortir le 12 janvier prochain. Ça tombe très bien, car la demande n'a jamais faibli alors même que le single était épuisé depuis dix ans.

Tu es aussi célèbre chez nous, en France. Ta dernière visite remonte à quatre ans, à la Géode de La Villette. Quand reviens-tu ?

MG – J'espère bientôt. Nous sommes en train de discuter d’une possibilité de présenter E2-E4 dans le cadre d’un événement spécial associant art et musiques électroniques. Je n’ai pas encore joué E2-E4 en France. Ce serait donc une première !

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo : Aleksandra Przybylska-Kursa
Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 (photo : Aleksandra Przybylska-Kursa)

L'année dernière, à Gorlice, en Pologne, tu as joué sur scène un nouveau morceau, tout comme hier à l'occasion du rappel. N'aurais-tu pas envie d'en tirer un nouvel album ?

MG – Oui. J'espère là encore l'année prochaine. Le rappel d'hier soir a été interprété pour la première fois sur scène lors du concert à la Haus der Kulturen der Welt en 2012, à l'occasion de la transmediale. Le titre, spécialement composé pour l'occasion, s'appelle Oyster Blues à cause de la forme du bâtiment. Celui-ci, un don des autorités américaines à la ville de Berlin, avait été construit dans les années 50 pour devenir un centre de Congrès. Sa forme cylindrique lui avait très vite valu d'être rebaptisé « l'huître enceinte » par les Berlinois, d'où ce titre. Nous venons de terminer la production du DVD de ce concert. On voulait déjà le sortir en 2012, mais nous cherchons encore un bon distributeur. J'envisage de ressortir également d'autres pièces de mon catalogue, comme Dream and Desire, dont j'ai retrouvé dans mes archives des sessions complètes, encore totalement inédites. Il pourrait du coup faire l'objet d'une réédition en double CD [Le producteur Mick Glossop projette de son côté une réédition de l'intégrale de la discographie de Manuel Göttsching, dont il aimerait explorer les archives].

Manuel Göttsching live @ UfaFabrik 2013 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching live @ UfaFabrik 2013
Prochains rendez-vous avez Manuel Göttsching

– Copenhague, Jazzhouse, 27/03/2015

mercredi 22 octobre 2014

E-Live 2014 : trois générations sur scène


Réunir sur la même affiche l'une des légendes de la scène électronique classique, et son plus jeune représentant, telle était la particularité de cette 17e édition du E-Live, qui affichait complet pour l'occasion. Jeffrey « Synthex » Haster, 16 ans, avait en effet le privilège d'ouvrir ce festival clôturé par l'une des figures les plus importantes de l'histoire de la musique électronique : Manuel Göttsching, fondateur d'Ash Ra Tempel en 1970. La soirée faisait aussi une place à la Dark Berlin School du duo belge The Roswell Incident, mais aussi à l'un des maîtres de la scène néerlandaise, Gert Emmens.

 

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching live @ E-Live 2014

Oirschot, le 18 octobre 2014

Synthex live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Synthex live @ E-Live 2014
Agé de 16 ans à peine, Jeffrey Haster, plus connu sous le nom de Synthex, a déjà deux albums à son actif. Ron Boots, maître d'œuvre du E-Live, lui avait déjà offert en 2013 l'opportunité de se produire en public lors du E-Day, le pendant printanier de son festival de musique électronique. Cette fois, Synthex fait l'ouverture d'une édition haut de gamme et devant salle comble, puisque la tête d'affiche n'est autre que Manuel Göttsching. Synthex démontre tout d'abord que la confiance que lui accorde Ron Boots depuis trois ans n'est pas usurpée. Le jeune garçon d'Eindhoven joue ses solos avec aisance et dextérité, comme le démontre son rappel, une pièce pour piano solo que n'aurait pas reniée Johannes Schmoelling. Côté inspiration, Jeffrey oscille entre classicisme et modernité. Ce n'est pas tout à fait un hasard si cette alternative vient en premier à l'esprit. En effet, il manque encore à Synthex un son distinctif, une identité propre. Avec l'expérience – et le soutien de ses aînés –, il la trouvera. Son potentiel est énorme.

The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
The Roswell Incident live @ E-Live 2014
The Roswell Incident avait déjà fait une excellente impression sur l'auditoire du premier B-Wave Festival en Belgique, en décembre 2013. Atmosphères, séquences, nappes : les frères Koen et Jan Buytaert manipulent les armes de la Berlin School la plus classique. Moins romantiques que leurs homologues allemands, moins joyeux que les Néerlandais, ils explorent en revanche une facette étonnamment sombre de ce genre si particulier. Parlera-t-on un jour à leur sujet de Dark Berlin School ? Ce n'est pas dans sa manière d'interpréter, mais dans sa manière de concevoir la Berlin School que le groupe se distingue de tous les autres. Koen et Jan savent choisir leurs textures avec goût, ménager leurs effets avec intelligence et, surtout, introduire leurs séquences avec une rare subtilité. En fait, toute personne un peu familière avec Tangerine Dream se laissera immédiatement transporter dans leur univers.

Gert Emmens live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Gert Emmens live @ E-Live 2014

Gert Emmens live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Gert Emmens
Avec Ron Boots, Gert Emmens est l'une des locomotives de la scène néerlandaise, et l'un des fers de lance du label Groove Unlimited. Lui qui, lors du dernier E-Day au mois de mai, promouvait encore son disque en collaboration avec Ruud Heij, Signs, et qui assurait ne pas vouloir remonter sur scène dans l'immédiat, figure non seulement à l'affiche de cet E-Live, mais publie de surcroît son nouvel album solo, Outland, un disque résolument orienté science-fiction. Quatre titres extraits de l'album, ainsi qu'un morceau spécialement conçu pour le festival, sont au programme. Que des inédits, donc, qui permettent de vérifier à quel point Gert revient toujours au style de ses débuts, même après s'être essayé à l'ambient et au rock progressif. Si l'on en juge par cette version live, Outland s'inscrit en effet dans la droite ligne de disques qui ont fait date dans le répertoire de Groove, comme Obscure Movements In Twilight Shades (2003) et Waves Of Dreams (2004). Mêmes textures, même sophistication, même légèreté. Emmens est un musicien aérien et raffiné.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching joue sur son orgue Farfisa

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
L'entrée en scène de Manuel Göttsching ne laisse personne indifférent. Pour nombre de visiteurs, cette soirée représente même la toute première opportunité d'admirer le maître sur scène. Aucun déluge de lumières ni de projection vidéo n'accompagnent le récital. Sans ses compères Harald Grosskopf à la batterie et Steve Baltes aux machines, Manuel se suffit à lui-même, seul au milieu de cette immense scène. C'est sur Ableton Live qu'il lance ses séquences électroniques pour mieux se concentrer sur ses solos, le plus souvent à la guitare, mais aussi sur son célèbre orgue Farfisa, qui ne semble plus le quitter. Le Farfisa joue d'ailleurs le premier rôle lors de l'un des temps forts du concert, Dream, extrait de Dream & Desire (1977-1991), l'un des titres les plus caressants de sa discographie. Entre Ashra, Ash Ra Tempel et sa carrière solo, il n'est d'ailleurs pas si aisé de s'y retrouver. Ce soir, le guitariste laisse de côté Inventions for Electric Guitar et E2-E4, ses plus célèbres albums. Outre Dream, il interprète essentiellement des extraits de New Age of Earth (1976) et Blackouts (1977), ses deux premières œuvres estampillées Ashra ( …mais enregistrées en solo). Le second temps fort n'est autre que le rappel, Oyster Blues, un titre interprété pour la première fois lors de la transmediale de Berlin en 2012, et qui montre à quel point Manuel Göttsching demeure, après 45 ans de carrière, un musicien inspiré et innovant.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Set list Manuel Göttsching : Die Mulde. – Shuttle Cock. – Dream. – Sunrain. – Midnight on Mars. – Deep Distance – [rappel] Oyster Blues.