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lundi 13 mars 2017

Broekhuis, Keller & Schönwälder live @ Repelen 2017


Comme chaque année depuis treize ans, Broekhuis, Keller & Schönwälder entament leur saison électronique en l’église de Repelen, où ils reviennent sur leur passé tout en présentant un avant-goût de leurs dernières créations. Un nouveau CD accompagnait cette édition, Red Live @ USA, qui documente leur escapade américaine de 2012. Conformément à la tradition, c’est en trio qu’ils se sont produits le premier soir, avant que le guitariste Raughi Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et son épouse, la danseuse Eva Kagermann, ne les rejoignent le lendemain. Cette année, un artiste britannique assurait la première partie du vendredi : David Wright, accompagné par la chanteuse Carys. Leur collaboration peut être écoutée sur l’album Prophecy, publié le 3 mars dernier.


BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2017. De gauche à droite :
Raughi Ebert, Bas Broekhuis (masqué), Detlef Keller, Mario Schönwälder, Eva et Thomas Kagermann

Repelen, les 10 et 11 mars 2017

David Wright @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
David Wright
Je n’avais encore jamais eu l’occasion d’évoquer David Wright sur ce blog. C’est qu’il représente une imposante bifurcation dans la vaste généalogie de la musique synthétique. Bifurcation géographique d’abord : David Wright est originaire du Suffolk, en Angleterre. Bifurcation stylistique ensuite : Wright représente tout un univers, mais aussi toute une écurie, au travers de son label AD Music et de son festival E-Scape. Si, parmi les artistes AD Music, Klaus Hoffmann-Hoock nous est déjà familier, citons aussi Glenn Main, Robert Fox, Steve Orchard, Andy Pickford, et même un Français, Sylvain Carel. La liste est loin d’être exhaustive. Nous aurons l’occasion de reparler de et avec David Wright.

Le terme de rock électronique – autrefois utilisé faute de mieux pour qualifier la musique de Tangerine Dream et consort – qualifierait assez bien la musique de Wright.

David Wright & Carys @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
David Wright & Carys
Je parlais d’une double bifurcation géographique et stylistique : David et – en partie – son label s’inscrivent dans une vision plus rythmée, plus distrayante également, de la musique électronique. Sur ce point, le voici sans doute sur la même longueur d’ondes que VoLt ou John Dyson, Britanniques comme lui, mais aussi Ron Boots et cie. Les moments ambient ne sont pas absents, les bons vieux séquenceurs non plus. Mais David Wright revient constamment aux mélodies catchy. De quoi séduire la télévision, dont de nombreux programmes ont fait usage de sa musique.

Carys @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
Carys
Sur scène avec Carys, sa complice depuis 2013 – on entend sa voix sur plusieurs albums de David et de Code Indigo, le duo que David forme avec Robert Fox – David Wright interprète de larges extraits du nouvel album, Prophecy. Egalement originaire du Suffolk, Carys a tout de la chanteuse folk. Mais elle n’apporte que ça et là ce type de contribution à la musique de David. Le duo interprète bien quelques chansons, mais c’est surtout comme instrument à part entière que Carys utilise ici sa voix. Le procédé n’est pas nouveau dans le milieu qui nous occupe – le duo Alien Voices en a fait sa marque de fabrique – mais trop rarement utilisé. Or la voix humaine, mise à contribution de la sorte, se marie admirablement avec les synthés.

BK&S @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
BK&S @ Repelen 2017

Bas Broekhuis @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
Bas Broekhuis
C’est à un show 100% synthés qu’invitent ensuite Broekhuis, Keller & Schönwälder. Detlef Keller indique vouloir placer la soirée sous le patronage de la Berlin School. On s’attend alors à entendre les morceaux les plus froesiens de BK&S. Raté. Le trio ne fait pas du TD mais du BK&S. Pas d’inquiétude : le set principal, une longue suite ininterrompue de trois quarts d’heure, est un hymne à l’empire du séquenceur. Mais on sent que nos amis ont d’autres amours également.
Mario Schönwälder @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
Mario Schönwälder
Et ils continuent à évoluer technologiquement. Mario n’a pas sorti son Memotron cette année, mais les sons typiques sont bien là, en librairie, stockés dans un autre instrument. Quant à Bas, il a fini par succomber au charme des applis. S’il a bien son set habituel autour de lui, il a trouvé cette fois une nouvelle surface à cogner : l’écran de sa tablette tactile !
Detlef Keller @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
Detlef Keller
Finalement, c’est la harpe laser de Detlef qui fait figure de dinosaure. Elle représente même le seul bémol de ce concert autrement sans anicroche : visuellement spectaculaire (c’est le but), mais tout de même diablement peu maniable et donc peu propice aux brillantes improvisations.

En rappel, une belle surprise attend les aficionados. Une séquence de quatre notes fait d’abord dresser l’oreille. Puis vient cette mélodie reconnaissable entre toutes : il s’agit bien du thème du film Sorcerer créé par Tangerine Dream, que les trois compères font malicieusement évoluer jusqu’à le rendre méconnaissable.

BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2017

BK&S a d’autres amours. Le constat se vérifie le lendemain avec leurs fidèles amis Raughi Ebert, Thomas et Eva Kagermann. En leur compagnie, le trio explore d’autres horizons. Impossible d’abandonner la Berlin School (notamment avec le bien nommé One Step Backwards), mais l’ambiance sait aussi se faire plus légère. Deux des morceaux, First et Second Lounge, en témoignent par leur titre.


Raughi Ebert
Mais c’est surtout la guitare flamenco de Raughi Ebert et le violon de Thomas Kagermann qui donnent à la soirée sa véritable coloration. Leurs lumineuses interventions voudraient qu’on emploie le cliché usuel de deux musiciens « très en forme ». Un jugement littéralement inexact concernant le malheureux Thomas, handicapé par une lombalgie épouvantable et qui, malgré tout, s’exclamera après le show avoir vécu l’un de ses meilleurs moments à Repelen !
Thomas Kagermann

Les deux hommes se fendent même en fin de concert d’une de leurs vibrantes improvisations. Là, les synthés se taisent. Et c’est bien volontiers que les trois autres leur laissent la vedette, comme s’ils avaient peur de briser ce fragile instant. De quoi alimenter bien des méditations, y compris sur un blog consacré à la promotion de la musique électronique. Comme cette question : avions-nous vraiment besoin de la technologie pour être heureux ? Une guitare, un violon : c’est comme au coin du feu.

BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2017. Les costumes fantaisistes d'Eva Kagermann

BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars
L’élément de surprise est encore renforcé par les pas de danse d’Eva. Chacune de ses apparitions est un spectacle en soi, y compris pour les musiciens, qui ignorent tout de ses costumes jusqu’au dernier moment. Eva ne répète pas avec eux, ils découvrent donc la nature de son intervention en même temps que le public. De temps à autres, l’un d’eux ne peut s’empêcher d’observer incrédule ses déambulations, au point qu’on craint qu’il en oublie qu’il n’est pas un spectateur. Eva a gardé tous ses costumes des éditions précédentes : accumulation de masques bizarres, de voilettes bariolées et de couvre-chefs extravagants. Les spectacles de BK&S sont à l’image de ces costumes. Leur musique aussi : tour à tour comique ou dramatique, grave ou légère, souriante ou mystérieuse.

BK&S & Friends @ Repelen 2017 / photo Sylvain Mazars


lundi 14 mars 2016

Broekhuis, Keller & Schönwälder live @ Repelen 2016


Chaque année depuis douze ans, Broekhuis, Keller & Schönwälder donnent rendez-vous à leur public dans la petite église de Repelen dans la Ruhr. A trois le vendredi, ils sont traditionnellement rejoints le lendemain par le guitariste Raughi Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et la danseuse Eva-Maria Kagermann-Otte. Et chaque année, le trio apporte son lot d'innovations. La formule fonctionne si bien que la 13e édition et déjà programmée pour 2017, et que le groupe est aussi attendu en Grande-Bretagne en septembre.

 

BK&S & Friends @ Repelen 2016 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2016. De gauche à droite :
Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller, Mario Schönwälder, Thomas Kagermann

Repelen, le 12 mars 2016

Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller / photo S. Mazars
B. Broekhuis, R. Ebert, D. Keller
C'est presque la marque de fabrique du rendez-vous de Repelen : ne pas tout faire reposer sur la musique électronique mais proposer un spectacle complet, où la lumière et la danse jouent souvent un rôle important, sinon le rôle principal. Ainsi, le vendredi fut – paraît-il (je n'étais pas présent) – l'occasion de découvrir MuTarik, un couple d'artistes invité sur scène pour présenter ses installations son et lumière. En outre, si les Beatles avaient George Martin, leur «cinquième homme», Bas, Detlef et Mario peuvent à la fois compter sur l'efficace Frank Rothe à la console de mixage, et sur un virtuose des projecteurs, André Löbbert, qui signe une fois encore une partition lumineuse d'exception.

Eva-Maria Kagermann-Otte / photo S. Mazars
Eva Kagermann : des costumes de plus en plus étranges
Dès le morceau d'ouverture, Dresden, où Detlef Keller se livre à une petite démonstration, toujours amusante, de harpe laser, le public se rend compte que le laser fait désormais lui aussi partie intégrante de l'accompagnement visuel du spectacle : c'est un véritable lasershow qui illumine le choeur de l'église lorsqu'Eva Kagermann surgit sur scène pour sa première improvisation de danse buto. Les costumes d'Eva sont d'ailleurs de plus en plus étranges. Cette fois, c'est dans un accoutrement qui lui masque entièrement le visage qu'elle débute sa performance. Avec les lumières surréalistes d'André Löbbert dans son dos, on a parfois l'impression qu'elle interprète une scène tout droit sortie de L'Exorciste !

Eva-Maria Kagermann-Otte, Thomas Kagermann / photo S. Mazars
Les figures de danse buto d'Eva-Maria Kagermann-Otte et le violon de Thomas Kagermann

Mario Schönwälder / photo S. Mazars
Mario Schönwälder
Côté musique, BK&S distille un mélange de titres connus, comme l'incontournable Source of Life, et d'inédits - qui n'ont même pas encore de titre, croit savoir Frank Rothe. C'est en particulier le cas du second rappel, un morceau assez inquiétant qui renforce un peu plus cette ambiance de film d'épouvante. Les trois musiciens électroniques laissent souvent la vedette à Thomas, Raughi et leurs «vrais instruments», selon le mot espiègle du pasteur Bratkus-Fünderich qui présente chaque année la soirée. Raughi se montre lui aussi d'humeur particulièrement sombre sur ses improvisations.

En revanche, certains passages se révèlent plus légers, comme ce Electric Chess, dont la rythmique hypnotique rappelle bien sûr E2-E4 de Manuel Göttsching, auquel le groupe voulait rendre hommage. Manuel Göttsching sera toujours reconnu à juste titre comme l'un des grands révolutionnaires, l'un des grands pionniers. Mais pionnier de quoi, s'il n'existait pas, à sa suite, des fans, et des disciples ?

Eva Kagermann @ Repelen 2016 / photo : ARThomas Photographie (Thomas Wölfer)
photo : Thomas Wölfer
Il y a une différence entre l'innovation et la table rase. L'innovation s'appuie sur des fondations pour ajouter chaque fois une nouvelle pierre à l'édifice. La table rase détruit tout et repart à zéro. A ce titre, l'innovation pourrait être interprétée comme un synonyme exact de la tradition. Il y a une tradition de la musique électronique. Grâce aux artistes comme Bas Broekhuis, Detlef Keller et Mario Schönwälder qui la font vivre, elle permet à un public, certes restreint, de continuer à entendre et à voir sur scène un style de musique qui autrement aurait rejoint les musées. Ou le folklore.

Car il ne suffit pas d'inventer de nouvelles choses, encore faut-il les faire vivre. Sans quoi il ne s'agirait pas de culture, mais simplement de consommation. Contre la société traditionnelle, la table rase fait précisément surgir la société de consommation, où un produit chasse l'autre. Et où n'importe quel objet d'art devient, à la lettre, un produit de consommation. Sans la tradition, la musique électronique se résumerait aujourd'hui à l'un des ses derniers avatars en date, comme le dubstep, ou l'EDM. Si nous ne voulons pas de cela, alors retournons à Repelen l'année prochaine.

Prochains rendez-vous avec BK&S 

– St. Mary Church, Bungay, Royaume-Uni, 10/09/2016
– 15e Liquid Sound Festival, Bad Schandau, Allemagne 04-05/11/2016
– Grotte de Dechen, Iserlohn, Allemagne, 19/11/2016
– Eglise de Repelen, Allemagne, 10-12/03/2017

BK&S & Friends @ Repelen 2016 / photo S. Mazars


dimanche 15 mars 2015

Broekhuis, Keller & Schönwälder live @ Repelen 2015

 

En 2005, Broekhuis, Keller & Schönwälder se sont produits pour la première fois en l’église de Repelen, près de Moers dans la Ruhr, fief de Detlef Keller. Dix ans et onze concerts plus tard, la formule s’est affinée, si bien que le spectacle se divise désormais en deux soirées : une première consacrée à un show « électronique pur », la seconde réunissant, autour de BK&S, leurs amis le guitariste Raughi Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et la danseuse Eva-Maria Kagermann-Otte. Comme l’année dernière, la bande présentait le prochain album de la fameuse série chromatique du trio, Green, dont la sortie commençait à se faire attendre. La date est annoncée : ce sera juin 2015.

 

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2015. De gauche à droite :
Eva-Maria Kagermann-Otte, Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller, Mario Schönwälder

Repelen, le 14 mars 2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Green sera probablement le meilleur album de BK&S, en tout cas le plus original. C’est ce qu’ont pu se dire les spectateurs de cette onzième intervention du trio en l’église de Repelen, à l’occasion duquel le disque a été interprété, semble-t-il, en intégralité. Qu’on se rassure, nous sommes toujours en terrain connu : la meilleure tradition de la Berliner Schule. Mais si l’influence de Tangerine Dream planait sur des disques comme Wolfsburg (2002) ou le récent live The Last Tango (2014), celle de Klaus Schulze sur les précédents albums de la série chromatique, Orange (2007), Blue (2009) et surtout Red (2012), Green semble montrer une voie propre, et procède d’un remarquable renouvellement de l’inspiration des trois hommes.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Outre l’inspiration, c’est aussi le matériel que Bas, Detlef et Mario n’ont pas hésité à renouveler. Trois nouveaux appareils font leur apparition cette année sur scène, trois Arturia MiniBrute SE, dont chaque musicien dispose d’un exemplaire derrière lui sur une perche. Ils ne seront utilisés que sur un morceau, Green 4, jusqu’alors inédit, sans doute le titre le plus énergique du futur album, mois méditatif, plus rythmé, et qui ne dépareillerait pas sur un dancefloor, à l’image de la production récente du duo Fanger & Schönwälder.
 

Broekhuis, Keller & Schönwälder, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Bas Broekhuis, Detlef Keller, Mario Schönwälder @ Repelen 2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Contrairement à l’année précédente, où les programmes des deux soirées étaient totalement différents – un aperçu de Green le premier soir, un best of de BK&S le second –, les spectateurs qui ont eu le loisir d’assister aux deux concerts cette année auront entendu la même musique, d’abord jouée par les trois hommes (13 mars), puis avec l’appui de Raughi Ebert, Thomas et Eva Kagermann (14 mars).

BK&S & Friends, Eva-Maria Kagermann-Otte, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Danse butō avec Eva-Maria Kagermann-Otte
Comme d’habitude, cette dernière investit périodiquement l’avant-scène tandis que les hommes s’affairent dans le chœur de la petite église. A cette occasion, le public découvre les nouvelles figures, les nouveaux costumes et les nouveaux accessoires conçus par Eva, dont les lentes chorégraphies, s’inspirant librement de la tradition japonaise de la danse butō, illustrent à la perfection le style musical pratiqué ici. Encore qu’il s’agisse moins d’illustration que de dialogue. Aux subtiles séquences de BK&S répondent les volutes de rubans, aux mélopées de Raughi et Thomas, la mystérieuse danse des lampions.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2015. De gauche à droite :
Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller, Mario Schönwälder, Thomas Kagermann

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
C’est un fait établi depuis les débuts de la musique électronique que celle-ci s’associe remarquablement avec des instruments plus conventionnels, susceptibles de lui apporter cette chaleur dont on l’accuse parfois de manquer. Si les sons de mellotron de Mario démentent en partie ce soupçon, il est certain que la guitare de Raughi et le violon de Thomas apportent une sève dont les séquenceurs seuls sont en effet dépourvus, quelque soit la vitalité et l’entrain que leur insuffle le musicien électronique.
BK&S & Friends, Raughi Ebert, Thomas Kagermann, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Raughi Ebert, Thomas Kagermann
A cet égard, la contribution de Raughi Ebert s’avère d’autant plus précieuse qu’il vient de la tradition flamenco (cf son duo Tierra Negra, très populaire en Allemagne). On ne peut même pas parler de son « toucher » de guitare tant il donne l’impression d’effleurer à peine ses cordes à chaque solo. Quant à Thomas Kagermann, les aficionados connaissent depuis longtemps les sonorités inimitables de son violon : le morceau de Bas Broekhuis Nazareth, PA, paru sur la compilation Manikin Records Second Decade 2002-2012, en donne un excellent aperçu. Mais l’homme n’est pas seulement violoniste. Sur scène, il alterne les cordes et divers instruments à vents, n’hésitant pas à chanter… quand ça lui chante.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
La danse des lampions. BK&S & Friends, Repelen 2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Les musiciens utilisent souvent le cliché de « l’alchimie », ce mystérieux ingrédient qui leur permet de jouer ensemble et de bien s’entendre sans même y penser. C’est exactement ce qui se passe entre BK&S et leurs amis. Lorsque Raughi et Thomas accompagnent Bas, Detlef et Mario sur scène, ils ne connaissent bien souvent le morceau qu’ils interprètent que depuis le soundcheck. La facilité avec laquelle les deux hommes improvisent, intègrent leurs instruments aux pièces 100% électroniques du trio comme s’ils en avaient toujours fait partie, reste un des mystères et un des ravissements du spectacle.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Soirée portes ouvertes à l'église
Celui-ci se prolonge d’ailleurs très tard dans la nuit. Immédiatement après les deux heures de concert, la paroisse avait décidé d’organiser, jusqu’à minuit, la soirée portes ouvertes de l’église. Qui d’autre que BK&S pour en assurer l’accompagnement musical ? Au programme : deux heures de musique supplémentaire tirée du répertoire de BK&S. Fatigués, les protagonistes ne sont pas présents simultanément sur scène. Tandis que le pasteur s’appuie sur la musique, très discrète cette fois, pour réciter ses psaumes, les uns et les autres se relaient sur scène puis vont se dégourdir les jambes ou se reposer au milieu des spectateurs. Et même là, au beau milieu du public, une inspiration soudaine pousse Thomas Kagermann à donner de la voie, révélant à cette occasion un don insoupçonné pour le chant diphonique.

Voilà. L’inspiration. La surprise. L’ambiance. C’est ce qu’on attend de chaque concert de BK&S, et c’est ce qui rend chacun d’eux unique.

Setlist (14 mars) : From Red To Green. – Green 1. – Green 2. – Green 3. – Green 4. – [rappels] Direction Green 2015 (titre de travail). – medley Red 1 / Direction Green 2.

Prochains rendez-vous

– Filterkaffee (Mario Schönwälder & Frank Rothe) live @ E-Day, Theater de Enck, Oirschot, 18/04/2015
– BK&S live @ the University of Berlin, 08/05/2015
– BK&S Planetariumskonzert, Zeiss Planetarium, Bochum, 06/06/2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2015


mercredi 5 mars 2014

Broekhuis, Keller & Schönwälder live @ Repelen 2014

   

Chaque année depuis dix ans, Broekhuis, Keller & Schönwälder se produisent en l’église de Repelen, près de Moers dans la Ruhr, fief de Detlef Keller. Le 28 février, le trio y interprétait pour la première fois Green, son nouvel album à paraître cet automne. Après Red, il s'agit du quatrième opus de la série des couleurs entamée avec Orange en 2007. Le lendemain, 1er mars, les trois musiciens retrouvaient leurs vieux amis, le guitariste Raughi Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et sa femme, la danseuse Eva-Maria Kagermann-Otte – soit la formation qui, depuis 2005, illumine les voûtes de la petite église –, à l'occasion de leur dixième concert entre ses murs. Cet anniversaire était l'occasion de feuilleter le meilleur de la décennie écoulée.


BK&S & friends, Repelen 2014 / photo S. Mazars
BK&S & friends @ Repelen 2014. De gauche à droite :
Raughi Ebert, Bas Broekhuis, Eva-Maria Kagermann-Otte, Detlef Keller, Mario Schönwälder, Thomas Kagermann

Repelen, les 28 février et 1er mars 2014

Broekhuis, Keller & Schönwälder avec Frank Rothe, Repelen 2014 / photo S. Mazars
Soundcheck avec Frank Rothe
Dès son introduction, le pasteur de la petite paroisse évangélique de Repelen, Uwe-Jens Bratkus-Fünderich, a trouvé les mots justes pour décrire les deux spectacles. Un premier concert « protestant », entièrement électronique, minéral, sans lumières. Et le lendemain, un second concert « catholique » plus expressif, avec violon, guitare classique et danse butō, mouvementé, organique, coloré. Pleine à craquer les deux soirs de suite, l'église n'attire pas nécessairement le même auditoire lors des deux prestations. Comme le souligne Mario Schönwälder, le rendez-vous de Repelen est l'un des rares de cette scène électronique traditionnelle à séduire un public bien plus large que le noyau dur des fans irréductibles. Le pasteur et ses fidèles y sont sans doute pour quelque chose. Le charme de la place aussi. Depuis la tournée des églises de Tangerine Dream dans les années 70, on sait à quel point les lieux de cultes se prêtent à ce type de musique, tout autant que les planétariums habituellement associés au genre.

Broekhuis, Keller & Schönwälder, Repelen 2014 / photo S. Mazars
Broekhuis, Keller & Schönwälder présentent leur prochain album, Green, à Repelen, 28 février 2014

 
Bas Broekhuis, Repelen 2014 / photo S. Mazars
Bas Broekhuis
La première de Green donne lieu à plus d'une heure et demie de Berlin School minimaliste, dominée par les séquences générées à partir des célèbres Schrittmacher de Manikin Electronic. Autour de cette structure de base, les percussions délicates de Bas, les solos discrets de Detlef, les nappes planantes de Mario – au synthé ou au Memotron – vont et viennent, se succèdent puis se fondent. Depuis Orange, Broekhuis, Keller & Schönwälder cultivent le même sillon. Si bien que leur musique, comme leur inspiration, vieillit comme du bon vin. C’est la grande vertu de ce groupe.

Detlef Keller, Repelen 2014 / photo S. Mazars
Detlef Keller
Ils s’en défendront sûrement, car notre société de consommation a tendance à valoriser au contraire la nouveauté. L’art n’échappant pas à cette logique, il ne faut pas s’étonner que seuls les pionniers, créateurs de nouveaux genres ou de nouveaux mouvements, comme Tangerine Dream, Kraftwerk ou Ashra, attirent toutes les louanges, reléguant leurs successeurs au rang de « suiveurs ». Personne n’aime être perçu comme tel. Beaucoup d’artistes en conçoivent un véritable complexe. A la question de leurs influences, les musiciens de la scène électronique traditionnelle que j’ai pu interroger préfèrent souvent répondre par la mise en avant de leurs spécificités, de leur propre apport, réel ou supposé, à l’histoire de la musique ; l’apport étant ici, encore une fois, pratiquement confondu avec la seule capacité d’invention, d’innovation, ou de rupture par rapport à des usages en cours. Le spectacle remarquable que j’ai vu à Repelen, la musique inspirée que j’y ai entendue, m’obligent à renverser cette proposition.

Mario Schönwälder, Repelen 2014 / photo S. Mazars
En matière artistique, c'est précisément la continuité qu'il faudrait valoriser. Car c’est à l’existence de tels « suiveurs », qui sont d’abord des fans avant de devenir eux-mêmes des artistes, que les pionniers doivent d’être perçus rétrospectivement comme des précurseurs. Précurseurs de quoi sinon d’une école destinée à leur survivre, cultivée par d’autres qu’eux-mêmes ? Si BK&S et tous les groupes dits de la deuxième génération de la berliner Schule n’existaient pas, leurs aînés seraient probablement oubliés ou regardés comme des bizarreries du passé. C’est le destin de toute innovation sans postérité. Par définition, seule la postérité fonde la culture. C'est parce qu'il y a transmission d'une culture que celle-ci peut rester vivante. Et ce sont les passionnés comme BK&S qui la maintiennent en vie. Leur mérite est d’autant plus grand qu’il s’agit ici de musique électronique. Le simple fait qu’il soit possible d’entretenir un style particulier, dans un contexte où les instruments eux-mêmes peuvent changer tous les ans, relève du miracle.

BK&S & friends, Repelen 2014 / photo S. Mazars
10 Years of Repelen, le 1er mars 2014 avec BK&S, Raughi Ebert, Thomas et Eva Kagermann


BK&S & friends, Repelen 2014 / photo S. Mazars
C’est une ambiance radicalement différente qui attend le spectateur le lendemain, pour la soirée anniversaire intitulée 10 Years of Repelen. Le style, la patte et même l'humour du trio restent identiques, mais le répertoire a complètement changé (le dernier disque de la bande, Repelen – The Last Tango, fort opportunément sorti la veille, permet d’en juger). Plus en retrait, Bas, Detlef et Mario laissent s’exprimer largement leurs deux invités, le guitariste Raughi Ebert et le violoniste Thomas Kagermann, au point de leur laisser la scène lors du dernier rappel, The Last Tango, dialogue aérien entre la guitare et le violon écrit par les deux hommes, qui se connaissent bien. Detlef Keller, qui s’est donné la peine d’apporter sa volumineuse harpe laser, ne va l’utiliser qu’une seule fois, lors du deuxième rappel.

BK&S & friends, Raughi Ebert et Thomas Kagermann, Repelen 2014 / photo S. Mazars
Raughi Ebert et Thomas Kagermann
Aussi à l’aise à la guitare classique, à la guitare électronique ou au sitar, Raughi vient du flamenco, tandis que Thomas, issu d’une famille d’artistes, a suivi un cursus classique et folk. Cette formation à cinq est presque un groupe à part entière, qui développe un style propre, où la Berlin School serait encore palpable, mais qui ne serait déjà plus de la Berlin School, où la World Music ferait son apparition, mais qui ne serait pas encore de la World Music. Car les cinq musiciens s'accordent si bien, et de telle façon, qu’il en devient impossible de voir en l’un ou l’autre une pièce rapportée destinée seulement à apporter sa touche d'exotisme. L’alchimie est ici infiniment plus subtile. Elle ne fonde pas une simple fusion de genres, elle fonde elle-même un genre en soi.

BK&S & friends, Repelen 2014 / photo S. Mazars
Les figures de danse d'Eva-Maria Kagermann-Otte

BK&S & friends, Repelen 2014 / photo S. Mazars
Or la musique n’est qu’un des aspects de ce spectacle complet. Les vieilles pierres et les vitraux de l’église, de même que les jeux de lumière qui les mettent si bien en valeur font incontestablement partie du tableau. Mais le clou du spectacle, ce sont bien sûr les interventions d’Eva-Maria Kagermann-Otte, danseuse contemporaine qui dit s’inspirer des mouvements de la danse butō, et qui crée elle-même ses intrigants costumes. A trois reprises, Eva surgit devant la scène et entame un véritable dialogue avec les musiciens, spécialement avec son violoniste de mari, comme si elle devenait pour un temps le chef d’orchestre du groupe. Un bel endroit, des artistes inspirés, beaucoup de passion et finalement peu de moyens : il n’en fallait pas plus pour créer ce spectacle éblouissant.

BK&S & friends, Eva-Maria Kagermann-Otte, Repelen 2014 / photo S. Mazars
Eva-Maria Kagermann-Otte
Setlist (28 février) : Direction Green One. – Direction Green Two. – From Green to Yellow. – [rappel] Red One.

Setlist (1er mars) : Storm Chaser. – Babylon Road. – Far From India. – Tranzz08. – Frozen Nights. – Philadelphia. – Shiauliai. – Skinner’s Run. – [rappels] Tea With An Unknown Girl. – Source of Life. – The Last Tango.

BK&S & friends, Repelen 2014 / photo S. Mazars
Mario Schönwälder et Thomas Kagermann à la flûte

Prochains rendez-vous avez BK&S


– Near Full Moon Konzert, Kurhotel an der Therme, Bad Orb, 11/07/2014
– Full Moon Konzert, Kurhotel an der Therme, Bad Orb, 12/07/2014
– 20 Years of BK&S, Planetarium am Insulaner, Berlin, 27/09/2014
– Dechen Cave Concert (avec Pyramid Peak), Dechen Cave, Iserlohn, 25/10/2014


BK&S & friends, Repelen 2014 / photo S. Mazars