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dimanche 19 mars 2017

Schallwelle Awards : où va la musique électronique ?


Quatre ans après Peter Mergener, Robert Schroeder, un autre représentant de cette « seconde génération » de la Berlin School, était à l’honneur à la cérémonie des Schallwelle Awards. Son premier album, Harmonic Ascendant, paru en 1979, est resté une référence pour le genre. Il démontrait que la musique électronique n’est pas toujours mécanique et sans âme, qu’elle est aussi pleine de chaleur, de vie et de drame. Un autre romantique, Ulrich Schnauss, clôturait la compétition, dominée comme l’an passé par Jean-Michel Jarre et Tangerine Dream.

 

Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
Les Schallwelle Awards sous le dôme du planétarium de Bochum


Bochum, le 18 mars 2017

Pas moins de 500 nouveaux albums étaient présélectionnés cette année au titre de l’édition 2016 des Schallwelle Awards. Un record, même si, à en croire le docteur Alfred Arnold, fan absolu et membre du jury, ce chiffre s’explique par un élargissement du périmètre des genres musicaux considérés. En dehors de l’incontournable Berlin School, le jury cette année n’a pas hésité à aller chercher les artistes dans les genres les plus éclectiques : ambient, dub, pop etc. Toujours co-présentateur de la cérémonie aux côtés de Sylvia Sommerfeld, le journaliste Thomas Gonsior avoue n’avoir pas pu tout écouter, mais « presque tout ». Aveu plus inattendu : une vaste majorité n’est pas à la hauteur. Un tel jugement n’a rien de facile au sein d’un milieu si restreint où tout le monde se connaît. On ne veut blesser personne. Ainsi Sylvia se confond-elle en excuses parce qu’il n’y a qu’un gagnant dans chaque catégorie. Elle supplierait presque les perdants de ne pas lui garder rancune. Son état d’esprit résume peut-être celui de cette Allemagne merkelienne qui se damnerait plutôt que de prêter le flan au soupçon de discrimination. L’intention est louable, mais dans le cas de la musique, ne vaut-il pas mieux dire la vérité à un musicien médiocre plutôt que de le voir se fourvoyer ? Quitte à y mettre les formes : la brutalité des émissions de téléréalité, le goût pour l’humiliation des candidats éliminés représentent l’écueil inverse, tout aussi détestable que le « tout le monde a gagné ».

Le critère du bien en art

Sylvia Sommerfeld, Thomas Gonsior @ Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
Sylvia Sommerfeld et Thomas Gonsior
Pendant ce temps, la qualité de toute cette musique reste la question tabou. Comment juger ? Le fonctionnement des Schallwelle est simple. Il s’agit d’un double vote : vote du public (sur Internet), vote du jury. Chacun s’exprime selon ses goûts, et la magie du vote se charge de transformer cet agrégat de subjectivités en une somme chiffrée, quantifiable, objective. Imparable. Mais si la vérité de tel ou tel artiste, c’est le nombre de suffrages obtenus aux Schallwelle, la même logique commandera de considérer que c’est aussi le nombre de hits sur YouTube, celui de likes sur Facebook et en dernière analyse, les chiffres de ventes. Au bout du compte, c’est donc le marché qui décide qui est un grand artiste et qui ne l’est pas. D’instinct, cette idée nous rebute. Un seul exemple nous confirmera nos soupçons : Boney M a vendu plus de disques qu’Edgar Froese. Alors ? Il existe bien un critère de jugement quelque part.

Or nous n’aimons pas juger. Peut-être parce que nous ne sommes pas sûrs de notre propre jugement, ou que celui de l’autre nous intimide, mais surtout parce que nous partageons tous cette crainte d’être pris en flagrant délit de discrimination. Juger, c’est déjà distinguer. C’est pourquoi nous nous réfugions tous derrière nos goûts. Qui n’a pas prononcé les phrases suivantes : « Tout ça, c’est une affaire de goûts », « Chacun ses goûts », « Des goûts et des couleurs, on ne discute pas » ? Eh bien moi, j’aime discuter. Ce relativisme passe pour le comble de la tolérance alors qu’il ne fait que renforcer en chacun le dogmatisme : « j’ai dit ce que j’avais à dire, j’ai proclamé mon opinion à la face des autres, je n’ai pas à écouter la leur ». Comment le relativisme me permettrait-il d’accorder le moindre crédit à l’opinion d’autrui ? C’est l’idée même de vérité objective qui s’effondre. Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des points de vue.

Kebu live @ Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
En revanche, l’idée de discussion n’a de sens que si j’envisage mon opinion comme potentiellement imparfaite, lacunaire, voire fausse. J’accepte la possibilité d’une opinion plus autorisée que la mienne. On comprend bien qu’il ne s’agit pas ici de faire jaillir une hypothétique objectivité de la confrontation ou de l’addition d’opinions également vraies ou fausses. Au contraire, cette perspective postule qu’il existe quelque chose comme une vérité objective, en dehors de toute opinion et de tout point de vue. Le danger qui guette cette manière de penser s’appelle le dogmatisme. Une opinion prétend se confondre avec la vérité objective. C’est pour conjurer le retour de toutes les logiques inquisitoriales que nous avons proclamé le relativisme. Or nous remarquons que lui aussi mène au dogmatisme, et même bien plus sûrement, car il fait de chacun de nous des inquisiteurs. Ce faisant, il détruit l’idée même de débat public.

Dans le milieu qui nous occupe, la question pourrait se poser de la manière suivante : y a-t-il quelque chose comme de la bonne musique ou tout est-il relatif ? C’est là qu’une autre tentation nous guette. Certains artistes avec lesquels j’ai eu l’occasion de discuter concèdent que tout n’est pas relatif. Mais pour refonder l’idée d’une certaine qualité objective de la musique, ils se réfugient une fois de plus derrière ce qui est quantifiable : le mixage, le mastering, toutes choses qui dépendent entièrement du matériel et non du musicien : de son talent, de son inspiration, de sa virtuosité. Je leur parle « musique », ils me répondent « son ». Là encore, le débat a glissé imperceptiblement de la qualité de la musique à celle de la prise de son.
Sylvia Sommerfeld, Stefan Erbe @ Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
Sylvia et son vieil ami Stefan Erbe
Il arrive que le même homme cumule les deux casquettes : musicien et ingénieur du son. Je ne nie pas qu’il soit possible de juger ainsi le travail du second, mais dans l’affaire, on n’a toujours pas parlé du premier. J’affirme que la qualité de la musique et celle du mixage sont indépendantes. Si cela n’était pas vrai, apprécier la musique de rue et les vieux disques qui craquent serait une impossibilité logique.

J’ai écouté un certain nombre des artistes et des disques nominés. Or il n’y a jamais rien à redire sur le mixage. Ces gens – je ne parle pas seulement des grands noms – savent manifestement ce qu’ils font. Mais leur musique a-t-elle une âme ? Tel est le critère à retenir. Et c’est à l’aune de ce critère qu’on peut juger le palmarès de cette nouvelle édition des Schallwelle Awards.

Les Schallwelle entre enracinement et appel du grand large

Cette édition, la neuvième, fait prendre conscience du chemin parcouru. L’esprit familial des débuts tend à se dissiper. La première fois que j’ai assisté à la cérémonie, en 2013, il y avait foule, et les petits artistes grouillaient autour des stands de disques et se pressaient dans les travées. C’est qu’ils avaient encore de bonnes chances de gagner un trophée. Suivant une évolution amorcée l’année dernière, les grands noms ont, cette fois encore, trusté toutes les premières places. Cette évolution est sans doute volontaire, et probablement justifiée. L’association Schallwende, promotrice de l’événement, souhaite internationaliser les Schallwelle Awards, gagner en crédibilité.

Ulrich Schnauss, Robert Waters (Loom) et Thorsten Quaeschning @ Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
Ulrich Schnauss, Robert Waters (Loom) et Thorsten Quaeschning

Tâche difficile, au milieu de tous ces artistes et labels microscopiques qui, d’une part, méritent une grande considération compte tenu des pépites qu’ils continuent à produire ici et là, mais qui d’autre part entretiennent tous les clichés nuisibles à l’image de marque du genre (les rêves, les étoiles, la science-fiction). On se souvient de la polémique engagée l’année dernière par Kilian Schlömp-Uelhoff, le patron de SynGate Records. La hache de guerre semble enterrée : SynGate a même eu droit cette année, pour la première fois, à son propre stand. Il n’en reste pas moins que la grande famille de la musique électronique « traditionnelle » n’était pas au complet, loin s’en faut. Seuls les fidèles BK&S ou Tommy Betzler font désormais le déplacement alors qu’ils ne sont pas nominés.

Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
Pari risqué pour la manifestation. Le danger serait de s’arrêter au milieu du gué : se couper de la base sans avoir encore atteint les grands. Car ceux-ci ne se déplacent pas encore. Certes, côté allemand, Tangerine Dream et Loom étaient au rendez-vous, mais ces deux formations ne bénéficient plus de l’aura mondiale d’Edgar Froese. Sa mort a interrompu une phase ascendante, dont témoignaient la BO du jeu GTA et le revival autour du film Sorcerer de William Friedkin. Ulrich Schnauss en a conscience. Selon lui, Tangerine Dream réfléchit actuellement à une nouvelle manière de publier sa musique, peut-être sur de nouvelles plateformes plus dans l’air du temps. Sans cela, la fanbase du groupe pourrait bien se réduire à cette scène Schallwelle / Berlin School sans commune mesure avec son passé grandiose. C’est pourquoi le prochain disque, le sans cesse repoussé Quantum Gate, pourrait bien être le premier depuis longtemps à ne pas paraître chez Eastgate.

Yello @ Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
Dieter Meier et Boris Blank : Yello
Il est certain qu’en nommant Jean-Michel Jarre, Vangelis ou même Enigma (souvenons-nous de Pink Floyd l’année dernière), Sylvia Sommerfeld et ses amis ne s’attendaient pas forcément à les voir débarquer au planétarium. Dieter Meier et Boris Blank, les deux compères de Yello, nommés dans la catégorie Artiste international de l’année, se sont contentés d’un message enregistré. Jean-Michel Jarre, vainqueur comme l’année passée dans les deux catégories internationales (artiste et disque), était une nouvelle fois représenté par Matthias Eislöffel, responsable de son fan club allemand (Jarrelook). Sylvia et Matthias lui remettront ses trophées plus tard, comme en novembre dernier à l’occasion d’un concert de Jarre à Münster.

Et à la fin, c’est toujours Tangerine Dream qui gagne

Jean-Michel Jarre - Oxygène 3
Jarre fait toujours l’unanimité, semble-t-il. Pourtant, difficile de percevoir ce qui distingue ses dernières livraisons – les deux Electronica et Oxygène 3, l’album récompensé ici – de n’importe quel morceau électronique en vogue sur le marché mondial de nos jours. J’ai déjà dit que la nouveauté ne devrait pas être recherchée pour elle-même. Mais quel dommage de voir Jarre courir après de plus jeunes et de moins doués que lui ! C’est propre, c’est bien fait, c’est fort. Mais les autres peuvent en dire autant. Où est l’âme ? Comme n’importe quel produit de consommation, la musique électronique se mondialise, car elle est de plus en plus dépendante de ses conditions de production. Les machines sont tellement performantes qu’à la limite, elles seraient capables de composer sans l’aide de l’humain. C’est un véritable piège pour l’artiste, dans un environnement où tout le monde, y compris (et c’est dommage) ceux qui n’ont rien à prouver, cherche à se distinguer par le degré d’originalité de son équipement. « Suis-je toujours à la pointe du progrès ? », « Suis-je toujours le roi de l’expérimentation ? » C’est tout le débat autour de la musique expérimentale : l’exotisme de l’équipement peut coïncider avec la qualité de l’inspiration, mais il ne la cause pas. On peut expérimenter sur un simple piano. On peut aussi faire de belles choses sans innover pour un sou.

Kebu live @ Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
Kebu live @ Schallwelle Awards

Les mêmes sons, les mêmes rythmes et donc les mêmes travers se retrouvent lors du premier concert de la soirée, signé Kebu, un musicien finlandais ovationné après son set. Ses deux rappels, le thème de Streethawk de Tangerine Dream, et celui de Midnight Express de Giorgio Moroder, n’y sont pas étrangers. Même succès, et pourtant mêmes défauts chez Tigerforest et Sasa Tosic, les gagnants des catégories Découverte de l’année et Meilleur Espoir, à nouveau séparées pour cette édition.

Tangerine Dream @ Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
Tangerine Dream semble vouloir se détacher de cette philosophie en revenant à l’improvisation. Telle était la grande obsession d’Edgar Froese à la fin de sa vie, raconte le très en verve Ulrich Schnauss. D’après lui, le fondateur de TD projetait de rendre entièrement transparente la création musicale sur scène. Il prévoyait de grands écrans montrant les gestes de chaque membre du groupe. Pour l’instant « nous en sommes loin, tempère Ulrich. Nos sets se divisent toujours en trois couches à peu près d’égale importance : un tiers correspond aux pistes de playback dont nous avons encore besoin. Le second tiers est piloté par Ableton Live. Le dernier tiers correspond aux solos joués en direct ».
Ulrich Schnauss - No Further Ahead Than Today
Tangerine Dream et Ulrich Schnauss sont les vainqueurs de la soirée côté allemand. Le second pour son album No Further Ahead Than Today, les premiers au titre d’Artiste national de l’année : un prix régulièrement remporté par TD, souligne Sylvia (elle pourrait ajouter Picture Palace music, ce qui fait que Thorsten Quaeschning monte souvent sur scène pour recevoir un trophée).

Espérons que les prévisions de Schnauss se réaliseront. Même si Tangerine Dream n’est plus Tangerine Dream sans Edgar, le trio semble assez solide pour composer de très belles choses à l’avenir (le duo, devrait-on dire, car Hoshiko Yamane ne participe pas à l’écriture, comme elle le confirme à demi-mot – elle parle mal allemand – au micro de Thomas Gonsior). C’est à Ulrich, justement, que revient l’honneur de clôturer la cérémonie avec le second mini-concert de la soirée, véritable plongeon dans l’univers tour à tour joyeux ou mélancolique du dernier membre en date de TD. Schnauss s’appuie sur des cordes suaves et atmosphériques, aux antipodes des accents bruitistes et des rythmes cassés de son complice Thorsten. Ces deux-là sont faits pour s’entendre, à l’image de deux autres duos célèbres : Roedelius / Moebius et Rother / Dinger. Un hippie et un punk, un romantique et un tourmenté. Le romantique, ici, c’est Schnauss.

Ulrich Schnauss live @ Schallwelle Awards / photo Sylvain Mazars
Ulrich Schnauss live @ Schallwelle Awards

Robert Schroeder, le romantique

La filiation avec Robert Schroeder, autre grand romantique, est évidente. Schnauss cite d’ailleurs Harmonic Ascendant comme une référence de la musique électronique. Avec Peter Mergener et Klaus Hoffmann-Hoock, notamment, Robert Schroeder fait partie de la « seconde génération » de la Berlin School, celle qui a émergé sur le label Innovative Communications de Klaus Schulze. Harmonic Ascendant, le premier album de Schroeder (et le premier disque IC) fut un grand succès public à sa sortie. Il est resté une pierre angulaire du genre, un classique, au même titre que Departure from the Northern Wastelands de Michael Hoenig, et qu’une bonne demi-douzaine d’albums de TD. Il était donc normal que les Schallwelle Awards lui rendent hommage un jour ou l’autre. Et c’est Klaus Hoffmann-Hoock qui s’est chargé de l’éloge du lauréat. C’est également lui qui a lu le message d’amitié de Winfrid Trenkler, malheureusement retenu en Suède. Robert Schroeder était le choix numéro un de Trenkler. L’ancien animateur avait souvent diffusé sa musique dans l’émission Schwingungen.

Robert Schroeder - Harmonic Ascendant
Je ne dirai rien du petit discours de Robert Schroeder lui-même, car il recoupe l’interview qu’il a eu la gentillesse de m’accorder. Je dirai simplement que, pour ce qui le concerne, je partage très largement le sentiment général.

Palmarès. Prix spécial : Robert Schroeder. – Meilleur Artiste allemand : Tangerine Dream. – Meilleur Artiste international : Jean-Michel Jarre. – Meilleur Album allemand : No Further Ahead Than Today (Ulrich Schnauss). – Meilleur Album international : Oxygène 3 (Jean-Michel Jarre). – Découverte de l'année : Tigerforest. – Meilleur espoir : Sasa Tosic.


lundi 29 février 2016

Schallwelle Awards : Roedelius, révolutionnaire par hasard


Il n'y en a plus que pour Hans-Joachim Roedelius ! Et pas seulement sur ce blog. Les Schallwelle Awards s'y mettaient à leur tour en décidant de lui décerner cette année un Schallwelle d'honneur pour l'ensemble de son œuvre. Dans une compétition dominée par deux autres figures de la musique électronique, Tangerine Dream et Jean-Michel Jarre, au grand dam des musiciens plus modestes repartis bredouilles, l'hommage à Roedelius montre que les pionniers n'ont pas dit leur dernier mot. Achim est peut-être même l'un des artistes les plus actifs et les plus demandés du moment sur cette scène. On le retrouvera en avril au festival Resonate de Belgrade aux côtés de Squarepusher, puis dans les égouts de Vienne, dans le cadre du Dritte Man Tour.

 

Les trois côtés du trophée reçu par Hans-Joachim Roedelius aux Schallwelle Awards / photos : John Dylan Spooner
Triple portrait de Roedelius à la manière du célèbre portrait de Richelieu par Philippe de Champaigne
photos : Alexandra Tolksdorf


Bochum, le 27 février 2016

Il manquait beaucoup d'habitués sous le dôme du planétarium de Bochum pour cette 8e édition des Schallwelle Awards. Pas de Winfrid Trenkler, resté en Suède, pas de Stefan Erbe, porté pâle, comme beaucoup d'autres. Et assez peu de ces musiciens amateurs qui pullulaient les années précédentes. Un effet du message critique posté sur Facebook quelques semaines avant l'événement par Kilian, le patron de SynGate Records ? Kilian regrettait la vampirisation de la cérémonie par les «gros». Comment donner leur chance aux jeunes artistes si des poids lourds comme Tangerine Dream ou… Pink Floyd (qui ne se déplacent d'ailleurs pas) sont nominés ? Promouvoir la nouveauté, les jeunes, n'était-ce pas l'objectif des Schallwelle Awards à l'origine ? Evidemment, on peut mettre cette critique sur le compte du dépit de ne jamais remporter de statuette, et il y a sans doute un peu de ça.

Tangerine Dream - Quantum Key (2015) / source : Amazon.comD'un autre côté, les nominations et le palmarès cette année semblent confirmer ce diagnostic. Parmi les concurrents, on pouvait trouver les noms de Kraftwerk, Nils Frahm, Art of Noise, Enya, New Order et Vangelis. Tangerine Dream (meilleur artiste et meilleur album allemands) et Jean-Michel Jarre (meilleur artiste et meilleur album étrangers) se sont partagé les trophées. Tangerine Dream remporte même le prix du Meilleur Titre avec Electron Bonfire, devant Zero Gravity, le morceau commun à TD et à Jean-Michel. (L'Allemagne bat donc la France 3-2 à la dernière seconde, comme le relève Thomas Gonsior, le co-présentateur de l'événement !) Nommés dans plusieurs catégories, parfois avec plusieurs disques, les «gros» ne laissent aucune chance aux artistes plus modestes (Uni Sphere, Moonbooter, Baltes & Erbe).


Jean-Michel Jarre sous le dôme du planétarium de Bochum / photo S. Mazars
Jean-Michel Jarre sous le dôme du planétarium de Bochum
Seulement voilà, il s'agissait d'un vote du public. Et cette fois, même le jury était composé de fans hardcore plutôt que de musiciens et de journalistes. Même non dénuée de pertinence, la critique oublie donc un point. Individuellement, chaque personne peut préférer tel obscur bricoleur plutôt que telle star internationale. C'est mon cas. Pour ne prendre qu'un exemple, j'ai éprouvé moins de plaisir à Electronica 1 de Jean-Michel Jarre qu'aux dernières trouvailles de Michael Brückner. Subjectivité des goûts et des couleurs. Inversement, le choix du plus grand nombre ne va pas résulter en une impossible addition des subjectivités, mais en un dénominateur commun, non plus subjectif, mais curieusement quantifiable et objectif. C'est pourquoi un tel vote reflètera plutôt la notoriété ou les chiffres de vente que la diversité des goûts. Sur une petite scène comme celle de la musique électronique traditionnelle, il est donc inévitable que les fans se retrouvent autour des artistes les plus fédérateurs du moment, TD et Jean-Michel Jarre. Et ce n'est pas une insulte aux petits, puisque même eux ne se sont mis à la musique qu'en suivant leurs traces. Dès lors, pourquoi exclure par principe les gros de la compétition ? Surtout si celle-ci veut attirer un public plus large et rayonner internationalement ?

Jean-Michel Jarre - Electronica 1 - The Time Machine (2015) / source : Amazon.com
Si les Schallwelle Awards voulaient rendre hommage à Jarre, c'était l'année où jamais : l'année de l'unique collaboration entre le pionnier français et le pionnier allemand Edgar Froese. C'est en Allemagne et en France qu'est née la musique électronique, a déclaré Jarre lors de la promotion d'Electronica 1. Matthias Eislöffel, responsable de son fan club allemand (Jarrelook), qui reçoit ce soir les statuettes en son nom, souligne à quel point il était important que l'Allemagne, forte de ses légions de musiciens électroniques, reconnaisse aussi Jarre, celui qui, dans ce domaine a vendu, et de loin, le plus de disques au monde. Chose faite à travers le double prix reçu aux Schallwelle Awards.


Tangerine Dream version 2016 : Ulrich Schnauss, Thorsten Quaeschning, Yoshiko Yamane / photo : Daniel Fischer
Tangerine Dream version 2016 : Ulrich Schnauss, Thorsten Quaeschning, Yoshiko Yamane (photo : Daniel Fischer)


Tangerine Dream triomphant de son côté dans les catégories nationales, c'était l'occasion pour Thorsten Quaeschning de préciser un peu où en était le groupe, réduit au trio Quaeschning / Ulrich Schauss / Yoshiko Yamane depuis la mort d'Edgar Froese en 2015. Il ne doit pas y avoir beaucoup d'exemples de formations musicales qui survivent ainsi à leur fondateur et même à tous leurs membres historiques. Presque cinquante ans après la fondation de Tangerine Dream, voilà le groupe constitué de trois solides jouvenceaux repartis pour cinquante ans supplémentaires. L'année passée, une telle éventualité paraissait absurde. Mais la courte pige de Peter Baumann aux côtés de Schnauss et Quaeschning a rendu le projet un peu plus crédible. Ce soir, Thorsten affirme que c'est à la demande d'Edgar lui-même que les trois membres restants se sont résolus à poursuivre l'aventure des Quantum Years sans lui. Le maître, poursuit-il, leur a laissé une telle quantité d'esquisses et de pistes inédites qu'ils ont de quoi remplir des albums entiers. Le prochain contiendra encore 30 à 40% de matériel composé par Froese. Difficile, dans le choix des récompenses, de passer à côté de Tangerine Dream cette année.

Dream Control + Alien Voices live @ Schallwelle Awards / photo S. Mazars
Dream Control + Alien Voices live @ Schallwelle Awards
En revanche, la critique tombe juste lorsque le prix du Meilleur Espoir, précisément réservé aux jeunes artistes, disparaît pour fusionner avec celui de la (re)découverte. Ce qui est le cas désormais avec la nouvelle catégorie, le prix de la Découverte de l'année, attribué à Dream Control. Certes, Dream Control est bien un nouveau nom sur la scène électronique, mais il s'agit du duo formé par Steve Schroyder (ex-Tangerine Dream) et Bernd «Zeus» Held (ex-Birth Control, d'où le nom du groupe), autrement dit, de deux figures de la scène krautrock du début des années 70. Du coup, le jeune Fryderyk Jona, lui, n'est arrivé qu'en seconde position. Il aurait bien mérité un prix. Et en même temps, nombreux sont ceux dans l'assistance qui le découvrent précisément grâce à la cérémonie (moi compris, et je le recommande, après avoir écouté quelques-uns de ses morceaux sur Bandcamp).

En attendant, c'est aux vieux briscards de Dream Control qu'a été confié le premier concert de la soirée. On sent Steve Schroyder et Zeus Held désireux de mettre leur musique à la page, d'où cette omniprésence des beats techno sur une musique qui, sans eux, évoquerait plutôt le TD de la deuxième moitié des années 80. Choix sincère ou crainte du procès en archaïsme, ces dépoussiérages, de plus en plus répandus, m'ont toujours surpris, surtout devant un public que ne rebute nullement un bon vieux son rétro. Mais Steve est un bon ami du duo vocal Alien Voices, bien connu sur le circuit et qui intervient dès le troisième morceau. Avec leurs techniques de chant guttural et de chant diphonique, Kolja Simon et Felix Mönnich apportent aussitôt de la profondeur à un set qui jusqu'ici, évoquait plutôt un mur de sons.

Thau (Bernd-Michael Land, Frank Tischer) live @ Schallwelle Awards / photo S. Mazars
Thau live @ Schallwelle Awards
C'est l'un des mérites des Schallwelle Awards : chaque année, les mini-concerts qui accompagnent la cérémonie rendent compte du très large spectre couvert par cette « musique électronique » dont il est question ici. Ainsi, à l'autre extrémité du spectre par rapport à Dream Control, il y a Bernd-Michael Land. Couronné l'année passé Meilleur Artiste allemand, il forme avec Frank Tischer le duo Thau. C'est toute la magie des seventies que les deux hommes font revivre, le premier sur son système modulaire, le second au piano ou au Moog. Peut-on encore parler de musique électronique quand le son est si organique, si évocateur ? Après leur concert, j'interroge plusieurs spectateurs qui, d'emblée, préfèrent mettre en avant le côté réchauffé ou le manque d'originalité, et qui doivent attendre que j'exprime mon propre enthousiasme pour concéder qu'ils ont aimé eux aussi.

Hans-Joachim Roedelius live @ Schallwelle Awards / photo S. Mazars
Hans-Joachim Roedelius live @ Schallwelle Awards
Avec des intervenants aussi bavards qu'aux Césars et des mini-concerts de moins en moins mini, les Schallwelle Awards s'éternisent de plus en plus tard dans la nuit. Les rangs sont bien plus clairsemés quand vient l'heure de l'hommage à Hans-Joachim Roedelius. Il a déjà beaucoup été question d'Achim sur ce blog. On ne reviendra pas sur sa biographie. Lui-même rappelle, avant de prendre place à son tour sur scène pour le troisième concert de la soirée, que ni son parcours rocambolesque à travers guerre et deux totalitarismes, ni son métier de kiné ne le destinaient à devenir un pionnier de la musique électronique, et même, le pionnier par excellence, puisqu'il a aussi contribué à lancer la carrière de certains autres, comme Tangerine Dream. C'est d'ailleurs au membre le plus frais de ce groupe, Ulrich Schnauss, qu'il incombe de faire l'éloge du vieux maître.

Schnauss juge qu'on aurait tort, comme de nombreux journalistes, de ne voir en la musique de Roedelius qu'une musique «légère» ou «insouciante». Elle reflète en réalité des émotions beaucoup plus profondes, et mêmes graves. Le malentendu réside dans le fait de croire qu'il faut de la légèreté pour exprimer la légèreté et de la gravité pour exprimer la gravité, alors que c'est l'inverse qui est vrai. Comment Roedelius parvient-il à faire écho à des émotions si complexes avec une musique si «insouciante» sans tomber dans le kitsch ? Peut-être sa vie terrifiante, hasarde Schnauss, lui a-t-elle appris à reconnaître le prix des belles choses, et leur fragilité. Derrière l'insouciance, c'est la mélancolie qu'il faut voir, derrière la légèreté, la sagesse. Roedelius a su développer un langage musical capable de nous rappeler que, même dans le monde d'aliénation où nous vivons, la possibilité du beau reste ouverte. Bel hommage d'un jeune musicien à son aîné, l'intervention pertinente d'Ulrich Schnauss fait chaud au cœur, tant il est rare d'entendre un artiste se réclamer du «beau», et non, comme nous en avons trop l'habitude de nos jours, du «neuf». J'aurai l'occasion d'en reparler.

Hans-Joachim Roedelius live @ Schallwelle Awards / photo S. Mazars
Hans-Joachim Roedelius live @ Schallwelle Awards
Un piano et un iPad : il n'en faut pas plus à Hans-Joachim pour embarquer ensuite les derniers spectateurs dans son univers minimaliste. Aux rythmes effrénés, il préfère les nappes éthérées Aux séquences puissantes, les envolées flottantes. Ici encore, difficile de parler de musique électronique. S’il s’agit bien de sons de synthèse, générés par un logiciel, Animoog, Achim parvient sans effort à leur donner une substance, à leur insuffler la vie, comme s’il n’avait pas besoin de courant électrique. C’est qu’il n’a jamais voulu devenir un pionnier de la musique électronique. Tout ceci lui est arrivé par hasard.

Palmarès. Prix spécial : Hans-Joachim Roedelius. – Meilleur Artiste allemand : Tangerine Dream. – Meilleur Artiste international : Jean-Michel Jarre. – Meilleur Album allemand : Quantum Key (Tangerine Dream). – Meilleur Album international : Electronica 1 : The Time Machine (Jean-Michel Jarre). – Meilleur morceau : Electron Bonfire (Tangerine Dream). – Découverte de l'année : Dream Control.


lundi 23 mars 2015

L’hommage des Schallwelle Awards à Edgar Froese


Fondateur de Tangerine Dream et de tout un courant musical, Edgar Froese s’est éteint subitement le 20 janvier 2015. Les Schallwelle Awards, distinctions qui se réclament de son héritage, se devaient de lui rendre hommage. Quelques semaines auparavant, Sylvia Sommerfeld, organisatrice de l’événement, se réjouissait de la présence du maestro, lui qui devait être honoré d’un Schallwelle d’honneur à l’occasion de cette septième édition. C’est donc à titre posthume, et très tard dans la nuit, que la statuette lui été décernée. Thorsten Quaeschning, son partenaire depuis dix ans au sein de Tangerine Dream, était venu la recevoir en son nom. Coïncidence : son groupe Picture Palace music donnait aussi le concert d’ouverture de cette cérémonie, et repartait à son tour avec un trophée.

 

Edgar Froese sous le dôme du planétarium de Bochum, Schallwelle Awards 2015 / photo S. Mazars
Dernier hommage à Edgar Froese sous le dôme du planétarium de Bochum, Schallwelle Awards

Bochum, le 21 mars 2015

Tangerine Dream –
Phaedra Farewell Tour 2014
Ce soir-là, sous le dôme du planétarium de Bochum, l’hommage à Edgar Froese éclipsait (sauf, peut-être, pour les artistes nominés) l’enjeu de la remise des prix. Celle-ci se révélait d’ailleurs très vite sans surprise. Si Analog Overdose 5 de Fanger & Schönwälder, ou Staub de l'un des plus talentueux jeunes disciples de Froese, Wolfram Spyra, ne manquaient pas de qualités pour prétendre au titre de Meilleur Album national (c’est-à-dire allemand) de l’année, comment ne pas récompenser Tangerine Dream et son Phaedra Farewell Tour au titre prophétique, revue de la tournée européenne du groupe au printemps 2014 ? Sorcerer 2014, un autre album de TD, concourrait dans la même catégorie, ainsi que, chose étonnante, une compilation de Picture Palace music.

MorPheuSz - Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams / source : discogs.com
MorPheuSz –
Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams
Du côté de l'Album international de l’année, le trophée ne pouvait échapper à Ron Boots et ses amis de MorPheuSz pour Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams. La formation néerlando-germanique composée de Boots, Frank Dorritke, Eric et Harold van der Heijden, très active l'an passé, semble avoir trouvé le truc pour séduire le public ronronnant des Schallwelle : un mix d'easy listening et de rock, souligné par la guitare de Frank et la batterie d'Harold. Le groupe rafle pour la même raison le titre de Meilleur Artiste étranger devant… Pink Floyd, dont la nomination aux Schallwelle suscitait de nombreuses interrogations. Dépourvu de cette facette rock mais non de rythme et de mélodies accrocheuses, le Best Newcomer, Thomas Jung, appartient semble-t-il à la même école que MorPheuSz : les inévitables séquences pour les basses, quelques accords, des airs simples. La musique électronique traditionnelle a-t-elle trouvé sa voie ? Se serait-elle définitivement affranchie de la Berlin School deux mois seulement après la mort d’Edgar Froese ?

Bernd-Michael Land dans son studio / source : bernd-michael-land.com
Bernd-Michael Land dans son studio (source : bernd-michael-land.com)
C’est là que les Schallwelle réservent leur première surprise. Alors qu’on attendait le plébiscite de Tangerine Dream dans la catégorie Meilleur Artiste allemand, la récompense revient à Bernd-Michael Land, sympathique papy aux cheveux orange, collectionneur de synthés (il possède, paraît-il, l’un des plus volumineux systèmes modulaires d’Allemagne), détenteur d’une Ford T customisée (le moteur est si puissant qu’il n’a jamais roulé avec, de peur que la voiture s’envole), et enfin fervent convaincu de l’existence des extraterrestres.
Bernd-Michael Land dans son studio / source : bernd-michael-land.com
(source : bernd-michael-land.com)
Né à Francfort en 1954, Bernd-Michael Land a commencé la musique à la fin des années 60. Encore aujourd’hui, il utilise son système modulaire pour tirer des sons expérimentaux dans la droite ligne de Phaedra. Récompenser cet homme plutôt que TD est, en définitive, une manière plus subtile de rendre hommage à Edgar Froese. C’est aussi une manière de reconnaître l’art de la débrouille propre à cette époque, et que des artistes comme Bernd-Michael Land perpétuent. L’homme fait tout tout seul et publie lui-même ses disques, dont les couvertures épouvantables rappellent l’ambiance des fanzines des années 70. En 2015, il sort ainsi pas moins de cinq albums : en solo, sous le nom d’Alien Project, ou en collaboration.


Entre le rock de MorPheuSz et l’électronique vintage de Bernd-Michael Land, l’écart est abyssal. Il démontre s’il en était besoin l’étendue de la notion de « musique électronique ». Le mini-concert d’ouverture de Picture Palace music en exprime encore un aspect différent. Plus difficile d’accès, parfois dissonante, la musique de Picture Palace music occupe depuis longtemps une place à part. Ce soir, elle a des accents industriels, voire dubstep, Thorsten Quaeschning ayant vraisemblablement fait l’acquisition récente de quelques modules dédiés aux effets si caractéristiques de ce courant.

Picture Palace music / source : picture-palace-music.com
Picture Palace music (source : picture-palace-music.com)

Sa prestation révèle une facette totalement inattendue de la musique électronique, dont la plupart des promoteurs n’ont de cesse de souligner la liberté sans commune mesure dont elle serait porteuse. Aucune limite, aucun besoin d’apprendre ! Pourtant, force est de constater que, chaque fois qu’un nouveau genre électronique émerge, son origine peut être attribuée à un nouvel instrument, une nouvelle pédale d’effet ou un nouveau plugin bien plus souvent qu’à l’inspiration subite de tel ou tel artiste. La technologie ne nous détermine-t-elle pas plus qu’elle ne nous rend libre ? La discussion est ouverte. Elle n’empêche pas Picture Palace music de remporter le premier trophée d’une nouvelle catégorie, le Titre de l’année, dont la création témoigne peut-être, de la part des organisateurs, d’un désir de capter un nouvel auditoire en privilégiant le format court. En effet, comment attirer l’attention d’un public dont les oreilles sont de plus en plus sollicitées ? Vaste sujet.

Toutes ces questions passent au second plan lorsque vient le moment d’honorer la mémoire d’Edgar Froese. René Splinter, a qui a été confié le second mini-concert de la soirée, rend sans doute l’un des plus beaux hommages possibles au fondateur de Tangerine Dream. Tout son show évoque le groupe mythique. On y sent des réminiscences de Logos, de Poland, et le public frémit aussitôt en reconnaissant la mélodie de Stuntman, l’un des titres phares d’Edgar Froese en solo, dans un arrangement au piano particulièrement bienvenu.

Schallwelle Awards 2015, Thomas Gonsior, Sylvia Sommerfeld / photo S. Mazars
Thomas Gonsior, Sylvia Sommerfeld
Thomas Gonsior ne pouvait pas ne pas poser la question à Thorsten Quaeschning. Tangerine Dream va-t-il survivre à Edgar Froese, éventuellement avec l’appui d’anciens membres ? L’un d’entre eux, le propre fils d’Edgar, avait déjà tranché ce sujet sur Facebook par un « non » catégorique et définitif. Thorsten ne se laisse pas déstabiliser. «Si nous continuons ? Bien entendu : après le Phaedra Farewell Tour, nous entamons cette année le Rubycon Farewell Tour, puis nous enchaînons l’année suivante avec le Ricochet Farewell Tour et ainsi de suite, jusqu’au Farewell Farewell Tour ». S’il s’empresse d’ajouter que non, il ne ferme pas la porte, qu’il doit se laisser le temps de réfléchir, on imagine mal Thorsten Quaeschning revenir sur scène sous la bannière Tangerine Dream. Mais c’est son trait d’humour qui révèle le mieux l’incongruité d’une telle idée.

Schallwelle Awards 2015, Thorsten Quaeschning / photo S. Mazars
Thorsten Quaeschning rend hommage à Edgar Froese
Pressé de reprendre la parole un peu plus tard pour rendre un dernier hommage au maestro, Thorsten semble un moment se laisser submerger par l’émotion. Peut-être a-t-il aussi le sentiment de ne pas être le mieux placé pour cette tâche ? Ne sachant que dire, cherchant ses mots, il ne peut que réaffirmer son immense gratitude envers Edgar, avant de conclure « Les morts ne meurent vraiment que lorsque les vivants ont oublié leurs noms... ». Ses dernières syllabes articuleront donc celui du maître lui-même : « Edgar Froese ».

Winfrid Trenkler, homme de radio à  qui revient le mot de la fin, se montre évidemment plus loquace. C’est à lui que des groupes comme Tangerine Dream doivent d’avoir accédé à la notoriété en Allemagne, c’est à son micro qu’ils ont répondu à leurs premières interviews. Trenkler, qui vient directement de Suède où il habite désormais, a eu le temps de monter quelques extraits d’une interview de 1975, véritable document historique pour qui s’intéresse aux développements de la musique électronique. Il en fait bien sûr profiter l’auditoire. A l’époque, l’album Phaedra était encore frais. Edgar raconte comment le groupe avait décidé sur un coup de tête de revendre tous ses instruments conventionnels – les guitares, la batterie, tout ! –, pour investir dans ces nouveaux outils appelés synthétiseurs… sans savoir comment s’en servir. Il a fallu des semaines avant d’en tirer le moindre son convenable, et Phaedra reste le témoin de cette prise en main difficile.

Pour Winfrid Trenkler, c’est à ce saut dans l’inconnu, commercialement suicidaire, effectué par des gens comme Froese à l’époque, que nous devons la banalisation actuelle des instruments électroniques. Mieux : ce saut dans l’inconnu est la démarche par excellence de tout artiste novateur. Mais Trenkler ne s’arrête pas à cette rhétorique progressiste. S’il n’hésite pas à placer Froese à égalité avec Bach, Mozart et Beethoven au panthéon de l’histoire de la musique, il sait aussi qu’il ne suffit pas d’être novateur. Il faut aussi avoir une postérité. « Le roi est mort, vive le roi ! », s’empresse-t-il d’ajouter. Sans postérité, la plus géniale innovation retombera invariablement dans l’oubli. Seule la postérité fonde la culture et c’est précisément pourquoi, plus que jamais aujourd’hui, la scène électronique traditionnelle, la fameuse Berlin School, doit survivre. Pour que l’œuvre d’Edgar Froese, et pas seulement son nom, ne meurt jamais.

Schallwelle Awards 2015 / photo S. Mazars

Palmarès. Prix spécial : Edgar Froese. – Meilleur Artiste allemand : Bernd-Michael Land. – Meilleur Artiste international : MorPheuSz. – Meilleur Album allemand : Phaedra Farewell Tour (Tangerine Dream). – Meilleur Album international : Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams (MorPheuSz). – Meilleur morceau : Sleepwalking Marathon (is not Olympic) (Picture Palace music). – Meilleur Espoir : Thomas Jung.


mardi 8 avril 2014

Rencontre avec Winfrid Trenkler, pèlerin de la musique électronique


L’homme par qui tout est arrivé. Journaliste et DJ, Winfrid Trenkler a fait connaître dans son pays l’œuvre de Kraftwerk et Tangerine Dream. Pendant près d’un quart de siècle, dans le cadre d’émissions radiophoniques comme Rock In et Schwingungen, il a inlassablement diffusé cette musique électronique qui a fait la réputation de l’Allemagne, et qu’il considère comme la contribution majeure de son pays à la culture populaire mondiale. Depuis, Winfrid Trenkler s’est exilé en Suède. Mais chaque année, il revient en Allemagne, à Bochum, où la tâche lui revient désormais de remettre le Schallwelle Award d’honneur, dont il fut le premier lauréat. L’occasion d’une rencontre rare.


Winfrid Trenkler aux Schallwelle Awards 2014 / photo : Werner Volmer
Winfrid Trenkler aux Schallwelle Awards 2014 (photo : Werner Volmer)
Bochum, le 29 mars 2014

Winfrid, vous avez vécu en direct la genèse de la scène rock allemande. Quelle était l’ambiance, musicalement, dans la RFA de la fin des années 60 ?

Winfrid Trenkler – Dans les années 60, en Allemagne, on jouait et on entendait principalement la musique rock – et ce qu’on appelait alors le « beat » – qui venait des Etats-Unis et d’Angleterre. Au départ, les groupes allemands ne rencontraient pas ou peu de succès, et tous ont connu une longue traversée du désert. Mais même parmi eux, le rock, la pop, le beat – ces notions sont toutes interchangeables – étaient majoritaires. Dans cette affaire, Kraftwerk et Tangerine Dream doivent certainement être considérés comme les vrais pionniers, auxquels il faut ajouter les successeurs directs de Tangerine Dream que sont Klaus Schulze et Manuel Göttsching. Tous ont eu le courage de commencer quelque chose d’absolument original. Mais en même temps, on remarque ici que les conséquences les plus profitables peuvent aussi provenir de circonstances fortuites, voire de véritables erreurs. Je m’en souviendrai toujours : Edgar Froese racontait que tout ce qu’il voulait au départ, c’était imiter le jeu de guitare de John McLaughlin. C’est parce qu’il a échoué qu’il est passé à autre chose. Selon ses propres mots, ce n’est qu’après avoir rencontré Salvador Dali qu’il a voulu réaliser en musique ce que Dali faisait en arts plastiques. Ça, ce fut la décision importante. Mais le succès n’est pas venu tout de suite, loin de là. Tangerine Dream a dû attendre assez longtemps. Kraftwerk a connu exactement la même évolution. Plus aucun journaliste n’obtient d’interview de Kraftwerk depuis des années. De mon côté, j’étais à leurs côtés dans le studio alors que l’enregistrement de leur premier album n’était même pas terminé. J’’ai vécu le début de l’histoire. Or c’est à peu près la même. Ralf et Florian ont d'abord fréquenté une école de jazz à Remscheid parce qu’ils souhaitaient devenir de meilleurs musiciens de jazz. Jusqu’au moment où ils se sont aperçus que ce n’était absolument pas leur tasse de thé ; qu’ils n’avaient aucune affinité avec ce milieu, n’étant tout simplement pas américains. La conviction qu’ils n’égaleraient jamais leurs modèles les a poussés à se concentrer sur ce qu’ils savaient déjà faire. Et c’est ça qui leur a donné l’envie de créer leur propre truc. Mais eux aussi ont galéré.

Pour quelles raisons ?

WT – Surtout parce que les médias, dans leur ensemble, n’ont pas du tout suivi. Comment est-ce possible que, pendant des années, presque une décennie, j’ai été le seul à animer une émission régulière consacrée à l’électronique ? Beaucoup d’autres auraient pu faire de même, mais non ! Pire : la Norddeutscher Rundfunk [la NDR, réseau radiophonique qui diffuse en Allemagne du Nord depuis Hambourg] retournait à l’envoyeur les disques que lui soumettait à l’époque Sky Records, l’un des plus vieux labels de musique électronique d’Allemagne, en expliquant : « nous ne sommes pas du tout intéressés ». Ces groupes ont dû se battre longtemps, et encore, la reconnaissance est d’abord venue de l’étranger. Phaedra [1974], de Tangerine Dream, a atteint le top 20 en Grande-Bretagne. Kraftwerk a connu le succès en France et dans d’autres pays avec Radioactivity [1975], aux Etats-Unis avec Autobahn [1974]. Néanmoins, j'ajoute tout de suite qu'à l’échelle régionale, dès le moment où j’ai joué leurs morceaux dans mon émission, ils ont immédiatement été reconnus aussi en Allemagne, en fait, aussi loin que l’émetteur de la WDR le permettait [depuis Cologne, dans toute la Rhénanie-du-Nord-Westphalie]. Je n’ai jamais eu que des échos positifs à leur sujet dans mes émissions. Et quand Kraftwerk a commencé à jouer dans les salles de la région, c’était plein ! Des salles entières ont dansé sur Ruckzuck, extrait du premier album. Déjà un hit. Le récit que fait aujourd’hui de cette période la presse allemande n’est donc pas très fidèle. Je lisais dernièrement un article sur Kraftwerk dans le Spiegel qui affirmait que le groupe n’avait suscité à l’époque aucune réaction dans son propre pays. C'est inexact. Non seulement je diffusais leurs titres presque toutes les semaines, mais à chaque nouvel album de Tangerine Dream, Klaus Schulze, Ashra ou Krafwerk, je recevais systématiquement tout ce beau monde en direct dans mon studio. Donc, j’insiste beaucoup, si dans le reste de l'Allemagne, il est vrai qu'aucun de ces groupes n'a joué les premiers rôles, à l'échelle régionale, grâce à la WDR, ils se sont en revanche imposés relativement rapidement.

Winfrid Trenkler en 1974 dans les locaux de la WDR / photo Lucky2
Winfrid Trenkler en 1974 dans les locaux de la WDR
Comment est née l’émission Schwingungen ?

WT – Il faut là aussi remonter à la fin des années 60, quand est apparue la notion de musique progressive ou de « rock progressif », dont Pink Floyd était le représentant le plus connu. Enfin il était possible d’entendre dans le rock autre chose qu’une succession de deux ou trois strophes et d’un refrain. C'est cela qu’on a appelé progressif au début. Le rock progressif procédait du jazz-rock. Mais à côté de l’influence du jazz, d’autres éléments sont très vite intervenus, notamment dans le cas de Pink Floyd : expérimentations sonores, composition de titres plus longs et de structures complexes. Pro Pop Music Shop, la toute première émission que j'ai animée, était donc une émission de rock. Elle a débuté en janvier 1970 ou 1971, je ne me rappelle plus. Je me souviens avoir diffusé du Kraftwerk dès le premier numéro. Oui, donc c’était forcément 1971.
Daniel Fischer – Wikipédia dit 1972 ! [intervention du secrétaire du planétarium, dans le bureau duquel se déroule l’interview, qu'il écoute devant l'écran de son PC]
WT – Comment ? Ah mais c'est une erreur ! Car en 1972 j'avais déjà rebaptisé l’émission Rock In. Le but de Pro Pop Music Shop, c’était précisément de parler de ces musiques progressives. Or dès le début, j'y ai inclus l'électronique. Et à la fin de 1983, le marché de la musique électronique avait pris une telle ampleur que j’ai compris qu’il y avait de la place pour une émission entière dédiée exclusivement au genre. J’ai soumis à la station un projet qui devait s’appeler Schwingungen. Dès janvier 1984, la nouvelle émission était à l’antenne. Rock In, restait à ses côtés, désormais recentrée sur le rock et la pop allemande. Et personne ne m'a jamais imposé la moindre contrainte artistique, j'ai toujours pu diffuser tout ce que je voulais.

Dans quelles circonstances l'émission a-t-elle été annulée en 1995 ?

WT – En 1993-1994, la WDR s'est lancée dans un profond remaniement de ses programmes, que je continue, encore aujourd’hui, à considérer comme une catastrophe culturelle. Je tiens aussi à préciser que le responsable à l'époque était un tr** du c** ! Je ne dis pas ça seulement parce qu'il a annulé l'émission. En tant que journaliste freelance, j’étais prêt à accepter cette éventualité. Mais quand on pense que même la Deutsche Welle, la radio allemande à l’international, avait fini par reprendre mes émissions, que la création allemande pouvait ainsi s’exporter dans le monde entier grâce à Schwingungen, je continue à interpréter ce choix comme une honte culturelle. Car enfin, cette musique électronique, qui s’est développée chez nous depuis la fin des années 60, constitue notre seule et unique contribution originale à la musique populaire mondiale. Nous pouvons en être fiers. Tout le reste, même ce que font les Scorpions (l’un des groupes allemands les plus mondialement connus), consiste toujours en dernière instance à emprunter à la musique rock importée des pays anglo-saxons. Le vrai filon créatif, la vraie innovation typiquement allemande, c’est la musique électronique. Je ne manque jamais une occasion de le souligner, car je n’affirme pas cela en l’air. Par exemple, j’ai fait beaucoup d'interviews avec des musiciens anglais. Il arrivait souvent qu'à la fin de nos entretiens, ils finissent eux-mêmes par me poser à leur tour des questions : « que fait Tangerine Dream ?», «que devient Kraftwerk ?», etc. De même, il y a quelques années, j'ai vu un documentaire à la télé suédoise qui s'intitulait simplement Portrait de Kraftwerk. Mais c'est le sous-titre qui compte : « le groupe le plus influent au monde depuis les Beatles » ! Et c'est cela que nous avons congédié des grilles de programmes. On n'a pas le droit de faire des choses pareilles. Surtout quand on sait que la Rhénanie-du-Nord-Westphalie constituait le centre de gravité de la musique électronique.

Uniquement grâce à Schwingungen ?

WT – Oui, très clairement. A l’époque, alors qu’il n’y avait pas encore de gros labels spécialisés susceptibles de distribuer leurs disques, certains musiciens allaient directement chez Saturn, à Cologne, le plus gros disquaire d’Allemagne. « Pouvez-vous vendre mes disques », demandaient-ils ? Mais la réponse était invariablement la suivante : « Ça passe sur Schwingungen ? » Si oui, les disques se retrouvaient en rayon. Sinon, l’artiste pouvait rentrer chez lui. Schwingungen était le seul média. Un jour, un fan de Klaus Schulze lui a demandé, à l’issue d’un de ses concerts à Aix-la-Chapelle : « Connais-tu Winfrid Trenkler ? » Schulze a répondu : « Bien sûr, quelle question ! Si je suis là aujourd’hui, c’est grâce à lui ».

On arrivait à capter la WDR jusque là ?

WT – Oh, bien plus loin encore ! Dans le Nord de l'Allemagne, avec une bonne antenne, on pouvait la recevoir à Hambourg. Au moins la moitié des Pays-Bas se trouvait également dans le rayon de diffusion. Mais je ne sais pas très bien jusqu'où au Sud. En outre, cette région représente aussi le plus important bassin de population d’Allemagne. Par conséquent, la WDR atteint plus d'auditeur que n'importe quel autre diffuseur.

Winfrid Trenkler aux Schallwelle Awards 2014 / photo : Werner Volmer
Winfrid Trenkler aux Schallwelle Awards 2014 (photo : Werner Volmer)
Depuis l’arrêt de l’émission de radio, Schwingungen se poursuit sur un autre support avec Schwingungen auf CD. De quoi s’agit-il ?

WT – J’ai continué à recevoir une telle quantité de courrier d’auditeurs, je disposais d’une telle masse d’adresses personnelles, que j’ai décidé de poursuivre l’aventure sous une autre forme, non plus hebdomadaire mais mensuelle. La formule est simple : l’envoi, chaque mois, d’une sélection de titres en CD contre un abonnement annuel. Les gens ont eu tellement confiance qu’ils se sont tous mis à souscrire l’abonnement avant même que je ne produise le premier Schwingungen auf CD. Si bien que, quelques jours seulement après avoir lancé l’offre, j’avais déjà amassé 100 000 marks de capital pour débuter. Puis j’ai déménagé en Suède. Je connaissais les paysages de ce pays, mais aussi sa musique, notamment le superbe album de Bo Hansson, Lord of the Rings, paru au début des années 70. Depuis, je m’étais souvent dit que j’aimerais bien y vivre un jour. Pendant longtemps, j’ai balancé entre la Suède et l’Allemagne. Je revenais régulièrement à Duisbourg ou Dinslaken, où des amis musiciens me laissaient utiliser leurs studios. C’est ainsi que j’ai produit un certain nombre de Schwingungen auf CD. Puis j’ai décidé qu'il était temps de passer la main. Je me suis dit : « J'ai de mauvaises oreilles, quelqu'un d'autre peut bien prendre la relève ». Ce fut Jörg Strawe [directeur de Cue-Records].

Pourquoi tenez-vous toujours autant à revenir chaque année aux Schallwelle Awards ?

WT – Depuis tout ce temps, il semble qu'on ait fini par me percevoir comme une sorte de légende [rires] ! Avoir animé pendant tant d’années la seule émission consacrée à la musique électronique, avoir pu donner à tous ces musiciens l’opportunité de faire connaître leur musique, tout cela me confère ce statut très agréable. Mais je reviens surtout avec plaisir en tant que laudateur du gagnant annuel de l’Award d’honneur.

Kraftwerk live @ Kunstsammlung NRW, Düsseldorf, 19 janvier 2013 / photo S. Mazars
Kraftwerk live @ Kunstsammlung NRW,
Düsseldorf, 19 janvier 2013
Qu'est-ce qui manque à cette scène pour élargir son public ?

WT – C'est une bonne question. Internet constitue pour beaucoup un élément de réponse. N’importe qui peut faire connaître aujourd’hui sa musique en quelques clics sur la toile. Je ne l’ignore pas. Mais je pense que les médias jouent encore un certain rôle. Par exemple, il suffit que Kraftwerk décide soudain de se produire dans les plus prestigieux musées d'art moderne du monde – à la Tate Gallery, chez eux à la Kunstsammlung de Düsseldorf, un jour à Reykjavik, un autre à l'opéra de Sydney – pour que les médias se précipitent en masse. Les Américains viennent de leur décerner un Grammy Award pour l’ensemble de leur carrière. Le Guardian et le Spiegel leur consacrent des articles monumentaux. Une biographie – non autorisée, bien entendu – vient de paraître. Donc même dans un monde où les moyens de communication ont explosé, les médias conservent une certaine influence. Mais ils pourraient faire mieux. Pourquoi cette musique ne passe-telle pas régulièrement à la radio ou à la télévision ? Pourquoi les Echo Awards [l’équivalent allemand des Victoires de la musique] récompensent-t-il des artistes dans toutes sortes de catégories sauf celle qui est, encore une fois, la seule contribution originale de l'Allemagne à la culture populaire internationale ? Elle aurait dû avoir sa place réservée depuis bien longtemps, et Kraftwerk, Tangerine Dream et Klaus Schulze faire partie des lauréats.

Le simple fait de connaître cette musique, c’est déjà l’aimer, déclarait à peu près Peter Mergener l’année dernière.

WT – L’expérience le confirme. Quand des gens qui n'en ont jamais entendu parler l’écoutent pour la première fois, ils se demandent aussitôt ce que c’est, et huit fois sur dix, ils la trouvent formidable. Mes quarante ans d’expérience me permettent d’en témoigner.