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dimanche 30 septembre 2018

Electronic Circus 2018 avec Harald Grosskopf et Picture Palace music


Pour leur 11e saison, Frank Gerber et Hans-Hermann Hess, irremplaçables fondateurs du festival Electronic Circus, avaient prévu deux têtes d’affiche : la légende Harald Grosskopf et l’infatigable Thorsten Quaeschning, qui incarne à lui seul la scène Berlin School depuis qu’il a pris la tête de Tangerine Dream. Une formation espagnole, Audiometria, et une irlandaise, Tiny Magnetic Pets, assuraient la première partie.


Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018

Detmold, le 29 septembre 2019

Tiny Magnetic Pets live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Tiny Magnetic Pets
Je ne savais rien d’Audiometria, la formation invitée à ouvrir cette 11e édition de l’Electronic Circus. Je n’en sais toujours pas plus, puisque, retardé par le trafic sur les autoroutes allemandes, j’ai intégralement manqué leur prestation. Heureusement, comme le festival lui-même avait du retard, j’étais là à temps pour découvrir les Dublinois de Tiny Magnetic Pets, un groupe actif depuis 2010. Je n’ai pas été séduit par l’électro-pop dansante de Paula Gilmer (chant), Seán Quinn (synthés) et Eugene Somer (percussions et séquenceur). Le trio explore un filon si saturé, que seules des chansons vraiment extraordinaires permettraient de se démarquer et d’emporter l’adhésion. Mais aucun titre ne surnage vraiment. Le groupe a pourtant joué l’un des deux morceaux coréalisés avec Wolfgang Flür (ex-Kraftwerk) sur leur dernier album, Deluxe/Debris (2017). Mais il faut croire qu’un featuring prestigieux n’y change rien. L’identité visuelle rétro à base de Space Invaders, d’art soviétique, d’imagerie eighties et, bien sûr, de synthés analogiques-comme-on-n’en-fait-plus, montre elle-même ses limites. C’est un segment également exploité jusqu’à la corde.

Harald Grosskopf live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Harald Grosskopf
Harald Grosskopf est l’un des personnages les plus attachants, et les plus intéressants, de cette immense scène allemande dont il est l’un des pionniers ; il fut dans tous les bons coups dans les années 70 (Wallenstein, Schulze, Ashra, YOU : ça fait beaucoup !). Très occupé par divers projets parallèles, il donnait ici à voir l’un de ses rares concerts en solo. Pour ma part, c’est la première fois que je le vois derrière des synthés plutôt que derrière sa batterie. Il est toujours le batteur d’Ashra au côté de Manuel Göttsching. Mais depuis l’année dernière, il est très occupé par son projet commun avec l’ancien de Kraftwerk Eberhard Kranemann, Krautwerk. L’engouement pour cette scène est telle que les deux hommes ont été invités, en mai dernier, à jouer à Shenzhen, en Chine, dans le cadre du Tomorrow Festival.

Harald Grosskopf live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Harald Grosskopf + Andreas Kolinski live @ Electronic Circus 2018
Harald célèbrera bientôt les 40 ans de son album référence, Synthesist, paru en 1980. Il semble qu’il n’ait pas voulu attendre jusque là pour publier Synthesist Reloaded, un album de remixes qui témoigne de son immense influence sur les musiciens électroniques plus jeunes. L’album a été réalisé en collaboration avec un jeune (né en 1964 tout de même) musicien et ingénieur du son, Andreas Kolinski. Ce dernier l’avait déjà aidé sur l’album, Naherholung, dont nous avions parlé lors de notre interview il y a deux ans.

Harald Grosskopf - Synthesist Reloaded (2018) / source : discogs.com
Tous deux ont l’occasion de parler en public de leur collaboration, puisque, depuis l’édition 2017, le festival organise de petites interviews publiques des musiciens en tête d’affiche. Thorsten Quaeschning et Harald Grosskopf prennent donc place tour à tour à côté d’Ecki Stieg, l’animateur de l’émission Grenzwellen sur Radio Hannovre, grand spécialiste de l’exercice. Harald Grosskopf, avec humilité, n’hésite pas à exposer tout ce qu’il a appris musicalement auprès de son cadet, et en retour, s’étonne presque du respect qu’Andreas lui témoigne, à lui qui « ne connaît rien à la musique ». Andreas Kolinski explique pourquoi : « Harald, la musique, il la sent ».

Harald Grosskopf live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Le concert débute par quelques mots d’Harald en hommage à Udo Hanten, disparu il y a quelques semaines et avec lequel il avait collaboré au sein de YOU. Il n’oublie pas de rappeler également la mémoire de Klaus-Hoffmann-Hoock, avant de débuter son set par un morceau inédit, un work in progress qui n’a pas encore de nom : rythmé, entêtant, mais très porté sur l’atonalité, un peu comme les derniers morceaux de Manuel Göttsching. Suit une nouvelle version de son titre le plus célèbre, So Weit, so Gut, ouverture de Synthesist et générique, pendant de nombreuses années, de l’émission Schwingungen de Winfrid Trenkler. J’ai surtout été impressionné par le troisième morceau, que je n’ai pas réussi à identifier : longue introduction faite de nappes assez inquiétantes, suivie d’une excellente séquence autour de laquelle Harald donne son meilleur aux percussions.

Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars

Je suis presque sûr que Thorsten Quaeschning n’avait plus rien publié avec Picture Palace music depuis Remnants en 2013, tant la gestion de la succession de Tangerine Dream l’accapare. Ecki Stieg lui a même demandé s’il trouvait encore le temps de dormir. Mais il est de retour cette année avec une nouvelle bande originale, cette fois d’un film américain. Une fiction américaine ! Les Allemands prennent très au sérieux la reconnaissance de l’un des leurs aux Etats-Unis, comme en témoigne l’interview avec Ecki. Le film s’appelle [Cargo], c’est le premier long métrage d’un certain James Dylan et ça raconte l’histoire d’un type qui se réveille dans un container à côté d’un téléphone portable et qui n’a que 24 heures pour réunir une rançon de 10 millions de dollars. La BO est sortie en CD et en vinyle.

Thorsten Quaeschning's Picture Palace music Cargo / source : discogs.com
Thorsten Quaeschning est un artiste étonnant. On ne sait jamais à quoi s’attendre avec lui. J’avais un peu peur, car ma dernière expérience de Picture Palace music au planétarium de Bochum avait été éprouvante : un mur de son inaudible, joué beaucoup trop fort, dans lequel l’auditeur ne pouvait jamais pénétrer. En outre, Picture Palace music a toujours eu une identité musicale hésitante. Les fréquents changements de personnel n’y ont pas peu contribué. Cette fois, Thorsten Quaeschning s’est entouré de sept musiciens : un batteur, un guitariste, un second clavier, une violoncelliste et trois violonistes, dont Hoshiko Yamane, sa complice de Tangerine Dream.

Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Thorsten Quaeschning
A l’origine, Picture Palace music s’était fait une spécialité d’accompagner en live la projection des classiques allemands du cinéma muet. C’est un peu au même genre de spectacle que nous assistons. Le film est projeté intégralement à l’écran, mais sans la bande-son, comme un muet ! Autrement dit, si nous avons vu [Cargo], nous ne l’avons pas entendu. A la place, nous avons écouté Thorsten et sa bande rejouer la bande originale synchronisée. Disons le d’emblée : le show ne m’a pas donné envie de voir le film mais je recommande sans hésiter la bande originale. Depuis qu’il travaille avec Ulrich Schnauss (aussi bien au sein de Tangerine Dream qu’à l’occasion de leur très bon album Synthwaves), Thorsten Quaeschning semble moins réticent à revisiter le son TD du temps de la splendeur. Les cordes, qui interviennent tard, m’ont même fait penser à l’ouverture de Zeit. Son léché, intensité dramatique à son comble, séquences grandioses à la Chris Franke (comme sur le titre Wanderbaustelle) : tous les ingrédients sont là pour séduire les fans de toujours et conquérir un nouveau public.

Thorsten Quaeschning's Picture Palace music live @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars

Encore faut-il que celui-ci se montre. Harald Grosskopf n’a pas pu s’empêcher de remarquer que le public semble plus clairsemé d’année en année, de même que les crânes des visiteurs. J’avais déjà émis des doutes sur la stratégie de Frank Gerber de programmer des groupes dance/pop dans l’espoir d’attirer un nouveau public. Or ce que j’avais soupçonné se produit. L’Electronic Circus offre bien un nouveau public à ces groupes, mais le public habituel de ces derniers, lui, ne vient pas et, du coup, ne s’ouvre pas à la scène qu’Electronic Circus prétend promouvoir. « Si nous ne programmons que les vieux groupes ou de la Berlin School, disait en substance Frank, le festival mourra ». Peut-être, mais tout dépend du motif qui a présidé en premier lieu à la fondation du festival : s’agit-il d’organiser un festival quel qu'il soit, ou s’agit-il de promouvoir un certain genre de musique électronique, celui qui fut inventé par Tangerine Dream, Kraftwerk et cie ? Dans le second cas, pourquoi programmer de la pop ? Dans le premier, pourquoi ne pas franchement programmer que de la pop ? Le succès financier du festival serait peut-être assuré, mais dans ce cas, ce ne serait qu'un festival pop de plus. Si le public semble vieillissant en Allemagne, ce n’est pas le cas ailleurs dans le monde. C’est, du moins, l’expérience d’Harald Grosskopf. Lors de son concert en Chine, le public n’avait pas plus de 25 ans de moyenne d’âge. « On n’est jamais prophète en son pays » résume-t-il, fataliste. Ailleurs, ces gens sont absolument dans le coup ! Alors pourquoi pas en Europe ?

Frank Gerber, Hans-Hermann Hess @ Electronic Circus 2018 / photo S. Mazars
Frank Gerber, Hans-Hermann Hess
Et si ce n’était qu’un problème d’image ? Les festivals, les labels, les artistes, y sont tous plus ou moins pour quelque chose. Je vous invite à visiter les sites Internet (Cue Records, Groove), à considérer les supports de com’ (affiches des festivals, flyers, logos, couvertures de disques) : l’ imagerie « planètes et astronautes » ou « zen et relaxation », les choix esthétiques peu attrayants, le côté Jean-Michel Jarre champêtre : rien de tout cela n’est de nature à attirer un public plus jeune, alors que, de toute évidence, ce public existe, n’attend qu’une chose et ne le sait pas encore : qu’on lui colle un casque sur les oreilles avec Rubycon à plein volume !



lundi 3 octobre 2016

Electronic Circus 2016 : le passé a de l’avenir


L’année dernière, l’Electronic Circus Festival quittait la Weberei de Gütersloh pour prendre ses quartiers au Sommertheater de Detmold, une salle moins cozy, mais plus spacieuse. Mais le Circus est resté le même. Cette année, les organisateurs Hans-Hermann Hess et Frank Gerber ont une nouvelle fois concocté ce savant mélange de générations et de styles qui en fait tout l’intérêt. Entre Fryderyk Jona, le jeune épigone de Klaus Schulze, et la légende Hans-Joachim Roedelius, on pouvait tour à tour entendre la synthpop fashion des Allemands de BAR, l’électro robotique des Belges de Metroland, sans oublier l’inclassable et très demandé Ulrich Schnauss qui, entre ses activités avec Tangerine Dream et ses concerts londoniens, a eu là l’occasion de donner à ses fans allemands un aperçu de son vaste répertoire.


Hans-Joachim Roedelius & Ulrich Schnauss live @ Electronic Circus 2016 / photo S. Mazars
Hans-Joachim Roedelius & Ulrich Schnauss live @ Electronic Circus 2016

Detmold, le 1er octobre 2016

Fryderyk Jona live @ Electronic Circus 2016 / photo S. Mazars
Fryderyk Jona et son père
Si, comme d’autres, Fryderyk Jona s’est fait connaître sur Internet, en particulier sur la plateforme Bandcamp, beaucoup l’ont découvert à l’occasion de la dernière cérémonie des Schallwelle Awards, où il était nommé dans la catégorie Meilleur Espoir. Même s’il habite du côté de Mayence, Fryderyk vient de Pologne, un pays où les premières apparitions de Klaus Schulze ont fait si forte impression qu’elles semblent avoir transcendé les générations. Trop jeune pour y avoir lui-même assisté, Fryderyk en a entendu parler par son père, lui-même musicien. L’influence de Klaus Schulze sur sa musique est évidente. Les séquences et les solos de Moog font partie des ingrédients communs à tous les admirateurs du maître. On pense bien sûr à Ian Mantripp, et pourtant, même si Schulze est présent chez tous deux, leurs univers demeurent paradoxalement très différents, comme si l’un et l’autre avaient extrait de Klaus une autre essence, mélancolique chez Ian, romantique chez Fryderyk. Mais en aucun cas il ne faut s’attendre aux longues plages monotones et interminables dont Schulze a usé et abusé tout au long de sa carrière. Fryderyk Jona propose une musique plus dense, plus panachée, plus progressive, et nettement moins sinistre. Formé à la musique classique, il utilise une large variété d’instruments – son set est sans doute le plus imposant du festival, si on exclut le piano à queue de Roedelius. Temps fort de sa prestation : l’intervention de son père au micro, pour un mélange de musique électronique et de chanson traditionnelle polonaise.

Fryderyk Jona live @ Electronic Circus 2016 / photo S. Mazars
Fryderyk Jona live @ Electronic Circus 2016


Hans-Hermann Hess, Frank Gerber, Ecki Stieg @ Electronic Circus 2016 / photo S. Mazars
H.H. Hess, F. Gerber, E. Stieg
En programmant BAR (Band am Rhein) immédiatement après, Hans-Hermann Hess et Frank Gerber cultivent astucieusement leur sens du contraste. Composé de Lucas Croon et Christina Irrgang, ce duo originaire de Düsseldorf produit un mélange de synthpop et de new wave plutôt agréable, mais dont rien ne surnage. On peine à distinguer BAR des milliers d’autres hipsters qui tentent de percer sur ce marché ultrasaturé. Lucas Croon fait beaucoup d’efforts pour se faire remarquer à grand renfort de déhanchés de pantin désarticulé. Quant à Christina Irrgang, elle introduit avec sa flûte une touche organique bienvenue. BAR a donc bien su se forger une identité propre, une image de marque.
BAR (Band am Rhein) live @ Electronic Circus 2016 / photo S. Mazars
BAR (Band am Rhein)
Mais on peut se demander si ces choix sont authentiquement artistiques ou s’ils ne répondent à pas plutôt à des exigences marketing. « Marché ultrasaturé », « image de marque » : ces expressions qui viennent spontanément à l’esprit, jettent le soupçon. Choisir tel look un peu différent, tel instrument un peu inhabituel dans tel type de musique, n’est-ce pas une démarche très analogue à celle du snack du coin qui introduit un nouveau sandwich aux ingrédients autres, différents, jamais vus, dans le seul but de se démarquer des dizaines de concurrents qui se partagent la même rue ? Beaucoup d’artistes, singulièrement ceux qui se bousculent sur ce segment stylistique, visent la nouveauté et finissent par se ressembler les uns les autres précisément parce qu’ils courent tous après la même chose. On voit partout les mêmes dandys, on entend partout les mêmes boîtes à rythmes, et ce n’est pas spécialement beau. La recherche du nouveau est une exigence du marché, non de l’art. Les classiques recherchaient la beauté nue. Même les romantiques, qui la rejetaient, recherchaient quand même le plaisir des sens. Si le critère de l’excellence dans l’art n’est ni le beau ni l’esthétique, mais le nouveau, alors il ne faut pas s’étonner que la production qui en résulte ne soit pas obligatoirement belle ni esthétique, même si elle peut l’être à l’occasion, mais ressemble au flux continu de sons déversé dans les lieux publics, aussi bien dans les boutiques de luxe que dans les ascenseurs. C’est l’impression laissée par le couple.

Ulrich Schnauss live @ Electronic Circus 2016 / photo S. Mazars
Ulrich Schnauss live @ Electronic Circus 2016

Quelques interviews mais aussi un dîner animé m’ont empêché d’assister à la prestation d’Andy De Decker et Sven Lauwers, alias Metroland, duo belge semble-t-il très influencé par Kraftwerk : même musique électronique robotisée et vocodorisée, même univers d’industrie et de béton. Le public semble bien plus dense lorsque vient le tour de l’une des têtes d’affiches de la soirée. Ulrich Schnauss n’a pas 40 ans, mais déjà plus de 20 ans de carrière et une vaste culture électronique derrière lui. Alors que certains de ses morceaux ont été utilisés un peu partout sous licence – à la télévision, dans la pub ou les jeux vidéo –, il bouclait la boucle en 2014 en intégrant Tangerine Dream, l’une de ses premières influences, quelques mois avant la mort d’Edgar Froese. Après les premières dates de Tangerine Dream sans le maestro, alors que Thorsten Quaeschning était lui-même occupé le jour-même à Berlin avec sa formation Picture Palace music, Ulrich Schnauss en solo faisait partie des artistes très attendus de cette édition de l’Electronic Circus.

Ulrich Schnauss live @ Electronic Circus 2016 / photo S. Mazars
Ulrich Schnauss
Accompagné par des visuels de Nat Urazmetova (l’artiste n’est malheureusement pas elle-même sur scène pour les contrôler), Schnauss joue un set d’un seul tenant mais aux ambiances changeantes : rythmes nerveux, basses profondes – chacun de ses morceaux n’en reste pas moins hautement atmosphérique, comme dans la drum’n’bass de ses débuts. On comprend pourquoi il cite plus volontiers Tangerine Dream que Kraftwerk parmi ses influences. On est loin de la froideur industrielle de la techno. Comme Edgar Froese et quelques autres avant lui, Ulrich Schnauss fait partie de cette poignée d’artistes capables de produire une musique hautement expressive et évocatrice avec des sons 100% électroniques. C’était, semble-t-il, la dernière occasion de le voir jouer live sur le continent cette année. Prochain concert le 7 novembre prochain au Shepherd's Bush Empire de Londres.

Hans-Joachim Roedelius live @ Electronic Circus 2016 / photo S. Mazars
Hans-Joachim Roedelius live @ Electronic Circus 2016

Après ce déluge de sons, Hans-Joachim Roedelius annonce la couleur en montant sur scène : son concert sera beaucoup plus calme ! Et en effet, comme lors de la cérémonie des Schallwelle Awards, Achim commence bien tranquillement, avec son iPad et une lecture de ses poèmes. Quelques nappes éthérées, quelques bips & clics, son épouse Christine Martha en récitante et, bien sûr, son cher piano suffisent à créer l’ambiance minimaliste qui a fait sa réputation. Puis c’est au tour d’Ulrich Schnauss de le rejoindre sur scène pour un duo envoûtant, malheureusement trop court. Schnauss connaît bien Hans-Joachim Roedelius : parmi les nombreux remixes qu’il a publiés tout au long de sa carrière, il y a Lunz, le célèbre album d’Achim issu de sa collaboration avec Tim Story. C’est aussi Ulrich Schnauss qui a prononcé son éloge lors des Schallwelle Awards

Hans-Joachim & Martha Roedelius live @ Electronic Circus 2016 / photo S. Mazars
Achim & Martha
Après ce moment intense, Martha revient sur scène pour une interprétation inattendue de By This River, l’un des plus célèbres morceaux de Brian Eno, le premier en collaboration avec Roedelius et Moebius. On se souvient qu’à Baden, Achim et Martha avaient interprété en duo une version pleine de charme de Tonight, de David Bowie. Et voilà qu’ils remettent ça ! Comme si une nouvelle carrière s’ouvrait aujourd’hui devant Roedelius, qui célèbrera à la fin du mois son 82e anniversaire.


mercredi 8 octobre 2014

Electronic Circus 2014 : électrique éclectique

 

Depuis 2008, le festival Electronic Circus rend compte de la variété et de la richesse de la musique électronique dite traditionnelle. Toujours sous la houlette de Frank Gerber et Hans-Hermann Hess, cette 7e édition a une fois encore su mettre en perspective des courants très dissemblables. Qu’ont en commun les Italiens d’Alerick Project, les Britanniques Vile Electrodes et les Berlinois Bernd Kistenmacher et Jerome Froese, si ce n’est l’usage des machines ? Savoir rassembler tout ce petit monde dans l’arène, tel était le secret de cette édition, illuminée par la présence de Johannes Schmoelling, ancien de Tangerine Dream et partenaire de Jerome Froese au sein de la formation Loom.

 

Jerome Froese & Loom live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Jerome Froese, Robert Waters et Johannes Schmoelling : Loom réuni sur la scène de l'Electronic Circus 2014

Gütersloh, le 4 octobre 2014

Hans-Hermann Hess & Frank Gerber @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Hans-Hermann Hess, Frank Gerber
Comme chaque année, Frank Gerber et Hans-Hermann Hess, les maîtres d’œuvre de l’Electronic Circus, sont aussi les maîtres de cérémonie de l’événement. Et chaque année, Frank Gerber rivalise d’inventivité pour dénicher les déguisements les plus improbables. C’est en costume rococo fin XVIIIe siècle, coiffe en ailes de pigeon et masque – très vaguement – vénitien sur le visage qu’il accueille le public de cette septième édition du festival de musique électronique.

Alerick Project live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Alerick Project
C’est que la première formation invitée sur la scène de la Weberei, à Gütersloh, vient d’Italie. Les Romains Alessandro Ghera et Riccardo Fortuna forment le duo Alerick Project, dont le concert du jour constitue tout bonnement la toute première prestation live. Alerick Project commence plutôt bien, tout en ambiances et en séquences, mais dès le second titre, se laisse emporter par un goût peut-être immodéré pour les tempos binaires et les rythmes techno, replongeant aussitôt dans l’anonymat du beat. C’est dommage, car lorsqu’il s’agit d’atmosphères et de textures, les deux hommes savent ce qu’ils font. Le set aurait probablement été plus adapté sur un dancefloor – où la musique compte moins que la pulsation – qu’à la Weberei, devant un parterre de places assises. Mais heureusement, Alessandro Ghera et Riccardo Fortuna savent capter autrement (ou détourner ?) l'attention de l'assistance grâce à des projections vidéo qui sentent bon l'Italie, comme ces silhouettes de femmes dénudées se trémoussant à gogo, très commentées à l'issue du concert.

Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014

Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
On entre dans le vif du sujet avec Bernd Kistenmacher, l'une des valeurs sûres de la scène électronique berlinoise, qui présente aujourd'hui son nouvel album, Paradise, malheureusement pas achevé à temps pour le festival. Après Utopia en 2013, Kistenmacher explore donc un autre thème inépuisable de la philosophie classique : le paradis. Mais quand il nous parle de paradis, le musicien veut plutôt dire « paradis perdu », comme l'atteste la couverture de l'album à venir, superbe représentation d’un bout de forêt tropicale en flammes. Paradise se veut donc un hymne à la nature, la traduction en musique d’un sursaut écologiste. Les larges extraits du disque interprétés par le Berlinois sur scène, une fois de plus illustrés à l'écran par les remarquables fractals d'Andreas Schwietzke, semblent même véhiculer quelques accents inquiets. On y retrouve aussi le pur style Kistenmacher, symphonique et solennel, dramatique et mélancolique, très adapté au sujet.

Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Depuis presque trente ans, Bernd Kistenmacher développe en effet un son bien à lui, assez éloigné des lignes de séquenceurs typiques de la Berlin School à laquelle on l’associe souvent. Outre ce profil atypique, il est aussi l'un des rares musiciens professionnels à avoir émergé de ce qui, paradoxalement, est à la fois une niche et une scène pléthorique. Témoin de cette professionnalisation, MI Records, son label, vient de franchir le pas du vinyle, en rééditant en 33 tours son tout premier album, Head-Visions (1986). A l’époque, le disque était illustré par une sculpture ethnique du plasticien Rainer Kriester, aujourd’hui disparu. La réédition rend un bel hommage à cet artiste, plaçant son travail quasiment à égalité avec la bande son, dont Bernd Kistenmacher ne manque pas d’interpréter un extrait en rappel à Gütersloh : l’incontournable Rücksturz. Très applaudi, le Berlinois remercie à son tour son public en photographiant la salle en liesse, une pratique de plus en plus courante chez les musiciens désireux de bâtir une relation durable avec leurs fans. Mission accomplie, Bernd !

Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Le temps d’annoncer les résultats de la journée de foot (Frank Gerber dans son maillot fétiche, est très satisfait de révéler aux nombreux supporters de Dortmund la cruelle défaite du Borussia à domicile, mais aussi la victoire 4-1 de son équipe à lui, l’Arminia Bielefeld, sur le leader de D3 allemande, le Dynamo Dresde)… et il est déjà temps de préparer le matériel des deux shows suivants.



Martin Swan & Anais Neon : Vile Electrodes live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Vile Electrodes live @ Electronic Circus 2014

Martin Swan : Vile Electrodes live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Martin Swan
Déjà à l'affiche du précédent Electronic Circus, les Anglais Anais Neon et Martin Swan alias Vile Electrodes remontent sur scène armés d’une bien meilleure notoriété que l'an passé. Le couple interprète ce soir de nombreux titres frais, extraits d’un second album en préparation. Des morceaux ciselés, doués d’un potentiel commercial incontestable et qui n’attendent que de se faire connaître. Très agité, survolté même, Martin a beaucoup à faire derrière ses machines et sa forêt de câbles, tandis qu'Anais, concentrée sur le chant, utilise les générateurs de boucles avec intelligence pour démultiplier sa voix. La décontraction de Martin contraste avec le tempérament peut-être plus soucieux de sa compagne, qui croise les doigts à plusieurs reprises dans l’espoir que le bon set d’instruments se charge correctement. De précédents concerts leur avaient valu quelques mésaventures.

Anais Neon : Vile Electrodes live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Anais Neon
Mais depuis un an, Vile Electrodes a déjà franchi une étape, comme en témoigne la réaction du public. Ce dernier reconnaît déjà et applaudi bruyamment les anciens titres, ceux du premier album, The Future Through a Lens. Voici donc un groupe encore jeune, mais dont le répertoire comporte déjà une poignée de standards qu'un public qui n'est pas le sien lui réclame, au premier rang desquels figure le rappel, Proximity : un modèle de musique électronique contemporaine. Chaque élément s’y insère pile au bon moment : les paroles brutes, le rythme massif, les séquences dignes de la Berlin School, mais employées dans une tout autre perspective, et bien sûr la prestation vocale de la chanteuse, probablement la plus captivante de tout le répertoire de Vile Electrodes. A l’issue du concert, le stand de merchandising du duo est immédiatement pris d'assaut par les visiteurs, intrigués par l’extravagant costume de scène tout en latex moulant de la belle Anais, et plus généralement par l’identité visuelle fortement fétichiste du groupe.

Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014

Robert Waters : Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Robert Waters
Jerome Froese solo en tête d’affiche : sur cette scène très particulière, c’est un véritable événement qu’ont réussi à organiser Frank Gerber et Hans-Hermann Hess. Depuis la fondation de Loom en 2011, le fils unique du fondateur de Tangerine Dream, lui-même membre du groupe de 1990 à 2006, a pris une nouvelle dimension. Si bien que, même en solo, ses partenaires de Loom, Robert Waters et Johannes Schmoelling (autre grand ancien de Tangerine Dream de 1980 à 1985) viennent l’accompagner sur scène. Tout à sa guitare, Jerome laisse en effet la haute main à Robert Waters sur les machines pendant toute la durée du concert. Mais, comme il l’explique lui-même, la guitare n’est pas conçue ici seulement comme un instrument solo. Elle participe elle-même à la charpente de chaque morceau. Jerome débute par un extrait de son dernier EP, #! (Shebang), sorti la veille, avant de se livrer à une revue fluide et sans trêve de sa discographie depuis 2005.

Johannes Schmoelling : Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Johannes Schmoelling
L’entrée en scène tardive de Johannes Schmoelling ne passe pas inaperçue. L’homme est une légende sur la scène électronique, et personne n’a oublié sa contribution à certains jalons essentiels de l’histoire de la musique électronique, comme Tangram, en 1980. A cet instant, c’est bien Loom qui se reforme pour toute la fin du concert. Aussitôt, l’ambiance, plutôt sombre et dramatique jusqu’alors, se fait plus aérienne et romantique. La magie ressurgit comme par miracle. Tout est là : les textures uniques et le toucher reconnaissable entre mille de Johannes. Après seulement un titre de Tangerine Dream période Jerome Froese (La Marche) et un morceau solo de Johannes (A Long Time Ago), le groupe quitte déjà la scène. Mais le public insistant finira par obtenir pas moins de trois rappels : les deux hymnes de Loom, Rejuvenation et Time & Tide (une composition de Johannes et de son fils Jonas), puis le hit grandiose de Tangerine Dream période Schmoelling, Choronzon, qui figura de 1980 à 1983 sur la track list de presque tous les concerts de TD.

Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Jerome Froese
Johannes Schmoelling aux claviers, Jerome Froese à la guitare s'adonnent sur scène à un dialogue joyeux qui ajoute à l'ambiance. La longue complicité des deux hommes, leur joie de jouer ensemble sont manifestes. Leur prestation est un exemple de l'immense fécondité de cette rencontre intergénérationnelle, qui est aussi une rencontre de styles. Bercé – au sens littéral – aux sons du Tangerine Dream de la grande époque, Jerome a su innover, s’ouvrir au monde et introduire d’autres influences. Le concept de rock électronique, qu'on appliquait autrefois à ce type de musique faute de trouver un genre auquel la rattacher, prend avec Jerome Froese un sens nouveau, et très positif.


mercredi 9 octobre 2013

Electronic Circus 2013 : un festival mutant


Le 5 octobre 2013, la 6e édition du festival Electronic Circus se déroulait pour la troisième fois dans le cadre de la Weberei de Gütersloh, en Allemagne. Animé par Hans-Hermann Hess et Frank Gerber, « fans depuis plus de trente ans » de Tangerine Dream, Klaus Schulze, Ashra ou Jarre, le festival connaissait cette année sa plus grosse affluence. De 13h00 à 1h00 du matin, le Français Florent Lelong, les Britanniques Auto-Pilot et Vile Electrodes, les Allemands de Pyramid Peak et la tête d’affiche, le légendaire Michael Rother de Neu!, se sont succédé sur scène, illustrant la mutation en cours d’une manifestation autrefois entièrement dédiée à l’électronique, désormais plus éclectique.


Michael Rother au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Michael Rother et son batteur déchaîné, Hans Lampe, au festival Electronic Circus à Gütersloh en 2013


Gütersloh, le 5 octobre 2013

Frank Gerber et Hans-Hermann Hess, les organisateurs du festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Bonne ambiance avec Frank Gerber et Hans-Hermann Hess
Electronic Circus a été fondé en 2008 par un groupe de fans de musique électronique emmenés par Hans-Hermann Hess et Frank Gerber, qui ont un beau jour décidé d’organiser leur propre festival. Après trois éditions au Movie Theater de Bielefeld, la manifestation, victime de son succès, a déménagé en 2011 à la Weberei de Gütersloh, ancien atelier de tissage transformé en centre culturel, plus à même d’accueillir un nombre grandissant de spectateurs. «La ville participe, les sponsors sont venus. La scène est grande. L’environnement était très favorable pour un festival comme le nôtre », déclare Frank Gerber. Ce soir, la Weberei fait salle comble, avec plus de 300 visiteurs. L’un d’eux est même venu spécialement de Hongkong. Depuis ses débuts, le festival promeut la scène électronique dite traditionnelle, née en Allemagne avec Kraftwerk ou Tangerine Dream dans les années 70. Outre les Allemands, des artistes néerlandais, britanniques ou scandinaves s’y sont déjà produits. Ainsi, après Harald Grosskopf (Ashra) en 2008, Ian Boddy, Klaus Hoffmann-Hoock et David Wright assuraient la tête d’affiche l’année suivante. Suivirent Spyra, Picture Palace Music (le projet parallèle de Thorsten Quaeschning, de Tangerine Dream) et Gandalf l’année dernière.

Vile Electrodes, Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
La salle en fusion lors du set de Vile Electrodes
Déguisés pour l’occasion en Monsieur Loyal, à la manière de Mick Jagger dans le Rolling Stones Rock and Roll Circus, les deux maîtres d’œuvre du festival ont cependant décidé d’innover cette année. La programmation n’est plus 100% Berlin School, ni même 100% électronique. «Dans les dernières années, explique Frank Gerber, nous avons remarqué que les amateurs de musique électronique venaient de moins en moins nombreux. Et le public a vieilli. Voulions-nous persévérer dans cette direction de la musique traditionnelle ou trouver de nouvelles impulsions, explorer d’autres scènes ? Cette année, Vile Electrodes et Auto-Pilot illustrent notre démarche. Les premiers appartiennent à la scène wave et trance. Les seconds à la scène synth-pop. Michael Rother, c’est le krautrock. Comme d’autres, il figurait depuis longtemps sur nos tablettes. Nous sommes heureux que ça ait pu se faire cette année. Si nous devions privilégier la seule musique électronique traditionnelle, l’affluence diminuerait probablement. On ne peut pas faire ça aux musiciens. Nous devons rajeunir notre public, nous ouvrir à l’expérimentation. Nous avons pris un risque, on verra bien ce qu’il adviendra, achève-t-il ». En somme, les deux hommes se sont lancé une sorte de pari.

Florent Lelong au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Florent Lelong
Pour cette 6e édition, l’Allemagne ne représente plus que 40% des artistes sur scène, à égalité avec la Grande-Bretagne. Florent Lelong, un Français, assure l’ouverture. A 24 ans, Lelong prolonge cette « Jarre Connexion » qui a fleuri au tournant des années 80 avec Joël Fajerman (L’Aventure des plantes), Didier Marouani (Temps X) ou Jean Stephan Regottaz (l’autre homme au casque de moto et au vocodeur) .Le look – cheveux longs et chemises larges –, la musique – simple et mélodique –, et surtout l’incontournable keytar : tout est fait pour rappeler Jarre. Cette branche-ci de l’arbre généalogique de la musique électronique n’avait jamais vraiment su toucher l’Allemagne. Hans-Hermann Hess et Frank Gerber lui ont donné cette chance.

Auto-Pilot au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Auto-Pilot : Shaun Herbert et Adrian Collier
Composé de Shaun Herbert et Adrian Collier, le duo britannique Auto-Pilot illustre le premier cette volonté des organisateurs d’élargir leurs horizons. Dominée par l’électronique et la programmation, la formation n’est pas purement instrumentale, puisque Collier chante sur la moitié des titres. Surtout, elle n’a absolument rien à voir avec la musique électronique programmée d’ordinaire à l’Electronic Circus. Il s’agit d’electro, de dub, de wave, parfois même de post-rock. Pour autant, Auto-Pilot n’est pas complètement inconnu de cette scène allemande classique. En 2007, le label Syngate Records publia en effet Dreaming Real Things, une compilation de plusieurs titres antérieurs. Depuis Collier et Herbert ont fondé leur propre maison de disques, 9 Volt Records, qui propose désormais en téléchargement gratuit l’album The Atlantic Machine (2012). Quant au dernier opus, intitulé 8-Zerø, il est fort opportunément sorti ce 5 octobre à Gütersloh.

Pyramid Peak au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Pyramid Peak (Andreas Morsch, Uwe Denzer, Axel Stupplich) avec Harald Nies (à gauche) , Electronic Circus 2013

Un peu de Berlin School, beaucoup d'électro et Michael Rother en tête d'affiche


Pyramid Peak au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Pyramid Peak
Pyramid Peak représente non seulement l’Allemagne, mais aussi la Berlin School la plus classique. Actif depuis quinze ans, le trio de Leverkusen a déjà publié neuf albums. Le dernier, Anatomy, est lui aussi sorti juste à temps pour le festival, le 2 octobre. Déguisés en chirurgiens pour l’occasion, comme sur la pochette du disque, Axel Stupplich, Andreas Morsch et Uwe Denzer se livrent sur scène à l'inquiétante autopsie... d'un synthétiseur, à laquelle seul Harald Nies, le guitariste invité, ne participe pas. Pyramid Peak s’est déjà fait remarqué pour ses mises en scènes extravagantes, comme lors de ses quatre concerts dans la grotte de Dechen, à Iserlohn. Des prestations restées marquantes, dont les projections à l’écran témoignent ce soir. Clairement, le public est dans son élément. L’ambiance mystérieuse et les longues plages planantes y sont forcément pour quelque chose.

Vile Electrodes : Martin Swan et Anais Neon
Le second duo britannique de la soirée, Vile Electrodes, annonce la couleur dès les premières mesures de son set. Accompagnée par le blond programmeur Martin Swan, qui n'aurait pas juré dans le line-up du Depeche Mode de la grande époque, la chanteuse Anais Neon, tout en combinaison latex, crie sa passion pour la synth-pop des années 80. Si OMD est la référence la plus évidente – Vile Electrodes a assuré leur première partie au mois de mai en Allemagne –, on reconnaît également ça et là des séquences que n'auraient reniées ni Kraftwerk ni Peter Baumann. Les synthés vintages associés à une voix féminine, l'imagerie fétichiste, les lignes de basse minimalistes et les beats puissants font de Vile Electrodes l'un des représentants les plus dynamiques de l'actuel revival eighties, en tout point comparable à College ou Kavinsky. La prestation du duo est l’une des plus bruyamment appréciées par les spectateurs, non seulement les fans qui ont fait le déplacement, mais aussi les amateurs de Berlin School, dont un grand nombre n’avaient encore jamais entendu parler du groupe.


Michael Rother au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Michael Rother, Electronic Circus 2013
Avec le batteur Klaus Dinger, aujourd’hui décédé, le guitariste Michael Rother, tête d’affiche ce soir, fut longtemps connu comme l’un des piliers du duo Neu!, que Tarantino contribua à revivifier sur la B.O. de Kill Bill. Quelques mois avant de fonder le groupe, en 1971, les deux hommes firent brièvement partie de Kraftwerk. Rother entama par la suite une carrière solo et collabora notamment avec Cluster et Brian Eno au sein d’Harmonia. Autant dire que Michael Rother est resté l’une des figures emblématiques de la scène krautrock en Allemagne. Accompagné ce soir de l’impressionnant batteur Hans Lampe (ex-La Düsseldorf, autre monstre du krautrock), Rother interprète ce soir Neu!, Harmonia et quelques titres de sa discographie solo. Pas d’électronique, ou très peu, au cours de sa prestation. L’homme se concentre sur sa guitare, n’utilisant les sonorités de synthèse qu’en arrière-plan. Grâce à ses motifs répétitifs de guitare, Rother réussit le tour de force d’une musique aussi hypnotisante que celle de Manuel Göttsching, tout en maintenant une cadence insensée. Hans Lampe, épuisé, descend rarement en dessous de 140 bpm. Mais le son rugueux de Neu! a disparu, si bien que l’étiquette « krautrock » ne semble plus si adaptée. Michael Rother est simplement un grand musicien. Le public ne s’y trompe pas. Ce soir-là, son show fait l’unanimité, et achève en beauté cette 6e édition du festival Electronic Circus : la meilleure, selon plus d’un visiteur à l’issue du spectacle. Frank Gerber et Hans-Hermann Hess peuvent être satisfaits : pari tenu !

Michael Rother au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Michael Rother (Kraftwerk, Neu!, Harmonia) avec le batteur Hans Lampe (La Düsseldorf), Electronic Circus 2013