Trois duos allemands et un seul artiste belge, telle était l’affiche de
la seconde édition du B-Wave Festival à Heusden-Zolder, dans le Limbourg. Si,
l’année passé, le Britannique Ian Boddy, faisait figure de seule tête
d’affiche, cette fois, les organisateurs ont vu grand puisque deux valeurs
sûres se partagent les honneurs : Klaus Hoffmann-Hoock et l’ancien de You,
Udo Hanten, d’une part ; le duo Rainbow Serpent, composé de Frank Specht
et Gerd Wienekamp d’autre part. Il revenait au Belge Sensory++ et aux Allemands
Erik Seifert et Josef Steinbüchel d’ouvrir le bal.
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| Gerd Wienekamp & Frank Specht : Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014 |
Heusden-Zolder (Belgique), le 20 septembre 2014
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| Sensory++ |
Alors que la première édition du B-Wave Festival nous avait
offert une programmation majoritairement belge, les deux organisateurs Johan
Geens et Mark de Wit ont choisi cette année de miser sur l’Allemagne. Seul le
premier musicien, Joost Egelie alias Sensory++, vient du pays. L’homme en
profite pour publier son nouveau disque, intitulé Planet. Le titre du disque, ainsi que les premières mesures du
concert, donnent le ton. Sensory++ utilise les synthés dans une perspective new
age. Il n’est ni un héritier de la Berlin
School, ni un amateur de dubstep, c’est le moins qu’on puisse
dire. La plupart de ses morceaux, constitués de nappes de cordes, feraient chez
d’autres office d’introduction à des pièces plus longues. Les habitués des séquenceurs restent un peu sur leur faim, mais Sensory++ mérite sans aucun doute une écoute attentive.
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| Josef Steinbüchel & Erik Seifert |
Erik Seifert et Josef Steinbüchel avaient déjà présenté leur
album Softlock dans le cadre du
planétarium de Bochum en mars dernier. Cette fois, ils reviennent accompagnés
de leurs propres visuels, adoptant une scénographie épurée qui, loin des forêts
de câbles et de synthés qui encombrent traditionnellement la scène lors de ce
type de concert, ne laisse guère paraître plus de deux claviers côte à côte,
surmontés chacun de l’inévitable MacBook. Cette mise en scène très
kraftwerkienne se ressent aussi dans la musique. Si l’influence de la Berlin School est
évidente, le duo recherche manifestement un son neuf, sans tache ni faiblesse.
L’ensemble reste donc solide, même si on peut regretter son aspect trop léché.
Pas de place, ici, pour l’improvisation et la surprise.
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| Klaus Hoffmann-Hoock & Udo Hanten @ B-Wave Festival 2014 |
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| Udo Hanten |
C’est tout le contraire lors de la prestation d’Udo Hanten
et Klaus Hoffmann-Hoock. Ce dernier, connu pour son jeu de guitare aérien et
ses envolées de mellotron, dont il est l’un des spécialistes mondiaux, a
apporté sur scène toute sa panoplie. Outre ses guitares et son memotron – la
version numérique du vénérable instrument –, Klaus intervient également au
sitar sur l’un des morceaux, rappelant ce faisant l’influence de l’Inde sur son
univers. Udo Hanten, quant à lui, fut avec Albin Meskes l’une des têtes
pensantes du duo You dans les années 80. En quelques albums, le groupe s’était
alors hissé au sommet de la musique électronique allemande, quelque part entre
Software et Kraftwerk. Avec Klaus, qu’il connaît de longue date, Udo Hanten démontre
qu’il n’a rien perdu de son habileté au séquenceur, dans l’esprit original de
You. Fait rare dans ce milieu, le public est en mesure de comprendre qui fait
quoi sur scène.
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| Klaus Hoffmann-Hoock |
Les séquences rugueuses d’Udo et les plages tremblantes de
mellotron de Klaus (qui mêle surtout la flute
et les strings) composent un univers
fascinant, même si les deux hommes se cherchent parfois. L’improvisation est au
cœur de leur prestation. En conséquence, celle-ci connaît quelques flottements.
Mais, précisément, c’est ce qui lui donne cet aspect artisanal et brut des
premiers albums de You, voire de la musique électronique des années 70. On
regrette que le duo se soit senti obligé d’ajouter ici ou là quelques
rythmiques techno plus contemporaines, dont cette musique n’a décidément pas
besoin. Comparés au concert qui a précédé – sans faute, trop parfait (une
tendance actuelle très prononcée sur cette scène qui souffre à tort d’un
complexe d’infériorité par rapport aux jeunes loups de la musique électronique)
–, les défauts et les incertitudes d’Udo et Klaus sonnent comme un vrai
rafraîchissement.
C’est aussi le cas du dernier duo allemand de la soirée,
Rainbow Serpent, composé des deux musiciens d’Oldenburg Frank Specht et Gerd
Wienekamp, qui se faisaient rares sur scène ces dernières années. Mais ici, les
beats musclés prennent tout leur
sens. Frank et Gerd font partie des rares à savoir vraiment s’y prendre pour
booster les bonnes vieilles séquences de la Berlin School aux
rythmes d’aujourd’hui. On le sait, Gerd Wienekamp est un artisan attentif du
séquenceur, capable d’en démultiplier les couches en direct avec une étonnante
facilité et sans gestes inutiles. Les longues évolutions planantes dont Rainbow
Serpent a le secret, mêlées aux beats de la jeune génération, feraient pâlir
d’envie bien des jeunes DJs. Il ne reste plus qu’à attirer un tel public. Selon
Johan Geens, l’affluence de cette seconde édition a augmenté de 40% par
rapport à l’année précédente. Il faut à présent la rajeunir.
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| Gerd Wienekamp & Frank Specht : Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014 |