Le premier B-Wave Festival en Belgique a permis aux visiteurs de découvrir, entre deux concerts, une démonstration des deux produits de la firme berlinoise Manikin Electronic, le Schrittmacher et le Memotron. Au programme, un mini-concert de Broekhuis, Rothe & Schönwälder, des questions-réponses avec Thorsten Feuerherdt et Markus Horn, les fondateurs de la société il y a dix ans, et une démonstration de l’indispensable Klaus Hoffmann-Hoock, qui présentait la dernière banque de sons développées par ses soins pour le Memotron, la « Harry’s collection ».
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| La démonstration Manikin Electronic au B-Wave Festival avec Bas Broekhuis, Frank Rothe & Mario Schönwälder |
Heusden-Zolder (Belgique), le 7 décembre 2013
La démonstration du Schrittmacher et du Memotron
Rien de mieux qu’un concert de BK&S pour présenter les
immenses ressources du Schrittmacher et du Memotron. La bande a toujours été la
première à expérimenter les innovations technologiques de Manikin Electronic. Mario
Schönwälder, gérant du label Manikin Records, n’a pas seulement donné son nom à
la firme jumelle. Il est pratiquement le commanditaire de ses deux produits
phares. Mais en l’absence de Detlef Keller, c’est Frank Rothe, l’ingénieur du
son et complice de longue date, qui prend place devant le Schrittmacher, tandis
que Mario s’attèle au Memotron. Bas Broekhuis, à la batterie électronique,
complète le casting. Dans une ambiance vivante et décontractée, la petite
improvisation à laquelle les trois hommes se livrent permet en tout cas de
découvrir la souplesse du Schrittmacher, avec lequel Frank Rothe multiplie les
séquences, parfois très complexes, mais aussi de mesurer l’incroyable fidélité
du Memotron à son ancêtre analogique, le mellotron.
Jusqu’à présent, sept banques de sons ont été développées,
reprenant les bandes originales de mellotrons d’époque : une « studio
collection », quatre « vintage collections », une « Berlin
School collection » et la dernière, achevée il y a quelques semaines, la
« Harry’s collection ». Toutes sont composées de fichiers audios dans
un format propriétaire sans déperdition conçu par Markus Horn. Mario a puisé
dans la « Berlin School collection » l’essentiel de son improvisation
du jour. Il a aussi utilisé les collections vintage et un ou deux sons de la
« Harry’s », une collection une fois encore élaborée par les soins de
Klaus Hoffmann-Hoock, dont l’intéressé se fait une joie de donner une
démonstration plus détaillée. Cette bibliothèque de sons est directement issue
des bandes originales d’un authentique Chamberlin. Cet instrument, inventé par
Harry Chamberlin au début des années 50, est considéré comme l’ancêtre du
mellotron. Sous l’œil de plusieurs spectateurs, connaisseurs ou non, Klaus
montre les différences significatives qui peuvent exister entre les textures d’origines
et celles des mellotrons ultérieurs, passant alternativement d’une banque à l’autre.
Il revient ensuite aux deux fondateurs de Manikin Electronic d’expliquer leur
démarche.
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| Thorsten Feuerherdt et Markus Horn |
Entretien avec Thorsten Feuerherdt et Markus Horn, fondateurs de Manikin Electronic
Quand avez-vous fondé
Manikin Electronic ?
Thorsten Feuerherdt –
En 2003. Pour assurer la sortie de notre premier appareil, le Schrittmacher.
Qu’est-ce que le Schrittmacher ?
Markus Horn – Le Schrittmacher
est un step sequencer midi. L’idée vient de notre ami Mario Schönwälder. Il possédait
à l’époque un séquenceur Doepfer Maq16/3, mais nous avait fait part de son
insatisfaction. L’instrument se désaccordait souvent, notamment en concert. Quand
il nous a demandé si nous voulions bien développer pour lui un séquenceur à pas
plus fiable, nous nous sommes attelés [avec l'aide de Klaus Schulze] à la conception du Schrittmacher. Il est compatible
midi, possède 32 pistes indépendantes de 16 pas, et dispose aussi bien des
paramétrages usuels du step sequencing que de fonctions propres.
Qu’est-ce que le
Memotron ?
TF – Le Memotron
est un remake digital du mellotron M400, que nous avons commencé à développer
vers 2005-2006. L’idée vient également de cette scène électronique
traditionnelle, également de Mario Schönwälder. Pour jouer en concert, il avait
bourré son sampleur Kurzweil K2500 de samples de mellotron. Bien sûr, les sons typiques
du mellotron sont idéaux pour ce type de musique. Mais les entendre sortir d’un
tel appareil, ça faisait bizarre. C’était du bricolage. Nous lui avons fait
remarquer. Il nous a répondu que nous n’avions qu’à lui construire nous-mêmes
un instrument… et qui présente bien, si possible ! Nous l’avons pris au
mot. Mais où trouver les sources sonores ?
TF – Nous avons
pris contact avec Klaus Hoffmann précisément parce que nous connaissions les
bibliothèques de sons de mellotron qu’il avait conçues, notamment pour le
M-Tron de la firme GMedia, avec laquelle nous étions déjà en relation, mais
aussi pour Kurzweil et d’autres firmes. Il possédait déjà son immense
collection, il en avait restauré plusieurs. C’est le pape du mellotron. Nous
lui proposé de collaborer à notre propre projet, sans savoir encore dans quelle
direction aller. Il a accepté. Avec lui, nous avons ainsi décidé ce à quoi le
Memotron devrait ressembler, ce qu’il pourrait faire, ce qu’il ne pourrait pas
faire. Toutes nos dernières bibliothèques sont de lui. [cf notre entretien avec Klaus Hoffmann à Oirschot en octobre.]
Quels artistes
utilisent du matériel Manikin Electronic ?
TF – Whoa ! La
liste est très longue, nous en avons publié une partie sur notre site : Rick Wakeman, Oasis, Paul Weller, Jean-Michel Jarre, Tangerine
Dream, Klaus Schulze, Air, Barclay James Harvest, The Zombies, The Moody Blues…
Les Moody Blues ont
un Memotron ? Ça c’est intéressant. Nights
in White Satin est l’une des plus célèbres chansons mettant à l'œuvre un
mellotron, et voilà qu’ils utilisent votre version digitale !
TF – Oui, c’est
ça ! Et la liste s’allonge, car de plus en plus d’artistes découvrent les
incroyables possibilités des deux produits.
Que faisiez-vous
avant ? Quel métier exerciez-vous ?
MH – Nous nous
sommes connus à l’université, à Berlin, où nous nous trouvions déjà dans cette
branche très technique, électronique et informatique. Une fois nos diplômes
obtenus, au bout de six semaines, je crois, nous avions déjà trouvé du travail
dans la même boîte, une entreprise de services numériques, Thorsten en temps
que spécialiste du hardware, et moi du software. Sur notre temps libre, nous avions
alors commencé à développer en parallèle le Schrittmacher pour Mario. Il n’était
pas encore question de commercialisation, encore moins de production en série. Mais
la bulle Internet a fini par éclater. Les ingénieurs perdaient leurs jobs les
uns après les autres. C’est ce qui nous est arrivé, vers 2001-2002. C’était l’occasion
de se lancer sérieusement.
TF – Oui, depuis
2003, Manikin est notre activité principale. Nous en vivons tous les deux. L’entreprise
a deux missions : développer le Schrittmacher et le Memotron d’une part,
proposer toutes sortes de services techniques aux musiciens d’autre part.
Et vous-mêmes, n’avez-vous
jamais eu envie de produire votre propre musique ?
MH – Oui au
début. Il y a très, très longtemps, j’ai programmé un peu de musique sur Amiga.
J’avais même acheté un clavier d’entrée de gamme. Mais c’était juste pour m’amuser.
Nous avons très rapidement été accaparés par notre travail.
Comme Robert Moog, en
somme.
TF – Ha ha, oui.
Nous sommes de purs ingénieurs, pas des musiciens. En outre, quand nous voyons comment
nos clients se servent de nos produits, nous ne pouvons que constater à quel
point ils sont meilleurs que nous. Alors nous n’éprouvons plus le besoin de
jouer nous-mêmes.
Manikin Electronic
a-t-elle déjà fait l’objet d’offres de rachat par de grosses firmes ?
TF – Non... pas
encore !
MH – Il faut dire
que le Schrittmacher et le Memotron occupent une toute petite niche.
TF –Notre travail
ne se distingue pas tant que ça de celui d’autres ingénieurs en électronique.
En revanche, ce sont nos deux produits qui sont vraiment très spéciaux.
Il n’y en a que deux
pour le moment, Envisagez vous d’en développer d’autres ?
MH – Oui. On va
laisser Mario décider, ha ha ha. Non je plaisante.
TF – Pour l’instant,
nous poursuivons le développement de nos deux appareils. Ce n’est jamais fini. Le
Schrittmacher subit régulièrement de nouvelles améliorations, nous ajoutons des
banques de sons au Memotron. Les idées sont là. Quant à savoir comment elles se
traduiront : nous verrons bien.
>> Interview de BK&S
>> Interview de Klaus-Hoffmann-Hoock



