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jeudi 23 octobre 2014

Synthex : le nouvel espoir de la scène électronique


Synthex – Jeffrey Haster de son vrai nom – a surgi sur la scène électronique néerlandaise en 2012, avec un premier album intitulé Pythagoras. Invité par Ron Boots à se produire en marge du E-Day en avril 2013, aux côtés de Gert Emmens, il publiait en octobre son second disque, Mirrorland, à l’occasion du E-Live 2013. Un an plus tard, il lui revient d’ouvrir l’édition 2014 du même festival, et donc d’en partager l’affiche avec le grand Manuel Göttsching. Un honneur pour le jeune garçon. Car Synthex n’a que 16 ans. Et tout roule pour lui depuis que Ron Boots, le parrain de la musique électronique aux Pays-Bas, en a fait son petit protégé. Jeffrey s’en expliquait juste après sa prestation.

 

Synthex live @ E-Live 2014 (lors du soundcheck) / photo : Andre Stooker
Synthex live @ E-Live 2014 (photo : Andre Stooker)

Oirschot, le 18 octobre 2014

Quel âge as-tu Jeffrey ?

Synthex – J’ai 16 ans. Je suis né en 1998 à Eindhoven, où j’habite encore aujourd’hui.

Que signifie ton nom d’artiste ?

Synthex – Il n’a pas de signification particulière. Quand est venu le moment de choisir un nom de scène, j’ai choisi Synthex en référence à un synthétiseur qui s’appelait le Elka Synthex, un appareil génial dont j’aurais bien aimé posséder un exemplaire. J’ai eu la chance de jouer sur l’un d’entre eux lorsque je suis allé visiter le studio de Michel van Osenbruggen.

Qu’est-ce qui t’as poussé vers l’univers des synthétiseurs ?

Synthex – Depuis que je suis petit, je veux devenir musicien, parce c’est la classe ! J’ai toujours fait de la musique, aussi loin que je me souvienne. Mais j’ai véritablement commencé à jouer sur des synthés en 2011, à l’âge de 12 ans. C’est mon père qui m’a fait découvrir la musique électronique, Jean-Michel Jarre, Vangelis, mais aussi le rock progressif. Il en connaît un rayon. Il est allé à de très nombreux concerts.

Synthex @ Apollo Studio 2012 / photo : Marcel Haster
Synthex en 2012 dans le studio Apollo de Michel van Osenbruggen
(photo : Marcel Haster)
Qui t’a le plus influencé ?

Synthex – Oh ça, c’est très simple : Jarre !

Tu en parlais à l’instant : tu as été l’un des rares privilégiés à avoir le droit de pénétrer dans le studio Apollo de Michel van Osenbruggen alias Synth.nl. C’était comment ?

Synthex – Indescriptible. Dès le moment où je suis entré, j’ai vu cette collection. Michel a des centaines de synthés. Je voulais jouer sur tous à la fois. Je ne savais plus quoi faire, parce que je n’ai que deux mains. C’était formidable. Il a tous les classiques, dont le fameux Synthex.

Ton premier album Pythagoras, remonte déjà à deux ans. Le titre est-il lié… à tes cours de math ?

Synthex – Haha, non, non ! En réalité, je ne me souviens plus d’où vient ce nom. J’ai commencé à enregistrer ce disque chez un ami. En fait, je suis allé chez lui parce qu’il avait un synthé. J’ai joué quelques morceaux, il les a enregistrés sur son ordinateur puis gravés sur un CD. J’étais content, je pouvais dire : « Eh ! J’ai fait un album ! ». Mais je ne saurais plus dire pourquoi je l’ai nommé Pythagoras. C’est un nom que j’aime bien, c’est tout. Ce n’est pas lié aux maths. Je ne suis pas un grand fan de maths.

Synthex - Pythagoras (2012) / source : cue-records.de
Synthex – Pythagoras (2012)
Quels instruments utilises-tu sur Pythagoras ?

Synthex – Presque que des synthétiseurs. La quasi-totalité de l’album a été réalisée sur mon Roland XP-80, tout simplement parce que c’était le seul instrument que je possédais à l’époque. J’ai aussi utilisé un piano et, sur une des pistes, un xylophone et un mélodica, que j’ai enregistrés avec un simple micro, pas du tout dans des conditions professionnelles.

Aujourd’hui, chacun a pu constater ta dextérité au piano. Tu as manifestement suivi des leçons, non ?

Synthex – J’ai suivi des cours, oui, mais j’avais commencé à jouer bien avant. Ces leçons n’ont eu pour objectif principal que d’améliorer ma technique, et en particulier de m’apprendre à utiliser beaucoup plus la main gauche.

Ron Boots a joué un rôle important dans ton développement musical. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Synthex – Mon père connaissait Ron. Quand il est devenu évident que les possibilités du piano étaient trop limitées, pas assez intéressantes à explorer, il est allé sur un forum néerlandais dédié aux synthés, dans l’objectif de m’en acheter un. Après enquête, il me restait le choix entre un Yamaha CS1X et le Roland XP-80. Mon père a demandé à Ron ce qu’il choisirait, lui. Ron a tout de suite répondu : le Roland. Nous lui avons rendu visite à i4-Muzique, le magasin de musique où il travaille à Eindhoven. C’est là que je l’ai rencontré pour la première fois. Il m’a entendu jouer ; je lui ai dis : « J’ai fait un CD. Accepterais-tu de le publier ? », et il a répondu oui.

Synthex - Mirrorland (2012) / source : cue-records.de
Synthex – Mirrorland (2013)
L’année dernière a suivi un second album, Mirrorland. En quoi est-il différent du premier ?

Synthex – Je pense que la manière dont je compose a un peu changé. Tout ce qui figure sur le premier disque a été enregistré en audio uniquement. Je joue, et ce que je joue se retrouve sur l’album, sans ajout ni édition. Sur Mirrorland, j’ai essayé de faire pareil autant que possible, de jouer live le plus possible. Mais comme j’utilise plus d’instruments, il y a quand même un peu de travail d’édition. J’y ai aussi consacré plus de temps. En bref, je dirais que si le premier album était plus expérimental, le second est plus structuré.

Tu consacres beaucoup de temps à ta musique ?

Synthex – Beaucoup. Et pourtant, je dois aussi aller à l’école, donc je ne peux pas y consacrer tous mes efforts. Mais dès que je n’ai pas trop de devoirs, tout mon temps libre y passe. Pour un concert comme celui-ci, je me suis préparé pendant plusieurs semaines.

Synthex en 2010 / photo : Barbara Haster
Synthex à ses débuts en 2010
(photo : Barbara Haster)
De toute évidence, ton père est ton premier fan. Mais comment réagit le reste de la famille ?

Synthex – Ils aiment beaucoup ce que je fais et ils me soutiennent. J’en ai besoin. Mes grands-parents aussi. Ils sont venus aujourd’hui, tout comme ils étaient venus lors de mon premier concert.

Ça se passe bien, en classe ?

Synthex – Oui. J’ai réussi mes derniers examens partiels. Les examens finaux se dérouleront à l’issue de l’année scolaire.

Que pensent tes camarades de tes activités musicales ?

Synthex – Je leur ai fait un peu écouter ma musique. Ils trouvent ça cool, bien sûr, même si la plupart ne sont pas fans de ce genre de musique. Mais ils aiment, oui. Quelques-uns de mes amis sont même venus aujourd’hui.

Selon toi, pourquoi cette scène n’attire-t-elle pas plus de jeunes comme toi ?

Synthex – Ce n’est plus une musique très tendance de nos jours. J’aimerais que d’autres jeunes de mon âge s’y intéressent, c’est sûr, parce qu’avec tous les nouveaux outils disponibles de nos jours, conçus pour créer ce type de musique, ils s’amuseraient bien. Mais la plupart sont à fond dans le mainstream. Pas moi.

Synthex live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Synthex live @ E-Live 2014
Qu’est-ce que ça fait de jouer juste avant le grand Manuel Göttsching ?

Synthex – J’en suis ravi. C’est une chance énorme, et un jour spécial pour moi. Quel privilège de me produire sur la même scène que Manuel Göttsching, même si ce n’est pas à la même heure !

Des quatre artistes présents sur scène aujourd’hui, tu avais sans doute le matériel le plus volumineux.

Synthex – Oui. A part mon ordinateur, j’ai déplacé tout mon studio : mon instrument principal, le Roland XP-80, évidemment, mon Gem S2, mon Korg MS-20. J’ai aussi emprunté à Ron un clavier Nord Stage 2. C’est un appareil qu’on reconnaît à sa couleur rouge. Lors de mon précédent concert il y a un an et demi dans la petite salle, j’avais apporté mon ordinateur, parce que je devais synchroniser une piste de métronome avec la piste playback pour Gert Emmens, qui m’accompagnait alors à la batterie. Sans cela, je n’ai pas besoin de PC sur scène. Et puis, je ne voulais pas le trimballer jusqu’ici.

Synthex live @ E-Day 2013 / photo : Barbara Haster
Synthex live @ E-Day 2013 (photo : Barbara Haster)
Quelle sera ta prochaine étape ?

Synthex – Je n’ai pas l’intention de m’arrêter après deux disques. Donc j’ai déjà prévu un nouvel album. Mais je ne sais vraiment pas quand il sera prêt. Cela dit, le travail suit son cours. Par exemple, le dernier titre de mon concert, juste avant le rappel, figurera sur le disque.

Aimerais-tu continuer la musique ?

Synthex – Si c’était possible, j’adorerais devenir musicien professionnel. Mais je sais qu’il est très difficile de gagner sa vie avec ce genre de musique. C’est même virtuellement impossible. Pourquoi pas un job comme celui de Ron ? Mais je ne veux pas me mettre la pression. S’il y a de la pression, si tu dois à tout prix sortir un disque parce que c’est ta seule possibilité de gagner de l’argent, alors je crois que ça affecte toujours la musique de manière négative.

Jeffrey Haster alias Synthex @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Jeffrey Haster alias Synthex à l'issue du E-Live 2014
Et aujourd’hui ? La pression, tu l’as ressentie ?

Synthex – J’étais nerveux avant d’entrer en scène. J’attendais en coulisses pendant l’introduction interminable de Ron Boots. Quand il a annoncé mon nom, je me suis dit « Oh c’est mon tour ! » Je suis entré en scène et j’ai vu tous ces gens. Quel frisson !



mercredi 22 octobre 2014

E-Live 2014 : trois générations sur scène


Réunir sur la même affiche l'une des légendes de la scène électronique classique, et son plus jeune représentant, telle était la particularité de cette 17e édition du E-Live, qui affichait complet pour l'occasion. Jeffrey « Synthex » Haster, 16 ans, avait en effet le privilège d'ouvrir ce festival clôturé par l'une des figures les plus importantes de l'histoire de la musique électronique : Manuel Göttsching, fondateur d'Ash Ra Tempel en 1970. La soirée faisait aussi une place à la Dark Berlin School du duo belge The Roswell Incident, mais aussi à l'un des maîtres de la scène néerlandaise, Gert Emmens.

 

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching live @ E-Live 2014

Oirschot, le 18 octobre 2014

Synthex live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Synthex live @ E-Live 2014
Agé de 16 ans à peine, Jeffrey Haster, plus connu sous le nom de Synthex, a déjà deux albums à son actif. Ron Boots, maître d'œuvre du E-Live, lui avait déjà offert en 2013 l'opportunité de se produire en public lors du E-Day, le pendant printanier de son festival de musique électronique. Cette fois, Synthex fait l'ouverture d'une édition haut de gamme et devant salle comble, puisque la tête d'affiche n'est autre que Manuel Göttsching. Synthex démontre tout d'abord que la confiance que lui accorde Ron Boots depuis trois ans n'est pas usurpée. Le jeune garçon d'Eindhoven joue ses solos avec aisance et dextérité, comme le démontre son rappel, une pièce pour piano solo que n'aurait pas reniée Johannes Schmoelling. Côté inspiration, Jeffrey oscille entre classicisme et modernité. Ce n'est pas tout à fait un hasard si cette alternative vient en premier à l'esprit. En effet, il manque encore à Synthex un son distinctif, une identité propre. Avec l'expérience – et le soutien de ses aînés –, il la trouvera. Son potentiel est énorme.

The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
The Roswell Incident live @ E-Live 2014
The Roswell Incident avait déjà fait une excellente impression sur l'auditoire du premier B-Wave Festival en Belgique, en décembre 2013. Atmosphères, séquences, nappes : les frères Koen et Jan Buytaert manipulent les armes de la Berlin School la plus classique. Moins romantiques que leurs homologues allemands, moins joyeux que les Néerlandais, ils explorent en revanche une facette étonnamment sombre de ce genre si particulier. Parlera-t-on un jour à leur sujet de Dark Berlin School ? Ce n'est pas dans sa manière d'interpréter, mais dans sa manière de concevoir la Berlin School que le groupe se distingue de tous les autres. Koen et Jan savent choisir leurs textures avec goût, ménager leurs effets avec intelligence et, surtout, introduire leurs séquences avec une rare subtilité. En fait, toute personne un peu familière avec Tangerine Dream se laissera immédiatement transporter dans leur univers.

Gert Emmens live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Gert Emmens live @ E-Live 2014

Gert Emmens live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Gert Emmens
Avec Ron Boots, Gert Emmens est l'une des locomotives de la scène néerlandaise, et l'un des fers de lance du label Groove Unlimited. Lui qui, lors du dernier E-Day au mois de mai, promouvait encore son disque en collaboration avec Ruud Heij, Signs, et qui assurait ne pas vouloir remonter sur scène dans l'immédiat, figure non seulement à l'affiche de cet E-Live, mais publie de surcroît son nouvel album solo, Outland, un disque résolument orienté science-fiction. Quatre titres extraits de l'album, ainsi qu'un morceau spécialement conçu pour le festival, sont au programme. Que des inédits, donc, qui permettent de vérifier à quel point Gert revient toujours au style de ses débuts, même après s'être essayé à l'ambient et au rock progressif. Si l'on en juge par cette version live, Outland s'inscrit en effet dans la droite ligne de disques qui ont fait date dans le répertoire de Groove, comme Obscure Movements In Twilight Shades (2003) et Waves Of Dreams (2004). Mêmes textures, même sophistication, même légèreté. Emmens est un musicien aérien et raffiné.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching joue sur son orgue Farfisa

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
L'entrée en scène de Manuel Göttsching ne laisse personne indifférent. Pour nombre de visiteurs, cette soirée représente même la toute première opportunité d'admirer le maître sur scène. Aucun déluge de lumières ni de projection vidéo n'accompagnent le récital. Sans ses compères Harald Grosskopf à la batterie et Steve Baltes aux machines, Manuel se suffit à lui-même, seul au milieu de cette immense scène. C'est sur Ableton Live qu'il lance ses séquences électroniques pour mieux se concentrer sur ses solos, le plus souvent à la guitare, mais aussi sur son célèbre orgue Farfisa, qui ne semble plus le quitter. Le Farfisa joue d'ailleurs le premier rôle lors de l'un des temps forts du concert, Dream, extrait de Dream & Desire (1977-1991), l'un des titres les plus caressants de sa discographie. Entre Ashra, Ash Ra Tempel et sa carrière solo, il n'est d'ailleurs pas si aisé de s'y retrouver. Ce soir, le guitariste laisse de côté Inventions for Electric Guitar et E2-E4, ses plus célèbres albums. Outre Dream, il interprète essentiellement des extraits de New Age of Earth (1976) et Blackouts (1977), ses deux premières œuvres estampillées Ashra ( …mais enregistrées en solo). Le second temps fort n'est autre que le rappel, Oyster Blues, un titre interprété pour la première fois lors de la transmediale de Berlin en 2012, et qui montre à quel point Manuel Göttsching demeure, après 45 ans de carrière, un musicien inspiré et innovant.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Set list Manuel Göttsching : Die Mulde. – Shuttle Cock. – Dream. – Sunrain. – Midnight on Mars. – Deep Distance – [rappel] Oyster Blues.