Aujourd'hui 25 août, Eloy a publié son nouvel album, The Vision, the Sword and the Pyre (Part I), première partie d'un diptyque consacré à Jeanne d'Arc. Un projet annoncé depuis des années par Frank Bornemann, chanteur, guitariste et leader de la formation. Quel musicien ne prétend–il pas n'avoir jamais enregistré de meilleur album que le dernier ? Frank Bornemann ne s'est pas contenté de le prétendre : il l'a fait. Sans exagération, The Vision, The Sword and the Pyre est l'apothéose de la carrière d'Eloy. On peut regretter qu'aucune tournée ne soit prévue en raison des activités trop prenantes des autres membres du groupe. Mais Frank envisage toujours une adaptation sur scène en France, sous la forme d'un opéra rock ambitieux.
Strasbourg, le 25 août 2017
Quand j'ai su que Frank Bornemann se lançait dans un projet
grandiose d'opéra rock consacré à Jeanne d'Arc, j'ai tout de suite été très
enthousiaste et très inquiet. Jeanne d'Arc est la passion de Frank depuis un
quart de siècle, et il n'a jamais cessé de méditer son projet depuis lors.
Autrement dit, c'est le rêve de sa vie. Dans ces conditions, l'album qui devait
émerger de tout cela ne pouvait être qu'un chef d'oeuvre ou ne jamais voir le
jour. On sent bien qu'un disque simplement « bon » n'aurait pas été suffisant. Mais
après des monuments comme Dawn, Ocean, Silent Cries and Mighty Echoes, Planets
ou Time to Turn, comment faire encore
mieux ? Or quel musicien peut se vanter de sortir son meilleur album au bout du
18e essai, après 50 ans de carrière ? Le temps des grands succès ne s'éloigne-t-il
pas inexorablement ? L'inspiration ne s'émousse-t-elle pas avec les années ?
Les artistes ne sont-ils pas enclins à se reposer sur leurs lauriers ?
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| Eloy – The Vision, The Sword and the Pyre (Part I) (Artist Station, 2017) |
J'ai entre les mains le nouveau Eloy, le 18e, donc : The Vision, the Sword and The Pyre (Part I).
La première écoute, il y a quelques jours, m'avait déjà fait bonne impression.
Je retrouvais le son éternel d'Eloy, ce dialogue de la guitare et des claviers,
ces atmosphères planantes et ces riffs majestueux sans lesquels Eloy ne serait
plus Eloy. Mais il m'a fallu quelques écoutes supplémentaires pour me rendre
compte de l'évidence : The Vision, the
Sword and The Pyre est une merveille. Non seulement Eloy est de retour,
mais il va plus loin que jamais. Visionary,
en 2009, était un bon album, mais il donnait surtout envie de réécouter Ocean. The Vision, the Sword and The Pyre ne résonne plus comme l'écho
d'un glorieux passé, mais comme son couronnement. Comme si Ocean et Planets n'avaient
fait qu'annoncer ce dernier opus. Un indice m'en a convaincu. Sitôt les
dernières mesures passées, j'ai voulu réécouter le disque tout entier depuis le
début, encore et encore. Une expérience de plus en plus rare.
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| Frank Bornemann (photo : Kate Cymmer) |
Frank Bornemann a porté aux voix un soin particulier.
N'oublions pas qu'il s'agira plus tard d'un spectacle sur scène, avec des
acteurs. A cet égard, il a réalisé avec brio un équilibre difficile entre les
chansons et les passages parlés, savamment saupoudrés tout au long de l'album.
Chœurs floydiens (Les Tourelles) solistes
habitées (notamment Isgaard sur The
Prophecy) et même un émouvant chœur d'enfants contribuent au frisson.
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| La statue de Jeanne d'Arc à Strasbourg |
Eloy a placé la barre très haut avec cet album éblouissant, inspiré de bout en bout, et pratiquement dépourvu de faiblesses. Sans même anticiper sur la
seconde partie, dont Frank a déjà composé quelques esquisses, on ne peut
qu'espérer que son idée de spectacle en France se concrétise. Les qualités cinématiques de l'album, son expressivité, son intensité dramatique : tout y invite. Pourquoi pas sur
le parvis de la cathédrale d'Orléans ?


