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dimanche 2 décembre 2018

Michael Stearns au B-Wave Festival 2018


Le Centre culturel Muze de Heusden-Zolder était le théâtre de la sixième édition du petit festival belge B-Wave. Un « petit » festival qui accueillait tout de même Michael Stearns, l’un des papes de l’ambient, en tête d’affiche, après avoir invité non moins que Robert Rich il y a trois ans. Cette année, les Belges d’Aerodyn, les Allemands de Pyramaxx et le Norvégien Erik Wøllo complétaient le programme.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Michael Stearns live @ B-Wave Festival 2018

Heusden-Zolder (Belgique), le 1er décembre 2018

Aerodyn @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Aerodyn
Pas de chance. Aerodyn n’en avait plus que pour 10 minutes lorsque je suis entré dans la salle où le groupe belge se produisait. La faute aux gilets jaunes – en partie. Jan Buytaert, la moitié de The Roswell Incident, Alain Kinet, la moitié de Thurim, et Philippe Wauman, sound-designer inclassable derrière le projet Anantakara, s’étaient produits pour la première fois l’année dernière lors du festival Cosmic Nights. Ils ne m’étaient donc pas étrangers. Mais difficile, en dix minutes, de juger leur évolution.




Onsturicheit / Alianna
Mon retard, en revanche, ne m’a pas privé des petites animations du foyer, où plusieurs instruments étaient en démonstration, dont d’énormes systèmes modulaires Doepfer. Une petite scène était également aménagée pour permettre à deux artistes belges de s’exprimer, Alianna et Onsturicheit. Tous deux ont en commun de paraître un peu plus branchés que les musiciens de la scène traditionnelle, plus âgés et plus bon-papas. Alianna, en fourreau lamé et Onsturicheit (qui signifie « incontrôlable » en vieux néerlandais, « comme ma machine », dit-il), look de dandy sophistiqué, s’intéressent à cette scène seulement pour ses instruments vintages. Il y a en effet peu en commun entre leurs improvisations bruitistes et la Berlin School ou l’ambient.

Pyramaxx @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Pyramaxx
Pyramaxx est composé du synthétiste Axel Stupplich et du guitariste Max Schiefele (alias Maxxess). La guitare, munie d’effets de délai, s’est toujours bien mariée à la musique électronique. Ce n’est pas Manuel Göttsching qui dirait le contraire. La musique de Pyramaxx ressemble par certains côtés à celle de Pyramid Peak, le groupe d’Axel Stupplich, mais tout se passe comme si ce dernier avait écarté les aspects Berlin School qui sont encore très présents chez Pyramid Peak, notamment les séquenceurs, pour ne conserver, au côté de Max, que les parties les plus rock. C’est donc du rock électronique qu’on entend ici, avec basse et batterie de synthèse, en playback. On se rapproche du travail de FD Project ou Ron Boots.

Erik Wollo @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Erik Wøllo
Contre toute attente, le beat va aussi jouer un rôle important chez Erik Wøllo. Guitariste avant tout, mais aussi à l’aise derrière les synthés, le Norvégien s’est fait connaître avec ses atmosphères à la frontière du New Age. J’étais peu familier de sa musique, mais ses collaborations avec Ian Boddy et Steve Roach laissaient penser qu’il explorerait les mêmes chemins. Ce fut le cas pendant la première demi-heure, minimaliste et planante, avant que les percussions ne fassent leur entrée et, en ce qui me concerne, ne ruinent en partie son concert. Affaire de goût, sans doute, mais la batterie électronique est un vrai problème. C’était aussi le cas dans le set précédent.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Michael Stearns live @ B-Wave Festival 2018

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Selon Gabriele Quirici, Michael Stearns fait partie des quatre artistes fondateurs de la musique ambient avec Kevin Braheny, Steve Roach et Robert Rich. Il en est même, chronologiquement, le plus ancien. Né en 1948, il a publié son premier album, Desert Moon Walk, en 1977. Braheny, de quatre ans plus jeune, a débuté quant à lui sa carrière discographique un an plus tard, tandis que Roach (né en 1955) et Rich (né en 1963) ont tous deux sorti leur premier disque en 1982.

Michael Stearns a assisté aux concerts du jour, et il n’a pas pu s’empêcher de remarquer lui aussi que le beat y avait été omniprésent. Aussi s’excuse-t-il par avance du fait qu’il n’y aura pas autant de quoi se trémousser avec lui. « Il n’y aura même pas grand-chose à voir, ajoute-t-il. A part moi, derrière mes consoles, en train de produire des bruits bizarres ». Et de fait, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Son Planetary Unfolding, sorti en 1981, fait partie des classiques de l’ambient. Selon moi, il s’agit même de l’un des disques les plus importants de la musique électronique dans son ensemble. Les textures très riches et les puissants accords qui caractérisaient cette œuvre sont bien présents lors du concert, jusqu’à un final hallucinant, qui m’a beaucoup rappelé le crescendo auquel s’était aussi adonné Ian Boddy en 2013 dans cette même salle. Même si l’ensemble du set manque un peu d’unité, semble parfois décousu, Michael Stearns montre qu’à 70 ans, il fait encore partie des artistes les plus intrigants et les plus impressionnants du genre.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Alors que la première édition du B-Wave Festival n’avait pas atteint les 100 spectateurs, celle-ci, la sixième, a doublé son audience, après une croissance constante. C’était la dernière fois que le Centre culturel Muze accueillait la manifestation. L’année prochaine, elle aura lieu à quelques kilomètres de là, dans un lieu déjà bien connu des festivaliers : la Luchtfabriek de Heusden-Zolder, qui s’est agrandie cette année, avec l’adjonction d’un nouveau bâtiment dédié aux spectacles.
Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Johan Geens, l’organisateur, a déjà de nombreux projets très ambitieux, mais encore secrets. Il peut compter sur le soutien financier du gouvernement de Flandre. « S’il y a une chose qu’ils ont bien fait ces derniers temps, dit-il, c’est bien cela ! ». On peut lui faire confiance. N’a-t-il pas réalisé le coup de maître d’inviter Robert Rich il y a trois ans ? Nombreux sont ceux qui s’accordent sur ce point : les deux festivals belges, Cosmic Nights, fondé par Mark De Wit, et B-Wave, organisé par Johan Geens, proposent une programmation toujours passionnante et toujours renouvelée, ce dont les concurrents allemands et néerlandais ne peuvent pas toujours se prévaloir.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
La projection vidéo derrière Michael Stearns fait penser à une nouvelle version de Koyaanisqatsi



dimanche 21 septembre 2014

B-Wave 2014 : direction Berlin


Trois duos allemands et un seul artiste belge, telle était l’affiche de la seconde édition du B-Wave Festival à Heusden-Zolder, dans le Limbourg. Si, l’année passé, le Britannique Ian Boddy, faisait figure de seule tête d’affiche, cette fois, les organisateurs ont vu grand puisque deux valeurs sûres se partagent les honneurs : Klaus Hoffmann-Hoock et l’ancien de You, Udo Hanten, d’une part ; le duo Rainbow Serpent, composé de Frank Specht et Gerd Wienekamp d’autre part. Il revenait au Belge Sensory++ et aux Allemands Erik Seifert et Josef Steinbüchel d’ouvrir le bal.


Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Gerd Wienekamp & Frank Specht : Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014

Heusden-Zolder (Belgique), le 20 septembre 2014

Sensory++ @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Sensory++
Alors que la première édition du B-Wave Festival nous avait offert une programmation majoritairement belge, les deux organisateurs Johan Geens et Mark de Wit ont choisi cette année de miser sur l’Allemagne. Seul le premier musicien, Joost Egelie alias Sensory++, vient du pays. L’homme en profite pour publier son nouveau disque, intitulé Planet. Le titre du disque, ainsi que les premières mesures du concert, donnent le ton. Sensory++ utilise les synthés dans une perspective new age. Il n’est ni un héritier de la Berlin School, ni un amateur de dubstep, c’est le moins qu’on puisse dire. La plupart de ses morceaux, constitués de nappes de cordes, feraient chez d’autres office d’introduction à des pièces plus longues. Les habitués des séquenceurs restent un peu sur leur faim, mais Sensory++ mérite sans aucun doute une écoute attentive.



Josef Steinbüchel & Erik Seifert @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Josef Steinbüchel & Erik Seifert
 Erik Seifert et Josef Steinbüchel avaient déjà présenté leur album Softlock dans le cadre du planétarium de Bochum en mars dernier. Cette fois, ils reviennent accompagnés de leurs propres visuels, adoptant une scénographie épurée qui, loin des forêts de câbles et de synthés qui encombrent traditionnellement la scène lors de ce type de concert, ne laisse guère paraître plus de deux claviers côte à côte, surmontés chacun de l’inévitable MacBook. Cette mise en scène très kraftwerkienne se ressent aussi dans la musique. Si l’influence de la Berlin School est évidente, le duo recherche manifestement un son neuf, sans tache ni faiblesse. L’ensemble reste donc solide, même si on peut regretter son aspect trop léché. Pas de place, ici, pour l’improvisation et la surprise.

Klaus Hoffmann-Hoock & Udo Hanten @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Klaus Hoffmann-Hoock & Udo Hanten @ B-Wave Festival 2014

Klaus Hoffmann-Hoock & Udo Hanten @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Udo Hanten
C’est tout le contraire lors de la prestation d’Udo Hanten et Klaus Hoffmann-Hoock. Ce dernier, connu pour son jeu de guitare aérien et ses envolées de mellotron, dont il est l’un des spécialistes mondiaux, a apporté sur scène toute sa panoplie. Outre ses guitares et son memotron – la version numérique du vénérable instrument –, Klaus intervient également au sitar sur l’un des morceaux, rappelant ce faisant l’influence de l’Inde sur son univers. Udo Hanten, quant à lui, fut avec Albin Meskes l’une des têtes pensantes du duo You dans les années 80. En quelques albums, le groupe s’était alors hissé au sommet de la musique électronique allemande, quelque part entre Software et Kraftwerk. Avec Klaus, qu’il connaît de longue date, Udo Hanten démontre qu’il n’a rien perdu de son habileté au séquenceur, dans l’esprit original de You. Fait rare dans ce milieu, le public est en mesure de comprendre qui fait quoi sur scène.

Klaus Hoffmann-Hoock & Udo Hanten @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Klaus Hoffmann-Hoock
Les séquences rugueuses d’Udo et les plages tremblantes de mellotron de Klaus (qui mêle surtout la flute et les strings) composent un univers fascinant, même si les deux hommes se cherchent parfois. L’improvisation est au cœur de leur prestation. En conséquence, celle-ci connaît quelques flottements. Mais, précisément, c’est ce qui lui donne cet aspect artisanal et brut des premiers albums de You, voire de la musique électronique des années 70. On regrette que le duo se soit senti obligé d’ajouter ici ou là quelques rythmiques techno plus contemporaines, dont cette musique n’a décidément pas besoin. Comparés au concert qui a précédé – sans faute, trop parfait (une tendance actuelle très prononcée sur cette scène qui souffre à tort d’un complexe d’infériorité par rapport aux jeunes loups de la musique électronique) –, les défauts et les incertitudes d’Udo et Klaus sonnent comme un vrai rafraîchissement.

C’est aussi le cas du dernier duo allemand de la soirée, Rainbow Serpent, composé des deux musiciens d’Oldenburg Frank Specht et Gerd Wienekamp, qui se faisaient rares sur scène ces dernières années. Mais ici, les beats musclés prennent tout leur sens. Frank et Gerd font partie des rares à savoir vraiment s’y prendre pour booster les bonnes vieilles séquences de la Berlin School aux rythmes d’aujourd’hui. On le sait, Gerd Wienekamp est un artisan attentif du séquenceur, capable d’en démultiplier les couches en direct avec une étonnante facilité et sans gestes inutiles. Les longues évolutions planantes dont Rainbow Serpent a le secret, mêlées aux beats de la jeune génération, feraient pâlir d’envie bien des jeunes DJs. Il ne reste plus qu’à attirer un tel public. Selon Johan Geens, l’affluence de cette seconde édition a augmenté de 40% par rapport à l’année précédente. Il faut à présent la rajeunir.

Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014 / photo S. Mazars
Gerd Wienekamp & Frank Specht : Rainbow Serpent @ B-Wave Festival 2014





dimanche 15 décembre 2013

Manikin Electronic en démonstration

 

Le premier B-Wave Festival en Belgique a permis aux visiteurs de découvrir, entre deux concerts, une démonstration des deux produits de la firme berlinoise Manikin Electronic, le Schrittmacher et le Memotron. Au programme, un mini-concert de Broekhuis, Rothe & Schönwälder, des questions-réponses avec Thorsten Feuerherdt et Markus Horn, les fondateurs de la société il y a dix ans, et une démonstration de l’indispensable Klaus Hoffmann-Hoock, qui présentait la dernière banque de sons développées par ses soins pour le Memotron, la « Harry’s collection ».


Bas Broekhuis, Frank Rothe & Mario Schönwälder, démonstration Manikin @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
La démonstration Manikin Electronic au B-Wave Festival avec Bas Broekhuis, Frank Rothe & Mario Schönwälder

Heusden-Zolder (Belgique), le 7 décembre 2013

La démonstration du Schrittmacher et du Memotron


Rien de mieux qu’un concert de BK&S pour présenter les immenses ressources du Schrittmacher et du Memotron. La bande a toujours été la première à expérimenter les innovations technologiques de Manikin Electronic. Mario Schönwälder, gérant du label Manikin Records, n’a pas seulement donné son nom à la firme jumelle. Il est pratiquement le commanditaire de ses deux produits phares. Mais en l’absence de Detlef Keller, c’est Frank Rothe, l’ingénieur du son et complice de longue date, qui prend place devant le Schrittmacher, tandis que Mario s’attèle au Memotron. Bas Broekhuis, à la batterie électronique, complète le casting. Dans une ambiance vivante et décontractée, la petite improvisation à laquelle les trois hommes se livrent permet en tout cas de découvrir la souplesse du Schrittmacher, avec lequel Frank Rothe multiplie les séquences, parfois très complexes, mais aussi de mesurer l’incroyable fidélité du Memotron à son ancêtre analogique, le mellotron.

Jusqu’à présent, sept banques de sons ont été développées, reprenant les bandes originales de mellotrons d’époque : une « studio collection », quatre « vintage collections », une « Berlin School collection » et la dernière, achevée il y a quelques semaines, la « Harry’s collection ». Toutes sont composées de fichiers audios dans un format propriétaire sans déperdition conçu par Markus Horn. Mario a puisé dans la « Berlin School collection » l’essentiel de son improvisation du jour. Il a aussi utilisé les collections vintage et un ou deux sons de la « Harry’s », une collection une fois encore élaborée par les soins de Klaus Hoffmann-Hoock, dont l’intéressé se fait une joie de donner une démonstration plus détaillée. Cette bibliothèque de sons est directement issue des bandes originales d’un authentique Chamberlin. Cet instrument, inventé par Harry Chamberlin au début des années 50, est considéré comme l’ancêtre du mellotron. Sous l’œil de plusieurs spectateurs, connaisseurs ou non, Klaus montre les différences significatives qui peuvent exister entre les textures d’origines et celles des mellotrons ultérieurs, passant alternativement d’une banque à l’autre. Il revient ensuite aux deux fondateurs de Manikin Electronic d’expliquer leur démarche.

Thorsten Feuerherdt et Markus Horn, fondateurs de Manikin Electronic @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
Thorsten Feuerherdt et Markus Horn

Entretien avec Thorsten Feuerherdt et Markus Horn, fondateurs de Manikin Electronic


Quand avez-vous fondé Manikin Electronic ?

Thorsten Feuerherdt – En 2003. Pour assurer la sortie de notre premier appareil, le Schrittmacher.

Qu’est-ce que le Schrittmacher ?

Markus Horn – Le Schrittmacher est un step sequencer midi. L’idée vient de notre ami Mario Schönwälder. Il possédait à l’époque un séquenceur Doepfer Maq16/3, mais nous avait fait part de son insatisfaction. L’instrument se désaccordait souvent, notamment en concert. Quand il nous a demandé si nous voulions bien développer pour lui un séquenceur à pas plus fiable, nous nous sommes attelés [avec l'aide de Klaus Schulze] à la conception du Schrittmacher. Il est compatible midi, possède 32 pistes indépendantes de 16 pas, et dispose aussi bien des paramétrages usuels du step sequencing que de fonctions propres.

Qu’est-ce que le Memotron ?

TF – Le Memotron est un remake digital du mellotron M400, que nous avons commencé à développer vers 2005-2006. L’idée vient également de cette scène électronique traditionnelle, également de Mario Schönwälder. Pour jouer en concert, il avait bourré son sampleur Kurzweil K2500 de samples de mellotron. Bien sûr, les sons typiques du mellotron sont idéaux pour ce type de musique. Mais les entendre sortir d’un tel appareil, ça faisait bizarre. C’était du bricolage. Nous lui avons fait remarquer. Il nous a répondu que nous n’avions qu’à lui construire nous-mêmes un instrument… et qui présente bien, si possible ! Nous l’avons pris au mot. Mais où trouver les sources sonores ?

Klaus-Hoffmann-Hoock au Memotron @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
K. Hoffmann au Memotron
C’est là que Klaus Hoffmann entre en scène.

TF – Nous avons pris contact avec Klaus Hoffmann précisément parce que nous connaissions les bibliothèques de sons de mellotron qu’il avait conçues, notamment pour le M-Tron de la firme GMedia, avec laquelle nous étions déjà en relation, mais aussi pour Kurzweil et d’autres firmes. Il possédait déjà son immense collection, il en avait restauré plusieurs. C’est le pape du mellotron. Nous lui proposé de collaborer à notre propre projet, sans savoir encore dans quelle direction aller. Il a accepté. Avec lui, nous avons ainsi décidé ce à quoi le Memotron devrait ressembler, ce qu’il pourrait faire, ce qu’il ne pourrait pas faire. Toutes nos dernières bibliothèques sont de lui. [cf notre entretien avec Klaus Hoffmann à Oirschot en octobre.]

Quels artistes utilisent du matériel Manikin Electronic ?

TF – Whoa ! La liste est très longue, nous en avons publié une partie sur notre site : Rick Wakeman, Oasis, Paul Weller, Jean-Michel Jarre, Tangerine Dream, Klaus Schulze, Air, Barclay James Harvest, The Zombies, The Moody Blues…

Les Moody Blues ont un Memotron ? Ça c’est intéressant. Nights in White Satin est l’une des plus célèbres chansons mettant à l'œuvre un mellotron, et voilà qu’ils utilisent votre version digitale !

TF – Oui, c’est ça ! Et la liste s’allonge, car de plus en plus d’artistes découvrent les incroyables possibilités des deux produits.

Que faisiez-vous avant ? Quel métier exerciez-vous ?

MH – Nous nous sommes connus à l’université, à Berlin, où nous nous trouvions déjà dans cette branche très technique, électronique et informatique. Une fois nos diplômes obtenus, au bout de six semaines, je crois, nous avions déjà trouvé du travail dans la même boîte, une entreprise de services numériques, Thorsten en temps que spécialiste du hardware, et moi du software. Sur notre temps libre, nous avions alors commencé à développer en parallèle le Schrittmacher pour Mario. Il n’était pas encore question de commercialisation, encore moins de production en série. Mais la bulle Internet a fini par éclater. Les ingénieurs perdaient leurs jobs les uns après les autres. C’est ce qui nous est arrivé, vers 2001-2002. C’était l’occasion de se lancer sérieusement.

Frank Rothe au Schrittmacher @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
F. Rothe au Schrittmacher
Manikin est-il devenu votre job à plein temps ?

TF – Oui, depuis 2003, Manikin est notre activité principale. Nous en vivons tous les deux. L’entreprise a deux missions : développer le Schrittmacher et le Memotron d’une part, proposer toutes sortes de services techniques aux musiciens d’autre part.

Et vous-mêmes, n’avez-vous jamais eu envie de produire votre propre musique ?

MH – Oui au début. Il y a très, très longtemps, j’ai programmé un peu de musique sur Amiga. J’avais même acheté un clavier d’entrée de gamme. Mais c’était juste pour m’amuser. Nous avons très rapidement été accaparés par notre travail.

Comme Robert Moog, en somme.

TF – Ha ha, oui. Nous sommes de purs ingénieurs, pas des musiciens. En outre, quand nous voyons comment nos clients se servent de nos produits, nous ne pouvons que constater à quel point ils sont meilleurs que nous. Alors nous n’éprouvons plus le besoin de jouer nous-mêmes.

Manikin Electronic a-t-elle déjà fait l’objet d’offres de rachat par de grosses firmes ?

TF – Non... pas encore !
MH – Il faut dire que le Schrittmacher et le Memotron occupent une toute petite niche.
TF –Notre travail ne se distingue pas tant que ça de celui d’autres ingénieurs en électronique. En revanche, ce sont nos deux produits qui sont vraiment très spéciaux.

Il n’y en a que deux pour le moment, Envisagez vous d’en développer d’autres ?

MH – Oui. On va laisser Mario décider, ha ha ha. Non je plaisante.
TF – Pour l’instant, nous poursuivons le développement de nos deux appareils. Ce n’est jamais fini. Le Schrittmacher subit régulièrement de nouvelles améliorations, nous ajoutons des banques de sons au Memotron. Les idées sont là. Quant à savoir comment elles se traduiront : nous verrons bien.

>> Interview de BK&S
>> Interview de Klaus-Hoffmann-Hoock


samedi 14 décembre 2013

B-Wave Festival : la musique électronique s’affiche aussi en Belgique

 

Le-B-Wave Festival, premier du nom, se déroulait le 7 décembre au Centre culturel Muze à Heusden-Zolder, dans le Limbourg. Désireux de promouvoir les artistes locaux, les organisateurs avaient invité Nisus, The Roswell Incident et Age, la tête d’affiche revenant à une valeur sûre, figure centrale de cette scène, le Britannique Ian Boddy. Entre les stands des labels spécialisés et le bistrot attenant à la salle, la manifestation était aussi l’occasion de découvrir une belle démonstration des équipements développés par la firme allemande Manikin Electronic (voir post suivant), et une mini-performance d’un autre artiste belge, plus orienté ambient, Lounasan. Nous en reparlerons.


Ian Boddy @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
Ian Boddy au B-Wave Festival : sombre, dramatique, intense

Heusden-Zolder (Belgique), le 7 décembre 2013

L’Allemagne est loin d’épuiser le vivier de musiciens et de fans de musique électronique traditionnelle. Grâce au développement des réseaux sociaux, des communautés se forment par affinités dans tous les domaines. Celui-ci n’y échappe pas : en Angleterre, aux Pays-Bas, en Italie, dans les pays de l’Est, nous le verrons aussi en France, et désormais en Belgique. Le B-Wave Festival est une initiative commune de deux artistes belges, Johan Geens et Mark De Wit. Celui-ci n’en est pas à son coup d’essai. Vétéran de la télévision flamande VTM, il est aussi le gérant d’une société spécialisée dans l’événementiel, RHEA. Le 17 mai 2013, au planétarium de Bruxelles, il a ainsi organisé la toute première Cosmic Night, festival de musique électronique « Berlin School », auquel il participait également, aux côtés, entre autres, des maîtres allemands Broekhuis, Keller & Schönwälder. Johan Geens est développeur de logiciels. Lui aussi produit de la musique sous le nom de Venja. Après une poignée d’albums publiés par la prestigieuse maison de disques allemande Innovative Communication dans les années 90, Johan a attendu de longues années avant de revenir, en 2013, avec Mode Zen, le premier disque estampillé B-Wave. Si la musique de Mark De Wit, alias Rhea, explore les confins de la Berlin School et de l’ambient, Venja, avec Mode Zen, excelle dans un registre plus léger, plus rythmé aussi, plutôt dans la lignée de la scène néerlandaise (dont nous reparlerons).

Johan Geens et Mark De Wit @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
Johan Geens et Mark De Wit
C’est Johan Geens, rencontré pour la première fois à l’occasion de l’Electronic Circus à Gütersloh, qui m’expliquait la démarche : « B-Wave est à l’origine une communauté en ligne destinée à promouvoir la musique électronique en Belgique. Nous avons une scène électronique, mais les artistes belges ne sont connus que localement. Jusqu’à présent, chacun faisait son truc dans son coin. Nisus et The Roswell Incident viennent de Gand, Age, de Bruxelles. Il manquait une plateforme pour organiser des concerts, vendre des CD et surtout nous faire connaître à l’international. C’est pourquoi nous venons aussi régulièrement en Allemagne. Mais cette année, nous passons à l’étape suivante : l’organisation d’un véritable festival. Nous espérons que le B-Wave Festival permettra de donner à tous ces artistes une nouvelle dimension ».

Nisus @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
Nisus
Nisus, le premier à apparaître sur scène, n’est plus un inconnu. Difficilement classable, peu comparable à cette Berlin School qu’il affectionne tant et dont il se réclame, il n’en a pas moins séduit les fans allemands, au point qu’on l’a plus souvent vu outre-Rhin qu’outre-Quiévrain cette année. Mais c’est le bras en écharpe qu’il débute son festival aujourd’hui. Une ruade de cheval la veille l’oblige à ménager son bras droit. Peu importe, il jouera quand même. Pour rien au monde il ne laisserait passer l’occasion d’être le tout premier musicien de l’histoire à fouler la scène du B-Wave Festival ! Même si Nisus souffre de manière évidente sur la fin, c’est toujours un plaisir de retrouver ses imbrications d’arpèges, ses rythmes profonds et ses rêveries.

The Roswell Incident (Koen et Jan Buytaert) @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
The Roswell Incident
Koen et Jan Buytaert, deux frères, sont à l’origine de The Roswell Incident. Nous sommes ici en terrain connu. D’abord, de longues plages planantes, tout en nappes et en volutes. Surviennent ensuite les séquenceurs, d’abord discrets, puis dans toute leur gloire : de la pure Berlin School ! Tout y est : non seulement l’atmosphère, mais également la structure. Plutôt plaisante sur CD (le disque, The Crash, est sorti en octobre, à l’occasion du E-Live), la musique de The Roswell Incident devient franchement impressionnante sur scène. Les frères Buytaert seront forcément à suivre. Eux aussi ne devraient avoir aucune peine à convaincre en Allemagne.

Age (Emmanuel D’haeyere) @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
Age
En l’absence de son collègue Guy Vachaudez, Emmanuel D’haeyere sera seul sur scène pour représenter Age. Le duo ne se réclame pas de la Berlin School, mais du concept qui l’a directement précédée, très répandu dans les années 70 : la « musique cosmique ». C’est qu’on ne parlait pas encore de Berlin School à l’époque où le groupe fut fondé, en 1978. Avec Telex, formé la même année côté wallon, Age est peut-être le plus ancien groupe de musique électronique belge. Mais cette « musique cosmique » ne saurait être confondue avec la kosmische Musik de Klaus Schulze ou la Cosmic Music de Pink Floyd. Emmanuel D’haeyere n’en manifeste ni l’humeur planante ni les structures progressive. Sans aller jusqu’à l’électro-pop funky de Telex, il s’exprime dans un langage synthpop qui, malheureusement, ne m’est pas familier.




Ian Boddy @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
Ian Boddy @ B-Wave 2013
Sept semaines seulement après sa performance très appréciée aux Pays-Bas en compagnie de son compatriote Mark Shreeve, reformant leur duo ARC, le Britannique Ian Boddy revient donc sur le continent, en solo cette fois, en tant que tête d’affiche de ce premier B-Wave Festival. Son épouvantable traversée de la mer du Nord, secouée par une violente tempête, aura duré trente heures. Pas assez pour le priver de sa toute première prestation en Belgique.

La musique de Ian Boddy en solo et celle d’ARC se distinguent par bien des aspects. Chez ARC, les séquenceurs de Mark Shreeve sont toujours en surplomb. Ils jouent un rôle plus discret chez Ian Boddy. Ce soir, ce dernier prouve qu’il est le roi de la texture. Comme le chimiste qu’il fut dans sa jeunesse, il compose des préparations savamment dosées, des mélanges de blocs rythmiques et de nappes entrelacées. Certains morceaux de son set, notamment ceux tirés de l’album Liverdelphia, pourraient même être comparés à des pièces symphoniques. Car c’est bien la superposition des textures, et non la simple amplification du volume, qui permet à Ian de rendre la puissance de tout un orchestre. Et pourtant, les décibels lui vont bien. Paradoxalement, c’est dans un genre plus calme, l’ambient, qu’on retrouve souvent la même densité de sons, les mêmes accumulations de voix, comme chez son ami, l’Américain Robert Rich. Mais il me semble que la musique de Robert Rich déploie son plein potentiel, et même, tout son sens, à faible volume, tandis que celle de Ian vibre à pleine puissance. C’est le cas sur le titre Never Reaching, sombre, dramatique, intense.

Nisus aurait pu se blesser plus gravement à cheval. Le ferry de Ian Boddy aurait pu dériver jusqu’en Islande, emporté par la tempête ! Il a fallu un miracle pour que tout se déroule comme prévu. Réussite technique et artistique, cette première édition aura attiré cent visiteurs, mais cent visiteurs satisfaits. C’est un début. Si tôt après les deux dates plus imposantes que sont Electronic Circus et E-Live, c’est même un bon début. Le B-Wave Festival restera peut-être un rendez-vous de niche. Mais la manifestation mérite à coup sûr de perdurer.

>> Interview de Ian Boddy
>> Interview de Nisus