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vendredi 17 octobre 2014

Jerome Froese & Loom : une vie de musique électronique


Près de dix ans après son premier album solo, Neptunes (2005), Jerome Froese revient avec un nouvel EP, #! (Shebang), et une compilation, Orange Sized Dreams (Works 1990 – 1995), sélection de ses premiers travaux avec Tangerine Dream. Car Jerome a fait partie pendant seize ans, de 1990 à 2006, du légendaire groupe de musique électronique fondé par son père Edgar Froese. De son côté, Johannes Schmoelling n’y est resté que cinq ans (1980-1985), pour ce qui restera l’un des sommets de créativité du groupe. Ensemble, et avec le producteur berlinois Robert Waters, Jerome et Johannes sont Loom, trio électronique surgi de nulle part il y a trois ans, à l’occasion d’un concert au E-Live Festival de Ron Boots. Invité à se produire en solo lors de la 7e édition de l’Electronic Circus à Gütersloh, Jerome n’a pas résisté à l’envie de faire venir ses acolytes de Loom. Peu avant d’entrer en scène, les trois hommes se livraient au jeu des confidences.

 

Jerome Froese, Johannes Schmoelling, Robert Waters : Loom @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Loom @ Electronic Circus 2014
De gauche à droite : Jerome Froese, Johannes Schmoelling, Robert Waters

Gütersloh, le 4 octobre 2014

Jerome, ôte-moi d'un doute : est-ce ton premier concert solo ce soir ?

Jerome Froese – Non, non. Il n'y en n'a pas eu beaucoup, mais le premier remonte à presque dix ans, en août 2005, en Angleterre, lors du Big Chill Festival. J'étais un artiste parmi quatre, et je me retrouvais devant un public entièrement nouveau ; pas les fans habituels de ma musique, mais des gens qui ne me connaissaient pas. Par la suite, j'ai fait encore un autre concert à Londres, puis une session privée à l'Aquarium de Berlin pour la radio [l'émission Elektro Beats d'Olaf Zimmermann sur Radioeins]. Ensuite, rideau ! Donc aujourd'hui, on peut dire que je reviens sur scène en solo après une longue absence, et même cela n'est pas totalement juste. Je ne serai pas seul ce soir.

Jerome Froese & Loom live @ Electronic Circus 2014 : Robert Waters, Johannes Schmoelling / photo S. Mazars
Robert Waters, Johannes Schmoelling @ Electronic Circus 2014
Peux-tu préciser ? Que va-t-il se passer ce soir ?

JF – J'interprèterai un florilège de mon matériel solo, soutenu par Robert Waters aux machines. Robert va jouer un rôle très similaire à celui qui est le sien avec Loom, car j'ai beaucoup à faire à la guitare. Quant à Johannes, il nous rejoindra après un certain temps pour clôturer le show.

Johannes, te souviens-tu de ta première rencontre avec Jerome ?

Johannes Schmoelling – Avec Jerome ? Bonne question ! Je sais que c'était au début de l'année 1980 [Jerome avait 9 ans]. Ça va faire 35 ans ! Mais je me souviens surtout de sa Gameboy, quelques années plus tard.
Jerome Froese - Einzelkind EP (2011) / La photo représente Jerome au Japon lors de la tournée nipponne de Tangerine Dream en 1983
Jerome en 1983 sur la pochette
de son EP Einzelkind (2011)
JF – Tu te trompes, c'était Nintendo, il n'y avait pas encore de Gameboy en 1983.
JS – Ça s'appelait comme ça non ?
JF – Non, non, ça s'appelait Game & Watch, des petits jeux électroniques produits par Nintendo dans les années 80.
JS – Quand Jerome avait l'un de ces trucs en main, alors il était dans un autre monde. Tout devenait très simple avec lui. Il suffisait de lui acheter un jeu et il était content.
JF – Je me souviens que tu te pointais de temps en temps au studio, chez Edgar. Tu n'étais pas très bavard. Il faut savoir que Johannes est un homme très discret.
JS – Encore aujourd'hui, je crois ! Jerome aussi était toujours dans le coin, jamais loin du groupe.
JF – Jusqu'à ce qu'en 1983, on m'envoie à l'internat. Là, nous ne nous sommes plus revus pendant un moment. C'est à distance que j'ai appris un beau jour que Johannes ne faisait plus partie de Tangerine Dream. Ma mère m'avait appelé à l'internat au téléphone, et m'avait informé que TD repartait en tournée, mais cette fois sans Johannes. C'était bien triste.

Johannes Schmoelling - White Out (1990-2000) / Jerome Froese - Far Side of the Face (2012) / Loom - The Tree Hates The Forest (2013)
Trois étapes importantes
Et vous voilà à présent à nouveau réunis. D'où la question inévitable : comment est né Loom ?

JF – Ah oui, on nous la pose souvent. Pendant toutes ces années, Johannes et moi n'avons jamais rompu le contact. Nous échangions régulièrement sur nos projets solos respectifs. Comme j'ai fait partie de Tangerine Dream après lui, je lui racontais aussi un peu la suite de l'histoire. Au tournant de cette décennie, l'élaboration de mon troisième album, Far Side of The Face [2012], a été très difficile. J'y ai travaillé un temps effrayant, je n'en voyais pas la fin. Ça a duré cinq ans ! A un moment, j'ai trouvé que ce serait peut-être amusant de demander à Johannes de participer et d'y apporter sa patte. Je lui ai envoyé deux morceaux. Il s'y est attelé un certain temps puis me les a renvoyés. Il avait introduit des additions très intéressantes. Et le jour où j'ai reçu une nouvelle proposition pour un concert solo – à une époque où ça ne me tentait pas forcément – nous avons envisagé l'idée de monter ensemble sur scène et d'interpréter une sélection de nos morceaux solos respectifs. Certains titres de Johannes n'avaient jamais été joués live. Mais nous avions besoin de renfort. C'est là qu'intervient Robert. Nous avons retourné une pierre et Robert se trouvait dessous par hasard (rires). Non, nous avons fait appel à lui parce qu'il était déjà connecté à cet univers.
Robert Waters – En 2000, avec Ulrich Schnauss, nous avions remixé Icewalk, un titre de Johannes, à l'occasion de la réédition de son album White Out.
JF – Quand Robert et Ulrich ont fait ce remix, je ne les connaissais pas.
RW – Moi, je connaissais Johannes depuis la fin des années 90. Ulrich, de son côté, était un fan de toujours de Tangerine Dream [il vient d'ailleurs d'intégrer TD pour une nouvelle série de concerts en Australie en novembre]. L'idée d'un remix d'un titre de Johannes nous avait semblé évidente.
JF – Rien n'était planifié pour créer un nouveau groupe. Nous voulions simplement nous retrouver une fois sur scène pour interpréter ensemble nos répertoires solos respectifs ; que chacun apporte à la musique de l'autre sa touche personnelle. De fil en aiguille, l'idée a germé que nous pourrions aussi jouer des titres de nos passages respectifs dans Tangerine Dream. Et si l’alchimie fonctionnait sur scène, alors rien ne nous empêcherait de poursuivre l’aventure par la suite. Nous avons fait ce concert [en octobre 2011 lors du E-Live Festival], puis deux EP et un album, donné d'autres concerts depuis, à Budapest en 2012. Et maintenant, nous en sommes là. Nous travaillons à présent à notre second album studio. Nous nous sommes fixés le mois février ou mars 2015 comme date de sortie, mais j’ai peur que nous n’y parvenions pas. Johannes et Robert, eux, sont persuadés du contraire.

Jerome Froese & Loom live @ Electronic Circus 2014 : Robert Waters / photo S. Mazars
Robert Waters @ Electronic Circus 2014
Robert, je te connais beaucoup moins bien. Peux-tu te présenter ? Qu'as-tu fait avant Loom ? Que fais-tu à part Loom ?

RW – Je fais de la musique depuis des années en tant que producteur. Mais avant Loom, jamais en tant qu’artiste. Je n'étais jamais monté sur scène, mis à part les concerts qu'on peut donner enfant. Ma passion va d'abord à la musique instrumentale. Cela dit, j’ai toujours été fan de Tangerine Dream. C’est pourquoi cette collaboration avec Jerome et Johannes m’est si agréable. Leur confiance aussi. Car je viens d'un univers plus commercial, plus pop. Je participe normalement à des productions exigeantes. Avec Loom, je peux me détendre, expérimenter de nouvelles choses, sans pression. Je n’ai pas à me dire que le titre que je suis en train d’enregistrer devra absolument se vendre à tant d’exemplaires ou se conformer aux attentes d'un public cible spécifique. Un bon son, une bonne mélodie, c’est tout ce qui compte. Nous sommes libres de composer un morceau très court comme de le développer sur 10 ou 20 minutes si nous le souhaitons.

Loom fait en effet partie de cette scène plus intimiste, mais très prisée aux Schallwelle Awards. Que représente à vos yeux le trophée qui vous a été décerné en 2013 ?

JF – Sincèrement, je n'ai jamais été un chasseur de trophées. Avec Tangerine Dream, nous avons été nommés sept fois aux Grammy Awards dans les années 90. Pour autant, nous ne sommes jamais allés participer à la remise des prix. Les distinctions n’influencent pas notre travail de manière décisive. De mon point de vue en tout cas. Mais on prend les choses comme elles viennent, et...
JS – Tu l'as chez toi, ton Schallwelle ! Tu le fais même lustrer tous les soirs (rires) !
JF – Oui... Bien sûr... Je lui voue un culte (rires). Non, je ne dis pas que ça ne signifie rien, car ce serait totalement faux. Il est vrai que j’apprécie beaucoup cette reconnaissance.

Jerome Froese & Loom live @ Electronic Circus 2014 : Jerome Froese, Robert Waters / photo S. Mazars
Jerome Froese, Robert Waters @ Electronic Circus 2014
Mais les fans ne rajeunissent pas. Que manque-t-il à cette scène pour attirer un nouveau public ?

JF – C'est une question compliquée.
RW – Très compliquée. Parce que s’il manque quelque chose, l’initiative ne peut pas reposer sur les épaules d'un musicien en particulier. C’est un processus qui emporte toute la société. Devons-nous nous demander ce que font les jeunes musiciens d’aujourd'hui ? Nous ne cherchons pas particulièrement à nous faire bien voir ou à suivre les tendances. C'était déjà le cas de Tangerine Dream. L'idée est de réussir à créer des morceaux de musique relativement intemporels ; des mélodies dont on pourra peut-être deviner dans dix ans qu'elles ont été enregistrées en 2014 mais dont la structure de base reste assez ouverte pour qu’on puisse les apprécier quelle que soit l’époque. Quant à savoir comment attirer de nouveaux fans de musique électronique dans ces conditions… on ne peut pas les inventer nous-mêmes. Ah, il y aurait beaucoup à dire sur un sujet pareil.

Jerome, peux-tu expliquer cette notion de guitartronica, que tu as inventée pour désigner ta technique ?

JF – Il s’agit d’un style fondé sur la guitare, mais celle-ci n’est pas utilisée de manière conventionnelle. Elle me sert plutôt à générer des composants sonores qu’on ne produit normalement qu’avec des instruments électroniques : des claviers, des sampleurs, des synthés. L’idée consiste à utiliser les six cordes de la guitare comme interface plutôt que les douze touches du clavier. J’ai donc dû développer une technique de jeu à la guitare pour arriver au même résultat qu’avec une machine. Transposer, synchroniser : cet ensemble de techniques, c’est ça que j’ai appelé guitartronica.

Jerome Froese & Loom live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014

Es-tu devenu avec Loom un guitariste à plein temps ?

JF – En ce qui concerne les performances live, oui. Je ne suis plus que guitariste, je ne frappe quasiment plus une seule touche de clavier. En studio, c'est un peu différent. Chacun prépare ses idées de son côté puis les apporte au groupe. Ensuite, nous nous rencontrons et nous retravaillons les morceaux ensemble. Or, les idées que je soumets, je ne les ai pas toutes développées à la guitare, évidemment. C’est en partie à cause de mon passé et de mon travail avec Tangerine Dream ou en solo : je propose déjà une production complète avec d’autres instruments, donc aussi des claviers, des ordinateurs, tout ce qui est possible.

A l’avenir, continuerez-vous à jouer sur scène les vieux morceaux de Tangerine Dream ?

JF – Pour ne parler que d’aujourd’hui, le programme ne sera composé que de mes titres solos. Mais quand Johannes nous rejoindra sur scène, nous attaquerons quelques morceaux bien connus.

Jerome Froese & Loom live @ Electronic Circus 2014 : Johannes Schmoelling / photo S. Mazars
Johannes Schmoelling @ Electronic Circus 2014
Johannes, vas-tu poursuivre ta carrière solo ?

JS – Ai-je seulement jamais eu une carrière solo (rires) ? Franchement, je n’en ai aucune idée. Je me sens très bien avec Jerome et Robert. Pour l’instant, c’est à ce projet que nous avons la tête. Nous voulons absolument finir le second album studio de Loom, et je suis sûr que nous allons y arriver. Tant que nous n’en avons pas terminé avec cet objectif, il n’est pas question que je pense à moi, ou à ma « carrière solo » ! Au nom du ciel, elle est déjà si loin ! Non, je ne peux pas te répondre car je n’en sais rien. Il y a dix ans déjà, je voulais tout arrêter. Seulement voilà, mes deux collègues ici présents n’étaient pas d’accord. Je reste très ambivalent à ce sujet. Je ne veux rien annoncer de définitif.

Lors du premier concert de Loom, qu’as-tu ressenti du fait de te retrouver à nouveau sur scène après tant d’années, et plus spécialement, de t’assoir à nouveau à droite sur la scène ?

JS – Je vois que tu as tout de suite remarqué notre manège ; que nous avons aussi échangé le père Froese pour le fils à gauche, et que nous avons installé Robert au milieu, dans les bottes de Chris Franke. C’est juste ! Nous copions l’ancienne configuration, et petit à petit, nous redeviendrons aussi Tangerine Dream (rires). Plus sérieusement, j’apprécie énormément cette configuration, et pour une raison très simple. Je suis libéré de tous les questions techniques, et je peux enfin me concentrer uniquement sur mon clavier solo, sur ce que j’ai à jouer. C’est exactement ce que nous allons faire ce soir. Robert prend en charge la totalité de l’aspect technique, et Jerome s’occupe de sa guitare. De mon côté, j’ai la tête libre pour me retrouver enfin, après trois décennies, dans la peau d’un simple pianiste, sans me soucier de l’électronique, des séquenceurs et de tous ces outils. Je retourne d’où je viens, c’est à dire à la musique classique traditionnelle.

Qu’avez-vous prévu, à part le prochain album ? Peut-on s’attendre à d’autres concerts ?

JF – Nous allons d’abord nous concentrer sur ce disque. Après, nous envisageons quelques collaborations avec d’autres artistes.

Ah oui ? Tiens, tiens…

JF – Oui : nous avons des noms, mais je ne veux pas encore les révéler. Ce sera intéressant. C’est étonnant, comme les choses peuvent parfois se démêler facilement. Nous espérons que ces collaborations insuffleront à l’album une belle impulsion. Enfin, nous nous mettrons en quête de quelques opportunités de concerts. Mais rien n’est concret, puisque nous ne connaissons pas nous-mêmes notre agenda.

Jerome Froese & Loom live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014

mercredi 8 octobre 2014

Electronic Circus 2014 : électrique éclectique

 

Depuis 2008, le festival Electronic Circus rend compte de la variété et de la richesse de la musique électronique dite traditionnelle. Toujours sous la houlette de Frank Gerber et Hans-Hermann Hess, cette 7e édition a une fois encore su mettre en perspective des courants très dissemblables. Qu’ont en commun les Italiens d’Alerick Project, les Britanniques Vile Electrodes et les Berlinois Bernd Kistenmacher et Jerome Froese, si ce n’est l’usage des machines ? Savoir rassembler tout ce petit monde dans l’arène, tel était le secret de cette édition, illuminée par la présence de Johannes Schmoelling, ancien de Tangerine Dream et partenaire de Jerome Froese au sein de la formation Loom.

 

Jerome Froese & Loom live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Jerome Froese, Robert Waters et Johannes Schmoelling : Loom réuni sur la scène de l'Electronic Circus 2014

Gütersloh, le 4 octobre 2014

Hans-Hermann Hess & Frank Gerber @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Hans-Hermann Hess, Frank Gerber
Comme chaque année, Frank Gerber et Hans-Hermann Hess, les maîtres d’œuvre de l’Electronic Circus, sont aussi les maîtres de cérémonie de l’événement. Et chaque année, Frank Gerber rivalise d’inventivité pour dénicher les déguisements les plus improbables. C’est en costume rococo fin XVIIIe siècle, coiffe en ailes de pigeon et masque – très vaguement – vénitien sur le visage qu’il accueille le public de cette septième édition du festival de musique électronique.

Alerick Project live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Alerick Project
C’est que la première formation invitée sur la scène de la Weberei, à Gütersloh, vient d’Italie. Les Romains Alessandro Ghera et Riccardo Fortuna forment le duo Alerick Project, dont le concert du jour constitue tout bonnement la toute première prestation live. Alerick Project commence plutôt bien, tout en ambiances et en séquences, mais dès le second titre, se laisse emporter par un goût peut-être immodéré pour les tempos binaires et les rythmes techno, replongeant aussitôt dans l’anonymat du beat. C’est dommage, car lorsqu’il s’agit d’atmosphères et de textures, les deux hommes savent ce qu’ils font. Le set aurait probablement été plus adapté sur un dancefloor – où la musique compte moins que la pulsation – qu’à la Weberei, devant un parterre de places assises. Mais heureusement, Alessandro Ghera et Riccardo Fortuna savent capter autrement (ou détourner ?) l'attention de l'assistance grâce à des projections vidéo qui sentent bon l'Italie, comme ces silhouettes de femmes dénudées se trémoussant à gogo, très commentées à l'issue du concert.

Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014

Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
On entre dans le vif du sujet avec Bernd Kistenmacher, l'une des valeurs sûres de la scène électronique berlinoise, qui présente aujourd'hui son nouvel album, Paradise, malheureusement pas achevé à temps pour le festival. Après Utopia en 2013, Kistenmacher explore donc un autre thème inépuisable de la philosophie classique : le paradis. Mais quand il nous parle de paradis, le musicien veut plutôt dire « paradis perdu », comme l'atteste la couverture de l'album à venir, superbe représentation d’un bout de forêt tropicale en flammes. Paradise se veut donc un hymne à la nature, la traduction en musique d’un sursaut écologiste. Les larges extraits du disque interprétés par le Berlinois sur scène, une fois de plus illustrés à l'écran par les remarquables fractals d'Andreas Schwietzke, semblent même véhiculer quelques accents inquiets. On y retrouve aussi le pur style Kistenmacher, symphonique et solennel, dramatique et mélancolique, très adapté au sujet.

Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Depuis presque trente ans, Bernd Kistenmacher développe en effet un son bien à lui, assez éloigné des lignes de séquenceurs typiques de la Berlin School à laquelle on l’associe souvent. Outre ce profil atypique, il est aussi l'un des rares musiciens professionnels à avoir émergé de ce qui, paradoxalement, est à la fois une niche et une scène pléthorique. Témoin de cette professionnalisation, MI Records, son label, vient de franchir le pas du vinyle, en rééditant en 33 tours son tout premier album, Head-Visions (1986). A l’époque, le disque était illustré par une sculpture ethnique du plasticien Rainer Kriester, aujourd’hui disparu. La réédition rend un bel hommage à cet artiste, plaçant son travail quasiment à égalité avec la bande son, dont Bernd Kistenmacher ne manque pas d’interpréter un extrait en rappel à Gütersloh : l’incontournable Rücksturz. Très applaudi, le Berlinois remercie à son tour son public en photographiant la salle en liesse, une pratique de plus en plus courante chez les musiciens désireux de bâtir une relation durable avec leurs fans. Mission accomplie, Bernd !

Bernd Kistenmacher live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Le temps d’annoncer les résultats de la journée de foot (Frank Gerber dans son maillot fétiche, est très satisfait de révéler aux nombreux supporters de Dortmund la cruelle défaite du Borussia à domicile, mais aussi la victoire 4-1 de son équipe à lui, l’Arminia Bielefeld, sur le leader de D3 allemande, le Dynamo Dresde)… et il est déjà temps de préparer le matériel des deux shows suivants.



Martin Swan & Anais Neon : Vile Electrodes live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Vile Electrodes live @ Electronic Circus 2014

Martin Swan : Vile Electrodes live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Martin Swan
Déjà à l'affiche du précédent Electronic Circus, les Anglais Anais Neon et Martin Swan alias Vile Electrodes remontent sur scène armés d’une bien meilleure notoriété que l'an passé. Le couple interprète ce soir de nombreux titres frais, extraits d’un second album en préparation. Des morceaux ciselés, doués d’un potentiel commercial incontestable et qui n’attendent que de se faire connaître. Très agité, survolté même, Martin a beaucoup à faire derrière ses machines et sa forêt de câbles, tandis qu'Anais, concentrée sur le chant, utilise les générateurs de boucles avec intelligence pour démultiplier sa voix. La décontraction de Martin contraste avec le tempérament peut-être plus soucieux de sa compagne, qui croise les doigts à plusieurs reprises dans l’espoir que le bon set d’instruments se charge correctement. De précédents concerts leur avaient valu quelques mésaventures.

Anais Neon : Vile Electrodes live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Anais Neon
Mais depuis un an, Vile Electrodes a déjà franchi une étape, comme en témoigne la réaction du public. Ce dernier reconnaît déjà et applaudi bruyamment les anciens titres, ceux du premier album, The Future Through a Lens. Voici donc un groupe encore jeune, mais dont le répertoire comporte déjà une poignée de standards qu'un public qui n'est pas le sien lui réclame, au premier rang desquels figure le rappel, Proximity : un modèle de musique électronique contemporaine. Chaque élément s’y insère pile au bon moment : les paroles brutes, le rythme massif, les séquences dignes de la Berlin School, mais employées dans une tout autre perspective, et bien sûr la prestation vocale de la chanteuse, probablement la plus captivante de tout le répertoire de Vile Electrodes. A l’issue du concert, le stand de merchandising du duo est immédiatement pris d'assaut par les visiteurs, intrigués par l’extravagant costume de scène tout en latex moulant de la belle Anais, et plus généralement par l’identité visuelle fortement fétichiste du groupe.

Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014

Robert Waters : Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Robert Waters
Jerome Froese solo en tête d’affiche : sur cette scène très particulière, c’est un véritable événement qu’ont réussi à organiser Frank Gerber et Hans-Hermann Hess. Depuis la fondation de Loom en 2011, le fils unique du fondateur de Tangerine Dream, lui-même membre du groupe de 1990 à 2006, a pris une nouvelle dimension. Si bien que, même en solo, ses partenaires de Loom, Robert Waters et Johannes Schmoelling (autre grand ancien de Tangerine Dream de 1980 à 1985) viennent l’accompagner sur scène. Tout à sa guitare, Jerome laisse en effet la haute main à Robert Waters sur les machines pendant toute la durée du concert. Mais, comme il l’explique lui-même, la guitare n’est pas conçue ici seulement comme un instrument solo. Elle participe elle-même à la charpente de chaque morceau. Jerome débute par un extrait de son dernier EP, #! (Shebang), sorti la veille, avant de se livrer à une revue fluide et sans trêve de sa discographie depuis 2005.

Johannes Schmoelling : Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Johannes Schmoelling
L’entrée en scène tardive de Johannes Schmoelling ne passe pas inaperçue. L’homme est une légende sur la scène électronique, et personne n’a oublié sa contribution à certains jalons essentiels de l’histoire de la musique électronique, comme Tangram, en 1980. A cet instant, c’est bien Loom qui se reforme pour toute la fin du concert. Aussitôt, l’ambiance, plutôt sombre et dramatique jusqu’alors, se fait plus aérienne et romantique. La magie ressurgit comme par miracle. Tout est là : les textures uniques et le toucher reconnaissable entre mille de Johannes. Après seulement un titre de Tangerine Dream période Jerome Froese (La Marche) et un morceau solo de Johannes (A Long Time Ago), le groupe quitte déjà la scène. Mais le public insistant finira par obtenir pas moins de trois rappels : les deux hymnes de Loom, Rejuvenation et Time & Tide (une composition de Johannes et de son fils Jonas), puis le hit grandiose de Tangerine Dream période Schmoelling, Choronzon, qui figura de 1980 à 1983 sur la track list de presque tous les concerts de TD.

Jerome Froese live @ Electronic Circus 2014 / photo S. Mazars
Jerome Froese
Johannes Schmoelling aux claviers, Jerome Froese à la guitare s'adonnent sur scène à un dialogue joyeux qui ajoute à l'ambiance. La longue complicité des deux hommes, leur joie de jouer ensemble sont manifestes. Leur prestation est un exemple de l'immense fécondité de cette rencontre intergénérationnelle, qui est aussi une rencontre de styles. Bercé – au sens littéral – aux sons du Tangerine Dream de la grande époque, Jerome a su innover, s’ouvrir au monde et introduire d’autres influences. Le concept de rock électronique, qu'on appliquait autrefois à ce type de musique faute de trouver un genre auquel la rattacher, prend avec Jerome Froese un sens nouveau, et très positif.


mardi 19 mars 2013

Schallwelle Awards, Zeiss Planetarium, Bochum, 16 mars 2013


Depuis 2009, les Schallwelle Awards récompensent les meilleurs artistes allemands et internationaux de musique électronique et leurs œuvres, dans plusieurs catégories. Cette année, la cérémonie se déroulait pour la troisième fois au Zeiss Planetarium de Bochum, l'endroit idéal pour faire connaissance avec les figures de ce genre incontournable en Allemagne, et écouter les séquences planantes des deux artistes invités à se produire pour l'occasion.


Bochum, le 16 mars 2013

Le Zeiss Planetarium de Bochum / photo S. Mazars
Le Zeiss Planetarium de Bochum
« Musique électronique ». Le champ d’une telle expression est immense. En Allemagne, elle a une signification très particulière. Alors que les synthétiseurs en étaient encore à leurs balbutiements, la musique électronique y est apparue très tôt, à la fin des années 60, presque en même temps que la scène rock, elle-même tardive outre-Rhin. Expérimentation, improvisation, bruit étaient les maîtres mots de ce mouvement au départ très influencé par le psychédélisme, aux limites du rock, du jazz, de la musique contemporaine, parfois de la musique tout court. D’abord péjorative, l’appellation krautrock, venue de Grande-Bretagne, a servi à identifier cette scène à ses débuts. A l’époque, les artistes concernés préféraient eux-mêmes le terme de kosmische Musik. Ce qui explique sans doute pourquoi un certain nombre d’entre eux abandonnèrent si volontiers leurs instruments conventionnels au profit des synthétiseurs, tandis que les autres persistaient dans l’avant-garde ou rebasculaient dans le rock progressif. Kraftwerk et Tangerine Dream sont les noms les plus célébrés de cette période, les premiers pour leurs rythmes minimalistes et robotiques, les seconds pour leurs séquences chatoyantes et hypnotiques. Autour d’eux, des dizaines d’artistes, de groupes ou de projets, désormais considérés comme pionniers de la musique électronique. Les spécialistes reconnaissent aujourd’hui leur influence sur la techno, la pop, jusqu’à l’ambient ou la house minimaliste traditionnellement associées aux Etats-Unis, en somme : sur toutes les musiques électroniques contemporaines. Au début des années 70, Giorgio Moroder ne s’initia-t-il pas aux synthétiseurs à Munich ? A la fin de la même décennie, Brian Eno n’effectua-t-il pas un véritable pèlerinage à Berlin ?

Mais si tous s’accordent bien sur cette paternité, peu savent que cette scène est encore bien vivante de nos jours. La techno n’a pas remplacé la Berlin School, du nom, forgé bien plus tard, de ce genre initié par Tangerine Dream, Klaus Schulze ou Manuel Göttsching. Ce n’est qu’en matière d’exposition médiatique qu’on peut à juste titre parler de substitution. Car chaque décennie a vu de nouvelles générations d’artistes poursuivre dans cette voie, indépendamment de toute considération commerciale. Au cours des années 2000, le développement d’Internet a même permis à cette scène de prendre conscience d’elle-même, à tel point que l'elektronische Musik n’a jamais rassemblé autant d’artistes. Ces derniers ont beau utiliser le dernier cri de la technologie, ils s’en servent moins pour pratiquer le genre de musique qui se trouve bénéficier aujourd’hui de la faveur des médias, que pour entretenir ce riche héritage. Par ailleurs, beaucoup des pionniers sont encore en activité. Evidemment, certains ont viré au new age, à la relaxation, voire à la musique d’ascenseur ou de documentaires Cousteau. D’autres ont tenté, sans succès, d’imiter à leur tour les artistes qu’ils avaient eux-mêmes influencés. Tangerine Dream est passé à autre chose. Kraftwerk capitalise sur son passé. Mais, fidèle entre les fidèles, Klaus Schulze exploite toujours la même veine. Si bien qu’aujourd’hui, tout en pouvant être assimilée à une niche, l’elektronische Musik réunit une vaste famille, largement au-delà des frontières de l’Allemagne. Les Schallwelle Awards lui sont consacrés.

La musique électronique entre créativité et rentabilité


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Winfrid Trenkler en 1974
C’est de l’initiative du musicien Stefan Erbe et de l'association Schallwende, présidée par une passionnée, Sylvia Sommerfeld, que sont nées ces distinctions, attribuées par un jury de professionnels de la musique et des médias. Au départ, il s’agissait surtout de poursuivre l’œuvre du journaliste Winfrid Trenkler, qui offrait aux auditeurs de son émission radiophonique, Schwingungen, sur la WDR, la possibilité de dresser chaque année un palmarès de leurs artistes préférés. L’émission, sous de multiples incarnations, existe depuis 1984, mais Trenkler, aujourd’hui âgé de 70 ans, est actif à la radio depuis le début des années 70. Il fut l’un des premiers à attirer l’attention du public allemand sur ses propres artistes. Grâce à lui, mais aussi à d’autres journalistes, DJ ou producteurs, des genres comme le krautrock, le rock progressif et la musique électronique, pas forcément très accessibles au premier abord, bénéficièrent d’une assez large exposition : chroniques dans les revues spécialisées, passages réguliers à la radio, voire à la télévision, nombreux festivals… Ainsi, le concert de Tangerine Dream et Nico donné en la cathédrale de Reims le 13 décembre 1974 reçut à l’époque les honneurs d’une diffusion en direct et en intégralité sur France Inter. Difficile d’imaginer une telle initiative dans la rédaction d’un grand média de nos jours. L’ambiance était alors à la curiosité et à la créativité tous azimuts. Des labels comme Ohr en Allemagne ou Virgin en Grande-Bretagne ont pris des risques insensés pour promouvoir des artistes dont le potentiel commercial n’était pas immédiatement perceptible. Mais ils n’eurent pas à s’en plaindre. Chez Virgin, Richard Branson a publié à l’époque les disques les plus marquants de Mike Oldfield, Gong et Robert Wyatt. Il ne s’est pas non plus trompé en réservant une place de choix aux Allemands : Tangerine Dream, Faust, Can ou Ashra. Ce n’est qu’après avoir cédé aux sirènes du punk et renouvelé entièrement son catalogue que Virgin perdit paradoxalement son influence et redevint une maison de disques lambda.

Car ces artistes ont vendu des disques. Un grand nombre d’entre eux ont même pu vivre largement de leur musique. Au Zeiss Planetarium ce soir-là, c’est ce que fait remarquer Winfrid Trenkler à Peter Mergener tout en lui remettant le prix spécial pour l’ensemble de son œuvre. Peter Mergener est inconnu du grand public en France. Pourtant, il a écrit, avec son groupe, Software, quelques-unes des plus belles pages de la musique électronique des années 80 : une musique à la fois atmosphérique et discrète, très éloignée des productions au synthé qui saturèrent le marché à l’époque et qui nous font bien sourire aujourd’hui. Le nom de Peter Mergener rejoint ainsi celui de Johannes Schmoelling (un ancien de Tangerine Dream), Klaus Schulze, Ashra et Winfrid Trenkler au palmarès de ces Schallwelle Awards. Comme chaque année, cette édition 2013 est aussi l’occasion de récompenser des formations plus récentes, aussi bien allemandes qu’étrangères. Initié par Johannes Schmoelling et Jerome Froese (le fils du fondateur de Tangerine Dream, Edgar Froese), le projet Loom fait évidemment l’unanimité avec son album Scored. La relève semble aussi assurée avec le jeune Belge Evert Vandenberghe alias Nisus, honoré d’un Prix du Meilleur Espoir. Pour que la cérémonie ne se résume pas à une liste de noms, la remise des prix est entrecoupée de deux mini-concerts qui permettent au public, en particulier les non-initiés, de se faire une idée du genre de musique encouragé depuis tant d’années par Winfrid Trenkler et aujourd’hui par les organisateurs de l’événement. Les impressionnantes animations projetées sous la coupole du planétarium constituent un accompagnement parfait pour les compositions de Thomas Lemmer et Steve Baltes, les deux artistes invités pour l’occasion. Le premier donne un aperçu de son style très personnel, entre chillout et house. Mais son set commence et s’achève avec une improvisation au piano que n’aurait pas reniée Klaus Schulze. Steve Baltes est plus connu. Cette figure de la trance, avec le groupe Deep Voices, accompagne aussi Ashra en concert depuis 1997. Ce soir, Steve s’éloigne pourtant de ses productions habituelles. Pendant trois quarts d’heures, tandis que se déploient sous la coupole les orbites de Jupiter et de ses satellites, puis les phases de la Lune, il donne à entendre un remarquable mélange de cette kosmische Musik la plus radiante et des sonorités électroniques les plus contemporaines.

 

Les premiers signes d’un revival ?


D’ailleurs, après le deuxième concert, alors qu’il reçoit son prix, Peter Mergener ne peut s’empêcher de déplorer que si peu de monde écoute encore ce type de musique aujourd'hui. Selon lui, il suffirait que les auditeurs potentiels puissent simplement y avoir accès, comme dans les années 70, pour qu’elle s’impose à nouveau comme un standard. La prestation de Steve Baltes ce soir-là ne lui donne pas tort. Les fans de Daft Punk, comme ceux de M83, s’y seraient retrouvés. Quelques signes laissent entrevoir le début d’un frémissement médiatique en ce sens. La passion nouvelle pour les instruments vintages, de même que le développement, par des sociétés comme Native Instruments en Allemagne ou Arturia en France, de logiciels d’émulation musicale à destination du grand public, attirent à nouveau les regards des plus curieux en direction de cette scène pléthorique. Se produire avec un Minimoog en concert relève du dernier chic. Des artistes comme Air ou Daft Punk ont toujours affecté un style rétro. Chez Daft Punk, la filiation se ressent surtout sur la bande originale de Tron : Legacy, où l’on retrouve par moments les envolées de séquenceurs typiques de la Berlin School. La reprise par Coldplay de la chanson de Kraftwerk Computer Love, en 2005, tout comme la collaboration de Klaus Schulze avec Lisa Gerrard trois ans plus tard, sur l’album Farscape, témoignent de ce même regain d’intérêt. Les artistes et les fabricants ne sont pas les seuls concernés. Le public suit. Kraftwerk reste une référence incontournable dans tous les festivals de musique électronique du monde. Ces habitués des charts n’ont pourtant atteint qu’une seule fois la première place. Cette performance, jamais accomplie avec les classiques The Man Machine ou Computer World, ne fut possible que grâce à Tour de France, probablement le disque le plus faible de leur discographie, mais aussi le plus récent. Le 9 mars 2013, soit une semaine seulement avant les Schallwelle Awards à Bochum, Klaus Schulze plaçait à son tour, pour la première fois de son immense carrière, l’un de ses albums dans les charts allemands : le dernier, Shadowlands, qui atteignait alors la 96e position.

Restent les médias. En France, jusqu’à présent, seuls les spectateurs de la chaîne binationale Arte avaient accès à la scène électronique allemande, au travers de documentaires ou de sujets diffusés régulièrement dans le cadre de l’émission Tracks. Mais le 15 décembre 2012, c’était au tour de France 3, sur son antenne Champagne-Ardenne, de consacrer tout un documentaire de 52 minutes au célèbre concert de Tangerine Dream à la Cathédrale de Reims en 1974. Le silence serait-il enfin rompu ? Quoi qu’il en soit, il incombe désormais aux artistes de cette scène riche et bouillonnante de défricher les territoires encore inexplorés de la musique électronique, dont les immenses possibilités ne se limitent certainement pas aux rythmes binaires du bigbeat ou de la dance.

Palmarès. Prix spécial : Peter Mergener. – Meilleur Artiste allemand : Picture Palace Music. – Meilleur Artiste international : VoLt. – Meilleur Album allemand : Loom, Scored. – Meilleur Album international : Glenn Main, Ripples. – Prix de la (re)découverte : Sankt Otten. – Meilleur Espoir : Nisus.

>> Interview de Peter Mergener
>> Interview de Nisus
>> Interview de Stefan Erbe