Depuis 2009, les Schallwelle Awards récompensent les meilleurs artistes allemands et internationaux de musique électronique et leurs œuvres, dans plusieurs catégories. Cette année, la cérémonie se déroulait pour la troisième fois au Zeiss Planetarium de Bochum, l'endroit idéal pour faire connaissance avec les figures de ce genre incontournable en Allemagne, et écouter les séquences planantes des deux artistes invités à se produire pour l'occasion.
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| Le Zeiss Planetarium de Bochum |
Mais si tous s’accordent bien sur cette paternité, peu
savent que cette scène est encore bien vivante de nos jours. La techno n’a pas remplacé
la Berlin School,
du nom, forgé bien plus tard, de ce genre initié par Tangerine Dream, Klaus
Schulze ou Manuel Göttsching. Ce n’est qu’en matière d’exposition médiatique
qu’on peut à juste titre parler de substitution. Car chaque décennie a vu de
nouvelles générations d’artistes poursuivre dans cette voie, indépendamment de
toute considération commerciale. Au cours des années 2000, le développement
d’Internet a même permis à cette scène de prendre conscience d’elle-même, à tel
point que l'elektronische Musik
n’a jamais rassemblé autant d’artistes. Ces derniers ont beau utiliser le
dernier cri de la technologie, ils s’en servent moins pour pratiquer le genre
de musique qui se trouve bénéficier aujourd’hui de la faveur des médias, que
pour entretenir ce riche héritage. Par ailleurs, beaucoup des pionniers sont
encore en activité. Evidemment, certains ont viré au new age, à la relaxation, voire à la musique d’ascenseur ou de
documentaires Cousteau. D’autres ont tenté, sans succès, d’imiter à leur tour
les artistes qu’ils avaient eux-mêmes influencés. Tangerine Dream est passé à
autre chose. Kraftwerk capitalise sur son passé. Mais, fidèle entre les
fidèles, Klaus Schulze exploite toujours la même veine. Si bien qu’aujourd’hui,
tout en pouvant être assimilée à une niche, l’elektronische Musik réunit une vaste famille, largement au-delà des
frontières de l’Allemagne. Les Schallwelle Awards lui sont consacrés.
La musique électronique entre créativité et rentabilité
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| Winfrid Trenkler en 1974 |
Car ces artistes ont vendu des disques. Un grand nombre
d’entre eux ont même pu vivre largement de leur musique. Au Zeiss Planetarium
ce soir-là, c’est ce que fait remarquer Winfrid Trenkler à Peter Mergener tout
en lui remettant le prix spécial pour l’ensemble de son œuvre. Peter Mergener
est inconnu du grand public en France. Pourtant, il a écrit, avec son groupe,
Software, quelques-unes des plus belles pages de la musique électronique des années 80 : une musique à la fois atmosphérique et discrète, très éloignée des productions au synthé qui saturèrent le marché à l’époque et qui
nous font bien sourire aujourd’hui. Le nom de Peter Mergener rejoint ainsi
celui de Johannes Schmoelling (un ancien de Tangerine Dream), Klaus Schulze,
Ashra et Winfrid Trenkler au palmarès de ces Schallwelle Awards. Comme
chaque année, cette édition 2013 est aussi l’occasion de récompenser des
formations plus récentes, aussi bien allemandes qu’étrangères. Initié par
Johannes Schmoelling et Jerome Froese (le fils du fondateur de Tangerine Dream,
Edgar Froese), le projet Loom fait évidemment l’unanimité avec son album Scored. La relève semble aussi assurée
avec le jeune Belge Evert Vandenberghe alias Nisus, honoré d’un Prix du
Meilleur Espoir. Pour que la cérémonie ne se résume pas à une liste de noms, la
remise des prix est entrecoupée de deux mini-concerts qui permettent au public,
en particulier les non-initiés, de se faire une idée du genre de musique
encouragé depuis tant d’années par Winfrid Trenkler et aujourd’hui par les
organisateurs de l’événement. Les impressionnantes animations projetées sous la
coupole du planétarium constituent un accompagnement parfait pour les
compositions de Thomas Lemmer et Steve Baltes, les deux artistes invités pour
l’occasion. Le premier donne un aperçu de son style très personnel, entre
chillout et house. Mais son set commence et s’achève avec une improvisation au
piano que n’aurait pas reniée Klaus Schulze. Steve Baltes est plus connu. Cette
figure de la trance, avec le groupe Deep Voices, accompagne aussi Ashra en
concert depuis 1997. Ce soir, Steve s’éloigne pourtant de ses productions
habituelles. Pendant trois quarts d’heures, tandis que se déploient sous la
coupole les orbites de Jupiter et de ses satellites, puis les phases de la Lune, il donne à entendre un
remarquable mélange de cette kosmische Musik la plus radiante et des sonorités
électroniques les plus contemporaines.
Les premiers signes d’un revival ?
D’ailleurs, après le deuxième concert, alors qu’il reçoit
son prix, Peter Mergener ne peut s’empêcher de déplorer que si peu de monde
écoute encore ce type de musique aujourd'hui. Selon lui, il suffirait que les auditeurs
potentiels puissent simplement y avoir accès, comme dans les années 70, pour
qu’elle s’impose à nouveau comme un standard. La prestation de Steve Baltes ce
soir-là ne lui donne pas tort. Les fans de Daft Punk, comme ceux de M83, s’y seraient
retrouvés. Quelques signes laissent entrevoir le début d’un frémissement
médiatique en ce sens. La passion nouvelle pour les instruments vintages, de
même que le développement, par des sociétés comme Native Instruments en
Allemagne ou Arturia en France, de logiciels d’émulation musicale à destination
du grand public, attirent à nouveau les regards des plus curieux en direction
de cette scène pléthorique. Se produire avec un Minimoog en concert relève du
dernier chic. Des artistes comme Air ou Daft Punk ont toujours affecté un style
rétro. Chez Daft Punk, la filiation se ressent surtout sur la bande originale
de Tron : Legacy, où l’on
retrouve par moments les envolées de séquenceurs typiques de la Berlin School. La reprise par
Coldplay de la chanson de Kraftwerk Computer
Love, en 2005, tout comme la collaboration de Klaus Schulze avec Lisa
Gerrard trois ans plus tard, sur l’album Farscape,
témoignent de ce même regain d’intérêt. Les artistes et les fabricants ne sont
pas les seuls concernés. Le public suit. Kraftwerk reste une référence
incontournable dans tous les festivals de musique électronique du monde. Ces
habitués des charts n’ont pourtant atteint qu’une seule fois la première place.
Cette performance, jamais accomplie avec les classiques The
Man Machine ou Computer World, ne
fut possible que grâce à Tour de France,
probablement le disque le plus faible de leur discographie, mais aussi le plus
récent. Le 9 mars 2013, soit une semaine seulement avant les Schallwelle Awards
à Bochum, Klaus Schulze plaçait à son tour, pour la première fois de son
immense carrière, l’un de ses albums dans les charts allemands : le
dernier, Shadowlands, qui atteignait
alors la 96e position.
Palmarès. Prix spécial : Peter Mergener. – Meilleur Artiste allemand : Picture Palace Music. – Meilleur Artiste international : VoLt. – Meilleur Album allemand : Loom, Scored. – Meilleur Album international : Glenn Main, Ripples. – Prix de la (re)découverte : Sankt Otten. – Meilleur Espoir : Nisus.
>> Interview de Peter Mergener
>> Interview de Nisus
>> Interview de Stefan Erbe

![Winfrid Trenkler en 1974 dans les locaux de la WDR / photo Lucky2 By Lucky2 (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons](http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/15/W_trenkler-1974.jpg)