Formé à Düsseldorf en
2009, Between Borders s’est d’abord fait remarquer dans la rue avant d’attirer l’attention de grandes marques de hi-fi et de
participer à leurs campagnes de publicité. Après un premier disque publié en
septembre 2012, le groupe germano-australien préparait déjà le suivant, dont il
venait présenter le premier clip, Water, dans le cadre de la Heinrich Spoerl Fabrik de Düsseldorf.
Mais qui sont ces jeunes musiciens ?
Between Borders : Julian Benner, Ben Yates, Oliver Vogel, Lukas Heerich
Düsseldorf, le 3 mars 2013
La Heinrich Spoerl Fabrik
A la fois bar et restaurant, la Heinrich Spoerl
Fabrik est l’un des hauts lieux du quartier branchés de Pempelfort, dans le
nord de Düsseldorf. Accessible seulement par une arrière-cour, elle a été
fondée sur le site d’une usine désaffectée, endroit rêvé pour accueillir toutes
sortes de manifestations et de happenings. Ce soir, dans le coin lounge du bar, le groupe local Between
Borders donne un concert gratuit, soit une dizaine de chansons, entrecoupées
par la projection sur grand écran, dans la cour, de la première vidéo extraite
du prochain album. Si Between Borders chante en anglais, ce n’est pas par choix
stratégique, mais parce que son chanteur et guitariste, le charismatique Ben Yates, 26 ans, est lui-même
Australien. En décidant de s’installer en Allemagne, cet ancien athlète a aussi
abandonné le triathlon au profit de la musique. L’association avec le
guitariste du cru Julian Benner, complétée par la suite avec le bassiste Oliver
Vogel et le batteur Lukas Heerich, donne à la formation sa physionomie actuelle. Le groupe occupe aujourd'hui ce territoire à la frontière entre l’ombre et la lumière, entre un anonymat relatif et une célébrité qui ne l'est pas moins. Une période où tout semble possible mais où la moindre inattention peut renvoyer dans les limbes de la confidentialité. Between Borders s’est
d’abord produit dans la rue, aux entrées des supermarchés, avant de poster
régulièrement des démos sur sa page MySpace. Inspirées et raffinées, les
chansons électro-pop – l’un des deux guitaristes n’est jamais loin d’un Moog –
jouées à cette époque leur permettent de remporter tous les concours auxquels
ils participent.
Mais c’est véritablement l’association avec Tro/Entertain, en
2010, qui va permettre aux Between Borders de prendre leur envol. Le label,
lui-même établi à Düsseldorf, s’est fait une spécialité du rapprochement entre
les artistes et les marques [1]. Tro
place ainsi l’une des chansons du groupe, le futur single Free, auprès d’une grande marque de hi-fi, Bose, qui en fait aussitôt
la bande originale de la campagne de pub de son nouveau SoundDock 10. En
2011, un autre concours, organisé par Vodafone, permet à Between Borders d’assurer
la première partie du rappeur Clueso le 10 juin au Air
Berlin Hangar de Düsseldorf, devant 5000 spectateurs. Le spot de Bose, la publication sur
Youtube de la vidéo de Free en
novembre, puis la sortie sur les plateformes de téléchargement, le 23 février
suivant, du premier EP, Asymmetrical EP,
permettent pour la première fois à Ben Yates et ses amis de se faire remarquer
en dehors des frontières de l’Allemagne. En Australie, bien sûr, mais aussi en Grande-Bretagne,
où Free passe à la télé, et… en
Russie, où Between Borders finit même par aller jouer, le 13 avril à Saint-Pétersbourg
et le 14 à Moscou. Le mois suivant, c’est au tour de Denon de choisir une
chanson de Between Border, Morning Call,
pour accompagner le lancement de son nouvel ampli. Le premier album, Asymmetrical Edged Wonderland, a été publié
le 12 septembre dernier, après deux ans de travail. Chansons travaillées et accrocheuses, inventives et alertes : les quatre garçons ont délivré un travail extrêmement solide. Pourtant, dès le mois de
janvier 2013, le groupe annonçait sur sa page Facebook être déjà en train d’achever
le second opus en studio.
Between Borders à la Heinrich Spoerl Fabrik
Tous les morceaux joués à la Heinrich Spoerl
Fabrik sont donc totalement inédits. Tandis que la moitié des convives sont
restés dans l’arrière-cour pour finir leurs bières, l’autre moitié se presse
dans le bar exigu pour découvrir les dernières chansons des enfants du pays. Plein d'autodérision, Ben lance même un « We love you Düsseldorf ! »,
alors qu’il est clair qu’il connaît à peu près tout le monde. Asymmetrical Edged Wonderland reposait
beaucoup sur les volutes de guitares imbriquées et sur la démultiplication des
voix, le tout saupoudré d’une pointe de synthétiseurs eighties. Le nouveau disque semble explorer le même territoire, même
s’il sonne plus électronique que son prédécesseur. C’est que Between Borders
utilise ce soir une boîte à rythmes, pour pallier l’absence de son batteur Lukas
Heerich, qui habite Paris et qui n’a pas pu se libérer pour l’occasion.
Le lieu du tournage du clip
Quant à
la vidéo, projetée sur grand écran dans la cour pendant l’entracte, elle
illustre le probable futur premier single, Water. Le film a été
réalisé par un spécialiste de la pub et du clip, le jeune Tim Neiser, ancien
élève de la New York
Film Academy revenu au bercail. Tim est un habitué de la Heinrich Spoerl
Fabrik. La vidéo a d’ailleurs en partie été tournée sur place, mais aussi sur le
très étrange site d’Insel Hombroich, au sud-ouest de Düsseldorf, centre d’art
contemporain fondé sur une ancienne base de missiles de l’Otan. Un choix
parfait pour ce titre aux élans dramatiques, qui permettra peut-être à Ben
Yates et à Between Borders de percer comme ils le méritent.
[1] Tro et sa stratégie feront
l’objet d’un prochain message.