dimanche 2 décembre 2018

Michael Stearns au B-Wave Festival 2018


Le Centre culturel Muze de Heusden-Zolder était le théâtre de la sixième édition du petit festival belge B-Wave. Un « petit » festival qui accueillait tout de même Michael Stearns, l’un des papes de l’ambient, en tête d’affiche, après avoir invité non moins que Robert Rich il y a trois ans. Cette année, les Belges d’Aerodyn, les Allemands de Pyramaxx et le Norvégien Erik Wøllo complétaient le programme.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Michael Stearns live @ B-Wave Festival 2018

Heusden-Zolder (Belgique), le 1er décembre 2018

Aerodyn @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Aerodyn
Pas de chance. Aerodyn n’en avait plus que pour 10 minutes lorsque je suis entré dans la salle où le groupe belge se produisait. La faute aux gilets jaunes – en partie. Jan Buytaert, la moitié de The Roswell Incident, Alain Kinet, la moitié de Thurim, et Philippe Wauman, sound-designer inclassable derrière le projet Anantakara, s’étaient produits pour la première fois l’année dernière lors du festival Cosmic Nights. Ils ne m’étaient donc pas étrangers. Mais difficile, en dix minutes, de juger leur évolution.




Onsturicheit / Alianna
Mon retard, en revanche, ne m’a pas privé des petites animations du foyer, où plusieurs instruments étaient en démonstration, dont d’énormes systèmes modulaires Doepfer. Une petite scène était également aménagée pour permettre à deux artistes belges de s’exprimer, Alianna et Onsturicheit. Tous deux ont en commun de paraître un peu plus branchés que les musiciens de la scène traditionnelle, plus âgés et plus bon-papas. Alianna, en fourreau lamé et Onsturicheit (qui signifie « incontrôlable » en vieux néerlandais, « comme ma machine », dit-il), look de dandy sophistiqué, s’intéressent à cette scène seulement pour ses instruments vintages. Il y a en effet peu en commun entre leurs improvisations bruitistes et la Berlin School ou l’ambient.

Pyramaxx @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Pyramaxx
Pyramaxx est composé du synthétiste Axel Stupplich et du guitariste Max Schiefele (alias Maxxess). La guitare, munie d’effets de délai, s’est toujours bien mariée à la musique électronique. Ce n’est pas Manuel Göttsching qui dirait le contraire. La musique de Pyramaxx ressemble par certains côtés à celle de Pyramid Peak, le groupe d’Axel Stupplich, mais tout se passe comme si ce dernier avait écarté les aspects Berlin School qui sont encore très présents chez Pyramid Peak, notamment les séquenceurs, pour ne conserver, au côté de Max, que les parties les plus rock. C’est donc du rock électronique qu’on entend ici, avec basse et batterie de synthèse, en playback. On se rapproche du travail de FD Project ou Ron Boots.

Erik Wollo @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Erik Wøllo
Contre toute attente, le beat va aussi jouer un rôle important chez Erik Wøllo. Guitariste avant tout, mais aussi à l’aise derrière les synthés, le Norvégien s’est fait connaître avec ses atmosphères à la frontière du New Age. J’étais peu familier de sa musique, mais ses collaborations avec Ian Boddy et Steve Roach laissaient penser qu’il explorerait les mêmes chemins. Ce fut le cas pendant la première demi-heure, minimaliste et planante, avant que les percussions ne fassent leur entrée et, en ce qui me concerne, ne ruinent en partie son concert. Affaire de goût, sans doute, mais la batterie électronique est un vrai problème. C’était aussi le cas dans le set précédent.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Michael Stearns live @ B-Wave Festival 2018

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Selon Gabriele Quirici, Michael Stearns fait partie des quatre artistes fondateurs de la musique ambient avec Kevin Braheny, Steve Roach et Robert Rich. Il en est même, chronologiquement, le plus ancien. Né en 1948, il a publié son premier album, Desert Moon Walk, en 1977. Braheny, de quatre ans plus jeune, a débuté quant à lui sa carrière discographique un an plus tard, tandis que Roach (né en 1955) et Rich (né en 1963) ont tous deux sorti leur premier disque en 1982.

Michael Stearns a assisté aux concerts du jour, et il n’a pas pu s’empêcher de remarquer lui aussi que le beat y avait été omniprésent. Aussi s’excuse-t-il par avance du fait qu’il n’y aura pas autant de quoi se trémousser avec lui. « Il n’y aura même pas grand-chose à voir, ajoute-t-il. A part moi, derrière mes consoles, en train de produire des bruits bizarres ». Et de fait, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Son Planetary Unfolding, sorti en 1981, fait partie des classiques de l’ambient. Selon moi, il s’agit même de l’un des disques les plus importants de la musique électronique dans son ensemble. Les textures très riches et les puissants accords qui caractérisaient cette œuvre sont bien présents lors du concert, jusqu’à un final hallucinant, qui m’a beaucoup rappelé le crescendo auquel s’était aussi adonné Ian Boddy en 2013 dans cette même salle. Même si l’ensemble du set manque un peu d’unité, semble parfois décousu, Michael Stearns montre qu’à 70 ans, il fait encore partie des artistes les plus intrigants et les plus impressionnants du genre.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Alors que la première édition du B-Wave Festival n’avait pas atteint les 100 spectateurs, celle-ci, la sixième, a doublé son audience, après une croissance constante. C’était la dernière fois que le Centre culturel Muze accueillait la manifestation. L’année prochaine, elle aura lieu à quelques kilomètres de là, dans un lieu déjà bien connu des festivaliers : la Luchtfabriek de Heusden-Zolder, qui s’est agrandie cette année, avec l’adjonction d’un nouveau bâtiment dédié aux spectacles.
Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
Johan Geens, l’organisateur, a déjà de nombreux projets très ambitieux, mais encore secrets. Il peut compter sur le soutien financier du gouvernement de Flandre. « S’il y a une chose qu’ils ont bien fait ces derniers temps, dit-il, c’est bien cela ! ». On peut lui faire confiance. N’a-t-il pas réalisé le coup de maître d’inviter Robert Rich il y a trois ans ? Nombreux sont ceux qui s’accordent sur ce point : les deux festivals belges, Cosmic Nights, fondé par Mark De Wit, et B-Wave, organisé par Johan Geens, proposent une programmation toujours passionnante et toujours renouvelée, ce dont les concurrents allemands et néerlandais ne peuvent pas toujours se prévaloir.

Michael Stearns @ B-Wave Festival 2018 / photo S. Mazars
La projection vidéo derrière Michael Stearns fait penser à une nouvelle version de Koyaanisqatsi