Natif de Rotterdam résidant à Anvers, Sjaak Overgaauw fréquente professionnellement le monde de la musique depuis de nombreuses années. Ancien producteur, il s’est révélé, il y a quatre ans, lors de la publication de son premier album, comme l’une des nouvelles figures de l’ambient music. Sjaak ne se contente pas de partager sa musique. Promoteur actif, il organise également chaque année un festival dédié au genre, l’Antwerp Ambient Festival, tout en participant au groupe N-O, un projet parallèle fondé avec le guitariste allemand Hellmut Neidhardt.
Anvers, le 17 mai 2014
Que signifie le terme ambient music à tes yeux ?
Que signifie le terme ambient music à tes yeux ?
Sjaak Overgaauw – Un
certain type d’atmosphère et de sensation, calme et minimaliste, une musique parfois
hypnotique, qui doit permettre de se sentir à l’aise avec soi-même et avec son
environnement immédiat.
Peux-tu me résumer
ton histoire musicale ?
SO – J’ai géré un
studio aux Pays-Bas pendant une assez longue période. J’y assurais un travail
de production pour divers groupes. A l’époque, il ne s’agissait que d’un hobby
semi-professionnel. Je suis à présent musicien à plein temps. Pendant toutes
ces années, ma tâche consistait essentiellement à produire des enregistrements
pros pour d’autres gens, des chanteurs comme des groupes, et dans tous les genres
possibles : la pop, le gospel, différents types de musique électronique.
C’est ainsi que j’ai appris comment réaliser un bon enregistrement, comment bien
mixer. Dans l’intervalle, j’ai aussi joué comme clavier dans des groupes conventionnels.
Mais après un certain temps, j’ai décidé qu’il était temps d’aller plus loin. Depuis
un moment, j’écrivais de plus en plus mes propres compositions. Je me suis donc
lancé en solo, sous le nom de Premonition Factory. Puis, il y a six ou sept
ans, j’ai enfin jugé ma musique suffisamment solide pour faire l’objet d’une
publication.
Ton premier album, 59 Airplanes Waiting For New York, sorti
en 2010, semble faire écho au chef d’œuvre de Brian Eno, Music for Airports. Etait-ce délibéré ?
SO – Non, non. Sincèrement,
la ressemblance est fortuite. Le titre vient de tout à fait autre chose. Il y a
un hôtel à Rotterdam, qui s’appelle l’hôtel New York. Alors que je cherchais un
titre, je regardais la télévision, et le journal montrait les avions au dessus
de New York – la ville cette fois – qui, en raison du mauvais temps et de
fortes neiges, attendaient leur tour avant de pouvoir atterrir. Le lien était
fait dans mon esprit entre Rotterdam, ma ville natale, et tous ces avions
suspendus dans les airs.
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| Premonition Factory : 59 Airplanes Waiting For New York (2010) – Live at Kink FM X-Rated (2012) – The Theory of Nothing (2012) |
Comment construis-tu un disque comme The Theory of Nothing, le dernier, sorti en 2012 ?
SO – Chaque
album, du premier au dernier, a été enregistré live en studio, sur deux pistes
stéréo. Les morceaux proviennent en général de sessions d’une demi-heure ou
d’une heure où j’enregistre toute la musique qui me passe par la tête. Ensuite,
pour peu que je m’en souvienne, si je découvre que la session de la nuit
précédente sonne bien, j’en coupe un bout, peut-être cinq ou dix minutes, je
fais un fondu d’entrée, un fondu de sortie, et ça donne un nouveau morceau. Tout
est live, ce n’est pas mixé, ce n’est pas du multi-piste. Voilà de quelle
manière je génère mes longues textures. Par exemple, je pourrais parfaitement
enregistrer intégralement le concert de ce soir – d’ailleurs, c’est exactement
ce que je vais faire –, soit trois quarts d’heure de show, et en extraire plus
tard quelques minutes, que j’utiliserai comme nouveau morceau pour un prochain
album. Tous mes titres sont issus de segments de sessions beaucoup plus longues.
Je conserve quelque part des heures et des heures de jours entiers
d’enregistrements.
L’improvisation joue
donc un rôle clé.
SO – En règle
générale, j’improvise tout, puisque le processus de composition se déroule en
direct. Parfois quand je réécoute un enregistrement, je me rends compte qu’il y
a plus d’un passage que je n’apprécie pas. Puis, à d’autres moments, la magie
opère soudainement. C’est le signe que je tiens là un nouveau bon morceau.
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| Premonition Factory avec N-O live @ Antwerp Ambient Festival 2014 |
SO – J’ai déjà sorti
un live il y a deux ans [Live at Kink FM
X-Rated]. Mais je trouve les albums studios plus intéressants. Parce qu’il
s’agit réellement de musique inédite, et dont je contrôle la qualité. Les lives
improvisés à 100%, publiés tels quels, excluent tout travail d’édition et de
sélection en studio.
Quand on écoute ta
musique, il n’est pas toujours évident de distinguer les sons naturels, la
guitare et l’électronique.
SO – Dans l’ensemble,
90% de ma musique vient des synthétiseurs ou des sampleurs. J’ai introduit de
la guitare sur un seul de mes albums, mais le son était lui aussi traité à
travers plusieurs modules d’effets ou des générateurs de boucles.
Pourquoi as-tu choisi
de t’autoproduire ?
SO – Les ventes
de CD ne sont plus comparables à ce qu’elles étaient il y a dix ou vingt ans. Une
collaboration avec une maison de disques n’a de sens que si celle-ci a les
moyens de promouvoir ton travail. Or, jusqu’ici, j’ai parfaitement pu me
débrouiller tout seul. Ce qui ne m’empêche pas d’envisager de me tourner vers
divers labels dans le futur.
SO – Oui. Le
concept a été développé il y a six ans. Plus exactement : il s’agit ce
soir de la sixième édition. Les trois premières années, la manifestation
s’intitulait Ambient Live Looping Festival. Mais au départ, elle était éparpillée
dans toute l’Europe. La première édition a eu lieu en trois endroits :
Anvers, Rome et Florence, en Italie. Dès la deuxième année, nous nous sommes
rendu compte qu’on pouvait étendre nos ambitions. J’ai donc essayé d’attirer de
meilleurs artistes, puis de relever petit à petit la qualité du festival. C’est
la raison pour laquelle nous sommes passés de trente visiteurs la première
année à probablement plus d’une centaine ce soir. En 2009, on avait encore
l’impression d’assister à une petite réunion communautaire. Nous sommes plus
pros aujourd’hui. La salle, l’organisation mais surtout l’affiche en
témoignent. J’ajouterais que le festival devient de plus en plus ambient. Ce soir, ce sera très, très ambient. Plus encore, si c’était
possible, que l’année dernière ou il y a deux ans. Le plus ambient des festivals ambient !
Qui s’est produit
jusqu’ici au Antwerp Ambient Festival ?
SO – Theo Travis,
le saxophoniste et flûtiste qui a notamment accompagné Porcupine Tree et David
Sylvian, et qui fait aussi de très bonnes choses en solo, s’était joint à nous
en 2011. Ce soir, Dirk Serries et Aidan Baker viennent pour la seconde fois. Je
peux aussi citer le Britannique Steve Lawson, un excellent bassiste. Beaucoup
de bons artistes très différents, en somme. En 2012, nous avons accueilli Dag
Rosenqvist alias Jasper TX et Machinefabriek. Son vrai nom, Rutger Zuydervelt, te
dit peut-être quelque chose. Il est désormais connu aussi loin qu’au Japon ou à
Moscou.
Une telle
organisation représente-t-elle beaucoup de travail ?
SO – Pas tant que
ça. Pour moi, c’est devenu un processus automatique. Je sais ce que je fais, je
connais les artistes. Je les contacte personnellement. Il s’agit d’une formule
bien rôdée, donc tout va assez vite.
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| Premonition Factory avec N-O live @ Antwerp Ambient Festival 2014 |
SO – Les gens croulent
sous les sollicitations pendant leur temps libre. C’est à celui qui attirera le
mieux leur attention. Il y a la famille et les amis, mais aussi le cinéma et
les sorties. Puis il y a les concerts de mainstream.
Et enfin, il y a les niches, comme nous. La compétition est rude. Alors comment
augmenter le nombre de fans ? En attirant des artistes plus renommés,
comme je le disais. Mais surtout des artistes honnêtes, ceux qui sont capables
de créer un lien avec le public. Les spectateurs comptent beaucoup pour moi. Si
bien que je peux me montrer très difficile lorsqu’il s’agit de décider qui va
jouer et qui ne va pas jouer.
SO – Je vais
jouer avec N-O. Il s’agit d’un projet en commun avec le guitariste allemand Hellmut
Neidhardt, dont le nom de scène est N, d’après son initiale : N pour
Neidhardt, O pour Overgaauw, d’où N-O.
Même votre nom de
scène est minimaliste. Mais quelle galère pour le référencement sur
Google !
SO – Ne m’en
parle pas !
SO – Il y a deux
ans, nous avons répété ensemble à Dortmund, dans une toute petite salle –
imagine nos gros amplis dans une pièce minuscule. L’expérience devait être
brève, elle s’est éternisée. Nous en avons tiré cinq ou six heures
d’enregistrements dont nous étions si satisfaits, que nous avons remis le
couvert lors d’une seconde session à la fin de l’année dernière. Désormais,
nous disposons d’assez de matériel pour deux albums. En ce moment même, nous discutons
avec plusieurs labels dans l’espoir de les publier en vinyles. C’est l’une des
raisons qui me motivent à solliciter une maison de disques : je ne me
lancerai pas moi-même dans la production de vinyles. Si tout va bien, un
premier disque devrait sortir en fin d’année ou au début de l’année suivante.
SO – En plus de
ces albums avec N-O, je poursuis mon projet solo, Premonition Factory. La
aussi, un certain nombre de nouveaux morceaux sont fin prêts. Mais j’explore
cette fois une autre direction, moins électronique, plus organique. Si tu
écoutes bien ce soir le début de notre set avec N-O, tu entendras quelques
développements représentatifs de cette nouvelle orientation, très minimaliste. J’envisage
la sortie de l’album en 2015.
>> Site officiel
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