Depuis six ans, la ville d’Anvers accueille l’Antwerp Ambient Festival, une manifestation entièrement dédiée à l’ambient music. A l’origine de ce projet, le musicien et ancien producteur Sjaak Overgaauw, lui-même artiste ambient connu sous le nom de Premonition Factory. Cette année, outre Sjaak lui-même, au sein du duo N-O qu’il forme avec l’Allemand Hellmut Neidhardt, l’affiche réunissait trois noms importants de cette scène internationale : l’Italien Stefano Musso alias Alio Die, le Belge Dirk Serries, anciennement connu sous le pseudonyme de Vidna Obmana, et le Canadien Aidan Baker.
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| N-O (Sjaak Overgaauw + Hellmut Neidhardt) @ Antwerp Ambient Festival 2004 |
Anvers, le 17 mai 2014
Un compositeur classique mobilise tout un orchestre, un
groupe de rock fait tonner l’indépassable trio batterie-basse-guitare, un DJ
techno s’attelle à ses platines : tout se passe comme si chaque forme
musicale était intimement conditionnée par un certain type d’instruments, à
charge ensuite aux artistes de développer leurs propres genres. Si l’ambient music est bien l’un d’entre
eux, elle semble en revanche transcender tout déterminisme formel.
Virtuellement, n’importe quel instrument, n’importe quelle source de son permet
de produire de l’ambient, comme
l’atteste l’édition 2014 de l’Antwerp Ambient Festival, qui se déroulait au
Centre culturel de Luchtbal, à Anvers, sous la houlette de Sjaak Overgaauw,
l’un des maîtres en la matière.
N-O (Sjaak Overgaauw + Hellmut Neidhardt)
Actif depuis de nombreuses années sur cette scène, Sjaak
Overgaauw a publié son premier disque en 2010 sous le nom de Premonition
Factory. Il y a deux ans, il s’est associé à un guitariste allemand, Hellmut
Neidhardt, formant le duo N-O. C’est sous cette mouture qu’on retrouve les deux
hommes sur scène. Lors de leur prestation, Sjaak génère presque tous ses sons
sur des synthétiseurs. Quant à Hellmut, il filtre tellement sa guitare que sa
contribution semble se fondre dans celle de son camarade.
N-O développe une
longue pièce de 45 minutes constituée de trois sections imbriquées, tour à tour
tranquilles, sombres et dramatiques. En ce qui les concerne, le terme de
minimalisme convient-il encore ? Le calme ne doit pas tromper, car la
musique de N-O est dense, et sa structure, complexe. En revanche, le duo reste
fidèle à un aspect essentiel du genre : la place réservée aux soupirs. Le
fondu, à la fin du set, se termine dans le silence le plus complet, et
constitue sans doute l’un des temps forts du festival, car le public,
manifestement connaisseur, respecte ce moment, qu’il sait faire partie du tout.
Alio Die
Compte tenu de la place des synthétiseurs – et des
applications – dans le travail de Premonition Factory, on pourrait concevoir l’ambient music comme un cas particulier
de la musique électronique. Or il n’y a rien de tel chez Alio Die, qui a depuis
longtemps rangé ses synthés au profit de dispositifs de toutes sortes,
instruments à vents, à cordes, percussions orientales ou inventées de toutes
pièces. Devant lui, dans les vapeurs de ses encens, l’Italien dispose d’un
vaste éventail d’ustensiles, le plus souvent naturels, qui pourraient
rapprocher sa prestation de la musique concrète, alors qu’elle relève là encore
de l’ambient pure.
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| Alio Die @ Antwerp Ambient Festival 2014 |
Et pourtant, dans
son cas, l’électronique ne joue aucun rôle dans la génération du son. Stefano
procède selon une méthode éprouvée de loops,
jouant quelques secondes d’un instrument avant de l’insérer dans une boucle,
lui faisant subir divers filtrages, tout en passant à l’instrument suivant. Il
en résulte un paysage sonore volatile, harmonieux (alors qu’il flirte avec
l’atonalité) et simplement désarmant. Pour cela, Alio Die fait sans doute
partie des artistes les plus excitants de la très vaste scène ambient italienne.
Dirk Serries
Dirk Serries s’est fait connaître au milieu des années 80
sous le nom de Vidna Obmana, un pseudonyme qu’il n’utilise plus guère. Là encore,
pas question de rattacher l’ambient music
à une famille d’instruments en particulier. Ce soir, le Belge n’utilise que sa
guitare et beaucoup de feedback. A ce titre, son travail rappelle beaucoup
certains passages d’Inventions for
Electric Guitar, de Manuel Göttsching, qu’il aurait nettoyés de leurs traits
rock et Berlin School pour ne conserver que l’atmosphère éthérée. Des quatre
artistes présents ce soir, il s’agit sans doute du plus radical dans sa
démarche.
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| Dirk Serries @ Antwerp Ambient Festival 2014 |
Aidan Baker
Mondialement connu dans les milieux autorisés, le Canadien Aidan
Baker fait une belle tête d’affiche. Lui aussi guitariste, il ne s’encombre pas
plus que Dirk d’autres instruments. Mais si Dirk se contentait de pédales
d’effets, Aidan utilise, comme Alio Die, la technique des loops. Chez Stefano, pourtant, les boucles se perdaient dans les
effets de délai et d’écho, alors qu’elles sont bien identifiables chez Aidan,
et confèrent à sa musique une tonalité industrielle qu’il avait déjà explorée
dans quelques albums. Comme N-O, Alio Die et Dirk Serries, Aidan Baker pratique
l’improvisation. Mais ses morceaux révèlent une structure plus élaborée,
peut-être consciemment. Des années de concerts lui ont sans doute permis de
créer des progressions, de ménager des surprises et de peaufiner des effets. Les
quatre concerts, tous d’une durée de 45 minutes, ont été enregistrés. Celui
d’Aidan ferait bonne figure, tel quel, dans sa discographie.
L’expérience de l’ambient
music se révèle très différente sur scène et à la maison. Là, elle s'affranchit de son
statut d’arrière-fond sonore de la vie quotidienne, inhérent à l’étiquette ambient, pour devenir
un spectacle. Car, lors de cette
édition, il s’est toujours passé quelque chose sur scène : sous de subtils
effets de lumière conçus par un technicien en coulisse qui savait manifestement
ce qu’il faisait, le public voyait véritablement la musique en train de naître.
En raison de son caractère radical, l’ambient
music restera sans doute une niche. Mais avec de tels artistes, capables de
créer des pièces aussi intenses, de développer une imagerie aussi éclatante et
de marketer habilement leur travail, le public, à défaut de croître, ne pourra
que rester fidèle. Une centaine de personnes ont fait le déplacement cette
année, contre une trentaine il y a six ans. Plus important, il s’agit d’un
public jeune, urbain et connecté.
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| Aidan Baker @ Antwerp Ambient Festival 2014 |
>> Interview de Sjaak Overgaauw, organisateur du Antwerp Ambient Festival
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