Depuis 2011, la radio universitaire de Dortmund Eldoradio et le magazine online Empulsiv, animé entre autres par Stefan Erbe, co-organisent le Raumzeit Festival, entièrement dédié à la musique électronique traditionnelle, dans les locaux de la Technische Universität de Dortmund. Cette année, en plus de Stefan Erbe, hôte de cette troisième édition, quatre autres artistes étaient invités : la chanteuse et multi-instrumentiste originaire de Zurich Eela Soley, le Belge Nisus, lauréat du Newcomer Price lors des derniers Schallwelle Awards, la formation vintage Erren Fleissig Schöttler Steffen, et le performer Mic Irmer, alias Moogulator.
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| De gauche à droite : Stefan Erbe, Eela Soley, Moogulator, Nisus. Au fond : Erren Fleissig Schöttler Steffen |
Raumzeit n'est assurément pas un festival comme les autres. Comme
lors des éditions précédentes, il n'y a pas de tête d'affiche à Dortmund. Le
festival est divisé en trois parties, au cours desquelles tous les musiciens se
succèdent sur scène. Deux entractes permettent au public de découvrir, outre un
buffet bien garni, les stands de chacun d’entre eux. Pendant le show, à peine
Nisus a-t-il plaqué son dernier accord, que Moogulator, déjà installé à ses
côtés depuis quelques minutes, entame son propre set. C'est l'une des
particularités les plus étonnantes du dispositif : comme si chacune des trois
parties ne représentait qu'un seul long morceau auquel chaque artiste
apporterait successivement sa contribution.
Le deuxième acte fait même sortir la manifestation des
limites traditionnelles d'un festival de musique pour la faire entrer dans
l'univers du happening multimédia. L'artiste Norbert Dähn, spécialisé dans le
body painting, va ainsi tranquillement peindre l'un de ses modèles – à la plastique parfaite – tandis que Nisus, Moogulator,
Eela Soley, Stefan Erbe puis Erren, Schöttler, Fleissig & Steffen se
succèdent sur scène. Justement, l'agencement de la scène elle-même distingue Raumzeit de
n'importe quel autre festival. Du fait que chaque musicien est amené à
intervenir trois fois, chacun a disposé ses instruments dans un coin
spécifique.
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| Raumzeit Festival 2013 : Nisus |
L'estrade proprement dite est monopolisée par Erren Fleissig Schöttler Steffen, dont l'équipement vintage très lourd occupe
un espace conséquent. Les autres musiciens ont éparpillé leurs instruments
entre l'estrade et le public. Avec ses deux claviers superposés, Nisus tient en
comparaison une place très réduite sur la droite. Sa musique, tout en volutes
ondulantes autour de beats discrets, fait écho à sa prestation au Grillfest
d'Essen le mois dernier. Même si le Belge se réclame parfois de la Berlin School, il
compose une musique très personnelle, aérienne, où pointe ça et là l'influence
de Jarre.
Le contraste avec son successeur, Moogulator, n'en est que plus saisissant.
Connu dans les milieux underground pour son style noisy et industriel, l'homme,
assis par terre en tailleur comme un sitariste indien, a disposé autour de lui
quatre petits générateurs de beats. Il en résulte une musique tout en rythme,
en clics et en pops, aux frontières du breakbeat, de la house, et de
l'installation d'avant-garde.
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| Eela Soley feat. Stefan Erbe avec le peintre Norbert Dähn |
A ses côtés, au centre devant la scène, lui succède Eela Soley. Un micro, une boîte à rythmes, un
saxophone et quelques pédales d'effets : il n'en faut pas plus à la chanteuse
suisse pour emplir la salle de ses sonorités luxuriantes et chaleureuses. Mais
Eela Soley est tout sauf une femme-orchestre. A la manière d'un Dub FX, elle
utilise des loops qui lui permettent
de démultiplier à l'infini le son de sa voix ou de son saxophone. Quand Stefan
Erbe la rejoint, on croirait presque retrouver l'ambiance des concerts en commun
de Klaus Schulze et Lisa Gerrard en 2008-2009. De tous les musiciens, Stefan Erbe se livre à chaque fois à la
plus courte prestation, préférant comme toujours mettre en lumière ses invités
plutôt que lui-même.
Erren Fleissig Schöttler Steffen concluent chaque
segment. Les claviers analogiques, mais surtout les bonnes vieilles armoires de
séquenceurs, fournissent la base des impressionnantes suites musicales que la
formation improvise ici en temps réel. Malgré l'absence d'une section rythmique
ou de la moindre boîte à rythme, le quatuor génère des pulsations aussi
hypnotisantes que n'importe quel morceau de trance ou de deep house. Le fait
que chaque membre, concentré sur ses appareils, tourne presque en permanence le
dos au public, ajoute un peu plus à l'atmosphère.
Mais le point d'orgue de la manifestation reste sans doute
son final. Tout le monde se retrouve sur scène pour une improvisation commune d'une
dizaine de minutes, où la voix d'Eela Soley, les beats de Moogulator, les
nappes de Nisus, le piano de Stefan Erbe et les séquences d'Erren Fleissig Schöttler Steffen se superposent en harmonie complète. Du grand art. En
une soirée, le choix judicieux et éclectique des invités a fourni – si besoin
en était – la preuve de l'étonnante diversité de cette musique électronique
dite traditionnelle, faute d'un vocable plus adapté pour désigner cette scène d'une
insoupçonnable richesse.
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| Erren Fleissig Schöttler Steffen |
>> Interview de Nisus
>> Interview de Stefan Erbe




