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dimanche 23 septembre 2018

Electric Cave : Pyramid Peak & BK&S live @ Dechenhöhle, Iserlohn, 23 septembre 2018


Comme BK&S à Repelen, Pyramid Peak a son rendez-vous live attitré. Depuis 2001, le groupe se produit dans la grotte de Dechen, près de Dortmund. En 2014, pour la première fois, Axel Stupplich et Andreas Morsch, ses deux fondateurs, avaient organisé un double concert en compagnie, justement, de BK&S. Cette année, c’est à un véritable mini-festival que le public a été convié, avec pas moins de cinq concerts, dans deux grottes différentes. Au programme, un certain Project Andrew Rotten, Filter-Kaffee, Axess, BK&S et Pyramid Peak.

 

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2018
De gauche à droite : Detlef Keller, Andreas Morsch, Bas Broekhuis, Axel Stupplich, Mario Schönwälder, Frank Rothe


Grotte de Dechen, Iserlohn, le 22 septembre 2018

Project Andrew Rotten live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Project Andrew Rotten
Après le rappel, par le gérant, des strictes consignes de sécurité de la grotte (le sol glissant, les voûtes basses, les boyaux étroits), le public est autorisé à pénétrer dans une première salle, où doit débuter le premier concert du jour, celui du Project Andrew Rotten. Je n’avais jamais entendu parler de cet artiste. Tout s’éclaire quand il prend place derrière ses claviers, collé contre les parois suintantes : il s’agit du projet solo d’Andreas Morsch. On comprend donc qu’entre Pyramid Peak et BK&S, on passera la soirée en famille. Andreas sait trouver de bonnes mélodies. Je mettrais un bémol sur les parties rythmiques. Les boîtes à rythmes sont une facilité à laquelle les musiciens cèdent souvent trop facilement, tant il est vrai que le moindre beat confère d’emblée à n’importe quel morceau un certain « habillage ». Or dans ce Project Andrew Rotten, les boîtes à rythmes jouent un très grand rôle, au point de noyer un peu tout le reste. On flirte ici avec la musique new age.

Filter-Kaffee live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Filter-Kaffee

Le contraste est saisissant dès que Mario Schönwälder et Frank Rothe, les deux compères de Filter-Kaffee, investissent la grotte. Pas de boîtes à rythmes ici. On retrouve la grande tradition de la Berlin School des années 70, avec ses séquenceurs, ses longues plages planantes, mais surtout le principe de l’improvisation. Mario a bien programmé quelques séquences à l’avance, et les deux hommes suivent manifestement un certain canevas. Mais les morceaux pourraient se présenter sous mille physionomies différentes. Plus important, la musique de Filter-Kaffee entre en résonnance avec les lieux. La grotte n’est pas qu’un écrin, un décor un peu inhabituel dont profitent les musiciens, car ceux-ci la mette à leur tour en valeur.

Axess live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Axess

Axel Stupplich, maître d’œuvre de la manifestation, bien connu dans le milieu sous le nom de scène d’Axess, propose le concert le plus surprenant du jour. Assez éloigné du son de Pyramid Peak, et de la musique électronique classique en général, Axess explore aujourd’hui une veine chillout plutôt plaisante, où les rythmiques sont bien plus maîtrisées que chez son collègue. Sa manière d’utiliser les kicks rappelle par moment MoonSatellite : autant dire du solide, même s’il n’échappe pas à quelques mélodies faciles. O peut se faire une idée de son travail en écoutant son nouvel album, Seashore, paru sur Spheric Music, le label du dynamique Lambert Ringlage.

BK&S live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
BK&S
Le soir venu (mais comment se douter de l’heure qu’il est ?), le public migre vers une salle plus grande, dont je reconnais immédiatement la configuration pour l’avoir visitée en 2014. Dès les premières notes de BK&S, le public reconnaît immédiatement le son inimitable de Bas Broekhuis, Detlef Keller et Mario Schönwälder. Ce n’est pas la meilleure prestation du groupe qu’il m’ait été donnée de voir : Mario n’a pas joué assez de solos, et Bas a trop sollicité sa grosse caisse. Mais c’est toujours un plaisir de retrouver intact le style familier auquel les trois hommes restent fidèles. Et pourtant, ils pourraient s’en éloigner. Mario m’a confié écouter beaucoup Nils Frahm en ce moment. Mais quand je lui ai demandé si le pianiste pouvait un jour influencer sa musique, voici ce qu’il m’a répondu : « Non ! D’abord parce que je ne saurais pas jouer comme lui. Ensuite, même si je m’isole avant chaque concert avec Nils Frahm, dès que je suis sur scène avec Frank, je fais du Filter-Kaffee ; avec Bas et Detlef : du BK&S. »

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Pyramid Peak
En revanche, Pyramid Peak est au sommet de son art. Réduits à un duo depuis le départ de leur batteur il y a trois ans, Axel Stupplich et Andreas Morsch ne s’en trouvent pas plus mal. En outre, ils m’apparaissent bien meilleurs ensemble que séparés. Pour preuve, ce très beaux morceaux à base de séquences entrelacées : une première, une deuxième, une troisième, dans un arrangement progressif de plus en plus complexe. L’introduction du concert était particulièrement réussie, dans une ambiance digne des bandes originales de John Carpenter. Dans une grotte froide, humide et peu éclairée, l’effet est immédiat : Comme si Michael Myers allait surgir au coin d’une stalagmite !

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2018 / photo S. Mazars
Frank Rothe m’avait vendu la mèche, mais tout le monde pouvait s’y attendre : la soirée se devait de s’achever sur une jam session avec tous les musiciens réunis sur scène. C’est ainsi que BK&S et Pyramid Peak, accompagnés de Frank, se sont retrouvés pour le rappel, dans cette grotte pleine à craquer, eux-mêmes subitement très à l’étroit. Je remarque que le public est majoritairement masculin. Une constante avec ce style musical sauf, peut-être, à Repelen. Selon Bas Broekhuis, cela s’explique par l’aspect technique des instruments qui, d’après son expérience, attire plus les hommes que les femmes. Or, ajoute Detlef Keller, cela crée un préjugé défavorable. Du coup les femmes sont moins exposées que les hommes à ce style. Mais dès qu’elles ont l’opportunité d’en écouter – Detlef est catégorique –, elles n’apprécient pas moins que les hommes.

Mario l’affirme : cette journée Electric Cave restera unique. Pas question de fonder encore un nouveau festival. Je crois, pour ma part, que si Axel Stupplich l’invite à remettre ça l’année prochaine, il ne dira pas non. Et nous non plus.


mardi 28 octobre 2014

Pyramid Peak : séquences au sommet


Fondé en 1988 par Axel Stupplich et Andreas Morsch, d’abord sous le nom de Digital Dream, Pyramid Peak est devenu le trio aujourd’hui reconnu sur la scène électronique par l’adjonction d’un troisième larron, le batteur Uwe Denzer, lui aussi originaire de Leverkusen, au nord-est de Cologne. Depuis 1998, le groupe produit des albums dans la grande tradition de la Berlin School, mais dans un style plus énergique, et moins contemplatif. Avec BK&S, Pyramid Peak est probablement la formation qui tourne le plus au sein de cette niche. Axel, Andreas et Uwe disposent même de leur rendez-vous attitré : la grotte de Dechen, à Iserlohn, où ils se produisent régulièrement depuis 2001. Cette année, ils avaient justement invités BK&S à se joindre à eux. Entre leur propre show et celui de leurs hôtes, les trois hommes se sont assis quelques minutes sous les stalactites pour répondre à quelques questions.

 

Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer : Pyramid Peak @ Schallwelle Awards 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak @ Schallwelle Awards 2014
De gauche à droite : Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer

Grotte de Dechen, Iserlohn, le 25 octobre 2014

A quel type d'ambiance et de musique dois-je m'attendre en écoutant Pyramid Peak ?

Axel Stupplich – A de la belle musique, avec beaucoup de séquenceurs, de mélodies et de rythmes. Si tu entends un son tout en séquences et en mélodie, c'est nous.
Andreas Morsch – Si on veut absolument nous classer dans un genre particulier, alors on peut dire que les grands anciens, comme Tangerine Dream, Jean-Michel Jarre ou Kraftwerk, nous ont servi de modèle. Mais nous ne souhaitons pas nous-mêmes nous prêter à ce genre de classification.
AS – Nous tâchons de rester ouverts à toutes sortes d'influences. Quand nous nous asseyons devant nos synthés et que nous commençons à jouer, nous explorons bien sûr un chemin ouvert avant nous par tous ces artistes connus, mais nous tâchons aussi de développer notre style à nous. En 25 ans d'existence, nous avons eu le temps de développer notre propre son.

Pyramid Peak live @ E-Day 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ E-Day 2014
Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez entendu ce type de musique ?

AM – Oui, j'étais encore un enfant. Ce sont mes parents qui m'ont fait écouter The Robots, de Kraftwerk. Puis Jean-Michel Jarre.
AS – Je regardais la série Cosmos 1999 à la télé. On pouvait y entendre ce genre de musique, dont j'ignorais tout à l'époque. La série n'était pas terrible, c'est vrai, mais je trouvais la musique fantastique.
Uwe Denzer – Oxygène, de Jean-Michel Jarre, a été l'un des premiers disques que j’ai possédé. Puis, dans les années 80, je me suis mis à écouter l’émission radiophonique de Winfrid Trenkler sur la WDR, Schwingungen. C'est là que tout a vraiment commencé pour moi, Je m'asseyais tous les jeudis soir devant la radio et j'enregistrais tout ce qu'il passait.
AS – Moi aussi, j’ai encore mes vieilles cassettes.
UD – Quand Mojave Plan, le premier morceau de White Eagle [1982], de Tangerine Dream, a retenti pour la première fois dans le poste, ça a été grandiose. Entendre en intégralité ce titre de 20 minutes, c’était énorme.

Quand vous êtes-vous dit : « Moi aussi, je veux faire de la musique » ? Que s'est-il passé ?

AS – Ecouter, ce n'était plus suffisant. A un moment naît en effet ce désir de produire soi-même de tels sons. On achète alors un petit synthé pas trop cher pour commencer. En gros : ce qu'un étudiant peut s’offrir. Andreas et moi avons éprouvé ce même besoin en même temps. Puis nous nous sommes rencontrés, tout à fait par hasard, en 1986. Un ami commun m’avait parlé d’un type qu’il connaissait et qui faisait le même genre de musique que moi. Il nous a présentés. Notre collaboration a débuté presque immédiatement après. Oui, c'est la musique qui nous a réunis.

Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer : Pyramid Peak @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer @ Dechenhöhle 2014
Que faites vous dans la vie ?

AM – Je suis travailleur indépendant.
AS – Je travaille dans la vente automobile pour une firme japonaise.
UD – Je suis manager dans une boîte d'informatique.

Sur votre site, votre discographie ne mentionne que neuf albums depuis 1998. Que s’est-il passé avant ?

AM – J’ai fait une pause pendant une assez longue période. Au début des années 90 [en 1991], j’ai tout arrêté, vendu tous mes instruments et je n’ai plus du tout touché à la musique pendant… presque dix ans, non ?
AS – Non, pas si longtemps ! [Andreas a rejoint la formation en 1998, qu'Uwe avait intégrée entretemps]
UD – Je ne faisais pas encore partie du groupe à ce moment-là. En fait, nous nous sommes connus parce qu’Axel et moi étions voisins à Leverkusen. Il avait son studio à la maison. Au milieu des années 90, nous avons commencé à jouer ensemble, jusqu’à ce qu’Andreas réintègre le groupe.

Où sont passés vos albums plus anciens, comme Fractals (1990) ou Sternenmusik (1990) ? On peut encore se les procurer quelque part ?

AM – Non, plus du tout. Ce sont des enregistrements sur cassettes. Les bandes originales n'existent même plus. Et nous ne souhaitons nullement repiquer ça sur CD aujourd’hui. Ça ne vaudrait pas le coup. D’abord parce que la qualité des enregistrements n’est pas à la hauteur. Surtout, notre son a beaucoup évolué depuis lors. Nous souhaitons laisser derrière nous toutes ces expériences du passé.

Sur quels instruments avez-vous débuté ?

AM – Nous avons commencé avec un expandeur Roland MT-32, parce que c’était l’un des rares instruments abordables pour notre budget si modeste. Je me suis ensuite acheté un Casio CZ-5000, qui coûtait tout de même à l’époque quelque chose comme 2000 marks. Je peux te dire que nous avons épargné longtemps pour nous acheter ces engins.

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014
Et aujourd'hui sur scène ?

AS – Nos situations professionnelles nous permettent à présent des investissements un peu plus conséquents. Aujourd’hui, j'avais apporté, entres autres, un Blofeld de Waldorf et un Roland Gaia, donc un synthé à modulation analogique virtuelle. Pas question de jouer ce soir avec de vrais synthés analogiques. De telles machines n’auraient pas aimé la température de la grotte [10°C]. Ça les aurait probablement détraquées.
AM – J'ai joué sur mon instrument préféré, le Virus TI.
UD – En tant que batteur, j'ai utilisé les pads Alesis Performance et le module Nord Drum, fabriqué par la firme Nord. J’avais aussi un Roland Juno-G, comme clavier pour les effets. Et il ne faut pas oublier le Nord Modular, un excellent synthé numérique.

Le rôle d’Uwe à la batterie est assez clair. Sinon, qui fait quoi sur scène ?

AM – Difficile de donner une réponse précise. Chacun apporte son propre jeu au travail de l'autre. L'un développe une séquence, l'autre y ajoute des nappes, et inversement. Nous fonctionnons ainsi depuis le début. A l’époque, chacun avait son ordinateur, son synthé, totalement indépendants les uns des autres. On jouait ensemble, c’est tout. A aucun moment nous n’avons eu conscience de mettre au point une manière précise de travailler. C’est pourtant elle qui fonctionne encore aujourd'hui à trois.
UD – Le principal, c’est que nous y prenions toujours autant de plaisir.

Pyramid Peak & Harald Nies live @ Electronic Circus 2013 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Electronic Circus 2013 (avec Harald Nies)
Racontez-moi un peu ce qui s'est passé sur scène lors de votre concert à l'Electronic Circus en 2013. Vous avez autopsié un synthé, c’est bien ça ?

AS – Absolument ! Nous venions de publier notre dernier CD, qui s'intitule Anatomy. Le nom nous était venu comme ça. Il ne faut pas lui chercher une signification très profonde. Sur la couverture du CD, nous avions déjà décidé de poser dans des costumes de chirurgiens. Nous nous sommes dit que nous pouvions aller plus loin sur scène, et c’est ainsi que nous nous sommes prêtés à cette mascarade : ouvrir les entrailles d'un synthé et procéder à cette autopsie. Ça faisait partie du show. Les organisateurs du Circus ont été emballés par l'idée.
UD – Eux-mêmes sont déjà très friands de déguisements et de ce genre de choses.

A part ce festival, où vous êtes-vous produits jusqu'ici ?

AS – Nous avons participé au Awakenings Festival en Angleterre en début d’année [le 8 mars 2014].
UD – Ce n’était pas notre première fois à l'étranger. Nous avions aussi joué chez Dave Law, de Synth Music Direct, lorsqu’il avait encore son festival, Alpha Centauri. Aux Pays-Bas, nous avons fait aussi le E-Live en 2005 et le E-Day cette année.
AM – En Allemagne, je crois que nous avons participé à tous les principaux événements : la Gartenparty à Hamm, le Grillfest au Grugapark de Essen, et les concerts de l'association Schallwende au planétarium de Bochum.
AS – Nous n’avons encore jamais joué en France, mais nous attendons avec impatience une invitation. Si tu as des contacts…

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014
Et n’oublions pas votre rendez-vous régulier ici-même, dans la grotte de Dechen.

AS – Nous nous y sommes produits pour la première fois en 2001.
UD – En gros, nous venons tous les deux ou trois ans.
AM – C'est la sixième fois aujourd’hui. Dans les années 80, nous avions déjà joué dans une grotte. Nous avions fait quelques essais, avec une caméra aussi, mais à l'époque, un vrai concert n'était pas réalisable. Nous n’avons pas renoncé pour autant. Il se trouve que le docteur Stefan Niggemann, qui est géologue et gérant de cette superbe grotte, se trouve aussi être un connaisseur de musique électronique.
AS – J’avais écrit à trois ou quatre responsables de grottes de ce type dans la région, et le docteur Niggemann a répondu presque instantanément. « Venez quand vous voulez ! » Il est fan de Klaus Schulze et Tangerine Dream. On ne pouvait pas mieux tomber.

Qui sont les visiteurs ?

UD – En grande partie, les fans habituels de musique électronique. Mais, dans la mesure où la grotte est connue dans la région, et que le concert était annoncé dans la presse locale, il y a vraisemblablement aussi quelques personnes ici qui découvrent seulement aujourd'hui de quoi il s'agit. Ou bien certains connaissaient peut-être déjà Pyramid Peak grâce à nos concerts précédents, mais découvrent en revanche BK&S.

Comment cette scène pourrait-elle atteindre un public différent, peut-être plus jeune ?

AS – J'y travaille. Les musiciens devraient faire plus d'enfants. J'ai amené les miens, aujourd'hui !
AM – C'est devenu compliqué, parce que les standards de l'électronique ont changé et que les médias s'intéressent désormais à tout autre chose. Le point culminant de ce style très particulier qui est le nôtre commence à dater. Le Klemdag de la grande époque rassemblait un millier de personnes à la fin des années 90 [l’ancêtre du E-Live aux Pays-Bas, organisé à l’époque par une association locale, Klem] !

Pyramid Peak CD covers / source : www.syngate.biz
Atmosphere (1998) (réédition Syngate 2009) – Anatomy (2013) – The Cave (2010)

Vous avez autoproduit tous vos disques, sauf l’un d’entre eux, The Cave, paru en 2010 chez Syngate. De quoi s’agit-il ?

AS – Il s'agit justement le fruit d'un concert que nous avons donné ici à Dechen en 2009.

Pouvez-vous déjà annoncer un prochain rendez-vous live ?

AS – Le 28 février, nous serons à la Güterhallen de Solingen à l’occasion d’une manifestation artistique. Un auteur procèdera à une lecture et nous fournirons l'accompagnement musical.
AM – La Güterhallen est un atelier d’art. Nous y avions déjà joué dans le passé. Nous avons noué d’excellents contacts avec plusieurs artistes, et nous avons hâte d'y être. Ça va être une expérience intéressante pour nous.

Travaillez-vous également à un nouvel album ?

AS – Il y aura bien un nouvel album, dès l’année prochaine. Il comprendra une partie de ce que nous avons interprété aujourd'hui. La grotte nous a souvent servi à cela. A chacun de nos concerts ici, nous avons joué des morceaux tout nouveaux en prévision d'un nouveau disque.



dimanche 26 octobre 2014

Pyramid Peak & BK&S live @ Dechenhöhle, Iserlohn, 25 octobre 2014


Depuis 2001, le trio de Leverkusen Pyramid Peak investit régulièrement la grotte de Dechen, à Iserlohn, pour faire résonner les voûtes, les orgues et les gours aux sonorités majestueuses de la musique électronique. Cette année, Pyramid Peak a su convaincre un autre trio bien connu, BK&S, de participer à un double concert sous les stalactites. L’endroit est idéal pour accueillir ce type de manifestation. Par 10°C, une centaine de personnes, connaisseurs ou visiteurs occasionnels, se sont retrouvées pour se laisser emporter par l’ambiance particulière des lieux, renforcée par de subtils et plaisants jeux de lumières.

 

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2014
De gauche à droite : Mario Schönwälder, Andreas Morsch, Bas Broekhuis, Uwe Denzer, Axel Stupplich, Detlef Keller

Grotte de Dechen, Iserlohn, le 25 octobre 2014

Au premier abord, Pyramid Peak et BK&S explorent la même veine classique de la musique électronique. Leur approche, comme leur formation, se prêtent à la comparaison : deux trios, chacun munis d’un batteur dédié ; une large place laissée aux séquences typiques de la Berlin School, aux atmosphères et aux solos romantiques. L’opportunité de les voir jouer live le même jour permet toutefois de dissiper la confusion.

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014
Axel Stupplich, Andreas Morsch et Uwe Denzer connaissent bien la grotte de Dechen. En incluant cette soirée, c’est la sixième fois que leur trio, Pyramid Peak, s’y produit depuis 2001. La formation tourne beaucoup : nous avons déjà eu deux occasions d’en parler : le festival Electronic Circus 2013 et le E-Day 2014. Incontestablement, Pyramid Peak fait partie des héritiers de la musique électronique classique allemande des années 70 : principalement la Berlin School de Tangerine Dream, mais aussi la Düsseldorf School de Kraftwerk. Les trois hommes, pourtant, s’éloignent du son brut de leurs aînés, de leurs sets improvisés et des ratés de l’analogique. Les morceaux de Pyramid Peak sont tirés au cordeau, plus léchés, mais aussi plus denses que ceux des gloires du passé. Axel, Andreas et Uwe font la musique que celles-ci auraient pu produire de nos jours, si elles avaient bien voulu rester fidèles à leurs racines. On reconnaît immédiatement les nappes planantes et les glorieux séquenceurs, qu’Axel et Andreas introduisent toujours avec intelligence et à propos. Mais Uwe, à la batterie électronique, y apporte une touche plus contemporaine, parfois plus rock. Le groupe offre à son public un set en partie inédit, qui laisse prévoir un nouvel album dans la droite ligne du précédent, Anatomy. Ce dernier fait d’ailleurs l’objet d’un second rappel mérité.

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Andreas Morsch, Uwe Denzer, Axel Stupplich : Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014

BK&S live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
BK&S live @ Dechenhöhle 2014
Dans le public, plusieurs gens du cru ou simples habitués des manifestations de la grotte ne sont pas familiers de ce style musical très particulier. Il est possible qu’à leurs oreilles, la musique de Mario Schönwälder, Detlef Keller et Bas Broekhuis ne soit pas si différente de celle de Pyramid Peak. Les aficionados, eux, ont aujourd’hui la chance de comparer. De loin, l’instrumentation paraît identique. Comme Uwe Denzer, Bas Broekhuis s’installe derrière ses pads de percussions, tandis que Mario et Detlef s’entourent de synthés, comme Axel et Andreas avant eux. Mais la dimension rock, perceptible dans la prestation de Pyramid Peak, est absente de celle de BK&S. Bas est un batteur – ses premières mesures nous le prouvent – mais c’est aussi un percussionniste capable d’explorer des ambiances plus légères. Broekhuis, Keller & Schönwälder perpétuent la tradition d’une Berlin School presque pure. Ce soir, ils gratifient l’audience d’une pièce d’un seul tenant dont la dernière partie montre leur maîtrise des séquences entrelacées. Quant à la conclusion, sans rythme, sans séquence, elle consiste en un impressionnant dialogue entre Detlef au Jupiter 80 et Mario au Memotron. Ce soir, Mario Schönwälder utilise en effet pour la première fois sur scène la version rack de cet instrument développé par Manikin Electronic. La chaleur du mellotron, voilà ce qui confère à BK&S une partie de son identité.

BK&S live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Bas Broekhuis, Detlef Keller, Mario Schönwälder : BK&S live @ Dechenhöhle 2014

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Le public dans la grotte
Dans cette grotte frigorifiée, une telle chaleur ne pouvait être que bienvenue. Après le soundcheck, les musiciens avaient dû bâcher leurs instruments afin de les protéger des gouttes d’eau dont suintent les stalactites. Au cours des deux concerts, il n’a pas été rare de voir l’un ou l’autre essuyer méticuleusement son clavier. Mais les 10°C ont vite été oubliés à l’issue du show de BK&S, lorsque les deux formations se sont réunies pour une jam session mémorable. De toute évidence, les six hommes, presque aussi serrés sur leur « scène » que le public sous la voûte de la caverne, avaient prémédité leur coup. Cet ultime morceau laisse-t-il présager d’une future collaboration ? Quoi qu’il en soit, on peut se laisser aller à rêver que la grotte de Dechen devienne à l’avenir un rendez-vous régulier de la musique électronique en Allemagne.


mardi 13 mai 2014

E-Day 2014 : festival européen


Equivalent printanier du E-Live, célèbre festival initié par Ron Boots aux Pays-Bas, le E-Day devait, à sa création, ouvrir de nouveaux horizons, explorer d’autres genres que la traditionnelle Berlin School. L’ambient avait alors la prédilection de son fondateur. Depuis, la programmation des deux événements a quelque peu convergé. Ainsi, les Allemands de Pyramid Peak, têtes d’affiche cette année et fleurons de la Berlin School, s’étaient déjà produits au E-Live en 2005. Mais l’esprit de découverte est resté le même. Trois des quatre artistes invités lors de cette édition jouaient pour la première fois hors de leur pays d’origine : la Pologne pour le fantasque Przemysław Rudź… et la France pour Alpha Lyra et MoonSatellite. Les deux frenchies, musiciens autodidactes, ont-ils séduit le public mi-néerlandais, mi-allemand du E-Day ?


Pyramid Peak et Maxxess, E-Day 2014 / photo S. Mazars
Maxxess (à la guitare) et Pyramid Peak, E-Day 2014

Oirschot, le 10 mai 2014

Alpha Lyra  (France)


Alpha Lyra, E-Day 2014 / photo S. Mazars
Ron Boots fonctionne au coup de cœur. Les dures réalités économiques ne l’empêcheront jamais de programmer un événement sans véritable vedette, quitte à se retrouver parfois légèrement déficitaire (une possibilité qu’il envisageait encore la veille et qui ne s’est manifestement pas produite). Le Français Christian Piednoir, alias Alpha Lyra, est l’un de ces coups de cœur. Même s'il réside loin de l'Allemagne, en Dordogne, c'est bien la tradition de la musique électronique allemande qu’il cultive. Plus précisément celle de l'école berlinoise, plus précisément encore, celle de Klaus Schulze, comme en témoigne sa prestation du jour. Des séquences éthérées et discrètes, accompagnées de solos improvisés au Moog, voilà qui est typiquement schulzien.

Alpha Lyra, E-Day 2014 / photo S. Mazars
Alpha Lyra et son halo de lasers
En revanche, même si son set est conçu comme un long morceau d'une heure, Alpha Lyra procède plutôt par collages. Là où Schulze peut rester vingt ou quarante minutes sur le même accord, Alpha Lyra s’interrompt et alterne les ambiances, comme s’il combinait les textures de Picture Music, de Schulze, et la structure de Tangram, de Tangerine Dream. Mais l'ingrédient imprévu, qui relève de ce qu'on pourrait appeler une certaine french touch, vient peut-être du goût prononcé d'Alpha Lyra pour les harmonies et les accords, plutôt rares dans la Berlin School. Si on y ajoute les superbes effets laser très appréciés du public et des photographes, contrôlés en coulisses par MoonSatellite (les rôles s'inverseront lorsque viendra le tour de ce dernier), Alpha Lyra propose finalement une heure d'un spectacle complet et immersif. Pas étonnant que Ron Boots ait voulu inviter cet artiste français, car on n'est pas loin de son genre de prédilection, l'ambient. On sait que Ron a co-organisé la première Ambient Music Night près d’Eindhoven en 2013. Aura-t-il la bonne idée d’inviter Alpha Lyra pour la seconde édition ?

Alpha Lyra, E-Day 2014 / photo S. Mazars
Alpha Lyra, E-Day 2014

Przemysław Rudź (Pologne)


Przemysław Rudź, E-Day 2014 / photo S. Mazars
Après quinze heures d'un trajet en voiture depuis Gdansk sous la grêle et dans les bouchons, le Polonais Przemysław Rudź, arrive sur scène très décontracté. Przemysław a composé la musique de son set avec le grand Józef Skrzek, pionnier du rock polonais, une collaboration à distance permise par Internet. Mais c’est seul sur scène qu'il en interprète le résultat, précisant avoir voulu « faire de son mieux » pour jouer les parties de son illustre compatriote. Józef étant irremplaçable, il n'y a donc pas de Minimoog sur scène, mais quelques sons mémorables comme ce dialogue entre les cuivres et la guitare (un son dont Przemysław est particulièrement fier) dans l'introduction, à laquelle fait écho une superbe conclusion.


Przemysław Rudź, E-Day 2014 / photo S. Mazars
Przemysław Rudź, E-Day 2014
Entre ces deux passages, particulièrement inspirés et dramatiques, la musique de Przemysław alterne – ou plutôt mélange – l'électronique classique et le rock. L'impression générale est celle d'un groupe de rock progressif dont le clavier serait devenu l'instrument prépondérant. Encore un choix évident pour Ron Boots, lui-même grand fan de rock progressif et dont certaines des compositions, au sein du groupe MorPheuSz, ne sont pas si éloignées. Très démonstratif, beaucoup plus extraverti que le sobre Alpha Lyra, Przemysław fait un peu figure d'homme-orchestre. Il dégage une belle énergie, même si on imagine la puissance supplémentaire qu'un véritable batteur pourrait apporter à son travail.

Przemysław Rudź, E-Day 2014 / photo S. Mazars
Przemysław Rudź, habité, lors du E-Day 2014

MoonSatellite (France)


MoonSatellite, E-Day 2014 / photo S. Mazars
MoonSatellite, E-Day 2014
La puissance, telle est la sensation qu'inspire MoonSatellite, le second Français du jour. Alors qu’Alpha Lyra était déjà relativement connu (il a publié deux disques chez MellowJet), MoonSatellite est, comme Przemysław Rudź, une découverte pour la plupart des spectateurs. Son concert révèle une progression assez extraordinaire de son style depuis ses débuts. Ce jeune musicien de Nancy a passé vingt ans de sa vie à reproduire la musique de l’idole de son enfance, Jean-Michel Jarre, avant de s’apercevoir, en 2007, que rien ne l’empêchait de développer ses propres compositions. Que reste-t-il de Jarre dans le set de MoonSatellite ce soir ? Selon un fan belge de Jean-Michel présent dans la salle, ce sont surtout les sons et les textures de Jarre qui sont immédiatement reconnaissables. Comme lui, MoonSatellite aime les mélodies et les accords, mais il a aussi ce sens de la séquence typique de la Berlin School. Il sait reconnaître une bonne séquence. Il sait aussi l'exploiter.

MoonSatellite, E-Day 2014 / photo S. Mazars
Le tour de force, c’est évidemment l’alliance des séquenceurs et des boîtes à rythmes, sans doute l’exercice le plus difficile auquel un musicien de musique électronique puisse se risquer. Les rois du séquenceur, Tangerine Dream, n'ont jamais été très à l’aise avec les boîtes à rythmes. Les séquenceurs contiennent déjà du rythme, la redondance n'est jamais loin. Rien de tel chez MoonSatellite, qui évite de surcroît – à mon sens de manière très consciente – l’écueil du beat binaire de la techno au profit de la syncope, ciselant des rythmes massifs… qu’on pourrait aussi bien retrouver en hip-hop. Cet accord entre la magie des glorieux séquenceurs des seventies et la puissance des beats les plus contemporains confère à MoonSatellite un potentiel commercial sans doute plus important que Pyramid Peak. Pourrait-il devenir le sas d'entrée d'un public plus large ? Oui, si l'on en croit les applaudissements nourris et le rappel inopiné auquel il a eu droit de la part d'un public qui n'avait majoritairement jamais entendu parler de lui.

MoonSatellite, E-Day 2014 / photo S. Mazars
MoonSatellite, E-Day 2014

Pyramid Peak (Allemagne)


Pyramid Peak (Uwe Denzer et Alex Stupplich), E-Day 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak : Uwe Denzer, Alex Stupplich
Que dire, justement, de Pyramid Peak, l’une des locomotives de la Berlin School avec BK&S ? Très demandés, les Allemands tournent beaucoup, et ont souvent la bonne idée de compléter leur trio par un guitariste, cette fois Max Schiefele, alias Maxxess, qui collabore régulièrement avec le groupe, notamment avec Axel Stupplich. Axel et ses complices, Andreas Morsch (séquenceurs) et Uwe Denzer (batterie), affichent une efficacité et une compétence qui trahissent évidemment leur longue habitude de la scène. Très en forme, ils exécutent un set de près de deux heures à la fois rôdé et vif, le seul des quatre concerts à ménager des respirations entre les titres.

Pyramid Peak (Andreas Morsch), E-Day 2014 / photo S. Mazars
Deux morceaux en particulier illustrent ce contraste entre maîtrise et spontanéité qui caractérise chaque concert de Pyramid Peak : Dark Energy (extrait du dernier disque, Anatomy, et accompagné à l’écran par un film très intrigant), déjà un classique, dont la dynamique frise la perfection ; et Dive, extrait d’Ocean Drive (1999), un morceau joué pour la première fois sur scène avec une guitare, comme l'annonce Axel. De toute évidence, le trio ne savait pas à l'avance à quoi ressemblerait le résultat, compte tenu des échanges de regards à la fois surpris et réjouis entre Axel et Andreas lors de la partie de guitare de Maxxess : un musicien au son bien planant, parfois heavy, qui sait parfaitement intégrer ses interventions à un univers pourtant déjà très dense.

Max Schiefele alias Maxxess, E-Day 2014 / photo S. Mazars
Maxxess
Une valeur sûre et trois trouvailles : cette édition du E-Day a une fois encore témoigné de l'ouverture d'esprit de son fondateur. Quant à Przemysław Rudź et aux deux valeureux Français Alpha Lyra, MoonSatellite, peut-être ont-ils posé ce soir la première pierre d'une belle carrière internationale.




mercredi 9 octobre 2013

Electronic Circus 2013 : un festival mutant


Le 5 octobre 2013, la 6e édition du festival Electronic Circus se déroulait pour la troisième fois dans le cadre de la Weberei de Gütersloh, en Allemagne. Animé par Hans-Hermann Hess et Frank Gerber, « fans depuis plus de trente ans » de Tangerine Dream, Klaus Schulze, Ashra ou Jarre, le festival connaissait cette année sa plus grosse affluence. De 13h00 à 1h00 du matin, le Français Florent Lelong, les Britanniques Auto-Pilot et Vile Electrodes, les Allemands de Pyramid Peak et la tête d’affiche, le légendaire Michael Rother de Neu!, se sont succédé sur scène, illustrant la mutation en cours d’une manifestation autrefois entièrement dédiée à l’électronique, désormais plus éclectique.


Michael Rother au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Michael Rother et son batteur déchaîné, Hans Lampe, au festival Electronic Circus à Gütersloh en 2013


Gütersloh, le 5 octobre 2013

Frank Gerber et Hans-Hermann Hess, les organisateurs du festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Bonne ambiance avec Frank Gerber et Hans-Hermann Hess
Electronic Circus a été fondé en 2008 par un groupe de fans de musique électronique emmenés par Hans-Hermann Hess et Frank Gerber, qui ont un beau jour décidé d’organiser leur propre festival. Après trois éditions au Movie Theater de Bielefeld, la manifestation, victime de son succès, a déménagé en 2011 à la Weberei de Gütersloh, ancien atelier de tissage transformé en centre culturel, plus à même d’accueillir un nombre grandissant de spectateurs. «La ville participe, les sponsors sont venus. La scène est grande. L’environnement était très favorable pour un festival comme le nôtre », déclare Frank Gerber. Ce soir, la Weberei fait salle comble, avec plus de 300 visiteurs. L’un d’eux est même venu spécialement de Hongkong. Depuis ses débuts, le festival promeut la scène électronique dite traditionnelle, née en Allemagne avec Kraftwerk ou Tangerine Dream dans les années 70. Outre les Allemands, des artistes néerlandais, britanniques ou scandinaves s’y sont déjà produits. Ainsi, après Harald Grosskopf (Ashra) en 2008, Ian Boddy, Klaus Hoffmann-Hoock et David Wright assuraient la tête d’affiche l’année suivante. Suivirent Spyra, Picture Palace Music (le projet parallèle de Thorsten Quaeschning, de Tangerine Dream) et Gandalf l’année dernière.

Vile Electrodes, Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
La salle en fusion lors du set de Vile Electrodes
Déguisés pour l’occasion en Monsieur Loyal, à la manière de Mick Jagger dans le Rolling Stones Rock and Roll Circus, les deux maîtres d’œuvre du festival ont cependant décidé d’innover cette année. La programmation n’est plus 100% Berlin School, ni même 100% électronique. «Dans les dernières années, explique Frank Gerber, nous avons remarqué que les amateurs de musique électronique venaient de moins en moins nombreux. Et le public a vieilli. Voulions-nous persévérer dans cette direction de la musique traditionnelle ou trouver de nouvelles impulsions, explorer d’autres scènes ? Cette année, Vile Electrodes et Auto-Pilot illustrent notre démarche. Les premiers appartiennent à la scène wave et trance. Les seconds à la scène synth-pop. Michael Rother, c’est le krautrock. Comme d’autres, il figurait depuis longtemps sur nos tablettes. Nous sommes heureux que ça ait pu se faire cette année. Si nous devions privilégier la seule musique électronique traditionnelle, l’affluence diminuerait probablement. On ne peut pas faire ça aux musiciens. Nous devons rajeunir notre public, nous ouvrir à l’expérimentation. Nous avons pris un risque, on verra bien ce qu’il adviendra, achève-t-il ». En somme, les deux hommes se sont lancé une sorte de pari.

Florent Lelong au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Florent Lelong
Pour cette 6e édition, l’Allemagne ne représente plus que 40% des artistes sur scène, à égalité avec la Grande-Bretagne. Florent Lelong, un Français, assure l’ouverture. A 24 ans, Lelong prolonge cette « Jarre Connexion » qui a fleuri au tournant des années 80 avec Joël Fajerman (L’Aventure des plantes), Didier Marouani (Temps X) ou Jean Stephan Regottaz (l’autre homme au casque de moto et au vocodeur) .Le look – cheveux longs et chemises larges –, la musique – simple et mélodique –, et surtout l’incontournable keytar : tout est fait pour rappeler Jarre. Cette branche-ci de l’arbre généalogique de la musique électronique n’avait jamais vraiment su toucher l’Allemagne. Hans-Hermann Hess et Frank Gerber lui ont donné cette chance.

Auto-Pilot au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Auto-Pilot : Shaun Herbert et Adrian Collier
Composé de Shaun Herbert et Adrian Collier, le duo britannique Auto-Pilot illustre le premier cette volonté des organisateurs d’élargir leurs horizons. Dominée par l’électronique et la programmation, la formation n’est pas purement instrumentale, puisque Collier chante sur la moitié des titres. Surtout, elle n’a absolument rien à voir avec la musique électronique programmée d’ordinaire à l’Electronic Circus. Il s’agit d’electro, de dub, de wave, parfois même de post-rock. Pour autant, Auto-Pilot n’est pas complètement inconnu de cette scène allemande classique. En 2007, le label Syngate Records publia en effet Dreaming Real Things, une compilation de plusieurs titres antérieurs. Depuis Collier et Herbert ont fondé leur propre maison de disques, 9 Volt Records, qui propose désormais en téléchargement gratuit l’album The Atlantic Machine (2012). Quant au dernier opus, intitulé 8-Zerø, il est fort opportunément sorti ce 5 octobre à Gütersloh.

Pyramid Peak au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Pyramid Peak (Andreas Morsch, Uwe Denzer, Axel Stupplich) avec Harald Nies (à gauche) , Electronic Circus 2013

Un peu de Berlin School, beaucoup d'électro et Michael Rother en tête d'affiche


Pyramid Peak au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Pyramid Peak
Pyramid Peak représente non seulement l’Allemagne, mais aussi la Berlin School la plus classique. Actif depuis quinze ans, le trio de Leverkusen a déjà publié neuf albums. Le dernier, Anatomy, est lui aussi sorti juste à temps pour le festival, le 2 octobre. Déguisés en chirurgiens pour l’occasion, comme sur la pochette du disque, Axel Stupplich, Andreas Morsch et Uwe Denzer se livrent sur scène à l'inquiétante autopsie... d'un synthétiseur, à laquelle seul Harald Nies, le guitariste invité, ne participe pas. Pyramid Peak s’est déjà fait remarqué pour ses mises en scènes extravagantes, comme lors de ses quatre concerts dans la grotte de Dechen, à Iserlohn. Des prestations restées marquantes, dont les projections à l’écran témoignent ce soir. Clairement, le public est dans son élément. L’ambiance mystérieuse et les longues plages planantes y sont forcément pour quelque chose.

Vile Electrodes : Martin Swan et Anais Neon
Le second duo britannique de la soirée, Vile Electrodes, annonce la couleur dès les premières mesures de son set. Accompagnée par le blond programmeur Martin Swan, qui n'aurait pas juré dans le line-up du Depeche Mode de la grande époque, la chanteuse Anais Neon, tout en combinaison latex, crie sa passion pour la synth-pop des années 80. Si OMD est la référence la plus évidente – Vile Electrodes a assuré leur première partie au mois de mai en Allemagne –, on reconnaît également ça et là des séquences que n'auraient reniées ni Kraftwerk ni Peter Baumann. Les synthés vintages associés à une voix féminine, l'imagerie fétichiste, les lignes de basse minimalistes et les beats puissants font de Vile Electrodes l'un des représentants les plus dynamiques de l'actuel revival eighties, en tout point comparable à College ou Kavinsky. La prestation du duo est l’une des plus bruyamment appréciées par les spectateurs, non seulement les fans qui ont fait le déplacement, mais aussi les amateurs de Berlin School, dont un grand nombre n’avaient encore jamais entendu parler du groupe.


Michael Rother au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Michael Rother, Electronic Circus 2013
Avec le batteur Klaus Dinger, aujourd’hui décédé, le guitariste Michael Rother, tête d’affiche ce soir, fut longtemps connu comme l’un des piliers du duo Neu!, que Tarantino contribua à revivifier sur la B.O. de Kill Bill. Quelques mois avant de fonder le groupe, en 1971, les deux hommes firent brièvement partie de Kraftwerk. Rother entama par la suite une carrière solo et collabora notamment avec Cluster et Brian Eno au sein d’Harmonia. Autant dire que Michael Rother est resté l’une des figures emblématiques de la scène krautrock en Allemagne. Accompagné ce soir de l’impressionnant batteur Hans Lampe (ex-La Düsseldorf, autre monstre du krautrock), Rother interprète ce soir Neu!, Harmonia et quelques titres de sa discographie solo. Pas d’électronique, ou très peu, au cours de sa prestation. L’homme se concentre sur sa guitare, n’utilisant les sonorités de synthèse qu’en arrière-plan. Grâce à ses motifs répétitifs de guitare, Rother réussit le tour de force d’une musique aussi hypnotisante que celle de Manuel Göttsching, tout en maintenant une cadence insensée. Hans Lampe, épuisé, descend rarement en dessous de 140 bpm. Mais le son rugueux de Neu! a disparu, si bien que l’étiquette « krautrock » ne semble plus si adaptée. Michael Rother est simplement un grand musicien. Le public ne s’y trompe pas. Ce soir-là, son show fait l’unanimité, et achève en beauté cette 6e édition du festival Electronic Circus : la meilleure, selon plus d’un visiteur à l’issue du spectacle. Frank Gerber et Hans-Hermann Hess peuvent être satisfaits : pari tenu !

Michael Rother au festival Electronic Circus 2013, Gütersloh / photo S. Mazars
Michael Rother (Kraftwerk, Neu!, Harmonia) avec le batteur Hans Lampe (La Düsseldorf), Electronic Circus 2013