Le 6 novembre dernier,
le rappeur allemand Cro réunissait 13000 personnes chez lui, à Stuttgart, dans
une Hanns-Martin-Schleyer-Halle à guichets fermés. Ainsi s’achevait son Raop
Tour 2012, qui avait vu l’homme au masque de panda investir les plus grandes
salles partout en Allemagne, mais aussi en Suisse et en Autriche.
Stuttgart, le 6 novembre 2012
La fin de la tournée, destinée à promouvoir l’album Raop, sorti le 6 juillet 2012,
coïncidait pour Cro avec une actualité très chargée. Le 27 octobre, sa maison
de disques, Chimperator, mettait en ligne, sur sa chaîne Youtube, la vidéo du
quatrième titre extrait de l’album, Einmal
um die Welt. Deux jours plus tard, Cro et sa bande investissaient le
plateau de TV total, talk show humoristique de la chaîne ProSieben nanti d’une
très forte audience et présenté par Stefan Raab, mélange improbable de
Sébastien Cauet et Michel Denisot. L’occasion de présenter une fois encore Einmal um die Welt à la télévision.
Mis à part la
Mercedes-Benz Arena, le stade de l’équipe
de foot de la ville situé juste à côté, peu d’édifices à Stuttgart peuvent
accueillir autant de visiteurs que la Hanns-Martin-Schleyer-Halle. Un an plus tôt,
alors qu’il venait de signer chez Chimperator, le jeune Carlo Waibel alias Cro fréquentait
l’endroit comme simple spectateur. Aurait-il osé imaginer y jouer lui-même dans
une salle bondée ? D’ailleurs, tout a été prévu pour ceux qui n’ont pas eu
la chance de trouver un billet. Le concert bénéficie d’une retransmission en
direct sur le site www.muvifm.de. Mais
avant de découvrir Cro et son raop, c’est bien du rap que le public peut
entendre avec SAM, signé par Chimperator fin septembre et que la maison de
disque a judicieusement placé en première partie. Comme Kaas ou Die Orsons, les
autres artistes maison, le duo pratique un rap léger et festif, qui semble
d’ailleurs la marque de fabrique de l’Allemagne du Sud, par opposition aux
gangsta-rappeurs popularisés par le label Aggro Berlin, comme Sido ou Bushido.
Mais la composition du public dans la salle montre clairement qu’avec Cro,
Chimperator brasse bien au-delà du noyau dur de la communauté hip-hop.
Majoritairement féminine, même si les garçons sont aussi venus en nombre,
l’assistance comprend surtout des adolescents, et si on croise parfois des
personnes manifestement plus âgées, c’est qu’il s’agit de journalistes,
d’agents de sécurité… ou de parents, venus accompagner leurs enfants.
Cro : un panda
en automne
Flo König, Cro, Psaiko.Dino, Tim Schwerdter
Dès le début du spectacle, Cro annonce la couleur : ce
sera orange ! En cette fin de soirée d’automne, c’est l’été qu’il veut
promouvoir, le plaisir de tout oublier et de simplement s’amuser pendant une
heure et demie. La première satisfaction consiste à voir un vrai groupe sur
scène. Le rap offre rarement une palette d’émotions très étendue. Bouger en
rythme, lever les bras au ciel, s’agiter de droite à gauche. C’était le cas
avec SAM, c’est aussi un peu le cas avec Cro. Mais un vrai batteur, Flo König,
un vrai guitariste, Tim Schwerdter, qui passe d’ailleurs indifféremment de la
six cordes à la basse, et bien sûr un DJ comme Psaiko.Dino, aussi à l’aise
derrière son micro que derrière sa console Ableton, assurent un spectacle
infiniment plus vivant que quinze MCs se bousculant sur scène au son de boîtes
à rythmes préenregistrées. Le concert n’est pas exempt de défauts. Cro passe
ainsi beaucoup de temps à bavarder entre chaque titre. Manifestement un peu
déconcentré, il massacre aussi la seule chanson un peu plus sombre de son
répertoire, Ein Teil, qu’il chante anormalement
faux et dont il oublie même le texte. Mais ces pauses entre les morceaux sont
aussi l’occasion de faire connaissance et de nouer une vraie complicité avec le
public, comme lorsque Carlo demande à une jeune fille choisie au hasard dans la
foule de monter sur scène pour prendre une photo du groupe devant son
public : un rituel reproduit à chaque concert, comme l’attestent les
publications régulières de Psaiko.Dino sur son compte Facebook.
Ce soir-là, Cro déploie un arsenal de tubes assez
impressionnant. Sa prestation met immédiatement en valeur l’une de ses grandes
forces, son étonnante capacité à construire, à partir de samples pourtant très
éclectiques, une musique parfaitement homogène. Le rythm'n'blues de Bobby Hebb
(Sunny) sur Easy, le punk-rock d'Iggy Pop (The
Passenger) sur Wir waren hier, le
rock alternatif suédois des Caesars (Jerk
It Out) sur Kein Benz, la musique
électronique de Daft Punk (Something
About Us) sur Du, la soul d'Aloe
Blacc (I Need a Dollar) sur Blank II, le rock indé de Bloc Party (Banquet) sur Rockstar... Sans parler de ses propres compositions. Autant
d’influences et d’atmosphères disparates, et pourtant, toutes les chansons de
Cro gardent entre elles cette cohérence qui lui confère ce son unique. Sur Einmal Um Die
Welt, Cro a même samplé une jeune formation allemande de l’écurie Universal,
Die Kilians. C'est l'un des temps forts du concert, lorsque le groupe vient
interpréter Fight the Start, la chanson
originale, avant que Cro ne remonte sur scène pour enchaîner avec sa propre version.
L’autre grand moment est l’apparition surprise de Max Herre, immense star à
Stuttgart, qui vient de sortir son troisième album, Hallo Welt! Max et Cro interprètent ensemble Fühlt sich wie fliegen an, le nouveau single de Max qu’ils ont
enregistré en commun, à paraître le 16 novembre.
Si les projets ne manquent pas pour Cro après cette tournée
sans temps morts, il semble que le Raop Tour soit destiné à se poursuivre.
Après un concert unique le 8 décembre à Münster, une dizaine de dates ont déjà
été ajoutées pour le mois de janvier.
Setlist : Intro. – Hi Kids. – Kein Benz. – Einmal um
die Welt. – Bye Bye. – Du. – Allein. – Genauso wie du. – Einfach so. – Ein
Teil. – Meine Zeit. – Jeder Tag. – Nie mehr. – King of Raop. – Rockstar. – [Rappels] Fight the Start (Die Kilians)
/ Einmal um die Welt (Cro + Die Kilians). – Medley : Zurück zum Anfang /
Dein Freund / Konfetti. – Wir waren hier. – Fühlt sich wie fliegen an (Max
Herre + Cro). – Blank II. – Easy. – Intro (reprise).
Encore totalement
inconnu en Allemagne il y a moins d'un an, le rappeur masqué Cro, 20 ans,
domine les charts outre-Rhin depuis la sortie de son premier album, Raop, le 6 juillet dernier. Mais qui le
connaît en France ? Un peu d'histoire…
Cro, l'homme au masque de panda
Strasbourg, le 22 octobre 2012
En dépit de la rapidité de son ascension, Cro n'a pas surgi
de nulle part. Stuttgart, sa ville, cultive depuis vingt ans l'un des plus
importants viviers de rappeurs allemands. C'est là que siège le label Four
Music, sur lequel officient des artistes comme Casper, Clueso ou Max Herre, le rappeur
bientôt quadragénaire que les téléspectateurs français qui regardent Arte connaissent
forcément. C'est aussi à Stuttgart qu'a été fondé en 1999 l'autre label important
de la région, Chimperator. Nous aurons l'occasion de
reparler de Chimperator dans un prochain billet.
Du talent, de la
chance et un masque de panda
Dans sa livraison d’octobre 2011, le magazine Juice,
dédié à la culture hip-hop en Allemagne, annonçait, perdu au milieu des autres
dépêches, le nom de la dernière trouvaille de Sebastian Andrej Schweizer, co-fondateur
de Chimperator, alors à la recherche de nouveaux talents, mais surtout désireux
de produire des artistes qui ne font pas tous la même chose [ref.]. A
l'époque, si on excepte Trash, une compilation
enregistrée entre amis et mise en ligne en juin 2009 sous le pseudonyme de
Lyr1c, Cro, de son vrai nom Carlo Waibel, n'a à son actif qu'une seule mixtape,
intitulée Meine Musik, mise à
disposition en téléchargement gratuit sur sa page Facebook le 11 février 2011. C'est que le jeune
homme maîtrise déjà parfaitement la communication sur les réseaux sociaux.
Outre les annonces sur Facebook et Twitter, il sait aussi mettre sa chaîne
Youtube à contribution pour y publier ses teasers. D'ailleurs,
c'est ainsi que le rappeur Kaas le découvre sur Internet. Dès le 7 février, ce
pilier de la maison Chimperator lance un véritable avis de recherche sur
son compte Twitter, « Wer
ist dieser Cro? » – « Mais qui est ce Cro ? ». Lâché ainsi sur
le réseau social, cet appel nimbé de mystère a évidemment largement contribué à
attirer sur Cro l’attention de toute la communauté hip-hop. Quelques mois plus
tard, Cro entre pour la première fois dans le saint des saints à ses yeux, les
bureaux de Chimperator à Stuttgart, où il fait connaissance avec toute
l'écurie. Mais la rencontre déterminante est plus ancienne. Il s’agit de Markus
Brückner, alias DJ Psaiko.Dino, qui deviendra par la suite son DJ attitré sur
scène et contribuera grandement à la production du premier album.
Psaiko.Dino et Cro sur scène
Même si, sous la forme de cette découverte inespérée par
Kaas, le hasard, non le talent, a joué chronologiquement le premier rôle –
beaucoup de jeunes artistes talentueux ne bénéficieront jamais d’une telle
opportunité –, Cro doit aussi son succès à un profil très particulier qui ne doit rien ni à la chance, ni à son
aisance sur les réseaux sociaux. Comme beaucoup de fans de hip-hop, le jeune
Carlo a aussi développé très tôt un goût pour le dessin et le graphisme. Rien
de révolutionnaire dans son style, dont on peut se faire une idée sur la
pochette de Meine Musik. Mais, plutôt
que de gribouiller les vitres des abribus ou les murs des HLM, Cro a su convertir
son savoir-faire en une ligne de vêtements, VioVio, qui au
départ consistait simplement à appliquer ses designs sur des t-shirts vierges. Sans
la notoriété nouvelle du musicien, la marque serait restée dans les limbes de
la confidentialité. Elle n’en dévoile pas moins une démarche : cet esprit
d’initiative qui lui a aussi permis de trouver du travail comme graphiste au Stuttgarter Zeitung. En outre,
contrairement à beaucoup de rappeurs, Cro ne s’est pas contenté de soigner son flow lors de ses jeunes années. Il
compose ses propres beats. C’est même,
dit-il, l’aspect de la création musicale qui l’intéresse le plus[ref.]. Ce
qui ne l’empêche pas de choisir ses samples
avec un sens de l’éclectisme qui dénote déjà une solide culture musicale. Reste
le masque. Cro explique que l’idée de se cacher derrière un masque de panda
lors de toutes ses apparitions publiques fut à l’origine motivée par son désir
de ne pas mélanger la scène et son gagne-pain au Stuttgarter Zeitung, abandonné depuis. Consciente ou non, cette
brillante idée marketing, empruntée d’ailleurs à l’ancien gangsta-rappeur berlinois
Sido, explique en partie la capacité de Cro à brasser un public nettement plus
large que la communauté hip-hop traditionnelle. Et aussi nettement plus
féminin.
Au-delà de tous ces facteurs, Cro aurait-il atteint cette
nouvelle dimension sans le concours de Chimperator ? Le 1er
décembre 2011, l’artiste foule pour la première fois le plateau de l’émission
télévisée neoParadise sur ZDFneo, à la fois passage obligé et consécration
médiatique pour tout artiste désireux d’élargir son public. Sans le soutien
d’une équipe de professionnels et de leur carnet d’adresses, Cro n’aurait
jamais attiré l’attention de la production d’une telle émission, dont
l’audience dépend avant tout de sa capacité à surfer sur les succès naissants,
non à se risquer elle-même à aller dénicher un parfait inconnu. L’émission
coïncide avec la publication, dès le lendemain, de la seconde mixtape, Easy, téléchargeable gratuitement, cette
fois sur le site de Chimperator. Timing très étudié. Internet fera le reste. Si
Cro se félicite alors des 20000 likes
atteints sur sa page Facebook, ce chiffre a doublé quinze jours plus tard,
tandis que la vidéo de la chanson Easy,
postée sur Youtube dès la fin du mois de novembre, atteint le million de
visiteurs.
Cro : rap
authentique ou tube de l’été ?
Construite autour du célèbre titre Sunny de Bobby Hebb, Easy,
la chanson, résume à elle seule son auteur. Son style, son état d’esprit, mais aussi sa faculté à travailler vite. (Cro dévoile en partie sa
méthode de travail dans le making of de la chanson.) Il était donc logique qu’elle figure
également sur son premier album, Raop,
publié en juillet dernier. Le seul autre extrait de la mixtape intégré à l’album,
Wir waren hier, samplé de The Passenger d’Iggy Pop, illustre la
variété des influences de l’artiste. Dans les deux cas, les textes, simples et
positifs, opèrent d’ailleurs une profonde césure par rapport à l’univers du
rap, au point que Cro n’a pas échappé au procès en imposture : il ne
serait pas un véritable rappeur. Cette critique vient d’ailleurs bien plus de
quelques médias, qui imaginent ce que les autres rappeurs pourraient reprocher
à Cro, que des intéressés eux-mêmes. Le rap doit être subversif, croient savoir
nos experts, il doit être critique, remettre en cause le « système ».
Rien de tel, en effet, chez Cro. Reste à démontrer en quoi les rappeurs plus
politiquement engagés ont quoi que ce soit de plus constructif que Cro à dire
sur la société. Si par « critique constructive », on entend la remise
en cause de ce qui est au profit de ce qui pourrait être dans l’espoir
d’améliorer le sort de ses semblables, alors le rap n’a presque rien à offrir. Il
est moins subversif que revendicatif. Une démarche sincère impliquerait au
moins la faculté de se remettre soi-même en cause. Peu de rappeurs en sont
capables. Ce sont surtout les autres qui font l’objet de toutes leurs critiques.
Et si leurs textes subvertissent quoi que ce soi, ce sont plutôt les structures
traditionnelles, celles qui sont encore réfractaires au « système »,
mais surtout pas le système lui-même. C’est qu’ils en sont les meilleurs élèves,
aussi bien en Allemagne qu’en France. La « thune », le « bizness »,
les « tassepés » : comme n’importe quel trader, ces rappeurs
dits « engagés » ont parfaitement intégré tous les codes du
capitalisme ultralibéral mondialisé, et ils s’y conforment sans états d’âme.
Vous avez dit rebelles ?
Conscient de jurer dans cet univers ultracodifié, Cro a balayé
d’avance la critique en prétendant forger un nouveau genre, le raop, fusion du
rap et de la pop qui a donné son nom à l’album. Ce n’est évidemment pas la
première fois que des éléments de rap abreuvent un autre style musical. Cro a
simplement fait l’inverse. Parti du rap, il y a introduit la légèreté
fédératrice de la pop. Là encore, rien de nouveau. Die Fantastischen Vier,
fondateurs du label Four Music, s’inscrivaient dans la même démarche au début
des années 90. Tout comme MC Hammer et son tube planétaire U Can't Touch This aux Etats-Unis à la même époque. Mais la musique
de Cro ne se limite pas à cet aspect festif. Si les qualités de U Can't Touch This sont incontestables
dès lors qu’il s’agit de bouger son corps en boîte, un regard rétrospectif un tant
soit peu critique ne peut manquer de remarquer la pauvreté musicale du titre.
Cro, lui, est une machine à hits, et ses chansons ne perdent rien à la simple
écoute, attentive ou distraite. Léger, Cro l’est sans aucun doute. Il le
revendique. Sa musique est la bande originale de l’été. Mais elle est aussi
plus joyeuse que véritablement festive, plus thérapeutique que divertissante. D’où,
sans doute, son immense succès auprès des adolescents allemands, qui ont
peut-être besoin d’un modèle qui les inspire, qui leur dise que leur vie vaut
la peine d’être vécue, plutôt que d’entendre une énième fois quelqu’un « niquer
leur mère ». Sois toi-même, vis ta vie : ce sont bien les clichés de
la pop, non ceux du rap, qu’exploite Cro.
Cro : du rap
entre copains au sommet des charts
Ce qui était arrivé à Carlo lors de la signature chez
Chimperator est arrivé à Chimperator avec le succès d’Easy : les débuts dans la cour des grands. Approché par les
caciques d’Universal dès le mois de décembre 2011, Cro décline leur offre,
publier son premier album sous leurs couleurs, mais signe un contrat d’auteur
avec Universal Music Publishing le mois suivant. La crainte de perdre sa liberté,
celle de se faire jeter après avoir été exploité peuvent expliquer cette
décision. Les « gros » ont souvent mauvaise réputation. Elle n’est
peut-être pas toujours usurpée, mais elle est parfois un peu injuste. Car – le
futur nous le dira – en restant avec Chimperator, Cro finira peut-être par
faire de son label l’un de ces « gros », à son tour soumis aux mêmes
exigences de rentabilité, donc amené à pratiquer les mêmes méthodes un peu
agressives. D’ailleurs, dès le 1er janvier 2012, la maison de
disques s’élargit déjà en annonçant la création de Chimperator Live, un nouveau
département spécialisé dans l’organisation de concerts. En effet, depuis le
début de l’année, Cro n’arrête plus de tourner. Chimperator Live en profite
pour faire tourner avec lui ses autres poulains. Le rappeur ne s’est arrêté qu’un
mois et demi pour enregistrer Raop,
unanimement salué par la critique dès sa sortie, comme si Cro confirmait ainsi
tout le bien qu’on pensait déjà de lui. En trois jours, trois singles sont
extraits de l’album : Du
(29/06), King of Raop (30/06) et Meine Zeit (01/07). Rien n’est à jeter
dans le disque. Cro entretient le même style et le même ton que sur Easy, bien qu’il n’ait cette fois que
peu ou plus du tout recouru au sampling. Rétrospectivement, la réception de
l’album prouve qu’il n’avait pas pris la mauvaise décision en restant fidèle à
Sebastian Schweizer & co. Clairement, Chimperator n’avait pas besoin d’une
major pour hisser Raop au sommet des
charts. Le disque est resté cinq semaines numéro 1 des hits album en Allemagne
cet été. Avant lui, d’autres rappeurs, comme Casper et Max Herre, avaient déjà
réussi cette performance. Ce n’était encore jamais arrivé à un artiste
Chimperator.
Notons que dans chaque cas, il s’agit d’albums, non de
singles. Du n’a fait
« que » numéro 2 cet été. Mais si les ventes de singles restent
dominées par d’autres en 2012, on aurait tort de ne voir encore en Cro qu'un artiste
secondaire. Les charts ne sont plus un très bon indicateur de notoriété. Certes,
ils intéressent toujours les comptables, soucieux des ventes. Mais les managers,
eux, comptent désormais les clics sur Internet. Et dans cette catégorie, Cro
est tout simplement le champion d’Allemagne cette année.
Le 6 novembre prochain le jeune rappeur achèvera chez lui, à
Stuttgart, son Raop Tour 2012. Pourrait-il s’imposer à l’étranger ? Même
si le chant en allemand est souvent rédhibitoire, la personnalité de Cro, son
masque et ses beats pourraient nous séduire, à défaut de ses textes. Comme beaucoup
de rappeurs, Cro parle beaucoup de lui dans ses chansons. Dans Wie ich bin, il explique redevenir Carlo
chaque fois qu’il enlève son masque. Plus personne ne le reconnaît, plus
personne ne veut l’épouser. C’est peut-être cette faculté à redevenir lui-même
sur commande qui lui a permis de garder la tête froide. Le 27 novembre 2011, il
s’adressait en ces termes à sa maman sur sa page Facebook : « Mama
ich bin bei Wikipedia! » – « Maman, je suis sur
Wikipédia ! ». L’encyclopédie en ligne venait de lui consacrer une
entrée. Le 26 juillet dernier apparaissait la page Wikipédia en anglais. La
page française date d’aujourd’hui. Est-ce un signe ? Le plus étonnant,
c’est que Cro s’est déjà produit en France. Le 9 décembre 2011, il participait,
en compagnie de Psaiko.Dino, à la soirée de promotion de la marque de vêtements
hambourgeoise Inferno Ragazzi, organisée dans la boîte tendance Le Madam à
Paris. Ceux des convives qui étaient encore sobres cette nuit-là se souviendront
peut-être du beat entêtant de Hi Kids,
et de ce drôle de type à la tête de panda.