mardi 29 octobre 2019

Les 85 ans de Hans-Joachim Roedelius


En 2014, Hans-Joachim Roedelius avait choisi de célébrer ses 80 ans en invitant quelques amis à venir jouer à Porgy&Bess, célèbre club de jazz viennois. Cette année, il remettait le couvert au même endroit le jour même de son 85e anniversaire. Presque tous les habitués de More Ohr Less étaient au rendez-vous, si bien que la soirée ressemblait à une sorte de concentré du festival.


Hans-Joachim Roedelius @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
Hans-Joachim Roedelius @ Porgy&Bess

Vienne (Autriche), le 26 octobre 2019

Hans-Joachim Roedelius, Klaus Totzler, Herbert Grönemeyer @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
Un message de H. Grönemeyer
A 85 ans, Hans-Joachim Roedelius est plus créatif que jamais. Très demandé partout dans le monde – il a tourné ce printemps aux Etats-Unis et il est attendu à Londres le 13 décembre prochain –, il est aussi actif en studio, où de nombreuses collaborations l'occupent. Il y a deux ans, il publiait l'album Enfluss en collaboration avec Arnold Kasar sur le prestigieux label Deutsche Grammophon. La même année, dans une tout autre ambiance, il participait au disque de drones de son ami Carl Michael von Hausswolff, Nordlicht, publié par Curious Music. L'année passée, il a sorti Imagori II, son second opus avec Christoph H. Müller du Gotan Project, que son ami, la star de la chanson Herbert Grönemeyer, s'est fait un plaisir de publier sur son label Grönland Records. Et bien sûr, il y avait cette année Lunz 3, fruit de la dernière collaboration en date avec le compositeur américain Tim Story.

Hans-Joachim Roedelius, Lukas Lauermann, Tim Story @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
Hans-Joachim Roedelius, Lukas Lauermann, Tim Story

Hans-Joachim Roedelius, Christoph H. Müller @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
Roedelius + Müller
Bien sûr, la part d'Achim à ces différentes œuvres est plus ou moins importante. Imagori est essentiellement à mettre au crédit de Müller. Mais sur Lunz 3, Tim Story fait office d'accompagnateur, qui met en valeur, par ses interventions, les improvisations au piano si caractéristiques du « son » Roedelius. D'autres projets sont à venir. Ce printemps, lors de sa tournée américaine, Roedelius a eu l'occasion d'enregistrer plusieurs morceaux avec Wolfgang Mathes, musicien allemand résidant sur l'île de Galiano, au large de Vancouver. La sortie du disque, intitulé Glücksbringer, est imminente. Dans l'Ohio, chez Tim Story, Roedelius s'est également assis au piano pour de longues séances improvisées. Les premières esquisses témoignent d'une inspiration au sommet. Si l'album sort, ce sera peut-être l'un de ses meilleurs.

Hans-Joachim Roedelius, Harald Blüchel @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
Harald Blüchel
Pour fêter son anniversaire, il fallait donc s'attendre à un peu plus qu'un gros gâteau à partager dans son jardin. Comme il y a cinq ans, le clan Roedelius a investi Porgy&Bess, le prestigieux club de jazz du centre de Vienne, à deux pas de la cathédrale Saint-Etienne, pour une soirée de célébration très particulière. Et à l'exception de Christopher Chaplin, tous les habitués du festival More Ohr Less ou presque ont répondu présent. Du reste, Chaplin n'a pas manqué d'envoyer ses meilleurs vœux en vidéo, de même que Herbert Grönemeyer, qui se fendait même d'une petite chanson bilingue franco-allemande pour l'occasion.

BeilStein aus dem Keltenkalk @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
BeilStein aus dem Keltenkalk @ Porgy&Bess
Hans-Joachim Roedelius, Wolfgang Mathes @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
Roedelius + Mathes
Après une brève introduction par le journaliste Klaus Totzler, Achim revenait sur quelques moments importants de son existence mouvementée, d'abord pendant la guerre, puis dans les geôles d'Allemagne de l'Est, avant d'en venir à sa musique. De Kluster avec K à Qluster avec Q, c'était l'occasion de se rendre compte de l'immense héritage qu'on lui doit. Sans lui, l'histoire de la musique aurait été bien différente, et certainement plus pauvre.

Hans-Joachim Roedelius, Carl Michael von Hausswolff @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
Hausswolff
Sur la scène de Porgy&Bess, pas moins de 17 musiciens se sont succédé pour près de trois heures de spectacle. Autant dire que certains ont eu à peine le temps de brancher leurs instruments que, déjà, Achim appelait en coulisses les suivants. Pêle-mêle, les arpèges de violoncelle de Lukas Lauermann croisaient les drones menaçants de Carl Michael von Hausswolff, les danses médiévales de BeilStein côtoyaient les nappes planantes de Tim Story, les rythmes des Balkans de Tempus Transit succédaient aux sons de cathédrale de Wolfgang Mathes, le yodel et le chant diphonique d’Albin Paulus faisaient écho aux rythmes électroniques de Christoph H. Müller, les ricochets de piano de Harald Blüchel répondaient à la poésie de Hans-Joachim. Depuis quelques temps déjà, Achim composait un poème dédié à son épouse Christine-Martha, sans laquelle Roedelius ne serait pas Roedelius. D'une certaine manière, quand on y songe, c'est finalement à elle que la musique électronique doit son développement ces quarante dernières années !

Heidelinde Gratzl, Albin Paulus, Stephan Steiner @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
Tempus Transit (Heidelinde Gratzl, Albin Paulus, Stephan Steiner)
En tout cas, comme le rappelle Achim, c'est elle qui fut à l'origine du festival More Ohr Less, où tous ces musiciens si différents par leurs racines, leur style et leurs goûts, ont pu se rencontrer, apprendre à ce connaître, et même, pour certains d'entre eux, créer ensemble de nouvelles œuvres. La soirée à Porgy&Bess était une occasion similaire de telles rencontres. Pour y participer, Wolfgang Mathes a parcouru plus de 8500 kilomètres depuis Galiano Island. De son côté, Carl Michael von Hausswolff, arrivé directement de l'aéroport depuis la Suède, devait y retourner dans la nuit aussitôt après le show.

Les habitués de Porgy&Bess, accoutumés au jazz ou à la musique cubaine, ont dû être bien surpris de la vitalité de ce Hans-Joachim Roedelius qu'on leur présente comme le pionnier-de-la-musique-électronique, et de la tempête de notes que son anniversaire a provoquée dans leur club préféré. Qu'ils s'y fassent : Christine-Martha a déjà annoncé vouloir y organiser le 90e anniversaire d'Achim.

Hans-Joachim Roedelius @ Porgy&Bess / photo S. Mazars
Hans-Joachim Roedelius @ Porgy&Bess